Le kobold est une créature légendaire du folklore et de la mythologie germanique.
Origine du mot, étymologie et évolution Le terme n'est pas issu du substantif allemand moderne der Kobold, qui désigne le plus souvent un lutin, mais d'un mot attesté en moyen haut allemand, soit kóbolt ou kobólt. L'origine est probablement encore plus ancienne. Il s'agirait initialement d'un esprit protecteur de la maison et du foyer. Il serait associé aux divers cultes des morts des traditions païennes. Bon et dévoué pour la famille qui l'accueillait en conservant rituels, mais menaçant pour les rivaux et ennemis de la famille, le kobold est devenu une figure ambivalente après avoir été chassé du rituel des foyers par le rigorisme chrétien. Relégués dans les lieux abandonnés et redevenus par nécessité voleurs, sauvages, agressifs et menaçants, les petits êtres sont devenus selon les diverses traditions paysannes soit des lutins des marais, des prairies, des forêts sauvages, soit des nains voleurs de métaux monétaires et précieux des milieux souterrains, soit des recycleurs infernaux des mondes chtoniensCette évolution vers un statut ambigu concerne tous les entités païennes délaissées, à moins qu'elles soient réhabilitées par le christianisme triomphant au . Elles ont été conservées dans la mémoires paysannes du avec ce statut déjà dégradé.. Leur présence médiévale tardive est très souvent associée à des endroits méphitiques ou enfumés, à des brouillards inquiétants et démoniaques, à des charniers ou autres lieux de mort, avant que n'intervienne l'embourgeoisement idyllique par des contes des littératures nationales écrites.
Ce terme peut être décomposé en deux racines ou étymons : kobe signifiant « petite pièce d'une maison, étable, recoin, réduit, abri » . Le mot allemand moderne Koben désigne encore une « étable à cochon » et le mot dialectal Kobel « réduit, nid d'écureuil ». La même racine germanique se retrouve dans l'anglais cove « réduit, refuge, crique » et dans le norvégien kove « réduit ». À l'origine, la racine pangermanique kov- devait désigner une cavité souterraine creusée dans la terreDuden, Herkunftswörterbuch : Etymologie der deutschen Sprache, Band 7, Dudenverlag, p. 359b et 360a. ; le suffixe -old, -olt pourrait être issu du verbe walten « régner sur, gouverner » ou du suffixe holt « gracieux, fidèle, serviable »Duden, op. cit. (que l'on retrouve dans la Frau Holle des contes allemands, qui est un esprit féminin bienveillant).
Le kobold serait ainsi « celui qui règne sur une pièce, sur le coin du ménage », c'est-à-dire celui qui perpétue la dernière position du vieil homme ou de la vieille femme, de l'ancêtre de la famille désormais inutile à l'ouvrage. Dans les gloses en vieil-anglais, il apparaît sous le terme , au pluriel cofgodas, « les dieux de la pièce ». Le terme pièce englobe toutes les parties de la maison, cellier, salle principale, etc. Cette étymologie rapproche donc le kobold du domovoï slave ou des dieux lares romains. Le kobold germanique a pour équivalent en France, le gobelin (ou goublin dans le Cotentin).
Dans le folklore minier nordique ou germanique, les kobolds pillent les veines de métaux précieux, causent sans prévenir les graves accidents et surtout les suffocations dans les mines. Les mineurs accusent ces nains dangereux de voler le minerai d'argent ou de cuivre, de le remplacer par des mauvais minerais spécifiques et inutilisables, qualifié de kobolt ou kobalt, cobaltum en latin médiéval, et de disséminer à qui mieux mieux dans les souterrains des émanations ou poussières empoisonnées d'arsenic ou des poches d'hydrogène sulfuré. Les nains médiévaux, soit die Kobolde, expliquent ainsi par dérivation le nom de l'élément chimique cobalt, découvert à partir d'un minerai ou de résidus miniers connus et décrits au dans des mines de Saxe et de Bohême. Le cobolt désignait en français au début du la poudre fine, en partie oxydée, du corps simple qu'est l'arsenic.
