Jacques-Henri de Bourbon, né Jaime Luitpoldo Isabelino Enrique Alejandro Alberto Alfonso Víctor Acacio Pedro Pablo María de Borbón y Battenberg, le au palais royal de la Granja de San Ildefonso, dans la province de Ségovie en Espagne, et mort le à l’hôpital cantonal de Saint-Gall en Suisse, est un infant d'Espagne, titré duc d'Anjou et duc de Ségovie : Juan Balansó, ICC : L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 468, , 432 . (titres de courtoisie). Il fut chef de la maison de FrancePatrick van Kerrebrouck, La maison de Bourbon (1256-1987), coll. Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France,éd. Patrick van Kerrebrouck, Villeneuve d'Ascq, 1987, p.312 comme aîné de la maison de Bourbon et prétendant légitimiste au trône de France de 1941 à 1975, d'abord sous le nom de (97) : ., puis à partir de 1957 sous le nom d’. Il fut aussi prétendant alphonsiste et carliste au trône d’Espagne sous le nom de .
Jeunesse (1908-1941)
Enfance gauche|vignette|Les infants Alphonse et Jacques, avec leur sœur la princesse Béatrice avec leur grand-mère la princesse Béatrice du Royaume-Uni.gauche|vignette|Les infants Alphonse et Jacques, avec leur sœur la princesse Béatrice. Jaime de Borbón y BattenbergSon nom complet est ː Jaime Luitpoldo Isabelino Enrique Alejandro Alberto Alfonso Víctor Acacio Pedro Pablo María de Borbón y Battenberg né le au palais royal de La Granja de San Ildefonso. Il est le second fils du roi d'Espagne (1886-1941), chef de la maison capétienne de Bourbon de 1936 à 1941, et de son épouse britannique Victoire Eugénie de Battenberg (1887-1969). À sa naissance, il fut titré infant d’Espagne par son père, dans le cadre de la monarchie constitutionnelle instituée en 1876.
Il est baptisé le dans la salle du trône du palais de la Granja et reçoit pour parrain le prince régent Luitpold de Bavière (1821-1912), et pour marraine sa tante l’infante Isabelle (1851-1931).
La légitimité de cette monarchie était contestée par les carlistes, partisans de la loi salique et donc du duc d'Anjou et de Madrid, cousin aîné d'.
Jacques de Bourbon devint sourd puis muet après avoir dû être opéré des oreilles, à cause d’une double mastoïdite survenue en 1912 et qui avait été mal soignée. Par la suite, il apprit à lire sur les lèvres et recouvra l'usage de la parole aidé en cela par sa seconde épouse Charlotte qui fit une carrière d'artiste lyrique avant son mariage avec l'infant.
L'exil gauche|vignette|Jacques-Henri et son épouse Emmanuelle de Dampierre accompagnés de sa soeur l’infante Beatriz et de l’époux de cette dernière. Le , fut chassé du pouvoir par les républicains espagnols. Il prit en exil le titre de courtoisie de duc de Tolède et s’installa à Paris à l’hôtel Meurice, puis à Avon (Seine-et-Marne) à l’hôtel Savoy, le gouvernement de la République française lui ayant demandé de rester à au moins de la capitale.
Puis en 1934, le roi et sa famille quittèrent la France et s’installèrent en définitive à Rome au Grand Hôtel.
Jacques-Henri est l’un des témoins de son frère le comte de Barcelone lors du mariage de celui-ci. Les autres témoins sont le prince Ferdinand de Bavière ainsi que les princes Alphonse et Charles de Bourbon-Siciles, frères de la mariée.
Chef de la maison de France (1941-1975)
L'héritier des rois de France vignette|Portrait du duc de Ségovie peint par László, 1927. Le à Paris, l'ex-roi vint rendre visite à son cousin aîné, Jacques de Bourbon (1870-1931), duc d'Anjou et de Madrid, alors aîné des Capétiens, qui était le prétendant légitimiste au trône de France et le prétendant carliste au trône d'Espagne. Les deux hommes se réconcilièrent. Deux jours plus tard, Jacques de Bourbon vint rendre visite à , qui résidait à Avon (Seine-et-Marne), à l'hôtel Savoy. À cette occasion, l'aîné des capétiens remit à l'ex-roi d'Espagne un collier de l'ordre du Saint-Esprit, hérité du comte de Chambord. Par ce geste, le duc d'Anjou et de Madrid voulait rappeler à qu'il deviendrait un jour, à son tour, l'aîné des descendants d'Hugues Capet (Jacques de Bourbon étant célibataire et sexagénaire, et son vieil oncle Alphonse de Bourbon étant octogénaire et sans enfant).
