vignette|upright|Illustration d'un chevalier dans le Codex Manesse (1305-1315). Montant un cheval de guerre, il est équipé d'un heaume en fer, d'un grand bouclier (écu) et d'une lance destinée à la charge. Sa panoplie est richement décorée de ses armes, permettant de l'identifier.

La chevalerie et le code chevaleresque désignent à la fois le groupe social, constitué de chevaliers, et un ensemble de codes de conduite informels destinés à encadrer la vie chevaleresque idéale.

La chevalerie est un phénomène culturel et militaire d'origine médiévale dont les racines remontent, pour l'Occident, au . Son apogée, l'âge de la chevalerie classique, se trouve entre les , époque de développement des ordres militaires et des croisades, dans lesquelles la chevalerie est particulièrement mobilisée. La littérature chevaleresque se développe, et la chevalerie s’intègre aux cadres de la chrétienté : elle s'initie aux usages de cour, dans le cadre du développement des monarchies médiévales. À partir de la fin du Moyen Âge, la chevalerie décline fortement comme force militaire, remplacée progressivement par des armées professionnelles.

Les origines de la chevalerie occidentale médiévale se situent dans le monde franc mérovingien puis dans la cavalerie lourde carolingienne. Ces peuples germaniques et leurs descendants importent dans le monde romain tardif des modes d'encadrement de la guerre différents, adaptés aux nouveaux modes de pouvoirs locaux qui succèdent à l'Empire romain. À l'origine, le mot caballarius, dont dérive chevalier et chevalerie en français, désigne uniquement les combattants à cheval, appelé caballus en latin tardif (emprunté au gaulois *kaballos, du protoceltique *kaballos). Ce guerrier monté était investi de l'idéal de l'equites romain, pouvant mener, du fait de son aisance financière et foncière, une carrière publique marquée par le service militaire.

C'est seulement par la suite que l'idée de chevalerie s'est vue associée à un sens moral, éthique, et social, en se voyant greffés les idéaux chevaleresques de la littérature et de la chanson de geste. Le terme sous-entend ainsi une distinction sociale et fonctionnelle entre les chevaliers, combattants professionnels aguerris au métier des armes, force d'élite montés à cheval, et l'infanterie à pied, la « piétaille » qui fournissait la masse des troupes d'infanterie recrutées de manière ponctuelle.

Ces guerriers germano-francs ayant intégré les usages du monde romain exaltent le compagnonnage militaire, liant des combattants d'élite entre eux par des serments de fidélité et d'assistance. Adoptant peu à peu une hiérarchie entre membres de l'aristocratie militaire, ces combattant formèrent les contours de la féodalité et de la vassalité.

Fortement marquée par la tradition chrétienne et par les prescriptions morales, religieuses et politiques de l'Église médiévale, la chevalerie occidentale est intimement liée à la dévotion pieuse, à la pratique des armes et de la guerre, ainsi qu'à une éthique de l'assistance envers son prochain et de la fidélité. L'imaginaire de la chevalerie a fortement marqué la littérature, les arts et est encore aujourd'hui une source de popularité du Moyen Âge auprès du grand public - non sans biais et sans déformations liées aux imaginaires politiques qui firent de la chevalerie un exemple de comportement à suivre.

Les comportements idéaux de la chevalerie étaient régis par des codes chevaleresques plus ou moins institués en normes et en conditions d'appartenance à la chevalerie. Ces codes, le plus souvent tardifs, constituent néanmoins une bonne source pour comprendre le socle idéologique sur lequel la chevalerie médiévale s'est appuyée. Les idéaux de la chevalerie ont été fortement influencés par la théologie chrétienne et diffusés par la littérature médiévale, qui en forme les contours et les archétypes, en particulier dans les cycles littéraires connus sous le nom de Matière de France (ensemble d'épopées littéraires qui se rapporte aux compagnons légendaires de Charlemagne et à ses hommes d'armes, les paladins), et de Matière de Bretagne (alimentée par lHistoria Regum Britanniae de Geoffrey de Monmouth, écrite dans les années 1130), qui a popularisé la légende du roi Arthur et de ses chevaliers de la Table ronde.

Au fil du temps, sa signification en Europe a été progressivement affinée pour mettre l'accent sur des vertus sociales et morales plus générales. Le code de la chevalerie, tel qu'il existait à la fin du Moyen Âge, était un système moral qui combinait une éthique guerrière, la piété chevaleresque et les manières de la cour, le tout s'associant pour établir une notion d'honneur et de noblesse, de dévouement pour son suzerain auquel les chevaliers sont liés par un serment de fidélité. Il était le résultat de l'anoblissement progressif des chevaliers, de leur confusion avec l'aristocratie, ainsi que de leur proximité avec les milieux de cour dont ils devaient connaître les usages.

