La critique du mormonisme porte sur la doctrine, les pratiques et l’histoire de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. L'Église a en effet été l’objet de critiques dès sa création par Joseph Smith, en raison de ses croyances en contradiction avec celles du christianisme traditionnel. Au , les dérives théocratiques de l'Église et la pratique de la polygamie furent particulièrement contestées. Tout au long de l’histoire de l'Église, de nombreux critiques remirent en cause la légitimité de Joseph Smith comme prophète, l’historicité des Écritures saintes du mormonisme, le non-accès des personnes noires à la prêtrise et le refus des travaux d'historiens susceptibles de modifier l'histoire officielle de l’Église.

Les critiques portent sur plusieurs sujets : les aspects théologiques : certaines doctrines du mormonisme sont en rupture avec le christianisme traditionnel, ce que dénoncent plusieurs critiques chrétiens. les aspects scientifiques : les critiques rejettent la prétendue historicité du Livre de Mormon et du Livre d'Abraham et remettent en cause « l’histoire officielle » de cette Église, les aspects financiers : l'Église est critiquée pour l'absence de publication détaillée de ses finances, la loi américaine ne l'exigeant pas, pour son important business et sur l'importance de ses exigences financières, les aspects éthiques : l'Église est également critiquée pour des doctrines passées ou présentes posant des problèmes éthiques, comme le non accès aux personnes noires à la prêtrise (1844-1978), son soutien à des dictatures, ses rituels secrets inspirés de la franc-maçonnerie ou son recours à la violence comme dans le cas du massacre de Mountain Meadows, les aspects sexuels : l'Église fait l'objet de controverses en raison de son soutien à la polygamie jusqu'en 1890, du rôle des femmes perçu comme restrictif, de sa condamnation de la sexualité hors mariage et de l'homosexualité, et des cas d'abus sexuels, y compris sur mineurs, perpétrés par des membres en situation d'autorité, les aspects sectaires : l'Église est parfois accusée, par des associations et des ex-membres, d'utiliser des méthodes propres aux sectes, par exemple le conditionnement, le contrôle de la vie de ses membres et les mesures disciplinaires en cas de faute.

Critiques théologiques Les saints des derniers jours considèrent que leur religion est le rétablissement de l’Evangile du Christ dans sa perfection d'origine.

Cependant, la plupart des autres Églises chrétiennes considèrent que le mormonisme s'écarte du christianisme traditionnel de manière significative. Les éléments de discorde portent entre autres sur la nature même de la Divinité, la révélation divine, la question de l'autorité et la notion de salut. Le refus des mormons d’adhérer au Symbole de Nicée les empêche d’être admissibles au Conseil œcuménique des Églises. En raison de ces différences, les protestants historiques comme les protestants évangéliques refusent aux mormons la qualité de chrétiensInstitute for Religious Research Le Mormonisme, est-il une religion chrétienne ?. De même, pour les catholiques, la conception qu'ont développée les mormons de la Trinité, où le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois dieux séparés, n’a rien à voir avec le christianisme.

Nature de la divinité vignette|droite|180px|Première Vision de Joseph Smith .

Trinité

La vision chrétienne classique de la Trinité est celle d'un Dieu consistant en une seule substance divine se manifestant en trois personnes. Ainsi, « le Fils est consubstantiel au Père » selon le Credo de Nicée. Les chrétiens considèrent traditionnellement que la Bible enseigne que les trois personnes ne forment en réalité qu'un seul Dieu.

Pour les mormons, Dieu le Père, son Fils Jésus-Christ et le Saint-Esprit sont des personnages divins distincts. Ils sont certes unis dans leurs objectifs mais, selon Joseph Smith, « ces trois-là constituent trois Personnages distincts et trois Dieux »Joseph Smith, Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 300.

