La place de la Concorde (initialement « place Louis XV »), qui s’étend sur , est la plus grande place de Paris. Elle est située dans le .
Elle est, avec la place des Vosges, la place Dauphine, la place des Victoires et la place Vendôme, l'une des cinq parisiennes.
Elle a la spécificité d'avoir connu de nombreux changements de nom, en fonction des événements politiques majeurs traversés par la France, s'appelant successivement : place Louis-XV, place de la Révolution, place de la Concorde, place Louis-XVI (1826-1830) et, de 1830 jusqu'à nos jours, de nouveau place de la Concorde.
Situation et accès Située sur la rive droite dans le , au pied des Champs-Élysées, elle relie ceux-ci, qui montent vers le nord-ouest, au jardin des Tuileries qui s'étend vers le sud-est. Par la rue Royale, elle ouvre au nord sur l'église de la Madeleine et au sud, par le pont de la Concorde qui traverse la Seine vers le , sur le palais Bourbon. Administrativement, la place elle-même est située dans le quartier des Champs-Élysées dont elle est l’extrémité orientale. Mais les deux bâtiments qui la bordent au nord, de part et d’autre de la rue Royale, sont dans le quartier de la Madeleine, toujours dans le , tandis que le jardin des Tuileries qui la jouxte est situé dans le quartier Saint-Germain-l'Auxerrois du .
Proche du centre de Paris, la place occupe une position privilégiée car elle ponctue deux grands axes : axe nord-sud constitué par Montmartre, les grands magasins du boulevard Haussmann, l'église de la Madeleine, l'Assemblée nationale ; axe ouest-est constitué par l'arche de la Défense, l'Arc de Triomphe, l'avenue des Champs-Élysées, le jardin des Tuileries et le musée du Louvre.
La place de la Concorde est desservie par les lignes de métro 1, 8 et 12 à la station Concorde.
Description thumb|left|Plaque de la place de la Concorde avec, au-dessus, la plaque de son ancien nom sous la Restauration, « place Louis XVI ».
Cet ensemble monumental est, au point de vue de l'aménagement urbain, la plus importante création du siècle des Lumières dans la capitale. Il exprime un moment privilégié dans l'évolution du goût français : celui qui voit, vers le milieu du , le déclin du style rocaille et la naissance d'un nouveau classicisme dont Ange-Jacques Gabriel, son architecte, et Edme Bouchardon, le sculpteur de la statue équestre de érigée au centre de la place et détruite à la Révolution, sont parmi les pionniers.
Sa dénomination a changé de nombreuses fois, traduisant l'instabilité des régimes politiques de la France depuis 1789 et une série d'événements joyeux, tragiques ou glorieux, certains d'une grande portée historique, qui se sont déroulés sur son sol. Elle s'est appelée « place Louis XV », puis « place de la Révolution » après le 10 août 1792, « place de la Concorde » sous le Directoire, le Consulat et l'Empire, à nouveau « place Louis XV » puis « place Louis XVI » sous la Restauration, « place de la Charte » en 1830, pour reprendre enfin sous la monarchie de Juillet le nom de « place de la Concorde » ; de même, les monuments qui ont orné ou auraient dû orner son centre : statue équestre de Louis XV, statue de la Liberté, statue de Louis XVI, obélisque de Louxor.
Les aménagements, modestes sous la Révolution (installation des chevaux de Marly en 1794), ont été importants sous la monarchie de Juillet (en 1836, érection de l'obélisque, travaux d'embellissement de Hittorff : les deux fontaines, les statues des huit principales villes de France (les huit « matrones » vêtues à la grecque et couronnées de tours, leurs socles logeant des fonctionnaires et leur famille en attendant l'érection des statuesLa Concorde, les lampadaires et les colonnes rostrales). Le Second Empire bouleversa la physionomie de la place : sur ordre de l'empereur, les jardins bas de Gabriel seront supprimés pour améliorer la circulation, contre l'avis du baron Haussmann qui déplorera cette mesure dans ses mémoires. Le dernier aménagement sur le plan de l'architecture a été en 1931 la disparition de l'hôtel Grimod de La Reynière, construit en 1775 dans le respect de l'ordonnance de Gabriel, mais défiguré au fil du temps par des adjonctions successives, et son remplacement par l'ambassade des États-Unis dans le respect du projet originel. Depuis 1937, aucun changement notable ne peut plus affecter la place qui est classée dans son ensemble. Signalons un dernier embellissement en 1998, à l'initiative de l'égyptologue Christiane Desroches Noblecourt, la mise en place du pyramidion doré de l'obélisque.
