En politique, le régionalisme est une attitude visant à valoriser et à défendre les intérêts et l'identité de régions particulières ou d'un groupe de régions, qu'elles soient officielles ou bien traditionnelles (divisions administratives ou politiques, subdivisions de pays ou unités infra-étatique).
Au sein d'une nation, dans un cadre politique, les régionalismes visent à accorder aux régions une autonomie relative, qu'elle soit politique ou économique. Les régions deviennent alors un échelon intermédiaire entre le pouvoir central de l'État et les institutions locales.
Le régionalisme a également une acception plus générale, selon laquelle tout mouvement infra-étatique visant à l'affirmation identitaire d'une région peut être qualifié de régionaliste. Le régionalisme institutionnel est l'attribution de certains pouvoirs aux régions, par divers moyens (dévolution, délégation, décentralisation). C'est un procédé constitutionnel comparable au fédéralisme, si ce n'est que le fédéralisme était historiquement considéré comme étant le processus en sens inverse, où des régions ou des États délèguent des pouvoirs à un échelon supérieur en se . Il peut être mis en relation avec l'autonomisme qui prône l'autonomie territoriale.
Toutefois, si le régionalisme va de pair avec l'affirmation d'un échelon régional et/ou la demande d'une dévolution du pouvoir plus importante vers la région, il ne remet pas en cause a priori les frontières des États actuels, tandis que le nationalisme régional contient implicitement la revendication d'un nouvel État-nation, sur la base géographique de la région concernée.
Émergence du régionalisme Il est relativement difficile de dater précisément l'émergence d'un régionalisme politique. Néanmoins, de nombreux auteurs s'accordent à dire qu'il faut chercher ses racines dans la création des États-nations.
Il conviendrait d’étudier l’effet de la centralisation du pouvoir politique sur la force des revendications régionalistes. Mais l’identité régionale est souvent ancrée sur l’existence d’une province historique (duché ou comté) et/ou d’une langue régionale. Les cultures régionales ont émergé lors de la deuxième moitié du , dans une tension entre la culture nationale qu'elles pouvaient devenir, et le simple témoignage du passé dans lequel leurs promoteurs refusaient - du moins en théorie - de les voir cantonnées.
Les régionalistes que l’on peut appeler provincialistes, à la fin du en France, ont revendiqué un régionalisme culturel avant d’être politique, pour éviter d’être taxés de séparatisme.
Après la Première Guerre mondiale, l'idée défendue par Woodrow Wilson sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, ont également favorisé le développement des cultures régionales. L'Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Serbie ou encore la Tchécoslovaquie voulaient accéder à l'État-Nation. Toutefois, c'est l'entrée du monde dans la globalisation et l'émergence de structures supranationales telles que l'Union Européenne qui ont favorisé l'apparition de formes politisées du régionalisme. Ainsi, Anssi Paasi parle de nouveau régionalisme pour définir les régions qui profitent de la dénationalisation des États pour faire valoir des revendications politiques et Gordon MacLeod cite Keating qui affirme que les nouveaux régionalismes sont le fruit du changement des États, des marchés (financiers) et du contexte international. Le hérite donc des cultures régionales et de leurs ambiguïtés. Il aura, de plus, à compter avec une délimitation territoriale des régions, inexistantes jusque-là, dont l'impact sur les cultures régionales va sans doute constituer un des enjeux des prochaines décennies.
Sur le continent européen, le développement de l'Europe des régions a été propice à l'émergence des nationalismes régionaux puisque cela a donné la possibilité aux régions de trouver un terrain propice à l'élaboration de valeurs communes et la capacité de trouver de l'aide financière grâce au Fonds européen de développement régional (FEDER) qui vise à atténuer les disparités régionales et à favoriser les particularismes culturels régionaux. La combinaison de ces différents éléments implique qu'actuellement, les régions sont des acteurs importants à prendre en compte lorsqu'il s'agit d'étudier les échanges inter- et intra-étatiques.
Par la « Charte de l’autonomie locale », le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux — qui représente les collectivités locales et régionales au sein du Conseil de l'Europe — a mis en place des règles communes aux pays membres du Conseil de l’Europe ayant apposé leur signature sur la Charte, le but étant de garantir l’acceptation et la protection de l’autonomie politique, administrative et financière des pouvoirs locaux. Ce suivi3 (monitoring) de la démocratie locale et régionale constitue l’activité la plus emblématique du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe.