Nature matérielle de Dieu Pour le mormonisme, Dieu le Père a un corps matériel : « Le Père a un corps de chair et d'os aussi tangible que celui de l'homme, le Fils aussiDoctrines et Alliances 130.22. ». Or, pour la Bible et selon le christianisme traditionnel, Dieu est incréé et est l'origine de toutes choses, y compris les lois de la nature. Il se trouve par définition hors de l'ordre naturel puisque ce dernier a été créé par lui. Toute matière ne peut exister qu'au travers de sa volonté. Dieu est de nature totalement spirituelle. Jésus dit en effet : « Dieu est espritJean 4.24 » ; et encore : « un esprit n'a ni chair ni os comme vous voyez que j'aiLuc 24.39. ». Si le Fils a pris un corps pour se révéler à l'homme, c'est qu'il n'en avait pas avantHébreux 10.5..

Transformation de l'homme en dieu Pour les mormons, Dieu fait partie de l'ordre naturel. Selon Joseph Smith, « Dieu lui-même a jadis été tel que nous sommes maintenant et est un homme divinisé et siège sur son trône dans les cieux là-hautJoseph Smith, Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 279. ! » En conséquence, l'homme digne sur cette Terre peut lui-même devenir un dieu à son tour. Cette idée a été résumée par Lorenzo Snow en ces termes : « Ce que l'homme est, Dieu l'a été. Ce que Dieu est, l'homme peut le devenirAs man now is, God once was: As God now is, man may be. (Lorenzo Snow, 1840). » Du fait de sa nature humaine divinisée, Dieu le Père possède un corps physique éternel. Cette théorie a été développée dans le cadre de la doctrine de l'Adam-Dieu, selon laquelle Dieu le Père devint Adam et fut le père biologique de Jésus et de Satan.

Pluralité des dieux Pour le mormonisme, les concepts ci-dessus font qu'il existe plusieurs dieux. Certains détracteurs de la religion mormone la qualifient donc de polythéiste. Ceci est renforcé par les écrits mêmes de la religion mormone qui donnent le mot dieu au pluriel, par exemple : « Au commencement, les dieux élevés en dignité se réunirent afin d'imaginer un plan pour créer le monde et les hommesLe journal des discours, Vol VI sermon de J. Smith. » ; « Les dieux organisèrent et formèrent la terreLa Perle de grand prix Abraham 4.1. ».

Plan de salut thumb|right|350px|Le Plan de salut droite|180px|vignette|La Chute de l'homme par Lucas Cranach, illustration du

Péché originel Les chrétiens traditionnels considèrent que la désobéissance d'Adam et Ève au commandement de Dieu fut un grand mal. Cet acte est généralement perçu comme un rejet de la sagesse de Dieu par l'homme afin de céder à ses propres désirs. Les chrétiens considèrent que c'est par la chute d'Adam et Ève que le péché est entré dans le monde, faisant tomber la condamnation et la mort sur tous leurs descendants. En raison de ce péché originel, chaque homme naît avec une nature pécheresse et a besoin de l'intervention divine pour lui apporter le salut.

L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours rejette le concept de péché originel, bien qu'elle reconnaisse que l'homme dans son état naturel est un ennemi de Dieu« Car l'homme naturel est ennemi de Dieu, et l'est depuis la chute d'Adam, et le sera pour toujours et à jamais, à moins qu'il ne se rende aux persuasions de l'Esprit-Saint, et ne se dépouille de l'homme naturel, et ne devienne un saint par l'expiation du Christ, le Seigneur, et ne devienne semblable à un enfant, soumis, doux, humble, patient, plein d'amour, disposé à se soumettre à tout ce que le Seigneur juge bon de lui infliger, tout comme un enfant se soumet à son père. » (Mosiah 3:19). Selon Joseph Smith, « les hommes seront punis pour leurs propres péchés et non pour la transgression d'Adam ». Cette dernière n'est pas réellement perçue comme un mal mais plutôt comme une étape nécessaire afin que la race humaine puisse exister« Adam tomba pour que les hommes fussent, et les hommes sont pour avoir de la joie. » (2 Néphi 2:25). Joseph Fielding Smith, de l'Église, écrivit à ce sujet : « je veux remercier [Ève] d'avoir tenté Adam afin de prendre de ce fruit. Il accepta la tentation, avec pour résultat que des enfants vinrent au monde »Joseph Fielding Smith, The Ensign, Vol. 36 No. 1. De plus, les mormons considèrent qu'Adam et Ève avaient en fait reçu deux commandements contradictoires : l'un qui était de se multiplier et remplir la Terre, l'autre qui était de ne pas manger du fruit. En conséquence, le deuxième commandement devait être transgressé afin d'obéir au premier.

