vignette|Le carrousel royal Place du Carrousel à Paris. Un carrousel (ka-rou-zèl) est un court spectacle équestre durant lequel les cavaliers exécutent des figures et en musique. Il peut aussi être appelé ballet équestre ou ballet à cheval. Apparus à la fin du , ces divertissements cessèrent d'être à la mode au . Le premier carrousel en France, digne de ce nom, eut lieu en 1605 dans l'hôtel de Bourgogne. Louis XIII et Louis XIV en donnèrent de très brillants.

Étymologie Alphonse V d'Aragon (1396-1458) introduisit à Naples, dont il fut roi, le Jugo de Cannas, joute d'origine ibérique dans laquelle les cavaliers étaient divisés en équipes et se battaient avec des lances émoussées, les équipes se poursuivant en lançant des roseaux avec des pointes collantes qui se fichaient sur l'armure adverse, ou en lançant de petites boules d'argile. Ces petites boules d'argiles, qui étaient appelées alcancias en Espagne, furent nommées caruselli à Naples, en référence à un mot du dialecte local utilisé pour désigner des tirelires rondes en terre cuite. Le Jugo de Cannas fut ainsi nommé Carosello à Naples, ce nom étant attribué ensuite à d'autres types de tournois, pour se transformer en carousel en France et dans d'autres pays.

Origines À l'origine, le carrousel est un jeu militaire qui se compose d'une suite d'exercices de combat ou de parade à cheval, exécutés par des quadrilles de seigneurs richement vêtus, et entremêlés de représentations allégoriques tirées de la fable ou de l'histoire. Un luxe extraordinaire y était déployée par la monarchie.

Apparu à partir de 1550, ces ballets à cheval vont coexister avec la joute pendant près d'un siècle et bénéficier des conceptions militaires et sociales de cette dernière. vignette|Le carrousel du 2 juin 1662. Les carrousels, dont l'origine ne remonte pas en France au-delà de Henri IV, furent importés d'Italie et remplacèrent les tournois. Le , Hippolyte d'Este, cardinal de Ferrare, donna une fête dans sa demeure bellifontaine lors de laquelle le futur Henri II présenta dans la cour de l'hôtel une vingtaine de coursiers que plusieurs seigneurs, dont Pierre Strozzi et Orazio Farnese, montèrent pour présenter un carrousel plus pacifique que les joutes habituelles. Les participants avaient comme armes des œufs et des oranges qui remplaçaient les boules de terre glaise de la version originale napolitaine. La présentation se termina par l'escalade à cheval du perron construit par l'architecte bolonais Sebastiano Serlio.

À la suite de la mort d'Henri II lors du tournoi organisé à Paris en 1559, puis de celle de Henri de Bourbon, prince de sang âgé de quinze ans, écrasé par son cheval le , les tournois furent jugés trop dangereux et furent remplacés par d'autres divertissements où le roi et la noblesse pouvaient rivaliser, les carrousels.

Jeux équestres Les tournois furent peu à peu remplacés par des simulations de combats ou de batailles, réalisées dans un décor magnifique et mises en scène par des professionnels. Les pistolets des cavaliers étaient toujours chargés à blanc et ils devaient galoper en zigzag. Les arrêts n'étaient pas autorisés et le désordre était en quelque sorte organisé. Il existait encore un affrontement de deux cavaliers qui se positionnaient face à face et qui, en exécutant des voltes très serrées, devaient atteindre l'arrière-main du cheval de leur rival afin de le frapper sur le casque du plat de l'épée, et ceci jusqu'à ce que le juge décide de la fin du combat. La joute avait été réorganisée pour éviter les accidents. Une cible en fer était le seul point que les jouteurs étaient censés toucher de leur lance, l'armure étant obligatoire. Un autre jeu consistait à toucher avec une longue lance, en plein galop, un fantoche nommé "Sarrazin", placé debout sur la piste. Dans le "jeu des têtes", parodie de combats épiques, les cavaliers devaient toucher des monstres fictifs en bois ou en chiffon avec quatre armes différentes.

Carrousel napolitain Ce jeu d'équipe tire son nom d'une boule en terre cuite aux deux extrémités aplaties et aux parois très fines. Deux équipes de quatre cavaliers se faisaient face. Au signal de départ, un cavalier de la première équipe sortait des rangs et se dirigeait vers l'équipe adverse en tenant le carrousel dans la main. Arrivé devant ses adversaires, il le lançait par terre pour le casser en signe de défi. Les deux équipes commençaient alors à se poursuivre, chaque cavalier essayant de casser le carrousel en le lançant contre le bouclier d'un adversaire. L'épreuve se terminait par un défilé qui a certainement donné son nom au carrousel qui apparut dans la seconde moitié du XVIe siècle.

Ballets à cheval italiens

À Naples Les ballets équestres se développent d'abord à Naples dans la deuxième moitié du XVIe siècle. Les chevauchées au rythme de la musique y clôturent toutes les manifestations festives. Elles occupent des metteurs en scène, des chorégraphes, des musiciens, des scénaristes, des armuriers, bijoutiers et autres costumiers tout au long de l'année, ainsi qu'un grand nombre de figurants. Les ballets équestres s'inspiraient des ballets à pied, mais les concepteurs inventèrent des airs spéciaux conçus pour les mouvements des chevaux. La musique et la chorégraphie étaient à chaque fois des innovations.

