Lavrenti Pavlovitch Beria (Lavrenti Pavles dze Beria, en géorgien : ლავრენტი პავლეს ძე ბერია ; Lavrentiï Pavlovitch Beria, en russe : Лавре́нтий Па́влович Бе́рия), né le à Merkheoul (Empire russe, actuelle république séparatiste auto-proclamée géorgienne d'Abkhazie) et mort exécuté le à Moscou, est un homme politique soviétique. Bras droit de Joseph Staline, il est une figure clé du pouvoir soviétique de 1938 à 1953. Chef du NKVD en premier lieu, il est à ce titre l'un des responsables du massacre de Katyń. Il est par la suite membre du Politburo de 1946 à sa chute, et contrôle l'ensemble de la sécurité intérieure et extérieure de l'Union soviétique.

Staline le présente à Ribbentrop comme lors de la signature du Pacte germano-soviétique ; lors de la conférence de Yalta, il le présente comme au président des États-Unis Franklin Roosevelt. Il reste reconnu comme un personnage sadique, cruel et pervers.

Son rôle est primordial dans l'organisation industrielle du Goulag, la répression de la désertion lors de la Seconde Guerre mondiale , le développement d'un réseau d'espionnage international performant et la répression dans les États satellites (comme dans l'exemple des procès de Prague). Il organise l’accession de l'Union soviétique au statut de puissance nucléaire.

En 1953, alors que Staline a déjà programmé son élimination en montant de toutes pièces un « complot mingrélien », la mort du dictateur le sauve in extremis, mais ce n'est qu'un sursis. Quelques mois plus tard, alors qu'il est premier vice-président du Conseil des ministres de l'Union soviétique et prépare sa prise du pouvoir, il est piégé par les autres membres du Politburo, parmi lesquels Nikita Khrouchtchev qui va émerger à la tête de l'URSS. À l'occasion d'une réunion de routine au Kremlin, Beria est arrêté en juin et exécuté en décembre. Il existe au moins trois versions différentes de son arrestation, aucune ne pouvant être avérée. Sa mort marque le début de la déstalinisation.

Jeunesse Géorgien comme Staline, Lavrenti Pavlovitch Beria naît le à Merkheouli, sur la côte caucasienne de la mer Noire, dans une région montagneuse, d'une famille de paysans mingréliens relativement aisée. Sa mère, servante, réussit à convaincre son employeur de financer les études de son fils. Son père, Pavel Khoulaïevitch Beria, peut alors l'envoyer à Soukhoumi, fréquenter une école primaire apparemment supérieure. Il y fait de brillantes études. À la fin de 1915, il part pour Bakou et entre dans une autre école spécialisée dans la construction mécanique. Il est alors employé par l'Okhrana, la police politique impériale, qui lui fournit quelques subsides. Un certain mouvement ouvrier s'est organisé dans la ville depuis quelques années. Mais ce n'est qu'en qu'il rejoint les étudiants bolcheviks, partisans de Vladimir Ilitch Lénine, quand l'histoire tourne en leur faveur.

Opportuniste, il s'engage dans l'armée, puis dans les rangs adverses mencheviks, au service du Moussavat nationaliste, en prétendant jouer double jeu. Cette audace lui permet d'être remarqué par Anastase Mikoïan et les amis directs de Staline. Selon Sergo Beria, son fils, il n'est ni marxiste, ni communiste mais, ambitieux, il décide d'entamer une carrière d'apparatchik classique au sein du parti communiste.

En 1921, il épouse Nina Gueguetchkori (1905-1991), aristocrate géorgienne orpheline de père et élevée par ses oncles Evguéni Guéguétchkori et Sacha Guéguétchkori. Ils ont un fils en 1924, Sergo, décédé en 2000.

Il fournit notamment les noms des à Bakou. Son caractère méthodique et impitoyable le fait recruter par la Tchéka, première police politique bolchévique, avec l’appui de Sergo Ordjonikidze, qui l’aurait auparavant sauvé d’une exécution et l’avait aidé à échapper aux accusations de collaboration avec les mencheviks. En 1922, il devient chef-adjoint de la branche géorgienne de l'OGPU, qui succède à la Tchéka.

