Joseph d'Arimathie (ou d'Arimathée ; en grec ancien : ) est un personnage du Nouveau Testament qui est introduit par les auteurs des quatre évangiles, dans la péricope de la mise au tombeau, comme un notable juif, membre du Sanhédrin, qui procède à la descente de croix et à l'inhumation de Jésus. L'historicité de Joseph d'Arimathie reste largement inaccessible, le personnage ayant peut-être été introduit dans les récits canoniques dans une visée apologétique pour les chrétiens afin de justifier la découverte du tombeau vide.. et .
Selon des légendes médiévales, il aurait recueilli le sang du Christ dans un vase, le Saint Calice, ou le Graal dans le cycle arthurien, et aurait participé à l'évangélisation de la Grande-Bretagne avec l'apôtre Philippe. Il est également présent dans les évangiles apocryphes.
Il est considéré comme saint chrétien dans les calendriers. : il est fêté dans le Martyrologe romain occidental le Initialement, il était fêté le 17 mars, date conservée dans le synaxaire grec. Il est désormais fêté en Occident le 31 août avec Nicodème. Cf. Acta Sanctorum, Paris 1865, t. VIII, pp. 503-5. et le en Orient. Sa renommée a gagné en ampleur sous l'influence des romans du Graal et de la politique de propagande de l'abbaye de Glastonbury.
L'origine du nom Arimathie L'origine du nom reste encore débattue, faisant plus l'objet de vœux pieux et de conjectures qui ne s'appuient sur aucune source documentaire ou archéologique Roy Hoover in Jesus’ Resurrection: Fact of Figment? A Debate Between William Lane Craig and Gerd Lüdemann eds., Paul Copan, and Ronald K. Tacelli, InterVarsity Press, 2000, p. 130-133..
Le terme employé dans le texte grec ancien de Matthieu est Ἀριμαθαία, Arimathaia. Arimathie est peut-être le lieu dont il est question dans le Premier Livre de Samuel (1 : 1), en hébreu הרמתים, Ha-Ramathaïm. Une conjecture identifie Ha-Ramathaïm à l'actuel village de Rantis, au nord-ouest de Jérusalem.
La racine hébraïque רם (RM) signifie hauteur, endroit élevé, et se retrouve dans le nom de plusieurs localités. Ha-Ramathaïm veut donc dire, littéralement, les hauteursJewish Virtual Library, Encyclopædia Judaica.. vignette|Descente de croix par Le Pérugin, palais Pitti, Florence.
Historicité du personnage
Les évangiles canoniques se livrent à une christianisation progressive du personnage :
L'Évangile selon Marc présente Joseph d'Arimathie comme membre respectéL’évangéliste emploie l’expression , « membre respecté du Conseil » traduit parfois dans la Bible par riche membre du Conseil. Cf. . du Sanhédrin, mandaté pour réclamer le cadavre de Jésus et l'inhumer hâtivement avant que ne débute le sabbat pascal, puis relate la mise dans un tombeau quelconque par cet éminent Juif.
La construction littéraire de la péricope dans l'Évangile selon Luc le présente comme un membre du conseil « bon et juste » (sympathisant du christianisme, ce portrait moral l'exonère de la responsabilité du Sanhédrin qui a consenti à sa condamnation) plaçant Jésus dans un tombeau neuf. Cette mention symbolique peut également recevoir une interprétation archéologique : dans le caveau familial de Joseph d'Arimathie contenant une chambre funéraire à plusieurs kokhim, le corps de Jésus a pu être placé dans un loculus neuf, c'est-à-dire vide. Cf. .. L'évangéliste exclue que le corps de Jésus ait connu le sort réservé aux criminels. : la fosse commune (caveau des réprouvésAppelé « champ du potier », Cf ., sorte d'ossuaire commun pour les corps des condamnés non réclamés)Le soin que les Juifs prenaient des corps des morts, et l'impureté associée aux cadavres en décomposition rendent peu vraisemblable qu'on ait déposé le corps de Jésus dans un charnier à ciel ouvert. Cf. ..
