Marie-Thérèse d’AutricheD’Autriche car issue de la maison de Habsbourg en Espagne. , née le à l'Escurial, et morte le à Versailles, est infante d'Espagne, infante de Portugal et archiduchesse d'Autriche. Par son mariage avec , elle devient reine de France et de Navarre. Elle assure brièvement une régence en 1672 lors de la guerre de Hollande, ce qui fait d'elle la dernière reine de France ayant assumé une régence.
Famille Elle est le huitième enfant de (1605-1665), roi d'Espagne, et de sa première épouse, Élisabeth de France (1602-1644).
Par son père, elle est la petite-fille de (1578-1621), roi d'Espagne, et de Marguerite d'Autriche (1584-1611).
Par sa mère, elle est la petite-fille d' (1553-1610), roi de France et de Navarre, et de Marie de Médicis (1575-1642).
Elle est la sœur de Baltazar-Charles d'Autriche (1629-1646) et la demi-sœur de Marguerite-Thérèse d'Autriche (1651-1673), future impératrice du Saint-Empire, de Philippe-Prosper d'Autriche (1657-1661) et de (1661-1700), roi d'Espagne.
À la cour d'Espagne
Naissance Marie-Thérèse d'Autriche est née le au palais de l'Escurial. Elle est baptisée par le cardinal Gaspar de Borja y Velasco, le , avec pour parrain , duc de Modène et pour marraine, Marie de Bourbon, la princesse de Carignan.
Sa mère Élisabeth de France (1602-1644) choisit sainte Thérèse pour protéger sa fille cadette d’une série de morts précoces. En effet, toutes les infantes précédentes sont mortes au berceau ; seul le prince des Asturies Balthazar-Charles d'Autriche subsiste. Elle lui donna alors le nom de Thérèse pour la protéger, soit Marie-Thérèse d'Autriche.
Élisabeth de France, née princesse de France et souffrant beaucoup d'être éloignée de son pays natal, décrivait à la jeune infante les beautés de la France. Elle lui promit qu'elle se marierait avec son cousin né seulement cinq jours avant elle. Mais le , la reine succomba en couches et laissa un vide immense dans le cœur de Marie-Thérèse d'Autriche.
Éducation et jeunesse Après la disparition de sa mère la jeune infante se rapproche de son père et reçoit une éducation stricte et religieuse dans le sens de la contre-réforme catholique. Cependant son éducation est soignée et elle n'est pas privée d’affection et de divertissements: elle est entourée d'une multitude d’animaux de compagnie et de nains. Ce sera la gouvernante royale Luisa Magdalena de Jesus qui s'en occupera durant ses premières années.
Dès l'âge de cinq ans, l'éducation religieuse de Marie-Thérèse d'Autriche fut assurée par Jean de Palme, commissaire des Indes qui avait été le directeur d'Elisabeth de France. Il fut chargé par de soigner sa fille, comme il avait soigné la mère de la princesse.
Enfin, dans les derniers temps ce fut le Père Vasquez, homme reconnu en Espagne pour sa grande éducation et sa grande vertu, qui s'occupera de la direction spirituelle et religieuse de la jeune infante.
Héritière de la Couronne d'Espagne La mort de Balthazar-Charles d'Autriche, le , fait de Marie-Thérèse d'Autriche l'héritière présomptive du trône d'Espagne et de ses possessions coloniales. En revanche, elle ne fut jamais princesse des Asturies, car non-reconnue par les Cortes. Bien qu'il soit reconnu aux femmes le droit de monter sur le trône, redoute que l'absence d'un héritier masculin puisse engendrer des troubles profonds susceptibles de déstabiliser la Monarchie catholique. Il se remarie alors en 1649 avec sa nièce Marie-Anne d'Autriche (1634-1696), l'union étant destinée à poursuivre l'alliance matrimoniale et politique entre les Habsbourg d'Autriche et les Habsbourg d'Espagne. La proximité de l'âge entre Marie-Anne et Marie-Thérèse d'Autriche favorisa une affection et une amitié profonde entre elles.