Au service de Staline dans la répression en Géorgie alt=En avant : Beria avec la fille de Staline. En arrière : Staline et Nestor Lakoba.|vignette|La fille de Staline, Svetlana, assise sur les genoux de Beria. Staline et Nestor Lakoba sont en arrière-plan, de gauche à droite. Photo prise le 25 septembre 1931. En 1924, il dirige la répression du soulèvement d'août des nationalistes géorgiens, organisant l'exécution de partisansThierry Wolton, Une Histoire mondiale du Communisme Tome I Les boureaux, Grasset et Fasquelle, 2015, . Du fait de cette , Beria est nommé chef de la division des affaires politiques secrètes de l'OGPU en Transcaucasie et reçoit l'ordre de l'Étoile rouge. alt=Portrait de Beria |vignette|Portrait de Beria publié en 1935. En 1927, il prend la tête de l'OGPU en Géorgie. L'exécution de l'employeur de sa mère qui avait financé ses études est le premier de ses crimes personnels.

En insistant auprès de Nestor Lakoba, ami de Staline et dirigeant de l’Abkhazie, il est présenté par ce dernier en à son compatriote Joseph Staline. Staline éprouve initialement du dédain pour ce flagorneur. Malgré cela, à sa deuxième visite, il change d’avis et finit par s’attacher à Beria, , contre l’avis de sa femme, de Sergueï Kirov et de Sergo Ordjonikidze qui le mettent en garde contre Beria. Staline apprécie chez Beria autant sa fidélité indéfectible et sa cruauté sans limite que son sens de l'organisation.

En , Staline profite du chaos de la famine pour nommer Beria secrétaire du parti communiste géorgien, puis deuxième secrétaire du Parti de la Fédération transcaucasienne en 1932, arguant que Beria . Son rôle est d'extirper tout risque nationaliste et d'assurer l'accès au pouvoir total de Staline. Il possède dès lors ses entrées chez Staline, au point que sa fille l’appelle ; n’ayant plus besoin de son protecteur Lakoba, il le plaqua sans autre forme de procès.

En , au congrès du Parti communiste de l'Union soviétique, il est membre du comité central du Parti.

Il engage alors une lutte d'influence au sein du parti communiste géorgien, en particulier contre , ministre de l'Éducation dans la république socialiste soviétique de Géorgie, en ordonnant l'assassinat de ses deux frères, George et Shalva, qui occupaient respectivement des postes importants dans la Tchéka et le parti communiste local. Finalement, Gaioz Devdariani est accusé de menées contre-révolutionnaires et exécuté en 1938.

Beria conserve le contrôle du parti communiste géorgien jusqu'à sa chute, y compris après sa nomination au Kremlin. vignette|Photo durant l’inauguration du métro de Moscou en 1935. De gauche à droite : Nestor Lakoba, Nikita Khrouchtchev, Lavrenti Beria et Aghasi Khanjian. L'année suivante, Beria tue Lakoba et Khanjian dans le cadre des purges. En 1953, Khrouchtchev ordonne l’exécution de Beria. En 1935, Beria est l'un de ses subordonnés en qui Staline a le plus confiance. En fait, Beria s'est assuré une place de choix dans l'entourage du « Père des peuples » en réécrivant l'histoire du parti communiste géorgien, en attribuant à Staline le rôle moteur dans l'histoire du parti communiste en Transcaucasie et en éliminant les vieux bolcheviques qui pourraient contester cette version.

Lors de la terreur stalinienne, qui commence après l'assassinat de Sergueï Kirov en , Beria dirige les purges politiques dans l'ensemble de la Transcaucasie.

