La Judée (de l'hébreu יהודה, Yehudah au travers du latin Iudaea, ou Judaea, en arabe يهودا, Yahudan) est une région montagneuse du Levant. Traditionnellement dominée par la ville de Jérusalem, elle fait actuellement partie de la Cisjordanie en Palestine et d'Israël.
Son nom vient de la tribu de Juda dont elle constituait le territoire. Dans l'Antiquité, c'était une région plutôt reculée au relief escarpé. La Judée a été le centre de plusieurs royaumes et provinces antiques : le royaume de Juda à l'âge du fer, la province perse de Yehoud Medinata, les dynasties des Hasmonéens et des Hérodiens, puis la province romaine de Iudaea.
thumb|Les monts de Jérusalem au centre des monts de Judée thumb|Le nahal Darga dans le désert de Judée thumb|La Judée dans l'empire romain
Nom Le territoire de la Judée (en hébreu, Yéhouda יהודה) est aussi traduit en français par Juda, nom de l'un des deux royaumes de l'Israël antique à l'âge du fer (vers 1200 à vers 550 av. J.-C.).
La tablette de Nimrud K.3751, datée d'environ 733 avant notre ère, est la plus ancienne trace connue du nom de Juda, écrit en cunéiforme assyrien.
Dans le Nouveau Testament, le nom « Judée » a deux sens : le territoire de l'ancien royaume de Juda ; l'ensemble de la Terre d'Israël, baptisée « Palestine » après Hadrien par les Romains, au .
En 135, l'empereur Hadrien change le nom de la province de Judée en Syria Palaestina (« Syrie-Palestine »), après l'échec de la révolte juive de Bar Kokhba contre le pouvoir romain.
Le mot « Judée » était parfois utilisé pour désigner toute la région, y compris les parties situées au-delà du fleuve Jourdain (région de Transjordanie). En 200 de notre ère, l'historien romain Sextus Julius Africanus, cité par Eusèbe de Césarée, décrit Nazara (Nazareth) comme étant un village de Judée. La version King James de la Bible (1611) fait également référence à la région sous le nom de Jewry (« Judée », pays des Juifs) et non pas Judea.
Le nom « Judée » ou « Juda » a donné les mots « Juif » (Yéhoudi יהודי en hébreu, Yahoudi en arabe, Jew en anglais, Jude en allemand, Judío en espagnol...), « judaïsme » (en hébreu, Yahdout יהדות, Judaism en anglais, Judaismus en allemand, Judaísmo en espagnol, etc.) et celui de « judéité ». Acception moderne du terme Les termes de « Judée », de « Samarie » et « Judée et Samarie » (יהודה ושומרון) ou « Judée-Samarie » sont officiellement utilisés depuis juin 1967 par Israël, après sa victoire lors de la Guerre des Six Jours, pour désigner en hébreu la Cisjordanie actuelle. Israël fait ainsi écho à l'appellation ancienne de ces territoires juifs, après que les Jordaniens les eurent conquis en 1948, où la majeure partie de cette région de Judée a été incorporée dans ce que les Jordaniens appelaient ad-difa'a al-gharbiya (traduit en français par « Cisjordanie », en anglais par West Bank), bien que Yehuda (« Judée ») restât le terme hébreu utilisé pour désigner cette région dans l'Israël moderne.
Symbole Le palmier dattier de Judée est un symbole reconnu du royaume de Juda. Il poussait autour de la mer Morte dans le sud, jusqu'aux régions du lac de Tibériade et de la vallée de la Houla vers le nordDisparu depuis les siècles, le palmier dattier de Judée a été « ressuscité » en 2005, à partir d'un noyau découvert à Massada..
Il figure sur plusieurs pièces de monnaie antiques de la région et également sur un billet actuel de 20 shekels israéliens.
Géographie La Judée est délimitée au nord par la région historique de la Samarie, au sud par le Néguev, à l'ouest par la plaine côtière et à l'est par la vallée du Jourdain.
C'est une région aride et montagneuse. L'altitude maximale se trouve sur le mont Hébron à , l'altitude minimale se trouve à au-dessous du niveau de la mer, au bord de la mer Morte.
