Todi est une commune italienne d'environ , perchée sur une colline à d'altitude dans la vallée moyenne du Tibre, dans la province de Pérouse, en Ombrie (Italie centrale). Ancienne cité étrusque et romaine connue sous le nom de Tuder, elle conserve un centre historique médiéval organisé autour de la Piazza del Popolo. Elle est notamment associée au poète franciscain Jacopone da Todi (1230-1306) et au Temple de Santa Maria della Consolazione, édifice Renaissance dont l'attribution à Donato Bramante reste discutée dans la recherche.
Géographie
Territoire
Todi occupe le sommet et les versants d'une colline de la vallée moyenne du Tibre, dans la partie méridionale de la province de Pérouse. Le territoire communal s'étend sur , ce qui en fait l'un des plus vastes d'Ombrie. Les altitudes s'échelonnent d'environ dans le fond de la vallée du Tibre à sur les reliefs boisés à l'est, pour une altitude moyenne d'environ . Le chef-lieu est établi à . Les coordonnées du centre communal sont .
Le paysage communal comprend trois unités physiques distinctes : la plaine alluviale du Tibre, propice aux cultures irriguées ; les versants collinaires intermédiaires couverts de vigne et d'olivier ; et les reliefs boisés de chênes et de châtaigniers sur les hauteurs orientales. Le Tibre structure l'axe principal de la vallée et constitue la limite occidentale du territoire.
Communes limitrophes
Acquasparta, Avigliano Umbro, Baschi, Collazzone, Fratta Todina, Gualdo Cattaneo, Marsciano, Massa Martana, Monte Castello di Vibio, Montecchio, Orvieto, San Venanzo.
Todi se situe à environ au sud de Pérouse, à de Spolète et à d'Orvieto.
Toponymie
Le nom de la commune dérive de l'antique (ou en étrusque), attesté dès l'époque préromaine. Ce toponyme est rapproché de la racine étrusque tular ou tulere, signifiant « frontière » ou « borne », en référence à la position de la cité à la limite entre le territoire des Ombriens et celui des Étrusques.
Le nom latin Tuder (génitif Tuderis) a évolué en Tudertum au Moyen Âge, puis en Tode en langue vulgaire, avant d'aboutir à la forme actuelle Todi. Les habitants portent le nom de Tuderti dans l'usage littéraire et officiel, ou Tudertini dans l'usage courant.
Une tradition locale rapportée dès le associe la fondation de la ville à un présage : un aigle aurait emporté une nappe du bord du Tibre pour la déposer sur la colline, désignant ainsi le lieu d'établissement de la cité. Cette légende n'est pas retenue par les études toponymiques et archéologiques, qui s'accordent sur l'étymologie étrusque.
Climat
Le territoire de Todi est soumis à un climat continental modéré, influencé par l'altitude de la colline et la configuration encaissée de la vallée du Tibre. Les étés sont chauds, avec des températures moyennes en juillet d'environ 24 °C et des maxima dépassant régulièrement 30 °C dans la vallée. Les hivers sont froids, avec une moyenne de 4 à 5 °C en janvier ; la neige est possible sur la colline de décembre à février. Les précipitations annuelles se situent entre 750 et 850 mm, avec des pics au printemps et en automne.
Le territoire présente un risque géologique lié à l'instabilité des versants argileux. Des glissements de terrain ont affecté la cité de façon récurrente depuis le Moyen Âge ; des études menées à partir des années 1990 ont permis de cartographier ces phénomènes et d'engager des travaux de stabilisation.
Histoire
Origines préhistoriques et période étrusque
Les traces d'occupation les plus anciennes remontent aux av. J.-C., avec un habitat ombrien à vocation agricole et pastorale sur la colline. À partir des av. J.-C., la cité entre progressivement dans la sphère d'influence étrusque. Des murailles en travertin, dont des portions subsistent sur environ , sont élevées pour protéger la colline. Les nécropoles mises au jour à Pian di Porto et dans les environs témoignent d'une activité funéraire développée.
