Le duché de Brabant est un État féodal issu du démembrement de la Basse-Lotharingie en et est intégré au Saint-Empire romain germanique. Sa frontière occidentale est l'Escaut, qui le sépare du comté de Flandre, fief du royaume de France jusqu'en 1526.
Devenu possession des ducs de Bourgogne sous Philippe le Bon, il passe aux Habsbourg après la mort de la duchesse Marie de Bourgogne (1482), épouse de Maximilien d'Autriche, devenant la principale des Dix-Sept Provinces des Pays-Bas sous le règne du duc (Charles Quint) puis de son fils (). Bruxelles est alors la capitale des Pays-Bas, Malines le siège primatial et Anvers la principale place économique d'Europe, en liaison avec Séville et l'Amérique, Lisbonne et les Indes orientales.
L'insurrection néerlandaise contre , qui commence en 1568, aboutit au partage de fait du duché en 1581 (sécession des Provinces-Unies) et en droit en 1648 (traité de Münster) : le nord du Brabant (Bois-le-Duc, Bréda) devient un territoire relevant de la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, tandis que le sud, y compris Anvers reprise en 1585, mais désormais en déclin face à Amsterdam et Rotterdam, reste un fief relevant du Saint-Empire, aux mains des Habsbourg d'Espagne (Pays-Bas espagnols), puis (1714) des Habsbourg d'Autriche (Pays-Bas autrichiens).
Après les vicissitudes de la période 1794-1830 (annexion des Pays-Bas autrichiens par la France révolutionnaire (1794-1814), royaume uni des Pays-Bas (1814-1830), révolution belge de 1830), le nord du Brabant devient une des provinces des actuels Pays-Bas, tandis que le sud devient une composante de l'actuelle Belgique.
Selon les époques, il couvrait les actuelles province néerlandaise de Brabant-Septentrional, et provinces belges d'Anvers, du Brabant wallon et du Brabant flamand.
Il incluait alors les villes de Berg-op-Zoom, Anvers, Louvain, Malines, Ninove, Grammont, Vilvorde, Tirlemont, Grimbergen, Nivelles, Gembloux, Sombreffe, Jodoigne, Turnhout et Bruxelles, qui en devient la capitale au .
Histoire Fondation du duché de Brabant
vignette|gauche|Le Brabant en Basse Lotharingie en l'an 1000. Vers , les comtes de Louvain fusionnent les comtés de Louvain et de Bruxellesle titre de comte de Bruxelles n'apparaît plus dans le protocole diplomatique à partir de 1138).. Ceux-ci sont également nommés landgraves de Brabant.
En 1106, , landgrave de Brabant, est nommé duc de Basse-Lotharingie — sous le nom de — par et reçoit le marquisat d'Anvers. vignette|Tombeau d' dans la collégiale Saint-Pierre de Louvain.
Frédéric Barberousse fusionne les comtés de Louvain et Bruxelles avec le Landgraviat de Brabant et l'élève en duché en en faveur de , premier duc de Brabant.
Article détaillé : Liste des ducs et duchesses de Brabant.
fonde Bois-le-Duc en .
Le , à la diète de Schwäbisch Hall, le duc de Basse-Lotharingie perd son autorité territoriale en dehors des terres des comtes de Louvain. En même temps, reçoit le pouvoir ducal dans ses propres territoires et le titre honorifique de duc de Lothier. Il s'ensuivit un conflit ouvert avec les comtes du Hainaut et de Namur (devenu marquis du Saint-Empire en ), connu sous le nom de guerres de Lembeek dans lequel chacun essayait de reprendre des territoires à l'autre. Un traité de paix fut finalement signé en , fixant définitivement les frontières entre le Brabant et le Hainaut.
: un état fort et moderne En 1262, Adélaïde de Bourgogne, veuve d', fonde le prieuré de Val Duchesse qui s'étendra sur plus de Il ne reste du prieuré d'origine que quelques pans de murs et une chapelle dédiée à sainte Anne, restaurée à la fin des années 1960. Joseph Delmelle, Abbayes et béguinage de Belgique, Bruxelles, Rossel, 1973, ..
Le premier château de Gaesbeek est construit en pour protéger le duché et Bruxelles contre les velléités des comtés de Hainaut et de Flandre.
Marie de Brabant (1254-1321), fille d'Adélaïde et d', épouse (1245-1285), roi de France, en .