La Judée se divise en trois sous-régionsCaroline Arnould-Béhar, La Palestine à l'époque romaine . : la Shephelah de Judée à l'ouest, est une région fertile, caractérisée par des collines peu élevées et des vallées ; les monts de Judée au centre appartiennent à la chaine montagneuse qui longe la rive ouest du Jourdain ; le désert de Judée à l'est, jusqu'à la mer Morte.
Les limites de la Judée ayant évolué au cours de l'histoire, la plaine côtière située entre Tel Aviv-Jaffa au nord et Ashkelon au sud peut aussi être considérée comme faisant partie de la Judée. C'est pourquoi les établissements juifs qui s'y sont développés à partir du portaient le nom de moshavot de Juda.
Les monts de Judée eux-mêmes peuvent se diviser entre trois zones, avec du nord au sud : les monts de Béthel, avec au centre Béthel et Ramallah ; les monts de Jérusalem constituent la zone la moins élevée de monts de Judée, — son altitude maximale est ; les monts de Hébron.
La Judée est aujourd'hui divisée entre Israël et la Cisjordanie. centré|vignette|Monts et déserts au sud de la Judée
Histoire Préhistoire/Protohistoire La présence humaine dans cette région est attestée depuis l'âge de la pierre (fin vers 3000 à 2000 av. J.-C.).
Les paléoanthropologues pensent que la région était sur la route des grandes migrations des Homo sapiens, il y a .
L'archéologie a révélé que la ville de Jéricho existe depuis plus de .
Âge du fer
L'histoire du royaume de Juda est mal connue avant le . Le seul événement bien attesté est l'intervention du pharaon . À partir du , il existe vraisemblablement une entité politique dans les monts de Judée. Selon la Bible, ce royaume est établi par les Israélites à l'âge du fer. Ses dirigeants gouvernent un petit territoire autour de Jérusalem. De petites forteresses lui permettent d'assurer son contrôle sur la région environnante. Le territoire comporte quelques hameaux. Sa population est constituée de groupes nomades ou semi-nomadesCf. Alexander Fantalkin, Studies in the Archaeology of Israel and the Levant during the Bronze and Iron Ages in Honour of Israel Finkelstein, éd. Bene Israel, 2008.
Les sources sacrées indiquent que le royaume existe de à L'existence du royaume de Juda est bien documentée par l'archéologie à partir du Juda apparaît pour la première fois dans les sources historiques sous le règne d'Achaz. Le roi est alors vassal de l'Assyrie et il verse un tribut à ..
La chute du royaume de Judée vient en , lorsque la Judée est envahie par les Néo-Babyloniens.
La Judée perse puis grecque
Après l'exil des Juifs à Babylone (de 597 jusqu'à ) sous le règne de , c'est la domination des Perses Achéménides. Au milieu de nombreuses conquêtes dont la prise de Babylone (), le roi achéménide dit « Cyrus le Grand » permet aux Judéens déportés de rentrer à Jérusalem, donnant instruction à ses sujets de faciliter ce retour, et les autoriserait à reconstruire leur TempleDans la Bible, le Livre d'Esdras (1:1-4, décret en hébreu ; 3:6) indique que YHWH, le Dieu unique des Judéens, inspire à Cyrus un décret proclamant l'autorisation de reconstruire le Temple de Jérusalem, en utilisant les trésors qui avait été dérobés par lors de la destruction du sanctuaire. Un autre décret du même Cyrus (cette fois-ci en araméen, la langue officielle de la chancellerie perse), redécouvert au temps de son successeur Darius est de la même teneur (6:2-12).. À leur retour, les exilés juifs fondent Yehoud Medinata (ou simplement Yehoud : la Judée), une province de l'empire perse achéménide formée à partir de leur ancien royaume de Juda. Les Perses gouvernent cette région jusqu'en Ses habitants sont désormais appelés les Yehoudim — les Juifs. Ils forment le noyau de la population juive de Judée de la période du Second Temple.