La pièce archéologique la plus représentative de cette période est le Mars de Todi, statue en bronze du av. J.-C. découverte en 1835 sur le mont Santo. Elle porte une inscription en alphabet étrusque méridional et reflète les influences hellénistiques sur la production artistique locale. L'original est conservé au Musée grégorien étrusque des musées du Vatican.
Période romaine
En 89 av. J.-C., lors de l'extension de la citoyenneté romaine aux populations italiques, Todi obtient le statut de municipium sous le nom de Tuder, rattaché à la tribu Clustumina. Un forum est aménagé sur la colline — à l'emplacement de l'actuelle Piazza del Popolo —, complété par un amphithéâtre, un théâtre et un réseau de citernes souterraines destiné à la collecte et à la distribution des eaux pluviales. Des liens sont attestés avec la gens Ulpia, famille de l'empereur Trajan.
Le christianisme s'implante à Todi dès l'Antiquité tardive ; la tradition locale identifie saint Terenziano comme premier évêque et martyr de la cité.
Moyen Âge
Au , Todi est intégrée successivement au duché de Spolète, puis au domaine byzantin et lombard. Au , la cité se constitue en commune indépendante et connaît un développement urbain et économique soutenu. Des statuts communaux régissent alors l'organisation de l'espace bâti et les rapports entre factions. Comme la plupart des communes ombriennes, Todi est traversée par les conflits entre partis guelfes et gibelins.
C'est dans ce contexte que naît en 1230 Jacopone da Todi, juriste converti à la vie franciscaine après la mort de sa femme. Entré dans l'Ordre des Frères mineurs, il devient l'un des poètes mystiques les plus lus du Moyen Âge italien, auteur d'environ cent laudes en langue vulgaire. Son opposition au pape Boniface VIII lui vaut l'emprisonnement de 1298 à 1303. L'attribution du Stabat Mater à Jacopone reste débattue. Il meurt en 1306 et son tombeau se trouve dans la crypte de l'église San Fortunato.
Renaissance et époque moderne
Intégrée aux États pontificaux à la fin du Moyen Âge, Todi connaît aux une reprise de l'activité architecturale. La construction du Temple de Santa Maria della Consolazione, entamée en 1508 et poursuivie pendant un siècle, marque cette période. La colline connaît en parallèle de nombreux épisodes d'instabilité des versants ; entre 1150 et 1991, événements de glissement de terrain ont été recensés, entraînant notamment l'abandon de plusieurs quartiers en 1794.
Époque contemporaine
Todi participe au mouvement du Risorgimento et est rattachée au royaume d'Italie en 1861. Au cours du , le déclin progressif de l'agriculture traditionnelle entraîne une dépopulation, partiellement compensée par le développement du tourisme culturel. Le Todi Festival, créé en 1987, contribue à la visibilité nationale et internationale de la commune. En 1992, une étude universitaire américaine classe Todi parmi les villes les plus habitables au monde, lui conférant une notoriété durable dans la presse internationale.
Monuments et patrimoine
Piazza del Popolo
La Piazza del Popolo occupe le point culminant de la colline de Nidoli, à d'altitude. Elle correspond à l'emplacement du forum romain, dont la superficie dépassait celle de la place médiévale actuelle. Une plateforme artificielle soutenue par un réseau de citernes souterraines portait le forum antique ; ces galeries sont encore partiellement accessibles. La place est bordée au nord par la Concattedrale della Santissima Annunziata et le Palazzo Vescovile adjacent, tandis que les côtés est et sud sont occupés par les trois palais communaux médiévaux construits entre les .
Architecture religieuse
Concattedrale della Santissima Annunziata
La Concattedrale della Santissima Annunziata, dédiée à l'Annonciation, domine la Piazza del Popolo depuis le . L'édifice a été bâti sur l'emplacement probable d'un temple romain dédié à Apollon ; un incendie en 1190 détruisit presque entièrement la construction primitive. La reconstruction en style romano-gothique s'étala sur plus de deux siècles, perturbée par un tremblement de terre en 1246 et par l'effondrement de la toiture en 1322, pour s'achever vers la fin du . L'évêque Angelo Cesi fit ensuite modifier l'intérieur au et commanda un programme de fresques à Ferraù Fenzoni.