Foi et œuvres Les chrétiens considèrent généralement qu'en l'absence de l'œuvre salvatrice de Jésus-Christ, l'homme est spirituellement mort et qu'il ne peut rien faire pour son propre salut. Selon les protestants, c'est par la grâce seule, et non au travers d'œuvres justes, que Dieu pardonne les péchés et rend l'homme digne de vivre en sa présence. Le salut est donc pour eux seulement par la foi, sans les œuvres. Néanmoins, ils font également des œuvres, mais non plus pour être sauvés, mais pour être fidèle à Dieu. Ces œuvres n'apportent rien au salut, mais amèneront des récompenses. , il s'agit de la Foi, qui se manifeste par les œuvres (portées par la charité) qui apportent le salut mais pas les œuvres seules1 Corinthiens, 13, 2..

Les mormons croient que c'est l'obéissance à la Loi et donc les œuvres qui sauvent : « Le genre humain peut être sauvé en obéissant aux lois et aux ordonnances de l’ÉvangileArticle de foi n°3. ». Les mormons croient que grâce au sacrifice expiatoire de Jésus-Christ tout le genre humain peut être sauvé en obéissant aux lois et aux ordonnances de l'Évangile : « L'homme progresse par le repentir… ce qui l'attend après cette vie, c'est une glorification selon ce qu'il aura mérité. Celui qui a obéi à tous les commandements de Dieu et exécuté toutes ses ordonnances se trouvera en la présence de DieuL’Étoile, mai 1951 p.44-45).. »

Saintes Écritures vignette|180px|Le Livre d'Isaïe La critique des Écritures mormones sont fondées sur : la contestation théologique de l'idée d'un complément à apporter aux saintes Écritures ; la contestation de certaines prophéties contenues dans les Écritures mormones ; les impossibilités historiques du Livre de Mormon.

Bible et révélation moderne Les chrétiens considèrent le canon des Écritures comme clos, ce qui fait de la Bible le seul ouvrage sacré des chrétiens (bien qu'il puisse y avoir des désaccords sur le nombre de livres que celle-ci doit contenir). De nombreux protestants considèrent par ailleurs la Bible comme la seule autorité infaillible (doctrine de la Sola scriptura). Les chrétiens rejettent l'idée qu'une révélation moderne puisse compléter le message biblique. Pour l'Église catholique la Tradition, issue des Apôtres, est la source doctrinale de la Révélation dont la Sainte Écriture fait partie (le Canon de la Bible a d'ailleurs été validé grâce à la Tradition issue des Apôtres et des Pères de l'Eglise). Mais « au fil des siècles il y a eu des révélations dites "privées", dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église Catholique. Elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n’est pas d’"améliorer" ou de "compléter" la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire. (…) La foi chrétienne ne peut pas accepter des "révélations" qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l’achèvement. C’est le cas de certaines religions non chrétiennes et aussi de certaines sectes récentes qui se fondent sur de telles "révélations"Le Christ Jésus "Médiateur et Plénitude de toute la Révélation", Catéchisme de l'Église Catholique. »

Les mormons estiment que la Bible a été partiellement altérée, qu'il y manque beaucoup de parties extrêmement précieuses1 Néphi 13:26-29.