Mythologie et folklore germanique Les kobolds sont des esprits laids souvent apparentés à des gobelins qui proviennent du folklore allemand. Les versions les plus communes, connues sous le nom de Heinzelmännchen, sont décrites en tant qu'elfes de maisons, utiles ou pratiques. Ils effectuent parfois des corvées domestiques, mais peuvent également jouer des tours aux habitants.
Un autre type de kobold, qui peut être trouvé dans les mines et autres endroits souterrains, semble être lié plus étroitement au gnome. Ce sont des créatures mauvaises qui vivent entre elles, plutôt que dans les maisons humaines. Ces kobolds sont décrits comme semblables à des rats ou des chiens se tenant sur deux pattes. Leur taille varie d'une trentaine de centimètres à un mètre. Les plus connus ont une peau de couleur variable, allant du vert au brun. Ils sont souvent représentés avec de petites cornes, des dents très aiguisées, des serres et une queue. Leur espérance de vie est d'environ 40 ans. Ils vivent dans des forêts et s'aménagent des repaires de fortune dans des grottes, dans des racines d'arbre ou dans des galeries souterrainesLes créatures fantastiques, édition Piccolia..
Dans la culture populaire vignette|upright=1|Illustration issue d'une édition de 1863 du Dictionnaire infernal de Jacques Collin de Plancy.
Littérature Théophile Gautier L'on trouve deux références aux kobolds dans l'œuvre de Théophile Gautier. Dans les deux cas, cette créature est présentée comme un élément symbolique du folklore germanique.
Le , il publie dans Le Moniteur un article intitulé « Gérard de Nerval », dans lequel il parle en ces termes de son ami :
Deux ans plus tard, en 1856, il les mentionne aussi dans son essai L'Art moderne, au cours d'une description de la Souabe :
En 1863, au chapitre I du Capitaine Fracasse, Gautier écrit encore :
Alphonse Daudet Dans Le Nabab (1871), Alphonse Daudet évoque apparaissant à un auteur dramatique en plein effort de création poétiqueAlphonse Daudet, Œuvres, tome II, page 610, Bibliothèque de la Pléiade..
Paul Verlaine Le poème Charleroi de Paul Verlaine (1872) commence et s'achève par une allusion aux Kobolds.
Alexandre Dumas Dans Les kobolds (édition Marcel Berry, 1938, chapitre 18), Alexandre Dumas décrit ces créatures :
Walter Benjamin Walter Benjamin, dans une lettre du à Jula Radt, évoque les Kobolds à propos de son travail de traducteur :
Ce faisant, il semble instituer le terme « kobold » comme une métaphore de l'inspiration. Robert Kahn, commentant cet extrait, y voit le signe que l'activité du traducteur est perçue par Benjamin comme « une pratique magique, [qui] ne peut s'accommoder d'aucun compromis » :
Félicien Marceau Dans la nouvelle « La coupe », tirée de son recueil Les ingénus, Félicien Marceau décrit ainsi l'un de ses personnages : Félicien Marceau, « La coupe », Les ingénus, Gallimard, 1992, p.76..
Anatole France Dans le recueil Les Sept Femmes de la Barbe-Bleue et autres contes merveilleux d’Anatole France, le conte « La Chemise » fait référence à cette créature :
Autres Le terme kobold est utilisé par un grand nombe d'auteurs dans des univers imaginaires variés, parfois avec des interprétations très éloignées du folklore germanique originel. Dans Les Chroniques de la guerre de Lodoss, contrairement aux autres versions, les kobolds de l'univers du roman sont une race lycanthrope vivant sur l'île des ténèbres de Marmo. Dans American Gods de Neil Gaiman, l'auteur utilise le folklore de différentes cultures et fait mention d'un kobold. Dans la Trilogie des Elfes de Jean Louis Fetjaine, les kobolds sont présentés comme des hommes-chiens hideux vivants aux côtés des loups ou des gobelins. Ils y sont décrits comme des humanoïdes avec un museau pointu et une crête de poils noirs courant du haut du crâne et le long de la colonne vertébrale. Dans la traduction des Chroniques de Spiderwick de Holly Black et Tony Ditterlizzi, le terme kobold est utilisé de façon douteuse pour traduire phooka, qui désigne en anglais une autre créature. Dans la série Arielle Queen, les kobolds sont plutôt serviteurs des Elfes. Ils sont à l'origine des humains transformés lors d'un rituel par les Elfes. Dans le film Legend de Ridley Scott, sorti en 1985, on voit apparaître des kobolds. Dans la série Le Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti, les kobolds sont mentionnés et apparaissent dans les deux derniers tomes se passant à Cologne. Dans le manga Gloutons et Dragons, l'autrice représente les kobolds comme des différentes races chiens anthropomorphes.