Le bâtiment présente un plan en croix latine à trois nefs séparées par des arcades en plein cintre sur colonnes corinthiennes. La façade, accessible par un escalier monumental construit en 1740, est percée d'une rosace ajoutée en 1513 et d'un portail central en arc brisé dont la porte en bois sculpté est l'œuvre d'Antonio Bencivenni (1521). Sur le contre-façade, une fresque du Jugement dernier, achevée en 1596 par Ferraù da Faenza, s'inspire des compositions de Michel-Ange. La crypte conserve les reliques des cinq saints patrons de Todi et le tombeau de Jacopone da Todi.
Temple de Santa Maria della Consolazione
Le Temple de Santa Maria della Consolazione, situé hors les murs médiévaux au sud-ouest de la ville, est un édifice à plan centré dont la construction s'étend de 1508 à 1607. Il fut élevé pour abriter une image de la Vierge à laquelle des vertus miraculeuses étaient attribuées par la population locale. L'attribution du projet à Donato Bramante est mentionnée dans un document de 1574, mais n'est étayée par aucune source contemporaine des travaux. Le premier architecte identifié est Cola di Matteuccio da Caprarola (1510) ; d'autres maîtres interviennent successivement, parmi lesquels Antonio da Sangallo le Jeune (1531-1532), Baldassarre Peruzzi, Galeazzo Alessi (1567), Jacopo Barozzi da Vignola (1565) et Ippolito Scalza.
Le bâtiment adopte un plan en croix grecque comprenant une abside semi-circulaire au nord et trois absides polygonales surmontées chacune d'une semi-coupole, d'où s'élève une coupole centrale atteignant environ de hauteur. L'extérieur est rythmé par un double ordre de pilastres et de petites colonnes corinthiennes, avec des fenêtres alternant frontons triangulaires et courbes. L'intérieur, éclairé par de hautes fenêtres, conserve l'image miraculeuse dans l'abside nord et douze niches abritant des statues monumentales des apôtres. La terrasse carrée est ornée de quatre aigles en bronze, symboles de Todi. Le sanctuaire est célébré chaque 8 septembre lors de la fête de la Nativité de Marie.
Église San Fortunato
L'église San Fortunato est le plus vaste édifice gothique ombrien après la basilique d'Assise. Elle s'élève sur la deuxième crête de la colline, à l'emplacement d'un édifice paléochrétien du , dont deux sculptures de lions flanquant le portail constituent les vestiges. La construction du bâtiment gothique actuel est entreprise en 1292 par les Franciscains selon un plan en halle à trois nefs de hauteur égale. Les travaux sont interrompus par la Peste noire de 1348 ; la partie inférieure de la façade n'est achevée que dans la seconde moitié du , et la partie supérieure reste inachevée.
Les trois portails — un par nef — présentent des décors sculptés figurant saints et prophètes, avec des rinceaux symboliques. L'abside est occupée par un chœur en bois achevé en 1590 par Antonio Maffei de Gubbio. La crypte renferme les reliques de saint Fortunat de Todi et le tombeau de Jacopone da Todi, transféré en 1432. Le campanile du offre une vue sur les collines et les bourgs environnants.
Architecture civile
Palazzo del Popolo
Le Palazzo del Popolo, construit en 1213 en style gothique lombard, est l'un des palais communaux les plus anciens d'Italie. Édifié sur un portique bas et couronné de créneaux gibelins en queue d'aronde, il constitua le premier siège des Prieurs de la commune. L'élévation d'un étage supplémentaire date de 1233 ; le campanile est ajouté vers 1330. Les deux niveaux supérieurs sont percés de fenêtres à meneaux en trifores et quadrifores. L'édifice abrite aujourd'hui la pinacothèque municipale, qui conserve des peintures de l'école ombrienne du au .
Palazzo del Capitano