La cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert (Catedråle Notru-Dame-et-Sint-Lambiert di Lidje en wallon) est la cathédrale de Liège jusqu'en 1794, date du début de sa destruction. Cette immense cathédrale gothique, à la mémoire de saint Lambert, occupait l'actuelle place Saint-Lambert, au cœur de Liège. Avec ses deux chœurs, ses deux transepts, ses trois nefs à trois étages, le circuit de ses chapelles absidales et collatérales, son cloître et ses annexes, et sa flèche de , la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert faisait partie des grands vaisseaux du monde occidental au Moyen Âge et était le monument majeur du gothique mosan. Elle pouvait contenir .
Du paléolithique au Martyrium de Saint-Hubert Premières fouilles En , lors de la pose d’un égout, des artefacts datés de la période gallo-romaine et du Moyen Âge sont mis au jour. Mais il faut attendre le pour que débutent les premières véritables fouilles du site de la place Saint-Lambertà la suite de la pose d’une conduite de gaz.. Cette première campagne de fouilles (1907-1909) n’a pas un programme déterminé mais tient surtout de l’opportunisme car elle suit les tranchées ouvertes par les ouvriersInstitut archéologique liégeois.. Ces fouilles vont néanmoins mettre en évidence la présence romaine et modifier les livres d'histoireGodefroid Kurth va notamment revoir son Histoire de Liège qu'il avait publiée en 1885..
Occupation protohistorique Un passionné d’archéologiePaul Loest (1852-1910), ingénieur civil, conseiller communal liégeois et membre de la Commission des Travaux. entame les recherches. Outre les vestiges de la cathédrale ottonienne, sont mis au jour les restes d’une villa gallo-romaine et des traces d’une occupation néolithique occasionnelle.. Plus tard sera précisée une occupation probable à l'âge du bronze reconnue par un corpus mobilier assez ténu, mais associé à du mobilier du Néolithique moyen et récent..
Les vestiges d’un système d’hypocauste avec son foyer sont découverts dans le transept ouest de la cathédrale. Cette première phase de fouilles va permettre un aménagement de l’hypocauste pour des visites dès 1910.
Villa Legia rustica ? - L'ensemble romain du Située en aval à quatre kilomètres sur la rive droite du fleuve., au tournant des de notre ère — la période — un vaste ensemble architectural est élevé au centre de la future place Saint-Lambert, à quinze kilomètres d'Atuatuca Tungrorum, aujourd'hui la ville de Tongres et à vingt kilomètres de Trajectum ad Mosam, actuellement Maastricht. Des fouilles récentes permettent de préciser le plan de cette vaste réalisation dont les dimensions atteignent . Apparemment, cette habitation a été construite en terrasses pour s’adapter à la pente naturelle du site, proche des alluvions de la Légia, mais hors de la zone marécageuse du coude de la Meuse à la Sauvenière.. Dotés de bains chauds et d’un chauffage domestique par hypocauste, ces bâtiments «à la romaine» (murs en pierre, tuiles rouges…) constituent peut être le centre névralgique d’une villa rustica, c'est-à-dire d’une exploitation agricole comme il s’en comptait alors des dizaines sur le territoire de l’actuelle Wallonie. Curieusement la villa a été construite en deux étapes, la seconde semblant plutôt un réaménagement. Malgré les fouilles, le doute reste cependant de mise quant à la vocation réelle de cet établissement. Peu après le , l'occupation devient sporadique, quelques éléments permettent de préciser une occupation « parasitaire » du bâtiment au et peut-être la présence d'un foyer au . Si le plan de la villa est tout à fait classique, une approche comparative démontre manifestement une dimension particulièrement imposante. Elle était manifestement bien décorée.
Il est probable que ces bâtiments furent détruits lors des razzias opérées, fin du , par les Francs, les Alamans et d’autres tribus germaniques. Si les premières traces de la présence romaine sur la place Saint-Lambert datent de la fin du , c’est aux que l’occupation est la plus dense..
Épisode mérovingien Une nécropole mérovingienne sera découverte au contenant des tombes avec des armes des située au pied du Publémont où sera érigée la collégiale Saint-Pierre....
La demeure des évêques de Maastricht au À la fin du , une demeure plus importante est bâtie, réutilisant en partie au moins l’ancienne construction romaine. Il s’agit, sans doute, de la maison où l’évêque de Tongres-Maastricht, Lambert de Maastricht, est assassiné vers l’an 700. Cet acte serait une vengeance privée menée par Dodon, haut fonctionnaire de l’État et membre d’un clan adverse, édité avec un commentaire critique..
vignette|redresse|gauche|Martyre de saint Lambert, assassiné par Dodon, panneau peint du
Le , devenu jour de la saint Lambert, commémore cet assassinat..
Sur les lieux du meurtre, le successeur de Lambert de Maastricht, l’évêque Hubert de Liège (vers 700-727), fait ériger une église – un «martyrium» - d’environ et y ramène les reliques de son prédécesseur. La naissance d’un culte, voué à l’évêque martyr, fait de Liège une ville de pèlerinage, qui se mue, rapidement, en une importante agglomération. Vers 800, la ville en plein essor devient la résidence principale des évêques de Tongres-Maastricht..
Assassinat de Lambert de Maastricht Sur le site d'une ancienne villa gallo-romaineDécouverte lors de fouilles en 1905., Lambert de Maastricht, évêque de Maastricht fut assassiné vers 705 par les hommes de Dodon. Si le saint est d'abord enterré à Maastricht, l'endroit du martyre devient toutefois un lieu de pèlerinage. (Grimoald II, fils de Pépin de Herstal, maire du palais de Neustrie et de Bourgogne est assassiné en 714 par un frison nommé Rangaire ou Rangar alors qu'il se recueillait sur le tombeau de saint Lambert.). Saint Hubert, son successeur, rapatrie son corps et l'inhume à l'endroit qui deviendra la place Saint-Lambert. Peu après, le siège épiscopal est transféré de Maastricht à Liège et le lieu érigé en cathédrale.