Jacques de Bourbon (1870-1931), duc d'Anjou et de Madrid, mourut d'une angine de poitrine le à Paris, une semaine après son entrevue avec à Avon. Cinq ans plus tard, son oncle Alphonse Charles de Bourbon (1849-1936), duc de San Jaime, mourut à son tour accidentellement le à Vienne. À cette date, l’ex-roi d'Espagne devint l'aîné de la maison de Bourbon et, pour les légitimistes, le nouveau chef de la maison de France, avec pour « dauphin » son fils aîné, Alphonse de Bourbon (1907-1938), ex-prince des Asturies, qui avait pris depuis son mariage le titre de courtoisie de comte de Covadonga.
Deux ans plus tard, la mort accidentelle du comte de Covadonga à Miami le , fit de son frère Jacques, duc de Ségovie, le nouveau dauphin de France de droit, pour les légitimistes.
À la mort d' à Rome le , le duc de Ségovie devint l’aîné des descendants d’Hugues Capet, de saint Louis, d’ et de . Les légitimistes le reconnurent alors comme roi de France et de Navarre de droit, sous le nom de .
Pendant la Seconde Guerre mondiale Peu après la mort de son père, l'infant se réfugie avec son épouse et leurs deux fils à Lausanne en Suisse. Invité à y demeurer par la reine Victoire-Eugénie, mère de Jacques-Henri. Le séjour dans la Confédération suisse est assez calme et les problèmes financiers du prince disparaissent en partie.. C'est durant leur exil en Suisse que le duc et la duchesse de Ségovie entendirent pour la première fois des légitimistes. En effet, malgré le rapprochement entre le prétendant légitimiste et le père de Jacques-Henri en 1931, le souverain en exil avait tenté de cacher à son fils ses possibles revendications.. Ainsi, c'est Emmanuelle de Dampierre qui pousse son époux à s'intéresser au mouvement royaliste français afin de donner un avenir à leurs enfants.
L'après-guerre Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Jacques de Bourbon, duc de Ségovie, assuma sa position de chef de la maison royale de France en tant qu'aîné des Capétiens, en prenant le titre de courtoisie de duc d’Anjou et les pleines armes de France, et demanda par lettre datée du , à Rome, à Jacques de Bauffremont-Courtenay, qui vivait à Paris, de faire connaître sa prise de position. et (lettre du ) d’être son représentant. en France.
Le à Menaggio, province de Côme (Italie), le duc d’Anjou et de Ségovie fit une déclaration enregistrée devant notaire. Il déclara notamment : .
En , Jacques de Bourbon chargea un lointain cousin capétien, François Xavier de Bourbon de transmettre sa déclaration aux cours européennes, accompagnée d’une lettre adressée aux cadets de la dynastie capétienne. Ce que François Xavier de Bourbon accepta, en répondant à Jacques de Bourbon le : .
En 1947, parut un livre de Raoul de Warren sur les prétendants au trône de France : plusieurs pages. étaient consacrées au duc de Ségovie, à la suite de sa prise de position de l'année précédente. La déclaration du nouveau duc d'Anjou ( pour les légitimistes) avait donné lieu à quelques articles de presse, notamment dans les hebdomadaires Samedi-soir« Sosie d'Adolphe Menjou, [sic pour ] duc de Ségovie revendique le trône de France », Samedi-soir, 88, , 9 ., Quatre et Trois (articles d'Alain Decaux)Quatre et Trois, 67 et 70, et . et CavalcadeCavalcade, 57, ..
Depuis 1947, les légitimistes se retrouvaient chaque année : . pour la messe du dans l'église Saint-Augustin de Paris, pour rendre hommage au roi . À partir de 1952, Jacques de Bourbon présida : . chaque à Paris cette messe anniversaire de la mort de , d’abord à Saint-Augustin : . jusqu’en 1957, puis. à la basilique Notre-Dame-des-Victoires de 1958 à 1971, puis à la Chapelle expiatoire à partir de 1972.