En raison du fait qu'elle est désormais sa seule héritière, apprend à la jeune infante des notions d'histoire et de politique. Elle dévoilera une fois en France ses compétences dans ce domaine notamment pendant sa régence durant la Guerre de Hollande. Marie-Thérèse d'Autriche accompagne également son père dans ses déplacements officiels et tient un rôle crucial de représentation. L'infante jouissait d'une grande popularité en Espagne, notamment car elle n'avait pas la gravité de caractère de ses ascendants Habsbourg. Elle savait se montrer enjouée et charmante comme l'était sa mère, elle aussi très populaire.
Le , la nouvelle reine accouche de Marguerite-Thérèse d'Autriche. Marie-Thérèse d'Autriche devient sa marraine et les deux sœurs resteront très proches, notamment par correspondance, jusqu'à la mort de Marguerite-Thérèse en 1673.
La naissance de son demi-frère Philippe-Prosper d'Autriche le marque un tournant pour l'infante qui n'est alors plus l'héritière présomptive du trône d'Espagne et se retrouve en seconde position. La réaction de la jeune infante, qui manque de s'étouffer de rage avec un œuf lorsque lui est annoncée la naissance de l'héritier du trône, semble prouver son désir de ceindre la couronne espagnole. Ses relations avec sa belle-mère — qui n'a que trois ans de plus qu'elle — s'enveniment.
Projets de mariage et traité des Pyrénées thumb|left|150px|Marie Thérèse d'Autriche, adolescente par Vélasquez|alt=
Après la naissance de son demi-frère, il est possible de trouver un mari à l'infante sans risquer de troubler la monarchie espagnole. Pour les mêmes raisons qui ont poussé son père à se remarier au sein de la maison des Habsbourg, Marie-Thérèse d'Autriche est un temps promise à son cousin (et frère de sa belle-mère), Ferdinand de Habsbourg (1633-1654), archiduc d'Autriche, élu roi des Romains puis, au décès de celui-ci, à son frère Léopold de Habsbourg (1640-1705), futur empereur élu du Saint-Empire romain germanique. Bien que Marie-Thérèse d'Autriche n'ait pas réellement son mot à dire sur son propre mariage, elle laissa entendre plusieurs fois à son père qu'elle n'était pas intéressée par ces partis et qu'elle désirait être reine de France ou se retirer dans un couvent.
Les aléas de la politique empêchent cette union d'aboutir. En effet, le royaume d'Espagne et le royaume de France sont en guerre depuis 1635. En 1658, alors que la guerre avec la France commençait à s'achever, une union entre les familles royales d'Espagne et de France a été proposée comme moyen d'assurer la paix.thumb|Marie-Thérèse, Infante d'Espagne, par Juan Bautista Martínez del Mazo.
Le roi d'Espagne tardant à réaliser ce projet, Jules Mazarin (1602-1661), cardinal et principal ministre de , fait courir le bruit que le roi de France envisage de se marier à Marguerite-Yolande de Savoie. Lorsque d'Espagne entend parler d'une réunion à Lyon entre les maisons de France et de Savoie en , il s‘exclame en parlant de l'union franco-savoyarde que « cela ne peut pas être et ne sera pas ». Philippe envoie ensuite un ambassadeur à la cour française, qui dira à Mazarin : « Le mariage savoyard n’est pas digne du roi de France, roi d’Espagne propose sa fille, l'infante Marie-Thérèse d'Autriche qui a toutes les qualités pour devenir l’épouse de ». La France et l'Espagne ouvrent alors des négociations pour la paix et un mariage royal.
Bien qu'elle demeure une puissance européenne de premier ordre, l'Espagne appauvrie, ne parvient pas à l'emporter durant les négociations. Philippe IV est contraint de signer le traité des Pyrénées (1659) avec . Outre les changements territoriaux dont la plus grande partie profite au Roi-Soleil, un projet de mariage est engagé pour sceller la paix.
Diego Vélasquez (1599-1660), Peintre de la Chambre du roi , peint un portrait de l'infante qui est ensuite envoyé à la Cour de France, sur lequel elle porte une perruque brune. Alors que l'on se demande quelle est la couleur naturelle de ses cheveux, une mèche blonde est envoyée.