Supervision de la police politique de 1938 à 1953

Chef du NKVD de 1938 à 1945 alt=Portrait de Beria|vignette|Portrait de Beria comme chef du NKVD. En , Staline le nomme à la tête du NKVD, la police secrète de l'Union soviétique en remplacement de Nikolaï Iejov, qu'il fait exécuter en . Beria reste fidèle au principe posé par Staline, quand celui-ci avait nommé Guenrikh Iagoda à la tête du Guépéou en 1934, d'éliminer son prédécesseur (Viatcheslav Menjinski dans le cas de Iagoda), principe qu'avait respecté Iejov en faisant fusiller Iagoda.

Beria est ainsi appelé par Staline pour mettre fin aux Grandes Purges qui avaient décimé l'armée et rendaient l'URSS vulnérable aux visées hitlériennes. Il fait sortir du Goulag de nombreux officiers, sur demande du nouveau chef d'État-Major, le maréchal Chapochnikov. Parallèlement, il purge l'appareil policier des hommes de Iejov et organise des procès contre eux, ce qui lui vaut pendant quelque temps une certaine popularité. Des cadres ayant servi un de ses prédécesseurs, Iagoda, avant les années 1930 sont réhabilités et deviennent ainsi ses obligés. Personnage cruel et sadique, il n'hésite pas à présider lui-même certaines séances de torture dans son bureau de la Loubianka ou de la prison de Lefortovo.

Il organise des arrestations en masse et des exécutions de dissidents ou de personnes innocentes. Il est notamment responsable en 1940 de l'exécution du metteur en scène Vsevolod Meyerhold, de l'écrivain Isaac Babel et du journaliste Mikhaïl Koltsov. Virtuose, tout comme ses prédécesseurs, de l'extorsion de confessions délirantes, il se vantait cyniquement de pouvoir faire avouer sous 24 heures à tout individu tombé entre ses mains qu'il était le « roi d'Angleterre ». Lorsque le Pacte germano-soviétique permet à l'Union soviétique de s'étendre en Pologne, en Finlande, aux pays baltes et en Moldavie, Beria planifie méticuleusement les déportations massives de centaines de milliers d'habitants de tous âges et de toutes classes sociales. Maître d'un Goulag dont les effectifs sont alors à leur apogée, il tente de rationaliser l'exploitation des détenus. Il crée notamment les charachka, où des scientifiques prisonniers sont contraints de travailler à des projets militaires, dans une stricte discipline, mais en bénéficiant de meilleures conditions de vie que la plupart des détenus.

Beria prend une part décisive dans le massacre de Katyń., au cours duquel Polonais sont assassinés par le NKVD au printemps 1940. Le Beria adresse une lettre à Staline lui demandant l'autorisation d'exécuter des milliers d'officiers et de policiers polonais internés dans les camps de prisonniers de Katyn, Starobilsk, Ostachkov, Kozelsk après l'invasion de la Pologne orientale en et considérés par lui comme des . Cette demande est approuvée par Staline et le politburo<ref>Jean-Jacques Marie "Beria le bourreau politique de Staline, éd. Tallandier 2013 </ref>. Les exécutions sont réparties en six lieux, dont le plus connu est celui de Katyń, situé dans une forêt près de Smolensk.

En 1941, le NKVD de Beria planifie la déportation des Allemands de la Volga, et en 1944, celle des Tchétchènes, des Tatars de Crimée et d'une dizaine d'autres peuples faussement accusés collectivement de collaboration avec les Allemands.

Il est aussi, durant la période de guerre, le collaborateur le plus efficace de Staline. Remarquable organisateur, il joue un rôle-clé dans la mise en place du Comité d'État à la défense au début de la guerre, et au fur et à mesure de celle-ci, il surpasse par son habileté les collaborateurs de Staline. En effet, il est successivement chargé de la production de fusils, de chars, d'obus et de divers armements. Réputé d'une grande intelligence, de même que d'une grande capacité de travail, il coordonne certains mouvements de sabotage via ses agents, qui par ailleurs glanent des informations essentielles dans tous les domaines pour l'Armée rouge. Il met également en place le Comité antifasciste juif, dirigé par Mikhoels.

Le père politique de la bombe atomique soviétique