Hatra (araméen : ḥṭrʾ d-šmš « Enclos du Soleil » ; arabe : al-Ḥaḍr, , « l'enclos », « l'agglomérationḤaḍar, , désigne un lieu de sédentarisation, une région peuplée de sédentaires. ») est une ancienne cité arabe de Haute Mésopotamie, dans le Nord de l'Irak actuel. Elle s'est développée au cours des trois premiers siècles de l'ère chrétienne, en particulier au , alors qu'elle était capitale d'un royaume puissant, allié de l'Empire parthe, et qu'elle résista à plusieurs sièges des armées de l'Empire romain. Hatra fut un important centre religieux, dont la divinité principale était le Dieu-Soleil (Shamash). Son rayonnement s'étendait aux tribus arabes voisines, et elle était sans doute aussi un important centre caravanier. Sa culture était un mélange de traditions mésopotamiennes, syriennes, gréco-romaines et iraniennes, visible notamment dans les domaines religieux, architecturaux et artistiques. Elle fut détruite après la chute des Parthes, par les Perses sassanides d' et en 241 puis abandonnée par la suite.
La ville est aujourd'hui appelée al-Hadr et se trouve dans la province de Ninive, à environ au nord-ouest de Bagdad et au sud-ouest de Mossoul. Les ruines, dominées par plusieurs grands temples et les restes de son imposante muraille, furent fouillées au début du par des archéologues allemands puis, à partir des années 1950, par des équipes irakiennes, avant d'être inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1985 ; elles firent l'objet d'un important plan de reconstruction de la part des autorités irakiennes. Le , le site a été pillé et a fait l'objet de destructions perpétrées par l'État islamique.
Histoire L'histoire de Hatra est mal connue. Elle est essentiellement reconstituée grâce à des récits de quelques historiens romains (Dion Cassius, Hérodien et Ammien Marcellin), qui l'évoquent dans le contexte des conflits entre les Empires romain et parthe. Hatra aurait été l'ennemie des Romains, donc vraisemblablement l'alliée des Parthes. Les sources épigraphiques retrouvées à Hatra fournissent quelques indices sur les évolutions institutionnelles et la montée en puissance des monarques de Hatra, mais ne rapportent aucun événement politique ou militaire. L'intense activité de construction de monuments décidée par ces souverains est un autre indice de leur importance politique croissante.
L'essor de la ville et son contexte géographique et politique thumb|upright=1.5|Hatra et les principales villes de Haute Mésopotamie et de Syrie à l'époque parthe.
La ville de Hatra semble émerger dans le courant du de notre ère. Aucune trouvaille sur le site ni aucune source écrite n'indiquent qu'elle ait existé auparavant, bien qu'une ville située dans la même région soit mentionnée dans un texte du ; elle porte un nom similaire, Haṣaru, construit sur la même racine sémitique signifiant « enclos »..
À l'époque de la création de Hatra, la Haute Mésopotamie était dominée par les Parthes depuis les années Elle était peuplée par des populations parlant des dialectes araméens, les descendants des Assyriens et des Araméens de la première moitié du , que les textes de l'époque désignent à plusieurs reprises par les termes « Assyriens » ou « Syriens ».., et par des tribus arabes qui s'étaient implantées dans la région depuis le milieu du , en particulier autour de Hatra et dans la région du moyen Euphrate. Les auteurs grecs et romains nommaient d'ailleurs cet espace « Arabie »..
Le site de Hatra est situé dans un espace qui semble avoir été peu occupé par le passé. La région est considérée comme désertique, car on n'y trouve qu'un seul cours d'eau, non pérenne, le wadi Tharthar. Cette région, la basse Djézireh, est une zone de plateaux située à la limite de la zone où l'agriculture sèche est possible ; plusieurs villages et fermes contemporains ont été repérés dans son voisinage, surtout au nord où les pluies se font plus abondantes, ce qui indique qu'il y avait là une activité culturale. Il s'agissait sans doute de sites saisonniers occupés par des populations semi-nomades, même si certains villages furent sans doute occupés en permanence par des communautés d'agriculteurs sédentaires. Au sud de Hatra, en revanche, la steppe dominait et il y avait peu d'habitats fixes. Cette région devait alors voir cohabiter des populations pratiquant un semi-nomadisme pastoral et celles pratiquant l'agriculture permanenteS. R. Hauser dans .. La ville principale au voisinage de Hatra était Assur, située à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest, sur le Tigre. C'était un centre important depuis plusieurs millénaires, ancienne capitale de l'Assyrie, qui avait connu un regain de prospérité au début du . Cette ville semble avoir servi, tout comme Hatra, de point d'ancrage de l'autorité des Parthes dans la partie occidentale de la Haute MésopotamieS. R. Hauser dans ..