Mariage vignette|Mariage de et de Marie-Thérèse d'Autriche par Jacques Laumosnier, musée de Tessé. L'infante se marie par procuration le à Fontarrabie. Le , son père et toute la cour espagnole l'accompagnent à l'île des Faisans, une île située dans la rivière Bidassoa qui sert de frontière entre la France et l'Espagne. Elle y rencontre pour la première fois son mari, ainsi que la famille royale et cour française, à qui elle plut beaucoup.
Marie-Thérèse d'Autriche dit alors adieu à son père, , sachant tous deux qu'ils ne se reverront plus jamais ; leurs adieux sont déchirants, si bien que et Philippe d'Orléans laissent échapper eux aussi quelques larmes. Mais le roi d’Espagne insiste auprès de sa fille sur le fait qu’elle est désormais Française avec ces termes : « Vous devez oublier que vous avez été infante pour vous souvenir seulement que vous êtes reine de France ».
Le mariage de et de Marie-Thérèse d'Autriche a lieu le , en l'église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz (ville près de la frontière entre l'Espagne et la France où elle demeura à la maison Joanoenia, dite désormais ).
Alors que voulait rapidement consommer le mariage après le dîner, elle exprima d'abord ses hésitations à sa belle-mère Anne d'Autriche à l'idée de coucher immédiatement avec son mari. Mais après que le couple fut arrivé à la maison qui leur était destinée, la mariée annonça que le roi l'attendait et déjà à moitié déshabillée, elle pressa ses dames d'honneur pour qu'elles finissent de la dévêtir. Le lendemain matin, les deux époux semblaient complètement satisfaits.
La nouvelle reine avait auparavant renoncé à ses droits à la Couronne d'Espagne. Son statut d'héritière était par ailleurs caduc depuis la naissance de son demi-frère Philippe-Prosper d'Autriche. Cependant, sa dot de d'or, « payable en trois versements », est la condition pour rendre définitive la renonciation de ses droits sur la monarchie catholique. La chose n'étant pas réglée, la France considère donc que Marie-Thérèse d'Autriche a toujours ses droits de succession sur le trône espagnol, ce qui provoque la guerre de Dévolution (1667-1668).
Plus tard, après son mariage, on demanda un jour à Marie-Thérèse d'Autriche si elle avait éprouvé quelque penchant de jeune fille lorsqu'elle était encore en Espagne. « Mais non bien sûr, répondit-elle avec candeur, il n'y avait qu'un seul roi et c'était mon père ! ».
À la cour de France
Arrivée à Paris thumb|Portrait de Marie-Thérèse d'Autriche par Jean Nocret, 1660.
Le , le couple royal fait son entrée à Paris où la reine est accueillie par la noblesse, les dignitaires ecclésiastiques et les professeurs de la Sorbonne. La reine et le roi sont acclamés devant des centaines de milliers de spectateurs venus assister à la cérémonie. Marie-Thérèse fait très bonne impression tant par son apparence que par son caractère. Une fois installée à la cour de France, à l'époque située au Louvre, sa belle-mère (et tante paternelle), Anne d'Autriche la prend sous son aile. La jeune femme apprend avec elle son métier de reine, les coutumes du pays ainsi que la langue française. Elle atteindra une bonne maîtrise du français, mais conservera un fort accent espagnol jusqu'à la fin de sa vie.
La reine mère Anne d'Autriche s'occupe de la jeune reine comme s'il s'agissait de sa propre fille et tente de la protéger des intrigues de la cour. Une amitié étroite et mutuelle se développe alors. Marie-Thérèse se retire souvent dans le cercle de sa belle-mère, où elle peut parler en espagnol et boire du chocolat chaud, loin du regard inquisiteur de la cour. Ensemble, elles prient, pratiquent des œuvres de bienfaisance, font des dons pour les pauvres et visitent des monastères et des églises. Certains courtisans reprochèrent d’ailleurs à Anne d'Autriche de trop couver Marie-Thérèse et d’ainsi développer son inclination naturelle pour la vie retirée.