Le Dzogchen (tibétain : རྫོགས་ཆེན་, wylie : rdzogs chen, contraction de rdzogs pa chen po; sanskrit : Mahāsandhi ou Atiyoga), « grande plénitude », « grande perfection » ou « grande complétude », est un ensemble d'enseignements et de techniques d'éveil spirituel du bouddhisme tibétain, nyingmapa, et Drikung Kagyu, et adopté à titre personnel par de nombreux maîtres d'autres lignées comme les , et dalaï-lama ; il a aussi inspiré le Karmapa. Il est également connu sous le nom d'ati-yoga (yoga extraordinaire) ou Mahā-ati. thumb|right|Symbole du bouddhisme Dzogchen
Cet enseignement, tout comme la mahamudra (gelugpa, sakyapa et kagyüpa), prétend se situer au-delà des sutras et des tantras, et donc constituer un véhicule (yana) en soi, au-delà des trois véhicules traditionnels (hīnayāna, mahāyāna, vajrayāna), qu'il peut toutefois utiliser comme des moyens auxiliaires. Son principe est l'autolibération spontanée des passions et non leur transformation comme dans le tantrisme. Il présente par là certaines analogies avec le chan, qui d’ailleurs tenta de s’implanter au Tibet avant d’en être chassé, comme le relate le concile de Lhassa. On pourrait dire que le dzogchen est au bouddhisme vajrayāna ce que le subitisme est au gradualisme dans le mahayana, une voie directe, située au-delà des causes et des effets.
Principes fondamentaux Le point de vue dzogchen sur l'opposition fondamentale dans le bouddhisme entre Nirvāṇa et saṃsāra est que cette opposition est, comme toute dualité, relative et susceptible d'être transcendée, il serait donc inutile de vouloir quitter le samsara et de rechercher le nirvana. Il s'intéresse plutôt au point-clé de la co-émergence (sahaja) du samsara, du nirvana, et de celui qui l'expérimente (le sujet, l'ego), en entraînant son esprit à la présence vigilante, qui en permet la prise de conscience à l'instant même où elle se produit.
Un esprit ainsi orienté est dit reposer dans la base. Celui qui ne quitte jamais la base est un Bouddha: il n'offre pas de prise au samsara lui permettant de se solidifier, autre façon de dire qu'il est libre de karma et toutes les formes d'illusions et d'attachements se libèrent spontanément, manifestant la vitalité de la bouddhéité intrinsèque, innée.
La pratique du dzogchen est donc présentée comme un non-agir, la rapprochant du zen et du taoïsmeJames Low dans Le miroir au sens limpide de Nuden Dorjé, éditions Almora.
Sogyal Rinpoché déclare :
Selon Philippe Cornu :
Origine La tradition nyingma considère que Padmasambhava et surtout Vimalamitra en sont les principaux propagateurs ; le traducteur Vairotsana, l’un des sept premiers moines ordonnés par Shantarakshita, fut également à l’origine de deux lignées désormais éteintes. Selon la tradition bönpo, Tonpa Shenrab Miwoche apporta cet enseignement au Tibet. Pour ces deux courants, la transmission du dzogchen remonte aux origines. Pour les historiens, les détails des débuts du bouddhisme dans les royaumes himalayens sont mal connus, et la genèse exacte du dzogchen reste un mystère. Les tout premiers écrits apparaissent au début de la deuxième transmission du bouddhisme au Tibet, sous forme de textes prétendument cachés durant la période du , durant laquelle les différentes lignées religieuses sont pourchassées tour à tour. Ces termas, « trésors cachés », commencent à reparaître alors que la situation semble se stabiliser quelque peu : la tradition indienne (népalaise, cachemiraise) a éliminé le chan chinois et pris le dessus sur le bön local.
Origine selon la tradition D’après les conceptions bouddhiste et bön, l’origine première de toute tradition est le bouddha primordial. Après une période de transmission sans dommage, des persécutions auraient poussé Padmasambhava, Vimalamitra, Vairotsana (nyingma) et Drenpa Namka (bön) à enterrer ou dissimuler leurs textes pour les préserver. Redécouverts, il arrive qu’ils soient rédigés dans une graphie magique, comme l’écriture de dakini (dayig), que le découvreur doit déchiffrer. Origine de la lignée Khandro Nyingthig du dzogchen nyingma (Padmasambhava) : Bouddha primordial Samantabhadra→ sambhogakāya Vajrasattva→ nirmāṇakāya Shakyamuni→ Padmasambhava, émanation de Shakyamuni apparue peu après son parinirvâna (mort). Durant son existence de plusieurs centaines d’années, Padmasambhava étudie tout d’abord auprès de nombreux maîtres éclairés, puis répand son enseignement en Inde, en Chine (?) et finalement au Tibet, où Yeshe Tsogyal, sa disciple, en devient dépositaire. Origine de la lignée Longchen Nyingthig du dzogchen nyingma (Vimalamitra) : Bouddha primordial Samantabhadra → sambhogakaya Vajrasattva → nirmanakaya Shakyamuni → Prahevajra (Garab Dorje), autre émanation de Shakyamuni apparue peu après sa disparition. Prahevajra obtient le dzogchen directement de Vajrasattva et le transmet à Manjushrimitra du royaume semi-mythique d’Oddiyana. Puis vient Shri Singha de Shokyam, guidé vers par Avalokiteśvara rencontré à Wutai Shan. Suivent Jnanasutra puis Vimalamitra. Origine du dzogchen bön : le bön est très similaire au bouddhisme, mais se réclame d’une tradition parallèle transmise par un être éveillé antérieur au Bouddha historique, né du côté de la Perse ou de l’Asie centrale. La source de la doctrine est ce bouddha, Kuntu Zangpo ; Tongpa Shenrab Miwoche aurait été le premier à la transmettre ; 24 générations plus tard, à l'époque de Trisong Detsen, Dawa Gyaltsen la transmit à Tapihritsa. Pour les pratiquants du bön, le dzogchen se serait développé tout d’abord au royaume de Zhang Zhung dans l’Ouest de l’actuel Tibet. La lignée de transmission orale prétendument ininterrompue se nomme d’ailleurs Zhang Zhung Nyan Gyud, « tradition orale du Zhang Zhung ».
