La (en abrégé , « Centre ») est un des principaux partis politiques de l'Empire allemand puis de la république de Weimar. Fondé en 1870 et initialement dissous le , il représente les idées des catholiques, minoritaires en Allemagne. Le parti est refondé après la Seconde Guerre mondiale mais est marginalisé rapidement par la CDU qui devient le principal parti de la démocratie chrétienne en Allemagne.

Histoire Contexte vignette|redresse|Affiche diffusée lors de la formation du parti. Le est le représentant politique du catholicisme. La politisation de l'Église catholique est un processus lent et irrégulier. Avec le recès d'Empire de 1803, le titre de prince-évêque disparaît. Cela marque une rupture pour le catholicisme, qui a joué un rôle structurant important au sein du Saint-Empire germanique. En 1815, avec le congrès de Vienne et la fin de la domination napoléonienne sur l'Allemagne, l'anticléricalisme est associé à la révolution. En réaction on assiste à un réveil religieux dans la population, ainsi le romantisme remet en valeur l'inconscient et l'irrationnel, tandis que le mouvement nationaliste allemand est fondamentalement chrétien..

La politisation a plusieurs aspects : d'abord le mouvement ultramontain, en faveur de la toute-puissance du pape, ce qui culmine avec la proclamation du dogme de l'infaillibilité papale, met fin à la théologie influencée par les lumières. Ensuite elle doit faire face aux princes allemands, qui ne veulent pas perdre leur pouvoir, et au mouvement libéral. Dans les années 1830, le conflit qui oppose le royaume de Prusse à l'Église catholique, à Cologne notamment, est à son paroxysme. L'archevêque Clément-Auguste Droste zu Vischering est emprisonné en 1837, ce qui provoque une vague de protestations dans toute l'Allemagne catholique..

L'opposition des libéraux et de l'État permet aux catholiques de se souder. Ainsi au parlement de Francfort de 1848, ils se rassemblent dans le , qui est une alliance informelle de députés issus de différents groupes parlementaires ayant en commun de vouloir protéger l'Église contre l'État. En 1852, un groupe parlementaire catholique est fondé au parlement prussien. Il est dissous en 1867. Dans les parlements d'autres États allemands se trouvent également des groupes parlementaires catholiques.

Les conférences qui ont lieu à Soest à partir du et qui rassemblent les frères Georg et Hermann von Mallinckrodt, Alfred Hüffer, , et Eduard Klein jouent un rôle important dans la formation du . Les réunions sont organisées à intervalles irréguliers jusqu'en 1866 et la guerre austro-prussienne. La défaite autrichienne, protectrice historique des catholiques en Allemagne, est également une défaite pour ces derniers. Le catholicisme continue toutefois de se politiser, le clergé local soutient fortement ce mouvement. Cela est notamment confirmé par un rapport administratif des années 1860 dans le Sauerland. Le mouvement est partagé entre une aile pro-prussienne dans le nord de l'Allemagne menée par Ketteler, dans le sud de l'Allemagne l'anti-borussisme domine. Au sein du , le député Windthorst, jusque-là ambivalent, se ligue avec les seconds et influence la suite des événements en faveur du particularisme..

Ce n'est malgré tout qu'en 1869, un an avant les élections de la chambre des représentants de Prusse, que les projets de création d'un parti catholique se concrétisent. Des rencontres à Ahlen/Westphalie, Münster et à Essen permettent à Hermann von Mallinckrodt et Peter Reichensperger de s'accorder sur un programme politique.

vignette|redresse|Ludwig Windthorst.

L'indépendance de l'Église et de ses institutions est revendiquée. Les écoles confessionnelles doivent être préservées. L'unification de l'Allemagne doit se faire selon un principe fédéral avec une autonomie importante réservé aux États fédérés.

Des revendications allant dans le sens d'une politique sociale sont également présentes dans le programme d'Essen du . Afin d'alléger la charge pesant sur le peuple, le budget militaire ne doit plus être augmenté, la répartition des recettes fiscales doit également être plus équitable afin de limiter les inégalités les plus flagrantes. Le du prévoit que les dirigeants du futur parti doivent être issus des rangs de la chambre des représentants de Prusse. Le , le groupe parlementaire du est fondé, il a et pour président Karl Friedrich von Savigny. Les autres membres influents sont Peter et August Reichensperger, Mallinckrodt, Ludwig Windthorst, , Ernst Lieber et .

Opposition et Kulturkampf (1870-1880)

vignette|Membre du Zentrum au Reichstag (première ligne assise de gauche à droite : , Dr. Ludwig Windthorst, comte , , deuxième ligne debout de gauche à droite : comte , (non-Zentrum), Dr. , baron , ) Aux élections législatives du le parti obtient 18,6 % des suffrages et 63 mandats. Cela en fait le second groupe parlementaire au derrière celui du parti national-libéral.

Le siège dans l'opposition au gouvernement Bismarck, car sa politique économique libérale et ses manœuvres pour limiter l'influence politique de l'Église catholique sont contraires aux positions du parti. Les brimades que fait subir le chancelier aux minorités, qu'elles soient polonaise, d'Alsace-Lorraine ou dans d'autres régions, souvent catholiques, sont également l'objet de vives critiques de la part du nouveau parti, qui se veut le représentant de ces minorités. Le parti est par ailleurs très attaché à la notion d'État de droit et constitutionnel. Son credo est avant tout une conception fédérale de l'unité allemande. En revanche, il ne s'intéresse pas aux revendications en faveur du suffrage universel.. De manière générale, le parti veut incarner, comme le choix de son nom l'indique, le centre politique, entre les conservateurs et le parti national-libéral, d'une part, et les libéraux et les socialistes, d'autre part.