Origine du nom Le nom aurait été choisi par le Directoire pour marquer la réconciliation des Français après la Terreur et les appeler à la « concorde », dans le souhait où se trouvait le nouveau régime d'abandonner le nom de « place de la Révolution » qui avait été donné à la place au commencement de la première Terreur à la chute de la monarchie lors de la journée du 10 août 1792La plupart des historiens s’accordent à reconnaître aujourd’hui que la Terreur, et dans ce cas « la Terreur », commence avec la journée insurrectionnelle du : .......
Historique À l’origine, l’emplacement de cette place se situait au cœur de marécages bas et instables, soumis aux caprices des crues de la Seine.
thumb|right|300px|Le projet de Gabriel pour la place Louis XV. thumb|right|300px|La statue équestre de Louis XV telle qu'elle fut inaugurée en 1763.
Au , ce n'était qu'une esplanade, à moitié bordée d'un fossé, servant de Dépôt des marbres pour les Bâtiments du Roi. Elle était reliée par une barrière à un poste de gabelle et au port aux marbres« Quai de Billy, aujourd'hui avenue de New York, arrondissement de Paris », www.paris-pittoresque.com.. Deux grands égouts découverts traversaient les extrémités du terrain : l'un se déversait dans le fossé des Tuileries, l'autre longeait les Champs-ÉlyséesM. J. De Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, 1839, ..
En 1748, la Ville de Paris, représentée par ses échevins et de son prévôt des marchands, décide d'ériger une statue équestre de Louis XV pour célébrer le rétablissement du roi après la maladie à Metz. Un concours est lancé pour déterminer le meilleur emplacement, auquel participent dix-neuf architectes, dont Germain Boffrand, Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, Gabriel de Lestrade et Jacques-Germain Soufflot. Ange-Jacques Gabriel, lui, propose une simple esplanade de terre battue, sans aménagement, situé au bout du jardin des Tuileries, et appelée « esplanade du Pont-Tournant », en référence à un pont de bois franchissant alors le fossé bordant la terrasse des Tuileries. Bien que légèrement excentré, l'endroit pourrait accompagner l'urbanisation des nouveaux quartiers en expansion vers l'ouest, dans le faubourg Saint-Honoré.
Le Roi possède la majeure partie de ces terrains, ce qui réduit le besoin d'expropriations. Avant même que la décision ne soit officiellement actée, des discussions ont été entamées avec les héritiers de John Law, propriétaires de parcelles empiétant sur l’espace prévu pour la création d'une , intégrée au vaste réseau de places royales qui, à Rennes, Rouen, Bordeaux, Dijon, Nantes ou Montpellier, mettent en scène la représentation équestre de Louis XV. Destinées à accueillir la statue, ces places suivent à Paris un principe très ouvert, car elles s’inscrivent dans une zone encore peu urbanisée. Embellie par les façades dessinées par Gabriel, la place Louis XV devient un lien architectural entre les frondaisons des Tuileries et l'échappée verte des Champs-Élysées.
Dès 1750, des esquisses pour la création de la nouvelle place sont présentées au roi. L’axe principal est celui du cours la Reine, marquant l’entrée de Paris depuis Versailles. Conscient des défauts du projet (espace trop vaste, forme rectangulaire limitant la symétrie, et axe préexistant des Tuileries), le roi le refuse.