Ils comportaient de très nombreuses figures très complexes qui alternaient avec des phases appelées gitae, très mouvementées, qui avaient la faveur du public. La symétrie des figures était obligatoire, aucun espace n'était laissé vide. La gita pouvait se dérouler aux différentes allures et comportait de nombreuses courbettes exécutées par des chevaux dont c'était la seule fonction du fait de la difficulté de l'exercice. Les gitae collectives incluant des courbettes étaient exécutées en ligne droite, sur des voltes et des demi-voltes toujours synchronisées et suffisamment courtes pour ne pas fatiguer les chevaux. Si la séquence était longue, les courbettes étaient exécutées à l'ouverture et finalement, la partie centrale étant constituée de figures au galop.

Ils comportaient toujours trois actes. Dans le premier acte, l'amplitude primait ; dans le second, le pas et les figures à volte serrées ; dans le troisième, les airs vifs et variés. Des sauts d'écoles étaient effectués pendant les refrains. Une parade en cercle ou en demi-cercle venait clore le spectacle, suivie par un défilé derrière un char décoré.

Ordonnancement Délestés de leurs armures, les chevaliers se livraient à des simulacres de combats devant leurs dames. Dans un premier temps, la quintaine, dans laquelle il fallait viser une pièce de bois fichée en terre, et le faquin qui, de forme humaine, était planté sur un pivot, prirent de l'importance. À ces jeux d'adresse se rajoutait la course de bague où le cavalier devait passer sa lance dans un anneau suspendu à une potence. Ces compétitions devinrent publiques et on les rehaussa alors du luxe des fêtes de cour ː costumes, chars de triomphe, machines théâtrales, décors éphémères, ballets et concerts. Les carrousels apparurent lorsque des thèmes romanesques, mythologiques ou allégoriques susceptibles de servir le roi furent introduits, permettant ainsi de répartir avec cohérence les participants qui souhaitaient gagner un prix dans les différents quadrilles. L'avènement des carrousels se fit très progressivement pendant toute la deuxième moitié du XVIe siècle.

Les carrousels se voulaient une reproduction coquette des tournois. À des luttes dangereuses d'homme à homme, ils substituaient des exercices dans lesquels l'écuyer pouvait montrer sa vigueur, son adresse et son talent. Ils captivaient les spectateurs qui ne craignaient plus de fins tragiques. La mise en scène de ce spectacle équestre était réglée dans les moindres détails. Les chevaux devaient être soumis et leurs allures rassemblées car l'harmonie et la beauté du spectacle en dépendaient. Mais le cavalier voulant aussi prouver son audace et effectuer des prouesses, les sauts d'école furent intégrés à ces savantes chorégraphies. Ainsi, les carrousels favorisèrent l'apparition de l'équitation académique.

Carrousels en France sous l'ancien régime

Sous Henri IV Le se déroula un "combat de la barrière", commandé par Henri IV pour permettre à "sa valeureuse noblesse" de pratiquer les "exercices de Mars". Celui qui peut être considéré comme le premier carrousel se déroula dans la grande salle de l'Hôtel de Bourbon. Les participants y incarnaient des héros de chevalerie ou des divinités de l'antiquité. Le comte de Laval y parut déguisé en "Mars dans un globe". Après qu'il eut fait le tour de la salle, le globe s'ouvrit pour laisser sortir la Renommée et quatre messagers des dieux qui chantèrent des stances adressées au roi.

En 1606, dans la cour du château du Louvre, se tint un véritable carrousel composé de quatre quadrilles représentant chacun un des quatre éléments. L'eau était figurée par des habits de toile d'argent, une machine en forme de fontaine, et des sirènes jouant du hautbois accompagnées de divinités maritimes. Pour le feu, on avait utilisé la couleur écarlate, des flambeaux et des forgerons frappant une enclume d'où sortaient des fusées. L'air était suggéré par Junon sur un char magnifique entourée d'oiseaux. La terre était évoquée par des Maures et des éléphants portant des tours dans lesquelles des joueurs d'instruments avaient pris place.

Sous Louis XIII En 1612, Marie de Médicis, alors régente, pour célébrer les mariages de Louis XIII et de sa fille Elisabeth organisa un spectacle sur la place Royale qui venait d'être achevée et avait été conçue pour permettre d'apprécier au mieux les exercices martiaux et les courses. Les préparatifs durèrent plus d'un mois. Plusieurs tribunes furent construites pour le public ainsi que trois loges destinées aux reines Marie et Marguerite, aux futurs époux et aux ambassadeurs. Le soir, la fête se prolongea par des festins et se termina par des défilés au flambeau et un feu d'artifice dans les rues de Paris et devant l'Hôtel de ville. Ce divertissement couta 300 000 écus, soit 900 000 livres. Honoré Laugier de Porchères et Bassompierre en furent les principaux organisateurs. 70 000 personnes assistèrent au spectacle qui se déroula les 5, 6 et . Un Palais de la Félicité fut érigé pour annoncer l'espoir d'une paix durable sur le modèle de celui de la Force qui avait été vu à Turin quatre ans auparavant. Il fut détruit par un feu d'artifice à la fin du carrousel, suivant en cela la tradition florentine. Le cortège comportait plus de 20 chars transformés pour certains en machines théâtrales. Les chevaux qui les tiraient étaient déguisés en cerfs, lions, licornes, éléphants, chameaux et rhinocéros. Des figurants affublés en Maures, en Persans, en Chinois, en sauvages et en géants, des enfants déguisés en Cupidons et des jeunes filles incarnant les Saisons entourèrent des oiseaux qui furent libérés. On put encore admirer une tour de l'Univers qui s'abaissa devant le pavillon royal, un dragon volant, un monstre marin et un navire conduits sur la mer, des rochers dont jaillissaient des fontaines de vin, une montagne dont le sommet jetait des flammes et déversait des ruisseaux limpides ou rosés.