Dans la première décennie d'existence de l'Empire allemand, la politique intérieure du chancelier impérial est orientée contre les catholiques, ceux-ci ne semblant pas soutenir l'unité au moyen de la solution petite-allemande qui les a mis en minorité face aux protestants. Bismarck parvient à obtenir le soutien à la fois des libéraux et des conservateurs et a donc les mains libres afin de lutter contre les ultramontains et l'influence du pape dans l'Empire. Il tente ainsi d'affaiblir l'Église catholique et surtout son parti politique qu'est le .. Les conservateurs participent à cette lutte parce qu'ils s'opposent à toute influence étrangère sur la politique allemande ; quant aux libéraux ils voient dans le Vatican une force réactionnaire, sentiment alors renforcé. par la publication du Syllabus errorum et par le premier concile œcuménique du Vatican qui affirme l'infaillibilité pontificale.

vignette|redresse|Wilhelm Emmanuel von Ketteler.

Au début des années 1870, la politique dite du fait des catholiques allemands des .. Un autre objectif de la manœuvre est de détourner l'attention de la crise économique. Le , ennemi de l'Empire par extension, se ligue alors aux autres minorités que sont les Polonais, les Lorrains, les Alsaciens, les Danois et les partisans des Welf afin de lutter contre la politique du chancelier.

Windthorst, le chef incontesté du parti, répond à cette politique en prônant des positions à la fois conservatrices et libérales. D'un côté, il lutte contre le mariage civil et l'école laïque, pour s'attirer la sympathie des conservateurs. De l'autre, il réaffirme les droits du parlement, que ce soit lors du vote de la loi sur le septennat en 1874 ou sur celle censurant les députés en 1879, la liberté de la presse et la limitation du pouvoir militaire. Il va plus loin, en apportant son soutien aux propositions des libéraux en faveur d'un gouvernement parlementaire, d'un salaire pour les députés et d'une réforme électorale dans le royaume de Prusse, ce qui surprend une partie des électeurs du .

Le ne parvient toutefois pas à atteindre ses objectifs.. Certes il enregistre quelques succès, comme la création d'un état civil communal, le mariage civil. et l'imposition d'une l'école essentiellement laïque. Mais il renforce a contrario la solidarité entre catholiques. Le récolte indirectement les fruits du Kulturkampf : il devient le grand parti des catholiques contre la domination prusso-protestante dans l'Empire. Aux élections de 1874, au plus fort de la politique anti-catholique, il réalise le score de 28 % des suffrages. Lors des élections suivantes, il obtient près de au .

Il est alors devenu à la fois le parti représentatif du centre politique et le parti représentatif des catholiques. Ceux-ci, indépendamment de leur position sociale votent massivement en sa faveur. On établit que, dans les années 1880, environ 80 % des catholiques votent pour le ..

Parti de la majorité et dissensions (1880-1914) Bismarck opère ensuite un tournant dans sa politique. Il se distance de la politique économique libérale et adhère au protectionnisme. Cela permet au de voter pour la première fois pour une loi gouvernementale, en soutenant le tarif douanier de 1879. Bismark commence à mener une politique sociale, soutenue aussi par le parti du centre. La période est également le début de la lutte contre la social-démocratie avec lois antisocialistes que le parti rejette en bloc. En bref, le chancelier et son gouvernement se rapprochent du parti. La fin du , avec pas moins de 5 lois entre 1880 et 1887, réchauffe également ces relations. Le parti en ressort renforcé, il a le plus grand groupe parlementaire de l'assemblée allemande de 1881 à 1912. Il a un rôle important dans l'introduction de la sécurité sociale en Allemagne avec la loi Galen en 1877 notamment..

Le départ de Bismarck en 1890 marque un retrait partiel des mots d'ordre de type confessionnel dans le programme du parti, au profit des thématiques de politique sociale. La création en 1890 de l'., ayant des idées plus à gauche que le parti, comptant parmi ses membres nombre de ses militants et qui diffusent des tracts et organisent des réunions afin de soutenir la politique sociale permet au parti d'élargir sa base électorale chez les ouvriers.

Après la mort de Windthorst en 1891, Ernst Lieber devient le meneur au parlement allemand..

Les chanceliers impériaux suivant Bismarck sont globalement soutenus par le parti que ce soit en matière de politique intérieure, extérieure, coloniale ou sur la question très symbolique de la marine impériale allemande à partir de 1898. Il est donc clairement devenu un parti de la majorité. Ainsi il vote le en 1896 alors que celui-ci entérine le mariage civil. Il commence également à coopérer avec le parti national-libéral, ennemi pendant le . Malgré le rejet par le parti du , loi dirigée contre les socialistes et les syndicats, la coopération se renforce avec le vote du tarif douanier de 1902, le soutien de la politique sociale et économique de Posadowsky jusqu'en 1906. En contrepartie, le gouvernement renonce à lutter contre la social-démocratie par la voie légale. Le parti dispose alors de la réalité du pouvoir et aucune décision ne peut se faire sans lui.

Les catholiques n'en restent pas moins des citoyens de second rang, auxquels les plus hauts postes restent inaccessibles.