En 1753, un concours est lancé pour l'aménagement de l'esplanade, réservé aux membres de l'Académie royale d'architecture. Gabriel, directeur de l'Académie et Premier architecte du Roi, est chargé de concevoir un projet en s’inspirant des meilleures idées émises des concurrents. Soutenu par Madame de Pompadour, qui supervise l'ensemble des travaux, son projet est accepté en 1755. En 1758, un accord est conclu entre la Ville de Paris, les représentants du Roi et les héritiers de Law : en échange des terrains cèdés, ces derniers reçoivent le bâtiment au nord-ouest de la place ainsi que les terrains à bâtir de part et d'autre de la future rue Royale. Ils acceptent de financer la construction des façades de tous leurs bâtiments et de respecter la servitude de galeries publiques sur la place.
thumb|right|300px|Le projet d'aménagement de la place Louis-XV par Bernard Poyet (1789).
Commencée par Edme Bouchardon et terminée par Jean-Baptiste Pigalle, la statue équestre de Louis XV fut inaugurée le . Installée au centre de l'esplanade, orientée vers l'est, elle se trouve à l'intersection de la nouvelle rue Royale, reliant la Madeleine à la Seine, et de l'axe du jardin des Tuileries et de l'avenue des Champs-Élysées. Le roi y est représenté à la romaine, coiffé d'un catogan et couronné de lauriers. Le piédestal, conçu par Jean-François Chalgrin, est décoré de bas-reliefs et orné, à chaque angle, d'une statue de bronze évoquant les vertus du souverain : la Force, la Justice, la Prudence et la Paix. Devenu impopulaire à l'époque de l'inauguration, le monarque inspira alors une chansonnette moqueuse :
Le , la place est le théâtre d'un drame connu sous le nom de « grand étouffement » : alors qu'un feu d'artifice est tiré pour célébrer le mariage du dauphin et de l'archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche, une panique éclate à cause d'un incendie déclenché par la chute d'une fusée, entraînant la mort de 132 personnes piétinées ou étouffées..
vignette|300px|Foire Saint-Ovide vers 1770 place Louis-le-Grand par Jacques-Gabriel Huquier (musée de la Révolution française) avant son installation place Louis-XV.
En 1771, la foire Saint Ovide, autrefois installée place Louis-le-Grand, s'installe sur la place, mais disparaît en 1777 à la suite d'un incendiehistoires-de-paris.fr, La foire Saint Ovide.. Plusieurs directeurs de spectacles organisèrent alors des représentations au profit des victimes, marquant le premier acte de bienfaisance de ce genre.
La place est terminée en 1772. Une enceinte octogonale avec balustrade, entourée de fossés de de large et dotée de guérites, est construite pour délimiter cet espace. Seul le côté nord est bâti, offrant une vue dégagée sur la Seine. Une partie du projet ne verra jamais le jour : Gabriel avait prévu de coiffer les guérites de sculptures représentant des trophées et d’installer deux fontaines de part et d'autre de la statue. Les deux grands bâtiments au nord devaient aussi être encadrés, légèrement en retrait, par deux hôtels plus petits et identiques. La place est nommée « place Louis XV ». En 1776, l'intérieur est aménagé en quatre pelouses entourées de barrières peintes en vert.
En 1789, l'architecte Bernard Poyet propose au roi de réaménager la place Louis XV en y construisant des bâtiments à chacun des quatre angles. L'opéra devait prendre place dans celui du nord-est, mais le projet ne verra finalement jamais le jourYvan Christ, Paris des Utopies, Éditions Nicolas Chaudun, 2011, , .. Le 5 octobre 1789, la place est l'un des lieux de rassemblement de la marche des femmes sur Versailles, qui force le roi et sa famille à rentrer à Paris.
Révolution vignette|L'exécution de Louis XVI. À droite, le piédestal de la statue de Louis XV. vignette|Sanson brandit la tête de Marie-Antoinette à la foule en 1793. (Musée de la Révolution française).