Les chartes Les ducs et conçurent leur testament comme des outils politiques destinés à assurer la continuité du pouvoir et la stabilité du duché et accorder droits et privilèges à leurs administrésMina Martens, A propos des testaments d'Henri II (22 janvier 1248) et d'Henri III (26 février 1261), ducs de Brabant, Revue belge de philologie et d'histoire, 1944 (vol. 23), , 289-294 ; G. Bolland, Le testament d'Henri III, duc de Brabant (26 février 1261), R.H.E., 1942, , ; G. Bolland, E. Lousse, Le testament d'Henri II, duc de Brabant (22 janvier 1248), Revue historique de droit français et étranger, 1939, .. Ainsi, Henri II, quelques jours avant sa mort, fixe quelques principes pour la gestion future du duché, en concertation avec son fils, héritier, et après discussion avec ses vassaux et les représentants de l'Église : modérer les dépenses, ne pas lever d'impôt sans le consentement des sujets, abolition de la mainmorte. C'est la charte du . Henri III, à son tour, soulage la population de — sauf en certaines circonstances, énumérées — dans une charte testamentaire du . En 1312, Jean II poursuivra sur cette lignée avec la charte de Cortenbergh (voir ci-dessous).
À partir de 1215, se développe une nouvelle entité, la cuve de Bruxelles ( Kuype van Brussel). Elle se compose de l'ensemble des territoires où s’appliquent les mêmes privilèges que ceux accordés à la Ville de Bruxelles intra muros. C'est un espace qui acquiert une certaine autonomie à l'égard du pouvoir ducal et qui, partant, forme progressivement une unité socio-économique susceptible de se développer distinctement et qui préfigure l'espace socio-économique actuel autour de la région de Bruxelles-Capitale.
fut enterré avec sa deuxième épouse Sophie de Thuringe au chœur de l'église de l'abbaye de Villers-la-Ville ; et Adélaïde de Bourgogne furent inhumés au chœur de l' de Louvain, alors en construction Anna Bergmans, Vincent Debonne, "Onze-Lieve-Vrouw-ten-predikherenkerk en klooster", De Inventaris van het Bouwkundig Erfgoed, 2010 ; Thomas Coomans, Anna Bergmans, L’église Notre-Dame des Dominicains à Louvain (1251-1276) : le mémorial d’Henri III, duc de Brabant, et d’Alix de Bourgogne, Bulletin Monumental, 2009 (vol. 167), , ..
Vie culturelle cultivait la poésie française et serait l'auteur de quelques chansonsNicolas Viton de Saint-Allais, L'Art de vérifier les dates des faits historiques, tome quatorzième, Paris, Valade, 1819, ..
Le roman d'aventures en vers Sone de Nansay, qui aurait été rédigé vers 1275 à l'instigationVoir passage relatif à la note 8 de bas de page La Flandre au Moyen Âge de Walter Prevenier et Thérèse de Hemptinne d'Adélaïde de Bourgogne, fait des allusions à des situations réelles et des personnages qui vivent à la cour de Brabant. Il sert à l'éducation du second fils d'Adélaïde, .
Intégration du duché de Limbourg Le duché s'étend vers l'est, et, après sa victoire à Worringen en 1288, formera avec le duché de Limbourg une alliance qui durera près de cinq siècles — les ducs de Brabant portent désormais également le titre de duc de Limbourg.
Devenu riche et puissant, le duché de Brabant peut aussi s'affranchir du Saint-Empire romain, sans pour autant quitter son allégeance à celui-ci. Économiquement, le duché va jouer un jeu égal avec son voisin, le comté de Flandre.
vignette|Le Duc de Brabant, dans le carrousel de la Toison d'Or ().
Une constitution vignette|gauche|
En 1312, dans l'esprit des chartes testamentaires de 1248 et 1261 de ses prédécesseurs (voir ci-dessus), le duc donne une constitution au duché en signant la Charte de Cortenbergh qui constitue un des premiers actes de constitution d'un État de droit moderne. Elle prévoit en particulier la constitution du Conseil souverain de Brabant. Sa portée fut confirmée et étendue par la charte dite la Joyeuse entrée de 1356.
