André Cayatte., né le à Carcassonne et mort le à Paris, est un écrivain et réalisateur français, avocat de formation. Il a également publié des poésies sous le pseudonyme d'Armand Tréguière.
À partir de l'évocation de faits divers réels, son œuvre cinématographique interpelle le spectateur sur des sujets de société, la corruption, l'abus de pouvoir, la délation, la pédophilie, l'euthanasie, la chirurgie esthétique, la bombe atomique, la réconciliation franco-allemande, la peine de mort, etc. Fidèles au non-conformisme littéraire de sa jeunesse, ses trente films, dont de nombreux succès malgré une censure récurrente, mettent ainsi en procès une société en voie de déshumanisation et forment un unique plaidoyer contre tout ce qui dans la modernité condamne l'individu, spécialement le système judiciaire et le conformisme dont il se soutient. Ses nombreux détracteurs (les « jeunes turcs des Cahiers du Cinéma ») ont qualifié son cinéma de .
Biographie Jeunesse méridionale (1909-1927) André Jean Cayatte est né à Carcassonne (Aude) le de Louis Cayatte et Marthe Béteille. Ses parents habitent dans la bastide Saint-Louis au-dessus de l'épicerie en grosR. Cazals & D. Fabre, Les Audois : dictionnaire biographique., , Association des amis des archives de l'Aude, Carcassonne, 1990 . qu'ils tiennent près de la place centrale de la préfecture de l'Aude, à l'angle de la rue Pinel et la rue DenisseJ. Y. Tournié, « #André Cayatte », in Les Audois du Mag, , Le Mag Évasion, Carcassonne, 2017.. Le père, qui était natif de Dinan (Côtes-d'Armor), avait trouvé épouse huit ans plus tôt à CarcassonneArchives des Côtes d'Armor, acte de naissance , année 1873 (image 315/346) (avec mention marginale du mariage).. André Cayatte ne se défera jamais de son accent du Midi et reviendra régulièrement dans son Languedoc natal.
Il a quinze ans, en 1924, quand son cousin l'abbé Séverac, nouvel aumônier des prisons à Carcassonne, est chargé d'assister un condamné à mort qui avait clamé jusqu'au bout son innocence.. Le jeune prêtre, qui avait en vain supplié qu'on le démette de cette mission, ne dort pas de la nuit et s'effondre quand la tête tombe dans le panierGazette de Lausanne, Lausanne, 1961.; il ne s'en remet pas, dépérit et meurt deux mois plus tard. Dès lors, André Cayatte n'aura de cesse de militer contre « l'imbécile peine de mort ». L'ensemble de son œuvre sera un long plaidoyer pour une justice plus humaine.
Inscrit au Lycée de Toulouse« Lycée général Pierre de Fermat », in Le Parisien étudiant, Paris, 27 février 2012., il écrit des poèmesP. Mac Orlan, « Prière d'insérer », in P. Cayatte, Artaban, La Renaissance du livre, Paris, 1928. modernistes, dont certains sont publiés par Les Cahiers du Sud. Bachelier avec un an d'avance, il part à dix-sept ans à Paris, où l'accueille Philippe Soupault en rupture avec André Breton. Charles-Henry Hirsch publie au Mercure de France une nouvelle de lui dérivée d'une histoire d'amour adolescent, Tristan, Juliette et Méphisto.
À dix-huit ans, en 1927, André Cayatte fait son service militaire au régiment d'artillerie coloniale de Nîmes. Il s'y lie à un autre appelé, René Char, colosse qui a trouvé à s'occuper de la bibliothèque du régiment. Ensemble, les deux poètes impétrants jouent au rugbyL. Greilsamer, L’éclair au front. La vie de René Char, , Fayard, Paris, 2004., conspuent l'ordre bourgeois et fréquentent les maisons closesA. M. Fortier, René Char et la métaphore Rimbaud : la lecture à l'œuvre., , PUM, Montréal, 1999 ..