Le Martyrium de saint Hubert vignette|redresse|Exhumation de Saint-Hubert, collégiale Saint-Pierre de Liège, Rogier Van der Weyden, circa. 1437, National Gallery, Londres Plusieurs édifices se succèdent à cet emplacement. Tout d'abord, un martyrium est construit, celui-ci certainement ordonné par Hubert de Liège et dont l'orientation vers l'ouest est inhabituelle et justifie la présence d'un chœur occidental dans les cathédrales postérieures. La première cathédrale, construite à la fin du , est de style carolingien.
La première cathédrale Durant l’époque carolingienne, au , le martyrium devient une cathédrale dont la largeur est portée à environ sur plus de de longueur. Le chœur occidental de cette cathédrale est aménagé à l’emplacement de l’abside du martyrium, lui-même construit «sur» les bâtiments romains mais selon un axe qui ne respecte pas leur disposition générale.
La permanence du chœur occidental au même endroit paraît intentionnelle. Il s’agissait, selon la tradition, du lieu du martyre de l’évêque Lambert de Maastricht. En 881, lors de l’attaque de la cité de Liège par les Normands, le «monastère de Saint-Lambert» est la proie des flammes, mais le sanctuaire est ensuite rapidement reconstruit et restauré.
La cathédrale ottonienne de Notger vignette|redresse|gauche|Cathédrale rhénane ottonienne de Limburg an der Lahn proche de ce que fut la cathédrale de Notger.
Le Chapitre L’évêque Notger y installe, en 978, un chapitre de soixante chanoines et remplace aux environs de l'an mil la cathédrale carolingienne par une vaste église ottonienne dotée d’une crypte dans laquelle sont installées les reliques du saint martyr..
Le bâtiment Première phase ottonienne Un massif occidental, deux chœurs opposés, deux transepts et un « cloître » oriental caractérisent cette architecture ottonienne des églises impériales de Rhénanie et de SaxeC'est à Saint-Michel de Hildesheim que l'on trouvera la meilleure analogie : large nef, double chœur, double transept, couverture par un plafond plat, in .. Deux tours se dressent aux croisées des transepts, ajoutant à la monumentalité de l'édifice. Cependant on peut remarquer, et cela reste présent dans le plan de la cathédrale définitive, que les entrées se trouvent sur les flancs Sud et Nord de l'édifice et non dans l'axe du chœur. Ceci provient peut-être d'une superstition selon laquelle le mal viendrait de l'Ouest et qu'une entrée de ce côté pourrait lui permettre d'entrer dans la maison de Dieu. Beaucoup d'édifices religieux de la région mosane présentent cette caractéristique. Ceci explique en outre la possibilité de construire un deuxième chœurUn chœur dédié au martyr, l'autre à Sainte-Marie, le chœur occidental surmonte une crypte carrée, le chœur oriental semi-circulaire, est flanqué de deux absidioles ; in .. On peut également mentionner l'existence d'un déambulatoire, réservé, en tout cas à Liège, à la principale église de la ville (privilège réservé notamment en ces villes, à la cathédrale Notre-Dame de Tournai et à la cathédrale Notre-Dame de Cambrai, détruite à la Révolution française). Le monument subit de profondes transformations en sous-œuvre dans le courant des années 1140-1180..
Seconde phase ottonienne Une seconde phase, maintenant précisée par les dernières fouilles, va modifier la structure intérieure du bâti ottonien.
La cathédrale romane vignette|Chapiteau roman provenant de la cathédrale Saint-Lambert à Liège, vers 1180. Grand Curtius
Le bâtiment On ignore tout des causes de destruction de la cathédrale Saint-Lambert ottonienne. Un édifice du plus pur style roman va lui succéder au cours du : de superbes chapiteaux en témoignent encore..
Décès de Henri IV Décédé le , l'empereur déchu et excommunié Henri IV y est inhumé par le prince-évêque Otbert. Les évêques germaniques protestent et déclarent que la cathédrale sera profanée tant que le corps y reposera. Henri V fait ensuite exhumer son père et transférer ses restes à la cathédrale de Spire le ..
L'incendie du vaisseau et des cloîtres romans Dans la nuit du 28 au , un violent incendie éclate dans une des maisons accolées au cloître de la cathédrale, et ne tarde pas à gagner celle-ci. Le vaisseau est fort endommagé.. Le feu fut des plus dévastateurs : cloître et bâtiment claustraux, des pans entier de murs, toitures et tours sont détruits. L'autel de la Sainte-Trinité, situé dans le chœur occidental de l'édifice, est brisé, tout comme le carrelage de marbre, à la suite de l'effondrement des poutres.
Échappèrent à la destruction à tout le moins, l'autel de la Vierge, dans le chœur oriental, et l'église paroissiale primitive de Liège, l'église Notre-Dame Aux-Fonts, érigée au pied de la cathédrale, au Sud de celle-ci Breviloquium de incendio ecclesiae sancti Lamberti, dont l'auteur inconnu, peut-être un chanoine, est contemporain des faits, in ..
La cathédrale gothique La construction de la Cathédrale gothique vignette|redresse|Détail du Chœur de la cathédrale Saint-Lambert dans la Vierge dans une église au Staatliche Museen de Berlin, de Jan Van Eyck, vers 1425, un dessinUne étude récente sur le dessin du Grand Curtius, n'authentifie plus les piliers de la cathédrale ainsi que l'affirmait — Vide également . postérieur se trouve au Grand Curtius