Les Grecs Séleucides succèdent aux Achéménides sur la région qu'ils dominent de la fin du C'est l'époque hellénistique.
Le royaume des Hasmonéens
La résistance des Hasmonéens (cf. Révolte des Maccabées) donna lieu un temps à un royaume indépendant, le royaume de Judea, gouverné par des ethnarques, grands-prêtres hasmonéens, du .
La période romaine puis byzantine
La Judée tomba ensuite sous domination romaine en : les souverains et Aristobule, fils de la reine Alexandra, se disputant le trône, Aristobule fit appel au consul Pompée. Le comportement d'Aristobule déplut à Pompée, et il mit Hyrcan sur le trône à sa place. La Judée devint un État-client, indépendant mais dominé . Quand Pompée fut vaincu par Jules César, Hyrcan fut mis de côté et le pouvoir effectif fut donné à Antipater, l'un de ses ministres, qui gouverna jusqu'à sa mort en En , fut tué et son neveu, , monta sur le trône. Dernier des Hasmonéens, il fut tué en sur l'ordre d'Hérode (fils d'Antipater, tétrarque de Judée depuis 41 nommé par Rome), et de Marc Antoine. vignette|Sesterce de Vespasien (vers 71 ). Homme debout les mains liées dans le dos, sous un palmier-dattier où la Judée assise pleure. Inscription : . En , Hérode prit le titre de roi, il nous est connu sous le nom d'. Les Romains l'appelèrent « roi, allié et ami du peuple romain » (rex socius amicusque populi Romani). À sa mort en 4 , son royaume fut partagé entre ses enfants, parmi lesquels Hérode Archélaos, qui gouverna si mal qu'il fut déposé en l'an 6 de l'ère chrétienne par Auguste, à l'appel de sa propre population, et Hérode Antipas, époux d'Hérodiade, dont il est question dans le Nouveau Testament. Désormais, la Judée était directement sous contrôle romain : elle devient un district dépendant du gouverneur de Syrie et administré par un préfet, de l'Ordre équestre seulement à cause de la moindre importance de la province. Ponce Pilate fut l'un de ces préfets, en charge probablement de 26 à 36. En évidence du titre praefectus de Pilate, il y a une inscription en pierre découverte à Césarée. La capitale passa de Jérusalem à Césarée, bâtie sous Hérode le Grand. vignette|Sesterce sous Hadrien. Revers : Hadrien levant la main face à Judaea tenant une patère et une coupe ; à ses pieds, trois petits garçons tenant chacun une feuille de palmier ; entre eux, un taureau sacrificiel couché sur l'autel. Inscription : Adventvi Avg Ivdaeae (« L'Empereur arrive en Judée ») (vers 134-138 ). La Judée regagna un peu d'autonomie entre 41 et 44, quand Hérode Agrippa reçut le titre de roi de l'empereur Claude, puis quand son fils, Hérode Agrippa II, monta sur le trône en 48. Pendant son règne eut lieu la première grande révolte de Judée, en 66–70 : elle fut matée par Titus, qui fit raser le Temple de Jérusalem. À la mort d'Hérode Agrippa II, la province revint sous contrôle romain direct. Deux révoltes eurent encore lieu : en 115–117, Révolte de Kitos ; en 132–135, Révolte de Bar Kokhba.
À la suite de cette dernière révolte qui fit subir de lourdes pertes aux armées romaines, Hadrien changea le nom de la province en « Syrie Palestine », Syria Palæstina, et Jérusalem fut rebaptisée en Ælia Capitolina, pour humilier les Juifs. Selon l'historien chrétien Eusèbe, Hadrien interdit aux Juifs d'habiter la polis ou colonia de Ælia Capitolina, bien que les Juifs aient continué d'habiter les autres parties du pays, sous son nouveau nom de Syrie Palestine. Il est erroné de croire qu'Hadrien expulsa les Juifs de toutes les parties de l'ancienne Judée. Le frère dominicain et historien Félix Abel, de l'École Biblique à Jérusalem, fait autorité sur cette période de l'histoire du pays, ainsi que l'historien israélien Michael Avi-Yonah.