Écrivain d'avant-garde (1928-1931) Libéré, le dandy André Cayatte parade dans la Talbot offerte par son père et s'inscrit aux côtés de René Nelli et Joë Bousquet« Chantiers (1928-1930) », in L. Autret, Revues littéraires, Paris, août 2015. dans le mouvement du « surréalisme méditerranéen ». Piloté par René Laporte qui transfère alors dans la capitale sa revue Les Cahiers libres, il fonde avec le soutien parisien de Marcel Sauvage au début de l'année 1928 une éphémère revue littéraire toulousaine, Transit« Transit (1928) », in L. Autret, Revues littéraires, Paris, août 2015..
Il visite Paris en compagnie du secrétaire du Parti fasciste révolutionnaire, le jeune avocat Philippe LamourChristian Roy, Alexandre Marc et la jeune Europe, 1904-1934 : L'Ordre nouveau au origine du personnalisme., , Département d'histoire de l'Université McGill, Montréal, juillet 1993. que Pierre Mac Orlan a chargé de réunir de jeunes écrivainsCh. Roy, Alexandre Marc et la jeune Europe, 1904-1934 : L'Ordre nouveau au origine du personnalisme., , Département d'histoire de l'Université McGill, Montréal, juillet 1993.. Celui-ci publie sa nouvelle parue au Mercure de France augmentée d'une seconde partie. Artaban, divagation d'étudiant sur les aventures balnéaires et les petites amours cérébralesJ. Azaïs, « Sur la littérature », in P. Voivenel, L'Archer, Toulouse, février 1929., interroge par plusieurs sous récits la confrontation d'une jeunesse rêveuse à la réalité de sa vie et suscite un très vague étonnement encourageant, « Un nou moviment literari ? André Cayatte », in , Barcelone, 29 décembre 1928.. Le lancement du livre est accompagné d'un soixante-dix huit tours sur lequel sont enregistrés des passages lus.
Avec René Char, André Cayatte fonde à la fin 1928 une seconde revue avantgardiste, MéridiensJ. Voellmy, René Char ou le mystère partagé, , Coll. Champ poétique , Champ Vallon, Seyssel, 1989 ., qui connaît trois numéros, avril, août et . André Cayatte y fait toutes les premières pages, jusqu'à ce que René Char, admirateurR. Char, « Armand Tréguière (Mesures pour rien) », in Le Rouge et le Noir, n° 8, , Paris, mars 1929. de celui-ci auquel il dédieR. Char, « André Cayatte », in Méridiens, n° 1, , L'Isle-sur-Sorgue, avril 1929. son second recueilR. Char, Arsenal, A. Larguier, Nîmes, août 1929, éd. mais finit par reprocher son dilettantismeA. M. Fortier, René Char et la métaphore Rimbaud : la lecture à l'œuvre., , PUM, Montréal, 1999 ., ne rejoigne, dès novembre, Paul Eluard et les Surréalistes à Paris. André Cayatte se contente de voir publier un de ses poèmes par Fernand MarcIn Sagesse. Cahiers de littérature et d'art., n° 10, Librairie Montparnasse, Paris, mars 1930..
En , il partage avec Philippe Lamour la rédaction d'une revue mensuelle que dirige Renaud de Jouvenel, Grand’Route, mais la publication périclite au cinquième numéromodern art. catalogue 153, , Ars Libri Ltd., Boston, juin 2010.. La collaboration des deux hommes continue quand le second fonde en la revue Plan - Organe de doctrine et d’action, qui est à l'origine du planisme.
De l'avocat au romancier (1932-1940) Licencié ès lettres, André Cayatte entreprend des études de droit à la Faculté de Toulouse, au terme desquelles il devient avocat au barreau de la même ville. Au printemps 1933, encore stagiaire, il prépare pour le dossier en défense du journaliste Maurice Privat, attaqué en diffamation par Louis Quemeneur. À cette occasion, il se convainc de l'innocence de Guillaume Seznec et se scandalise définitivement de ce qu'il découvre de la machine judiciaire à travers le cas de l'inspecteur de police Pierre Bonny. Face à l'inefficacité des campagnes de presse, il envisage de recourir au cinéma pour éclairer l'opinion publiqueA. Cayatte, in René Jentet, Regards en arrière, RTF Télévision, Paris, 25 avril 1957.. C'est un client acteur, en procès contre son producteur, qui lui a fait découvrir la puissance de ce média.