L'Évangile selon Matthieu relate l'inhumation par un disciple du Christ (ouvertement converti à son enseignement. Cette conversion officielle n'est pas sans soulever des difficultés pour justifier que Pilate lui ait livré le corps de Jésus. Cf. .) dans son propre caveau familial.
Enfin l'Évangile selon Jean, en combinant plusieurs strates de tradition dont les incohérences (double mandat auprès de Ponce Pilate, double embaumement) sont difficiles à lever., forge la légende. d'un disciple converti qui procède à une sépulture royale satisfaisant à tous les usages. vignette|gauche|Caveau familial typique des sépultures de familles juives aisées au temps du Second Temple (Tombe de Nicanor)La chambre funéraire de l'hypogée, parfois précédée d'un vestibule, est creusée de loges rocheuses, les kokhim.. L'amplification théologique autour de ce récit est issue de développements christologiques ultérieurs et rend ainsi l'historicité de Joseph d'Arimathie inaccessible.. Rudolf Bultmann « démythologise » l'épisode évangélique de la descente de croix par Joseph d'Arimathie et Nicodème, et le range parmi les théologoumènes, c'est-à-dire des affirmations théologiques présentées dans les récits bibliques comme des faits historiques. Des doutes sur l'implication de Joseph d'Arimathie sont également soulevés par l'historien des religions Charles Guignebert, élève d'Ernest Renan, qui pense que le corps de Jésus, comme tout supplicié, a été jeté dans la fosse commune.. Tandis que John Dominic Crossan considère que l'histoire de Joseph d'Arimathie qui offre son propre sépulcre pour l'inhumation de Jésus est une invention des évangélistes.. Guillaume Baldensperger tente de résoudre cette contradiction en distinguant une double sépulture (inhumation hâtive faite par les Juifs puis inhumation effectuée par Joseph d'Arimathie dans un sépulcre honorable).. Maurice Goguel voit dans l'harmonisation ultérieure des textes canoniques par les Pères de l'Église une tentative de réconcilier des traditions différentes et le signe de la transformation par les évangélistes d'une tradition primitive relatant le désarroi des disciples du Christ qui ne pouvaient accepter une sépulture définitive dans une fosse commune. D'où leur invention d'un argument apologétique relativement tardif dans une perspective messianique : Joseph d'Arimathie, notable ayant une certaine estime pour Jésus qu'il considère peut-être comme un prophète d'Israël victime de l'oppression romaine, récupère le corps pour lui donner une sépulture décente..
Joseph d'Arimathie apparaît dans les évangiles pour la première fois après la crucifixion probablement pour justifier la demande à Ponce Pilate de l'autorisation d'emporter le corps de Jésus par un membre disposant d'entrées auprès des autorités romaines puis la mise au tombeau dans son propre sépulcre, ce notable n'ayant aucun autre rôle dans les évangiles. L'intention théologique des évangélistes lorsqu'ils introduisent le récit de la mise au tombeau serait double : Joseph d'Arimathie représente la figure du père, Joseph de Nazareth, présent à la naissance, mais absent par la suite, et qui apparaît ici pour clôturer dignement la vie de son fils. Tandis que l'ensevelissement dans ce sépulcre vise probablement par un procédé relevant de l'intertextualité à rappeler la prophétie du Serviteur souffrant dans le Livre d'Isaïe, cf. .. La présence de Joseph d'Arimathie au moment de la Passion du Christ pose donc problème aux exégètes actuels..
Les Évangiles La traduction utilisée ici est celle du chanoine Augustin Crampon, Desclée et Cie, 1923. L'ordre est celui des dates probables auxquelles les quatre Évangiles furent rédigés.