Le duc d'Anjou et de Ségovie s'installa en France en 1949, d’abord à Cannes à l'hôtel Majestic, ensuite au Cap d'Antibes (où il obtint son permis de conduire. en ), puis (1952) à Rueil-Malmaison à la villa Segovia (228, avenue Napoléon-Bonaparte), ensuite à Paris au 9 de l’avenue Ingres (dans le ) puis avenue de Suffren, puis plus tard à Neuilly-sur-Seine (boulevard des Sablons), avant de s'expatrier en Suisse en 1970.
Affirmation de son statut Le , à Paris, le duc d'Anjou et de Ségovie conféra à son fils aîné, Alphonse, les titres de courtoisie de duc de Bourbon et de duc de Bourgogne, et à son fils cadet, Gonzalve, celui de duc de Bretagne.. Le , le titre ducal breton sera remplacé par celui de duc d'Aquitaine (à l'initiative d'Hervé Pinoteau), par décision du prétendant légitimiste.
Le à la basilique Saint-Denis, le duc d'Anjou et de Ségovie, invité par le conseil général du département de la Seine, présida en compagnie de son fils aîné, Alphonse, « duc de Bourbon », la cérémonie. de remise du reliquaire de saint Louis, organisée par le mémorial de France à Saint-Denys.
À partir de 1957, Jacques de Bourbon signa désormais Jaime Henri puis Jacques Henri ses actes français, ajoutant ainsi son quatrième prénom à son premier prénom (en revanche, il continua de signer ses actes espagnols du seul prénom Jacques). Les légitimistes lui donnèrent donc désormais comme nom royal .
En , la télévision française diffusa un entretien avec Jacques Henri de Bourbon, dans lequel il raconta le voyage autour du monde qu'il venait de faire pendant trois mois.
Le , le duc d'Anjou et de Ségovie inaugurasur l'invitation de Patrick Esclafer de la Rode à Angoulême une plaque sur la statue de Jean d'Orléans (1400-1467), à l'occasion du cinquième centenaire de la mort de ce Capétien, grand-père du roi . À cette occasion, Jacques Henri de Bourbon fut accueilli par l'évêque d'Angoulême René Kérautret dans la cathédrale Saint-Pierre et par le maire à l'hôtel de ville.
Son frère cadet Juan, comte de Barcelone, n'accepta jamais les revendications de son aîné. L'éloignement des deux frères atteint son paroxysme lors du mariage de Juan Carlos, le fils aîné et héritier de Juan, avec la princesse Sophie de Grèce. En effet, alors que les deux fils de Jacques-Henri étaient invités, ce dernier ne le fut pas et dut rester en France durant toutes les festivités.
L'héritier des rois d'Espagne Désapprouvant le projet de mariage de son fils aîné, Alphonse, prince des Asturies, avec Edelmira Sampedro (1906-1994), une roturière cubaine, fit écrire à son fils aîné une lettre, le à Lausanne (Suisse), dans laquelle le prince des Asturies renonçait au trône d’Espagne, pour lui et ses éventuels descendants. Cette renonciation était faite par simple lettre sous seing privé, sans aucun caractère officiel, et sous la pression du souverain déchu, mais elle faisait néanmoins de l'infant Jacques le nouveau « prince des Asturies » des alphonsistes. Mais il n'allait le rester que pendant dix jours.
Pensant que ses difficultés d’élocution et sa surdité étaient des obstacles à une éventuelle restauration de la monarchie en Espagne, demanda à son fils Jacques d'écrire, à l’hôtel Savoy à Avon le (le jour même où le prince des Asturies se mariait avec Edelmira Sampedro à Lausanne), une lettre par laquelle il renonçait au trône d’Espagne, pour lui et ses éventuels descendants.
Le (jour de son mariage avec Emmanuelle de Dampierre), Jacques de Bourbon reçut de son père le titre de courtoisie de duc de Ségovie.
En 1936, à la mort d'Alphonse Charles de Bourbon, duc de San Jaime, le dernier prétendant de la branche aînée, une partie des carlistes se rangea derrière le nouvel aîné salique : l'ex-roi . Mais de nombreux carlistes refusèrent de soutenir celui qu'ils considéraient depuis cinquante ans comme un usurpateur, et se rangèrent derrière un lointain cousin d’, François Xavier de Bourbon (1889-1977), qui avait été nommé « régent » par Alphonse Charles de Bourbon.