Monté à Paris, dégoûté du parlementarisme par l'affaire Stavisky et sa conduite par le préfet Chiappe, il décide de se reconvertir dans le journalisme et l'écriture pour montrer Ph. Lamour, Le Cadran solaire, , Robert Laffont, Paris, 1980.. En deux ans, il publie quatre romans, dont une satire à clefs de la vie provincialeJ. L. Clément, « Les catholiques non conformistes de Toulouse (1925-1945). », in Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale., , n° 274, , Privat, Toulouse, 2011 ., L'Affaire Peyrières. Ils sont publiés par le maurrassien Fernand Sorlot et cosignés par son ancien patron et désormais collègue Philippe Lamour.
Sorte de non conformiste, celui-ci le « parachute » en 1936, à la suite d'un désistement fortuitF. Aune, « Le Front populaire à Cannes », in , Recherches régionales, , , Archives départementales, Nice, mars 1973., dans la circonscription de Cannes sur la liste des candidats radical socialistes aux législatives, qui se présentent sous l'étiquette Front populaireLe Petit Niçois, Nice, 16 avril 1936.. Arrivé bon dernier dès le premier tourF. Aune, « Le Front populaire à Cannes », in , Recherches régionales, , , Archives départementales, Nice, mars 1973., André Cayatte se désiste au second tour au profit du communiste, Henri Pourtalet qui est élu.
Il renonce à la politique, mais pas à l'influence. Il croit . En , il part avec Philippe Lamour faire un reportage pour Le Petit Journal sur la guerre d'Espagne. Les deux amis, premiers témoins français des raids d'aviation sur les populations, rendent compte à L'Œuvre, Vu, L'Illustration, de la confusion des commandements militaires dans une guerre civile. En , outrés par le pacifisme de l'opinion publique, ils rédigent une brochure appelant à soutenir la République espagnole et à combattre l'hitlérisme par une intervention militaire contre la dictature de FrancoPh. Lamour & A. Cayatte, Sauvons la France en Espagne, Baudinière, Paris, 23 décembre 1937.. Ils y dénoncent l'aveuglement de Léon Blum, qui livre clandestinement de vieux fusils quand Adolf Hitler fournit sa propre aviation, et la duplicité de Neville Chamberlain, qui défend les intérêts des Lords, grands propriétaires terriens en Espagne. Conscient des retards de doctrine de l'état-major français, Philippe Lamour rencontre en vain tant Gamelin, attaché à une infanterie de défense, que De Gaulle, partisan de l'utilisation des chars en unités autonomes.
Quand Philippe Lamour, en , participe au ravitaillement d'une division républicaine à l'ouest de Lleida, André Cayatte publie deux autres romans, seul, et c'est en tant que scénariste qu'il fait cette année-là son entrée dans le monde du cinéma auprès des derniers représentants du réalisme poétique. Les deux hommes se retrouvent face à l'absurdité d'une catastrophe imminente dans le parti d'en rire et publient ensemble un second « roman gai » dans le genre courtelinesque où se mêlent argot et grand style, Le Dur des durs.
Lorsque la mobilisation générale est décrétée à la suite de la déclaration de guerre du , il est affecté comme sergent à l'école des officiers de réserve du d'infanterie, et il réside à Paris au 1 square d'Urfé. Le , il épouse à la mairie du Christiane Ségard avec laquelle il vivait maritalement et dont il divorcera cinq ans plus tardArchives de Paris , acte de mariage , année 1940 (image 16/20) (avec mention marginale de divorce)..
Années de guerre (1940-1945) Après la défaite, André Cayatte continue de mettre ses talents d'écrivain au service du cinématographe. En 1941, il fait les dialogues du Club des soupirants, un badinage émaillé de chansons et destiné à faire oublier les privations imposées par l'occupant. Le film est produit par la Continental, compagnie allemande qui a réquisitionné les studios de Billancourt.
André Cayatte est alors sollicité par Léo Joannon, propriétaire des nouveaux studios de Boulogne qui travaille pour la Continental, pour servir de prête nom au dialoguiste de Caprices, Jacques Companéez, lequel se trouve ostracisé par le statut des Juifs élaboré par Vichy. À son insu, le scénario a été volé à Raymond Bernard, sous la menace d'être déporté.