Évangile selon Marc 15 (Rédaction : 65-75.) 42. Le soir étant déjà venu, comme c'était Préparation, c'est-à-dire veille du sabbat, 43. vint Joseph d'Arimathie, membre honoré du grand conseil, qui attendait, lui aussi, le royaume de Dieu. Il alla hardiment auprès de Pilate pour demander le corps de Jésus. 44. Mais Pilate s'étonna qu'il fût déjà mort, fit venir le centurion, et lui demanda s'il y avait longtemps qu'il était mort. 45. Renseigné par le centurion, il accorda le cadavre à Joseph. 46. Ayant acheté un linceul, il le descendit, l'enveloppa dans le linceul, le déposa dans un sépulcre qui avait été taillé dans le roc, et il roula une pierre à l'entrée du sépulcre. 47. Or Marie la Magdaléenne et Marie, mère de José, observaient où il était déposé.
Évangile selon Matthieu 27 (Rédaction : années 70-80.) 57. Le soir venu, vint un homme riche d'Arimathie, nommé Joseph, qui lui aussi était devenu disciple de Jésus. 58. Il alla trouver Pilate pour lui demander le corps de Jésus ; Pilate alors ordonna qu'on le lui remît. 59. Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul blanc, 60. et le déposa dans son sépulcre neuf, qu'il avait fait tailler dans le roc ; puis, ayant roulé une grosse pierre à l'entrée du sépulcre, il s'en alla. 61. Or Marie la Magdaléenne et l'autre Marie étaient là, assises en face du tombeau.
Évangile selon Luc 23 (Rédaction : années 70-80.) 50. Et alors un homme, nommé Joseph, qui était membre du conseil, homme bon et juste, 51. — il n'avait pas donné son assentiment à leur résolution ni à leur acte —, d'Arimathie, qui attendait le royaume de Dieu, 52. cet (homme) alla trouver Pilate pour lui demander le corps de Jésus ; 53. il le descendit, l'enveloppa d'un linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne n'avait encore été mis. 54. C'était le jour de Préparation, et le sabbat commençait. 55. Ayant suivi (Joseph), les femmes qui étaient venues de la Galilée avec (Jésus) considérèrent le sépulcre et comment son corps (y) avait été déposé. 56. S'en étant retournées, elles préparèrent des aromates et des parfums ; et, pendant le sabbat, elles demeurèrent en repos, selon le précepte.
Évangile selon Jean 19 (Rédaction : années 90-100.) 38. Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate d'enlever le corps de Jésus, et Pilate le permit. Il vint donc et enleva son corps. 39. Nicodème, qui précédemment était venu vers lui de nuit, vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d'aloès, environ cent livres. 40. Ils prirent donc le corps de Jésus et l'entourèrent de bandelettes avec les aromates, selon la manière d'ensevelir en usage chez les Juifs. 41. Or, au lieu où il avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne n'avait encore été mis. 42. C'est là, à raison de la Préparation des Juifs, le sépulcre étant proche, qu'ils mirent Jésus.
Littérature apocryphe et hagiographique La sobriété et la symbolique du récit évangélique sur Joseph d'Arimathie et l'absence de document contemporain aux évangiles mentionnant ce personnage a laissé la place à toute une littérature apocryphe (Évangile de Nicodème composé au , Transitus latin du Pseudo-Joseph d'Arimathie appelé «Transitus Mariae » et composé au ) et hagiographique qui a propagé son culte.
Valérie Lagorio, relevant les traits qui le rapprochent de la Sainte Famille, établit de nombreux parallèles entre Joseph de Nazareth et Joseph d'Arimathie, considérant que la littérature post-biblique opère un véritable transfert entre les deux personnages Valérie Lagorio, Joseph of Arimathea : The Vita of a Grail Saint, dans Zeitschrift für romanische Philologie, 1975, p. 54-68..
La figure de Joseph d'Arimathie est introduite dans le cycle arthurien par Robert de Boron dans son roman en vers Estoire dou Graal ou Joseph d’Arimathie, écrit entre 1190 et 1199, conservé dans un seul manuscritParis, Bibliothèque nationale de France, fr. 20047..