thumb|Wampum iroquois et algonquin, commémorant un traité de paix du . Peabody Museum, Harvard University.

Un collier de wampum, collier de porcelaine, est un collier de coquillages utilisé par les Autochtones du Nord-Est du continent américain comme objet diplomatique et religieux ou comme monnaie d'échange. On trouve aussi des branches, ceintures et d'autres objets de wampum, par exemple une ceinture de porcelaine.

Bien que le mot wampum ait souvent été utilisé pour désigner différents types de perles, de coquillages ou d'objets perlés, il se réfère à un type de perles en particulier. Celles-ci se distinguent des autres par la combinaison de quatre critères : le matériel utilisé (certains coquillages marins provenant exclusivement des côtes de l'océan Atlantique), leur forme tubulaire et leur taille (environ de diamètre sur de longueur).

Il importe de faire une distinction entre le wampum et les wampums. Lorsque l'on se réfère à du wampum, on renvoie à la matière première, c'est-à-dire aux perles. Par contre, lorsque l'on parle des wampums, on réfère alors à des colliers, qui sont en fait des bandes perlées de plusieurs rangs de perles tissées. Ainsi, par extension, le mot wampums en est venu à désigner les colliers de wampumBeauchamp (1978 : 328); Ceci (1989 : 63); Fenton (1971 : 440) ; .. Par l'alternance des couleurs des perles, blanches et pourpres exclusivement, des motifs étaient généralement illustrés : carrés, losanges, hexagones, triangles, croix, lignes parallèles et/ou obliques, zigzags, cercles, pipes, haches, bâtiments, figures animales ou humaines, écritures, chiffres.

Étymologie et terminologie vignette|Collier et branche de porcelaine (La Potherie, 1722). Le mot wampum est une abréviation de wampumpeague ou wampumpeake, un mot algonquin du sud de la Nouvelle-Angleterre. Récupérée par la langue anglaise au début du , cette expression signifierait tout simplement « enfilade de coquillages blancs ».

Les Hollandais désignaient le wampum par le mot sewan ou zeewant du pidgin du Delaware..

Les Français et Canadiens nommeront les wampums « colliers », « colliers de porcelaine » et les Anglais « ». Ces deux expressions renvoient au même objet échangé lors des rencontres diplomatiques officielles. On classe aujourd'hui les artefacts de wampum selon leur forme de collier ou de ceinture..

Au début du , on désignait par le mot porcelaine ou pourcelaine un certain mollusque de la famille des cypréidés, la nacre et la substance polie des coquilles utilisées en joaillerie..

En Nouvelle-France, les wampums sont désignés par colliers (de porcelaine) et les Français échangent de ces colliers de la même façon que les Anglais échangent des . Enfin, il faut distinguer un collier d'une branche de porcelaineen anglais, , cette dernière étant constituée de perles enfilées sur une corde seulement. On échangeait les branches à l'unité ou attachées ensemble pour former une simple unité de plusieurs centaines de perles.

Dans certaines études portant sur les wampums, on retrouve parfois l'expression « ceinture de porcelaine », qui n'est en fait que la traduction de l'anglais « ». Cette expression ne tient pas compte de la réalité historique..

Perles blanches précieuses d'esnoguy L'explorateur français Jacques Cartier accoste sur l'île de Montréal et visite le village d'Hochelaga en 1535. Les Hochelaguiens apprécient particulièrement les perles blanches façonnées à partir de coquillages, que ces Iroquoiens du Saint-Laurent. désignent par le mot esnoguy (ou dans la transcription de Lescarbot).

Ensuite il suffit de ramasser les coquillages sur les incisions. Cartier est le premier Européen à décrire le wampum. ; l'esnoguy n'est pas strictement parlant du wampum, puisqu'il provient de coquillages d'eau douce.

Commerce des perles de wampum vignette|gauche|upright|Lot de perles de Wampum, 1750-1800, Musée McCord. vignette|Coquillage, de la région de Long Island (New York), servant à la fabrication du wampum. Musée Pointe-à-Callière. Le commerce des perles discoïdales entre les groupes de la côte atlantique qui avaient accès aux coquillages marins et les groupes géographiquement éloignés de ces sources d'approvisionnement, tels les Iroquoiens et autres groupes de la région des Grands Lacs, aurait débuté avant l'arrivée des Européens en Amérique. Par contre, ce n'est qu'après les contacts entre Européens et Amérindiens que les perles de formes tubulaires se seraient répandues à l'intérieur du continent. L'utilisation croissante de pointes de métal et outils européens auxquels les Amérindiens avaient désormais accès fit en sorte d'accroître considérablement la fabrication des perles, si bien que l'on finit par nommer la région de la côte est le « pays du wampum », et les peuples algonquiens habitant le long des côtes atlantiques, tels les Narragansetts et les Pequots qui les produisaient, les « »Beauchamp (1978 : 330-331, 338); Ceci (1980 : 844 n30), (1982: 100); ; Vachon (1970 : 268)..

Le wampum devint un bien d'échange important dans la traite des fourrures. C'est à partir de ce produit que les Hollandais et les Anglais purent avoir accès aux milliers de fourrures nécessaires au commerce. Cherchant avant tout le profit, ils flairèrent rapidement le potentiel énorme du wampum. Il semble en effet que la meilleure façon d'inciter les Amérindiens habitant les régions de l'intérieur du continent à apporter leurs fourrures aux commerçants européens était de leur fournir du wampum : Wampum is the source and the mother of the beaver trade, and for goods only, without wampum, we cannot obtain beavers from the savages, explique en 1660 le gouverneur de la Nouvelle-Néerlande, William Stuyvesant, aux directeurs de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales qui siégeaient dans la mère-patrieCeci (1980 : 841)..