Les causes du développement de Hatra sont discutées. On met souvent en avant le rôle du commerce caravanier, la ville étant située sur la route reliant Ctésiphon, la capitale des Parthes, à la Syrie, notamment le nœud routier de Nisibe ; Hatra figure sur la Table de Peutinger comme une étape sur cet axe R. Venco Ricciardi, « Hatra. Presentazione del sito », dans .. Mais il n'y a pas vraiment d'indices plaidant en faveur d'un rôle majeur du commerce dans la vie de la citéAlors qu'on a retrouvé des inscriptions de marchands à Palmyre par exemple.. Une explication plus couramment retenue est son rôle en tant que sanctuaire religieux servant pour les populations sédentaires et nomades de la région, adorant le dieu du Soleil et les autres grandes divinités de la villeM. Gawlikowski dans .. Mais la réalité est sans doute plus complexe, plusieurs facteurs ayant dû jouer, dont celui du développement de l'arrière-pays agricole qui n'était pas forcément aussi pauvre que ce qu'on pense généralement T. Kaizer, « Questions and problems concerning the sudden appearance of material culture of Hatra in the first centuries CE », dans . La position du développement par la religion et de la faible importance de l'agriculture est défendue dans ce même ouvrage par M. Gawlikowski, « The development of the city of Hatra », dans . R. Venco Ricciardi et A. Perruzetto, « The ancient phases of the great sanctuary at Hatra », dans .. Le facteur politique aurait également eu son rôle. Hatra semble s'être affirmée en tant qu'entité politique vassale des Parthes, lesquels dominaient alors la Mésopotamie et le plateau Iranien. L'apparition de Hatra dans l'histoire correspond à l'expansion maximale du royaume d'Adiabène (Arbèles, Ninive, Ecbatane et Gaugamèles), situé juste au nord de Hatra. Selon Javier Teixidor, au , ce royaume a peut-être aussi contrôlé Hatra.. Pour Teixidor qui résume la position dominante, Le royaume de Hatra est en effet souvent vu comme une sorte d'État-tampon entre l'Empire romain et les Parthes, jouissant d'une quasi-indépendance : les Parthes semblent en effet s'être peu préoccupés des affaires de leurs vassaux-alliés tant qu'ils ne contrecarraient pas leurs projets et leur apportaient leur soutien lorsqu'il était requis.
Mais les relations entre Hatra et les Parthes étant très mal documentées, leur reconstruction par les historiens repose sur des hypothèses, plausibles mais non démontrables, aucun texte n'évoquant d'ailleurs Hatréens et Parthes combattant côte à côte. Cela a sans doute pour conséquence de minimiser le rôle propre des souverains de Hatra, dont la politique extérieure est généralement présentée au travers du prisme de la dualité entre Parthes et RomainsSur les questions soulevées par les relations avec Hatra et les Parthes, voir notamment M. Sommer, « In the twilight. Hatra between Rome and Iran », dans , L. Gregoratti, « Hatra: on the West of the East », dans . A. de Jong, « Hatra and the Parthian Commonwealth », dans cherche à mettre en avant une interprétation reposant moins sur l'influence parthe..
Débuts de l'expansion thumb|left|Carte des mouvements des troupes à l'époque du siège de Hatra par Trajan en 117.
Le premier auteur à mentionner l'existence de Hatra, Dion Cassius, le fait pour évoquer le siège infructueux de la ville conduit par l'empereur romain Trajan en 116-117, alors qu'il revenait d'une campagne en Babylonie contre les Parthes, et qu'il faisait face à une insurrection des pays qu'il avait laissés derrière lui après la première partie de la campagne (qui a débuté en 114). L'historien évoque une ville ni riche ni prospère, qui n'avait pas encore l'envergure qu'elle devait prendre dans les années suivantes. Ses habitants furent pourtant en mesure d'opposer une résistance vigoureuse aux assiégeantsM. Gawlikowski dans .. Le siège aurait échoué parce que les troupes romaines, éprouvées par le climat désertique et menées par un empereur à la santé déclinante (il devait mourir peu après), auraient manqué d'eau et de bois pour le conduire à son terme :
Il semble que la prospérité de Hatra commença après le retrait des troupes romaines. C'est en tout cas à cette époque que remonte la plus ancienne inscription trouvée sur le site qui puisse être datée avec certitude, et qui concerne la construction d'une salle du sanctuaire principal de la ville. Celle-ci était alors dirigée par un personnage appelé Worod, qui porte dans les inscriptions le titre de « seigneur » (māryā), et qui était peut-être déjà en fonction lors du siège de Trajan. Deux autres seigneurs de Hatra, Elkûd et Ma'anû, apparaissent dans des inscriptions, mais on ne sait pas à quelle période ils ont régnéM. Gawlikowski dans ..
L'époque des « rois des Arabes » thumb|Relief de Sanatrûq avec l'étendard samya portant des symboles divins. Musée national d'Irak.
Une inscription datée de 134 évoque le seigneur qui dirigeait alors la ville, Nashryahb, et son fils aîné, Nasrû, qui semble avoir été associé à l'exercice du pouvoir. Ce dernier devint à son tour seigneur dans les années qui suivirent. Ces deux règnes furent marqués par une intense activité de constructions : l'enceinte du grand sanctuaire fut érigée en 138 à l'initiative de Nasrû, à l'époque prince héritier, puis, au plus tard au début des années 150, ce fut la grande enceinte extérieure de la ville qui sortit de terre, étendant considérablement l'espace couvert par la cité ; le tracé des murailles antérieures n'a pas été identifié par les archéologues. Plusieurs temples sont également datés de son règne. Sur les inscriptions commémorant ces actes, Nasrû se présentait également comme « grand-prêtre du dieu Soleil » (afkalā rabbā d-šamš), ce qui indique que sa fonction avait également un aspect religieux. Il était assisté dans ses fonctions par un dignitaire appelé rabbaytā, « préposé à la Maison (du dieu) ». Il avait sans doute une fonction surtout religieuse car il était responsable de l'affichage des décrets légaux de la ville, dont l'origine est attribuée aux dieuxM. Gawlikowski dans ..