Émergence de la théorisation du régionalisme L'origine du discours à l'encontre du droit des peuples à décider d'eux-mêmes est difficile à préciser mais de nombreux auteurs s'accordent à dire qu'il faut chercher ses racines dans la formation des États-Nations au . Klemens von Metternich, chancelier de l'empire Austro-Hongrois, par exemple, défavorable aux États libéraux et à l'autodétermination de la région de Serbie, Monténégro ou Bulgarie, considérait au "l'Italie une expression géographique". En France ce discours a été particulièrement pratiqué à l'encontre des Bretons, des Corses ou Wallons en Europe. Par exemple, François Hollande, dans le cadre d’un dîner célébré en 2014, avoue au monarque castillan, Philipe VI de Bourbon, être inquiet « des identités régionales qui se veulent identités nationales demain ». Mais encore, les régions d'Algérie, du Maroc ou même la région du Togo en Afrique ont été traités d’anti-françaises lors de la décolonisation dans les années 1960. Jules Ferry était même convaincu au de la mission civilisatrice de l'homme blanc sur ses régions là. Il n'était pour l'État français nulle question de reconnaitre les nations algériennes ou marocaines en vue de continuer à exploiter les richesses africaines, sans parler des épisodes génocidaires. Toutefois, plusieurs auteurs s'accordent à accepter que la théorie du régionalisme apparaît avec le référendum écossais. Dans une optique à nouveau négationniste, les anciens empires coloniaux, essentiellement, développent une littérature contraire au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Les nations voulant devenir indépendantes sont qualifiées de régionalismes radicaux, nés de la crise financière. C’est le cas de l’Écosse à l’encontre de laquelle se développent des discours semblables aux soviétiques : singularité régionale, régionalisme lilliputien, nationalisme régional.Memorias de Mijaíl Gobachov, Plaza & Janés (Círculo de Lectores). Néanmoins, la même théorie tend à négliger le régionalisme québécois, se focalisant de préférence sur le nationalisme écossais ou kossovar. Pour le premier il s'agirait d'un vrai nationalisme, les seconds ne sont que de simples régionalismes radicalisés et repliés sur eux-mêmes. Or, en Catalogne 80 % de la population est bilingue, contrairement à la France où le bilinguisme n'arrive qu'à 30 %. Plusieurs auteurs s’accordent ainsi à dire que cette théorie de la régionalisation n’est qu’un discours fabriqué pour nier le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Trois piliers du régionalisme politique Gordon MacLeod désigne trois éléments indispensables à toute mise en œuvre d'une politisation régionale. En effet, ce qui différencie le régionalisme du régionalisme politique sont les structures qui seront mises en place régionalement ou nationalement pour créer une armature indispensable à l'émergence politique d'une région.
Restructuration fonctionnelle D'abord il nous dit qu'il faut une restructuration fonctionnelle car les États ne sont plus capable de gérer l'entièreté de leur territoire et laissent une marge de manœuvre aux régions pour mettre en place des politiques économiques.
Restructuration institutionnelle Ensuite, il cite la restructuration institutionnelle qui consiste en une décentralisation des institutions gouvernementales afin de répondre aux pressions régionales exercées par le régionalisme qui prend de plus en plus d'ampleur depuis quelques années.
Mobilisation politique Enfin, il souligne l'importance de la mobilisation politique comme élément indispensable à toute mise en œuvre de restructuration socio-politique régionales.
Nationalismes régionaux en Europe et en Amérique
En Europe, le passage à l'ère nationale commencé au a complètement transformé la conception et le statut des minorités, désormais définies par des critères culturels plutôt que religieux. Les processus de sécularisation engagés depuis la Renaissance et les revendications d'égalité et de liberté individuelles ont fait émerger progressivement la nouvelle conception de la souveraineté : elle doit émaner de la nation, corps politique dont les contours sont définis par une communauté culturelle. Mais, comme le soutient, le sociologue Michael Hechter, professeur à l’Université de Washington, ce type de nationalisme est un nationalisme inclusif des anciennes nations européennes, comme la France ou la Grande-Bretagne, dont la construction étatique a d’abord eu pour objectif d’assimiler ou d’incorporer des territoires culturellement distincts au sein d’un même État, afin de rendre, selon la volonté des gouvernants, culturellement homogène l’ensemble de la population multiculturelle. Le « nationalisme périphérique » qui correspond aux nationalismes régionaux, est une forme de réponse aux "nationalismes inclusifs", puisqu'il correspond aux aspirations nationales des régions. Ce nationalisme périphérique émerge en effet, lorsqu’un territoire culturellement distinct résiste à l’incorporation dans un État expansionniste, ou tente de faire sécession pour mettre en place ses propres institutions, comme en Catalogne, au Québec ou en Écosse. L'Union européenne compte désormais vingt-huit États membres, mais combien de nations ? Les réponses possibles varient considérablement, puisque les minorités nationales tendent de plus en plus à se présenter comme nations à part entière.
Donc l'Europe, qui a été le grand foyer de la création des États-nations, a vu simultanément l'apparition à l'intérieur de la plupart d'entre eux de minorités trahissant tantôt la difficulté, tantôt le refus de faire coïncider les frontières politiques avec les aires ethniques et linguistiques.
Le fédéralisme appliqué à l'échelle d'un État peut être une voie intermédiaire de satisfaction des revendications autonomistes, entre volonté centralisatrice (nationale) et revendications indépendantistes (régionales). C'est du moins ce que les auteurs de la Constitution espagnole de 1978 avaient l'ambition de réaliser. Mais le statut de chacune des Communautés autonomes d'Espagne est particulier, selon les négociations entre pouvoir central et élus régionaux : Pays basque (communauté autonome) et Catalogne n'ont pas les mêmes règles fiscales.
Autriche
Catalogne
Écosse
Estonie
Finlande
France En plus de tous les mouvements indiqués dans l'article Nationalisme en France, on peut citer des mouvements principalement régionalistes : « L'Union générale des Rhôdaniens », de Gustave Toursier, qui, en 1926, fut l'un des premiers mouvements régionalistes de grande ampleur en France.
Alsace