vignette|redresse|Latrines de Blaireau européen

Les latrines (nom féminin pluriel) sont un endroit aménagé de telle sorte qu'un être humain puisse s'y soulager de ses déjections corporelles, notamment par la défécation (les Canadiens francophones utilisent plutôt le terme de bécosse issue de l'expression anglaise « back house », qui signifie « derrière la maison » puisque la latrine y était majoritairement aménagée). Par rapport aux toilettes, les latrines possèdent une technologie moindre. Les latrines sont le mode d'assainissement de base le plus utilisé dans le mondeB. Chocat, Encyclopédie de l'hydrologie urbaine et de l'assainissement, Paris, Lavoisier Tec et Doc, 1997, 112 p. .. Le but d'une latrine est à la fois d'assurer la santé de ses usagers en contenant ou en évacuant les excréments, et de protéger l'environnement.

Il restait en 2002 plus de 2,6 milliards de personnes dans le monde sans assainissement de base et donc sans latrines acceptables Water and Sanitation Programme, Joint Monitoring Programme for Water Supply and Sanitation, accessible en ligne.. Les conséquences sur la santé publique, l'infrastructure urbaine et la dignité humaine sont tellement importantes que l'on arrive à parler de « crise sanitaire »M. Black, Mega-Slums: the Coming Sanitary Crisis, WaterAid, 1994.. Malgré les initiatives suivant les Objectifs de Développement du Millenium (visant à réduire de moitié la proportion de personnes sans assainissement de base entre 2000 et 2015), le taux de couverture peine à suivre la croissance de la population mondiale.

La crise sanitaire peut revêtir une telle importance qu'elle finit par affecter les politiques d'un pays ; ainsi, Gandhi avait dit que Sanitation is more important than independence, cité à de nombreuses reprises et notamment dans Duncan Mara, Low-cost Urban Sanitation, 1996, Wiley & Sons..

Le terme latrines désigne aussi les espaces utilisés par des animaux pour leurs déjections.

Terminologie Le terme latrines est étendu en zoologie aux espèces animales : des latrines communes sont ainsi des endroits où les animaux défèquent régulièrement. Ce titre de comportement, fréquent chez les mammifères, a pu être identifié chez des espèces aussi anciennes que les Dicynodontes, il y a 220 millions d'années Lucas E. Fiorelli et al., The oldest known communal latrines provide evidence of gregarism in Triassic megaherbivores, Scientific Reports, 28 novembre 2013..

Si le mot a vieilli dans les pays développés où l'on parle plus couramment de toilettes, il reste couramment utilisé dans les pays en développement et parfois dans les zones rurales des pays développés. La forme au pluriel (« des latrines ») est plus souvent utilisée en France mais la forme au singulier (« une latrine »), perçue comme vieillieVoir la sur le TLFi., est utilisée de préférence dans d'autres pays francophones, notamment en Afrique et en Haïti.

La distinction entre toilettes et latrines n'est pas toujours évidente. Si un simple trou dans la terre entouré de bâches est clairement une latrine, et si un cabinet à chasse d'eau relié aux égouts est clairement une toilette, certains types comme une latrine à siphon hydraulique reliée à une fosse septique peuvent être difficiles à classifier. L'appellation dépend surtout du contexte, et du type d'évacuation des excréta disponible dans le voisinage. Une autre façon de classifier est de considérer qu'une latrine est le plus souvent située à l'extérieur de la maison, et la toilette à l'intérieur.

Le néologisme « latrinisation » est parfois employé dans le développement afin de désigner un programme incluant le développement des latrines. La latrinisation fait partie du processus d'assainissement de base qui inclut l'évacuation des excréta, l'évacuation des eaux de pluie et eaux usées, et l'évacuation des déchets solides.

Utilité

Une latrine a deux fonctions principales : assurer la santé de ses utilisateurs en permettant l'évacuation des excréments de manière hygiénique ; assurer la protection de l'environnement en contenant les germes pathogènes excrétés. Les différents types de latrines assurent plus ou moins bien ces deux rôles. Ainsi, une latrine mal entretenue remplira mal son rôle de protection hygiénique ; le type de sol et la proximité de la nappe phréatique compliqueront les risques environnementaux.

Cependant, une latrine a également d'autres fonctions du point de vue de l'usager, et ces fonctions sont d'ailleurs souvent plus importantes lors du choix de l'acquisition d'une latrine ou de l'amélioration du système existant, bien plus que les raisons de santéWater and Sanitation Programme, Who buys latrines, where and why?, field note, septembre 2004.. Une latrine permet de bénéficier d'intimité, un point crucial notamment pour les femmes (dans certaines cultures, elles ne doivent pas être vues allant faire leurs besoins) ; la défécation en plein air est également associée à un statut inférieur, elle est symptôme de pauvretéRobert Chambers, Whose Reality Counts: Putting the First Last, ITDG Publishing, 1997., tandis que l'utilisation d'une latrine permet de conserver ou de regagner une certaine dignité. Une latrine est également un élément de la culture : ne pas en avoir peut être source de honte lorsque l'on reçoit des visiteurs, en posséder peut être source de prestige. De même, disposer d'un type de latrine « améliorée » ou d'une toilette peut aussi donner un certain statut social.

Histoire Antiquité

Les plus anciennes latrines que l'on connaisse remontent à la civilisation de la vallée de l'Indus, considérée comme la première à avoir développé une planification urbaine dès 2600 av. J.-C. : des toilettes étaient évacuées dans des égouts retrouvés sur les sites de Mohenjo-daro et de HarappaJ. Mark Kenoyer, Ancient cities of the Indus Valley Civilization, Oxford University Press, 1998 .. Il faudra attendre la période romaine avant de retrouver un tel système avec égouts en Europe.