Bande dessinée et manga Dans la série de bande dessinée Le Clan des chimères d'Éric Corbeyran et Michel Suro (2001-2007), les kobolds sont des petits diables rouges volants, cruels et cyniques. Dans le manga Sword Art Online, les kobolds sont les ennemis du premier palier de l'Aincrad. Ils ressemblent à de gros rats au pelage rouge et portent une armure de fer. Dans le manga Monster musume no iru nichijō, les kobolds sont des êtres mi-hommes mi-chiens et sont naturellement sportifs.
Jeux de rôle vignette|Deux kobolds dans le jeu de rôle Donjons et Dragons.
Donjons et Dragons Dans la du jeu de rôle sur table Donjons et Dragons, les kobolds sont des créatures humanoïdes ovipares de petite taille (environ ). Ils ont la peau recouverte d'écailles et portent deux petites cornes sur le front. Ils vivent dans des cavernes ou des forêts vierges, voient dans le noir et détestent la lumière du jour. Ils vivent environ 135 ans.
Palladium Dans le monde du jeu de rôle Palladium, les kobolds sont des humanoïdes, cousins des gobelins et des orcs, mais plus beaux selon les critères humains. Ils mesurent en moyenne pour environ , et vivent plus de 160 ans.
Jeux vidéo Dans Golden Sun, les kobolds sont des monstres à l'apparence de bête étant équipés comme des guerriers avec bouclier et épée. Dans Dark Age of Camelot, les kobolds sont une race jouable du royaume de Midgard. Dans les jeux Blizzard tels Warcraft III, World of Warcraft ou Hearthstone les kobolds sont des vermines qui creusent et infestent les mines. Dans les Roguelikes à univers fantasy (tels que Rogue, Angband, Brogue, Dungeon Crawl Stone Soup, etc.), les kobolds sont généralement des créatures faibles qui se trouvent dans les premiers niveaux. Dans Dwarf Fortress, les kobolds sont une des cinq races civilisées du jeu. Ce sont des créatures plutôt faibles, vivant dans des grottes, et venant parfois voler des objets de valeur dans les forteresses naines. Dans Final Fantasy XIV, les kobolds sont une tribu barbare vivant en communauté dans les mines de la Noscéa. Ils ont une apparence entre le gobelin et le rat, leurs visages cachés par un casque ne laissant paraître que la lumière de leurs yeux rouges. Dans Northgard, les kobolds sont une faction neutre contrôlée par l'ordinateur. Ils sont représentés comme des êtres petits et grisâtres vivant dans les forêts.
Autres Dans l'univers du Donjon de Naheulbeuk, les kobolds sont des lutins humanoïdes, petits et laids. Ils sont intelligents, rapides et agiles, mais pas très forts et leurs sorts ne sont guère puissants.
Notes et références
Annexes
Bibliographie Claude Lecouteux, Dictionnaire de mythologie germanique, , Paris, 2007 Imago, 2007. H.F. Feilberg, « Der Kobold in nordischer Überlieferung », Zeitschrift des Vereins für Volkskunde 8 (1898), ; 130-146 ; 264-277. Lily Weiser, « Germanische Hausgeister und Kobolde », Niederdeutsche Zeitschrift f. Volkskunde 4 (1926), .
Articles connexes Walen Le gobelin français (origine du goblin anglais). Fée Shikijirō, un yōka des mines
Liens externes Elementymology & Elements Multidict Kobolds - Alexandre Dumas (Marcel Berry 1938 - Littérature CM) Extrait de « Au pays des Kobolds » : Walter Benjamin traducteur de Marcel Proust
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