Ces perles étaient acquises par les Hollandais auprès des Amérindiens producteurs en échange de différents objets de traite manufacturés en Europe. Avec ces perles, les Hollandais se tournaient ensuite vers les peuples amérindiens situés plus à l'ouest, qui eux leur fournissaient les fourrures. En expédiant les perles des côtes vers l'intérieur, on favorisait l'exportation des fourrures vers les colonies, où les investisseurs faisaient de larges profits en les envoyant en Europe. Lynn Ceci explique ainsi le mouvement de ces échanges qui prirent la forme d'un véritable triangle commercial (trade triangle)Ceci (1982 : 98). Voir aussi Ceci (1980 : 844); Fenton (1971 : 441)..

Alors que la traite prit de l'ampleur, des guerres de conquête visant à contrôler les sources d'approvisionnement en perles et en objets de traite eurent lieu entre les groupes impliqués dans le commerce. Par exemple les Mohawks (Iroquois) subjuguèrent les Mohicans (un peuple algonquin producteur de perles) vers 1629, et les Anglais attaquèrent les Pequots (aussi un peuple algonquien) vers 1637Ceci (1980 : 844-845); Fenton (1971 : 442).. Il peut être utile de noter aussi que, dans un même esprit de compétition, des manufactures de perles de wampum seront établies par les colons européens le long des côtes pour faire concurrence à la production amérindienne.

Usage du wampum comme « monnaie »

En Nouvelle-Néerlande et en Nouvelle-Angleterre La monnaie métallique manquant gravement dans les colonies hollandaises du fait que la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales refusait de fournir les colons avec des pièces de métal, ceux-ci se tournèrent vers le wampum pour en faire une monnaie. Si le choix de ce produit s'appuie partiellement sur le fait qu'elle était très recherchée par les Amérindiens pourvoyeurs de fourrures, le wampum répondait aussi à d'autres critères qui le rendaient utilisable comme monnaie : les perles sont durables, maniables (petites et légères), accessibles (proximité des côtes) mais relativement rares et difficiles à produire (environ 36 à 48 perles par jour), ce qui contribue dans une certaine mesure à prévenir la contrefaçon. Enfin, leur caractère divisible les rendait très utiles : calculées en perles non-tissées ou en brassesC'est-à-dire enfilées sur un fil ou une corde d'une longueur spécifique. La brasse française était une mesure de longueur équivalant à tandis que la brasse anglaise (fathom) équivalait à ., le wampum permettait de couvrir un large éventail de prix pour les biens et services. À partir du moment où le wampum fut déclaré monnaie légale en Nouvelle-Hollande, diverses lois et ordonnances furent établies de façon à régulariser la valeur des perlesBeauchamp (1978 : 351-356); Rosendale (1895); Woodward (1932). Pour une analyse économique passablement complète du wampum comme monnaie, voir le texte Money Substitutes in New Netherland and Early New York: Wampum à l'adresse Internet suivante : http://www.coins.nd.edu/ColCoin/ColCoinIntros/NNWampum.html (à jour le 9 novembre 2007)..

Inflation

Guerre des Pequots Les militaires britanniques attaquent la Première Nation des Pequots, qui contrôle alors la majorité de la production des perles dans toute l'Amérique. La guerre qui en découle ..

Mauvaise qualité et contrefaçon Quand ce n'était pas la surabondance des perles dans la circulation qui diminuait leur valeur, c'est leur mauvaise qualité qui la faisait fluctuer. En effet, comme les opérations de transformation du coquillage en perles n'étaient pas suffisamment encadrées dans les colonies hollandaises, des perles de mauvaise qualité ou encore fabriquées d'autres matériaux circulaient, ce qui provoqua l'insatisfaction des usagers. La contrefaçon mena les Anglais (qui utilisèrent le wampum comme monnaie de façon plus superficielle) à créer la première monnaie métallique de l'Amérique en 1652 au Massachusetts. Ce faisant, le wampum en circulation, de bonne ou de mauvaise qualité, désormais fortement dévalué, se vit déversé dans l'économie hollandaise qui s'en trouva déstabilisée par l'augmentation des coûts des biens.

Au courant des années suivantes, comme les commerçants anglais n'étaient plus attachés au wampum, ils purent en offrir davantage aux Amérindiens en échange de leurs fourrures, ce qui nuit encore plus à l'économie hollandaise qui, en 1664, s'effondraitCeci (1980 : 846-847).. Au Massachusetts, le wampum cessa d'être utilisé officiellement comme monnaie dès 1661 et l'année suivante, au Rhode Island, on mit aussi un terme à son utilisation comme monnaie, bien que dans la pratique, le wampum fut utilisé pour certaines transactions pendant quelques années encoreRosendale (1895: 18)..

En Nouvelle-France En Nouvelle-France, à défaut d'avoir un accès aisé aux pièces de monnaie en usage en France à la même époque, les autorités se tournèrent vers différents matériaux, objets ou marchandises échangeables afin de leur donner une valeur de paiement libératoire. Par exemple, on utilisa des peaux d'orignaux ou de chats sauvages, du blé, du maïs ou des pois, et plus tard, en 1685, les fameuses monnaies de cartes signées par l'Intendant. Ces marchandises purent servir de monnaie parce qu'une autorité gouvernementale l'avait ainsi statué et institué en précisant les modalités de leur utilisation. Si les habitants et commerçants avaient généralement confiance en la signature de l'Intendant, des lois ou règlements pouvaient tout de même les obliger à accepter les marchandises proposéesMcCullough (1987: 21)..