Dans l’Égypte antique, les archéologues n’ont pas trouvé beaucoup de preuves de l’utilisation de latrines. Ils en ont déduit que la majorité de la population allait simplement dans la nature. Cependant, cela n’était pas forcément le cas des pharaons, comme le prouve la présence des latrines en calcaire dans le palais d’Akhénaton à Amarna construit vers 1360 avant J.-C...

Moyen Âge vignette|La latrine à encorbellement du chemin de ronde du château de Derval, concentre la pollution visuelle en des traînées verticales d'excréments sur les murs. vignette|gauche|redresse=.75|Latrines du donjon du château de La Roche-Guyon. vignette|Vue extérieure des latrines du Château de Castelnau-Bretenoux.

En Europe dans les édifices importants (châteaux, abbayes médiévales tous construits avec un plan hydraulique et des latrines individuelles ou collectives avec sièges en bois ou en pierre, voire des bancs d'aisance à plusieurs sièges), les latrines fonctionnent selon le principe d'évacuation gravitaire, les excréments tombant dans le vide et s’évacuant avec les eaux des douves ou de canaux aménagés. Les plus courantes sont les « latrines à encorbellement » placées en surplomb du fossé. Faciles à mettre en œuvre donc moins onéreuses, elles sont sous forme de guérites en bois, de simples bretèches aménagées (typiques des châteaux forts) ou de logettes en pierre rectangulaires accolées à un mur et reposant sur des corbeaux. Les autres types sont aménagées dans l’épaisseur du mur : les latrines à conduit biais débouchent sur l'extérieur par une paroi oblique, impliquant un ruissellement le long des murs ; les latrines à fosse ont des conduits intérieurs aux murs donnant sur une fosse vidangeable située au sous-sol, plus rarement au rez-de-chaussée. Ce dernier type évite la pollution visuelleCette pollution laissait sur le mur des traînées qui sont parfois encore visibles aujourd'hui. et olfactive des latrines précédentes (dont le seul moyen de nettoyage est l'eau de pluie) mais est également source de nuisances en emprisonnant les odeurs au sein du bâtiment. Plusieurs solutions sont mises en place pour atténuer ces nuisances : vidange régulière des fosses, isolement de la latrine dans des tourelles destinées à cet usage, avec parfois l'aménagement de conduits d'évacuation des odeurs, ou ventilateurs à son sommet. Peu à peu, le système à fosse se généralise et finit par équiper la plupart des demeures seigneuriales à la fin du . À la renaissance, ces latrines sont désormais placées aux extrémités des édifices, sous les toits, voire dans un bâtiment annexe et sont équipées d'un siège de bois, moins froid que la pierreAuparavant, le siège était le plus souvent en pierre et son orifice attisait un courant d'air propageant le froid et les odeurs aussi bien dans le cabinet des latrines que dans les pièces voisines., qui peut éventuellement être fermé par un couvercle.

Époque moderne Alors que les latrines médiévales sont des réduits appelés « retraits » ou « fosses à retraits », « chambres basses » ou « chambres aisées », il est de coutume, sous , de les appeler « garde-robes de commodités » ou « garde-robes à chaise percée »..

Éléments d'une latrine

Une latrine est composée de plusieurs éléments : une fosse, dans le cas d'une latrine sèche, ou un système d'évacuation des excréments ; la fosse peut être renforcée ou non, en béton ou en maçonnerie ; une dalle, en béton ou en bois, percée d'un trou et éventuellement recouverte d'un siège. Quand les personnes s'accroupissent, des emplacements sont prévus pour poser les pieds et ne pas les salir ; une superstructure, qui dans sa forme la plus simple est constituée de branchages et de bâches, mais peut aussi prendre l'allure d'une maisonnette en bois ou en briques. La superstructure est recouverte d'un toit et peut comprendre divers éléments tels qu'une porte, un conduit de ventilation menant à la fosse, parfois une arrivée d'eau à l'extérieur.

En plus de ces attributs, une latrine aura des éléments supplémentaires selon son type (voir ci-dessous) : siphon hydraulique, parfois une chasse d'eau quand c'est possible, un emplacement de douche contigu, ainsi que les systèmes d'évacuation des excréta.

Les différentes types Les latrines peuvent être globalement classées selon trois critères : d'une part, si le dépôt des excréta se fait sur place ou si les excréta sont évacués ; d'autre part, si la fosse est sèche ou humide, donc s'il y a ajout d'eau aux excréta ou non ; ou encore si elles sont intégrées au bâtiment ou non. Un facteur supplémentaire intervient, qui est le nombre de personnes utilisant la latrine. On parle alors de latrine publique pour un usage non restreint et éventuellement payant, et de latrine privée ou familiale quand la latrine est destinée à un seul foyer.

Latrines sèches

Un simple trou creusé dans le sol et recouvert à la suite de la défécation n'est en général pas considéré comme une « latrine ». Il faut que la fosse atteigne une profondeur raisonnable, de l'ordre de cinquante centimètres à un mètre, pour que le nom se mérite.

Une latrine à fosse simple est le type le plus rudimentaire mais aussi sans doute le plus répandu. Il s'agit d'une fosse creusée dans le sol, souvent renforcée dans sa partie haute afin d'éviter l'effondrement de la latrine ; la fosse est recouverte de branchages et de terre pour les modèles simples, ou d'une dalle de béton percée d'un trou si les moyens le permettent. S'il s'agit du type de latrine le plus simple, il permet déjà un bon contrôle des maladies liées aux excréta, pour peu qu'un entretien régulier soit effectué. Les odeurs et les mouches continuent de poser problème.