Guerre de succession
Après la mort de ses fils, le Duc se retrouva sans héritier mâle. Pour limiter le risque de conflit entre ses trois filles et gendres après son décès, il désigna pour lui succéder l’ainée de ses filles, Jeanne de Brabant, qui avait épousé Wenceslas de Luxembourg. Il fit promettre aux époux ainsi qu'aux villes du duché d’en maintenir l’intégrité territoriale, avant de mourir le Sergio Boffa, Warfare in Medieval Brabant, , The Boydell Press, Woodbridge, 2004..
En dépit de ces dispositions, le seigneur du comté de Flandre voisin, , dit Louis de Male, époux de Marguerite (la sœur cadette de Jeanne), réclama le démembrement du duché et une partie de celui-ci en compensation du fait que, selon lui, lors de son mariage avec Marguerite, le Duc Jean III de Brabant lui avait promis une dot qui n’aurait jamais été payéeBY. II, ; Chronicon comitum Flandrensium, ; Rymkronyk van Vlaenderen, ; cités par Sergio Boffa, Warfare in Medieval Brabant, , The Boydell Press, Woodbridge, 2004. Il affirmait en outre n'avoir jamais reçu l’entièreté du payement pour la vente de Malines par le comté de Flandre au duché de Brabant quelques années plus tôt, en 1347.
Face au refus de Jeanne et Wenceslas, Louis de Male déclara la guerre au duché de Brabant le . La paix ne fut signée que le à Ath, à la suite de l'arbitrage du comte de Hainaut, favorable au comte de Flandre. En vertu de ce traité, en échange de la reconnaissance officielle par le comte de Flandre de la souveraineté de la Duchesse Jeanne sur le duché de Brabant, le comte fut autorisé à conserver le titre honorifique de Duc de Brabant jusqu’à sa mort. En outre, Malines dut être cédée à la Flandre et Marguerite reçut la ville d’Anvers et ses dépendancesSergio Boffa, Warfare in Medieval Brabant, , The Boydell Press, Woodbridge, 2004..
Successions difficiles En 1384, à la mort de Louis de Male, le duché de Brabant voit l'État bourguignon s’étendre à ses frontières, (duc de Bourgogne et quatrième fils du roi ) ayant épousé en 1369 , la fille de Louis de Male et de Marguerite, unique héritière du défunt comte de Flandre. vignette|droite|Jeanne de Brabant
En 1405Voir aussi Le duché de Brabant à la veille de 1406, Connaître la Wallonie, [connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/histoire/atlas/le-duche-de-brabant-la-veille-de-1406 en ligne]., un an avant son décès, Jeanne de Brabant abdiqua. Sans enfant, elle désigna pour lui succéder à la tête des duchés de Brabant et de Limbourg son petit-neveu Antoine de Brabant, petit-fils de sa sœur Margueritte, né en 1384, et petit-fils, par son père (Philippe le Hardi) du roi . Son autre sœur, Marie, n’ayant comme elle pas eu d’enfant, Jeanne permettait par ces dispositions qu’à travers la descendance de sa sœur Marguerite, le futur duc de Brabant soit l’un des arrière-petits-fils de .
En dépit des liens fraternels qui unissaient Antoine de Brabant et Jean sans Peur de Bourgogne (tous deux fils de Philippe le Hardi), le duché de Brabant restera encore indépendant de l’État bourguignon pendant 25 ans.
Le fils d’Antoine, , fondera l'université de Louvain en 1425.
Jean IV n'ayant pas eu d'enfant, à sa mort en 1427 le duché revint en héritage à son frère Philippe de Saint-Pol. Celui-ci décède trois ans plus tard seulement, le . À défaut, à nouveau, d'héritier, le duché passe aux mains de leur cousin, Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur. Le duché de Brabant relève ainsi, désormais, de la dynastie bourguignonne et en particulier des Pays-Bas bourguignons.
Depuis 1383, le duché est gouverné par une femme déjà âgée et ensuite par trois princes dont les règnes avaient été relativement courts. Les deux derniers princes sont très jeunes quand ils arrivent au pouvoir. Ce qui laisse penser que l'entourage en profita pour asseoir son influence.
Période bourguignonne (1430-1515)
Formation des Pays-Bas bourguignons (à partir de 1384) Les ducs de Bourgogne de la maison de Valois acquièrent (par mariage) à partir de 1384 le comté de Flandre, le comté d'Artois et le comté de Rethel.