Organisation des enseignements Dzogchen
Selon la tradition Nyingmapa, Garab Dorje, le premier maître humain du Dzogchen organisa les enseignements en trois sections. Jean-Luc Achard les décrit de la façon suivante:
Base primordiale
Les enseignements Dzogchen sont structurés en base, chemin et fruit. En ce qui concerne le premier, Philippe Cornu écrit:
La Base primordiale est le sujet central du Küntché Gyalpo tantra et des « trésors » ou Dzödun écrits par Longchenpa.
Rigpa ou la condition naturelle de l'esprit
Pour aboutir à l'autolibération, le dzogchen affirme qu'il faut maintenir sa conscience en rigpa, l'état de présence claire et éveillée. Dans son essence, rigpa est vacuité, mais dans sa nature, il est lumière spontanée, énergie créatrice dont les phénomènes sont les attributs. Interprété selon la doctrine des « trois corps » ou trikāya, l'essence vide est le « corps absolu » ou dharmakāya, la lumière ou la radiance est le « corps de félicité » ou sambhogakāya, et les phénomènes le « corps d'apparition » ou nirmāṇakāya. L'esprit et les passions ne sont donc qu'un jeu issu de la créativité lumineuse. Les phénomènes se dissolvent en rigpa sans laisser de trace, il n'y a pas d'attachement, pas de finalité et donc pas de karma. Rigpa peut être comparé à un miroir, vide en lui-même mais simultanément doté de la potentialité de refléter toutes les apparences, belles ou laides, sans en être souillé. Dans l'état synchronisé à rigpa, on contemple les phénomènes sans s'y attacher, les rejeter, ou se projeter en eux. Ainsi, on demeure stable, hors de l'illusion et de la saisie, dans la non-dualité. La condition naturelle de l'esprit est donc identique à rigpa, spontanément et primordialement pure, lumineuse et vide.
Pour retrouver cette condition, on distingue la base, la voie et le fruit. La base est indiscernable de rigpa. La voie est la reconnaissance de rigpa en soi. Le fruit ou réintégration de la base est le retour des éléments du corps grossier à leur nature lumineuse, et le plein éveil dans un corps de lumière. Le fruit et la base sont une seule et même chose. C’est pourquoi, pour un bouddha, être éveillé, il n'existe aucune voie susceptible d'être parcourue pour en réaliser le fruit. Le chemin de réintégration n'a de sens que pour les êtres sensibles égarés de la base par l'ignorance.
Pour l'être établi en rigpa, il n'y a pas de différence entre la méditation assise et la vie quotidienne.
Dzogchen Rinpoché Jigmé Losel Wangpo est le Dzogchen Rinpoché.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Dzogchen et tantra, de Namkhai Norbu Rinpoché, Albin Michel. L'Escalier de cristal, 3 volumes, de Kunzang Péma Namgyèl, éd.Marpa. La Liberté naturelle de l'esprit de Longchenpa, Seuil. Dzogchen, l'essence de la grande perfection, par le dalaï lama, The Tertön Sogyal Trust. L'Union du Dzogchen et du Mahamudra par Chokyi Nyima Rinpoché, éd. Dharmachakra. Les Prodiges de l'esprit naturel, l'essence du Dzogchen dans la tradition bön originelle du Tibet, de Tenzin Wangyal, Seuil. Le Miroir du cœur. Tantra du Dzogchen (traduit du tibétain et commenté par Philippe Cornu). Éditions du Seuil, coll. « Points. Sagesses » n° ?, Paris, 1997. 284 p. La Simplicité de la Grande Perfection Recueil de textes Dzogchen traduits du tibétain et présentés par James Low, Ed. du Rocher, Paris, 1998. 240 p. Le Chemin de la grande perfection, de Patrül Rinpoché, éd. Padmakara. (préliminaires uniquement) .
Articles connexes Bön Mahamudra Nyingmapa Rigpa Zhang Zhung
Liens externes Chögyal Namkhai Norbu, Maître Dzogchen, Communauté Dzogchen européenne, site en anglais Chögyal Namkhai Norbu, maître Dzogchen, Communauté Dzogchen française Gangteng Tulkou, maître Dzogtchen, Yeshe Khorlo Europe Rigdzin Namkha Gyatso Rinpoché, maître Dzogchen, Communauté Rigdzin internationale, site en anglais Nombreuses ressources dzogchen: vidéos / pdfs / ebooks en français sur http://www.dzogchen.fr
Catégorie:École du bouddhisme tibétain Catégorie:Méditation bouddhique Catégorie:Spiritualité bouddhiste Catégorie:Expression tibétaine