La chevalerie, comme force militaire et ordre social, subit de profondes évolutions à la fin du Moyen Âge. Elle se mue en cavalerie professionnalisée dans le cadre de la naissance des premières armées modernes. Les ordres chevaleresques, ou ordre de chevalerie, deviennent alors des groupes sociaux chargés de symboles prestigieux, des cercles de sociabilité et de répétition des codes de la noblesse de guerre. Formant l'entourage des rois, ces ordres ne comptent plus que quelques centaines d'individus, voire moins pour certains. Ces ordres témoignent d'une volonté d'entourer les souverains de l'aura des preux des chansons de geste et de régénérer les liens de fidélité entre princes et noblesse des États modernes en formation.

Signification Étymologie Le mot chevalerie est le résultat d'une lente évolution : il se forme en ancien français, au , à partir du latin médiéval caballārii, nominatif pluriel du terme caballārius « celui qui monte à cheval à la guerreHoad, T. F. Hoad (1993). The Concise Oxford Dictionary of English Etymology. Oxford University Press. », attesté à partir du . Ce mot est formé, en latin tardif, sur le radical caballus « cheval », qu'on pense emprunté au gaulois *kaballos, lui-même issu du protoceltique *kaballosDelamarre, Xavier (2003), “caballos”, in Dictionnaire de la langue gauloise: une approche linguistique du vieux-celtique continental, 3è édition, Éditions Errance, p. 96Sakhno, Serguei (2017–2018), “Chapter XIII: Slavic”, in Klein, Jared S.; Joseph, Brian D.; Fritz, Matthias, éd., Handbook of Comparative and Historical Indo-European Linguistics : An International Handbook, Berlin ; Boston : De Gruyter Mouton, The lexicon of Slavic, p. 1582Beekes, Robert S. P. (2010), “6l1”, in Etymological Dictionary of Greek (Leiden Indo-European Etymological Dictionary Series; 10), page "καβάλλης".

À l'origine, le terme de « chevalerie » est synonyme d'équitation. Le terme « chevalerie » sert progressivement à désigner les combattants possesseurs de chevaux, mais aussi l'art du combat à cheval au sens large et même les actions propres aux chevaliers. Par extension sémantique ou par métonymie, « chevalerie » acquiert progressivement le sens qu'il a aujourd'hui : il désigne alors non plus la cavalerie ou l'acte chevaleresque, mais l'ensemble des femmes ou hommes d'armes d'élite. Les chevaliers, sont formés à la guerre professionnellement depuis l'enfance, ont reçu l'adoubement, sont souvent d'ascendance noble ou du moins issus des milieux aristocratiques, et disposent des capacités financières pour s'équiper d'un cheval de guerre et des armes d'un cavalier lourd (épée, bouclier, lance, armure corporelle et fourniment).

La signification du terme a évolué profondément au fil du temps vers un sens de plus en plus large : au cours du Moyen Âge, les chevaliers et la chevalerie connaissent une lente évolution sémantique, désignant à l'origine la femme, où pendant la Guerre de Cent ans, des chevaleresses prennent parti pour l’un ou l’autre des camps. Jeanne la flamme, par exemple, combat pour les Anglais et gagne son surnom grâce à un coup d’éclat. Assiégée par les troupes françaises à Hennebont, elle prend la tête d’une petite troupe de soldats et profite de la nuit pour enflammer les tentes de ses ennemis. L'homme d'armes noble possédant un cheval de guerre, la chevalerie finit par revêtir un sens plus général, celui d'un groupe social noble partageant l'idéal de l'éthos guerrier chrétien tel qu'il se donne à voir dans le genre romanesque, devenu populaire au . La chevalerie embrasse aussi progressivement l'idéal de l'amour courtois propagé dans la chanson de geste et ses genres connexes.

Polysémie : entre groupe social et ensemble de valeurs Le terme de chevalerie est fondamentalement polysémique : désignant d'abord la pratique militaire à cheval, puis une forme de groupe de combattants liés entre eux par une éthique, un style de formation, et une pratique sociale, le mot de chevalerie finit ainsi par regrouper non seulement les hommes, mais aussi leurs valeurs : pour les spécialistes, la chevalerie s'entend ainsi à la fois comme un groupe social et comme un corpus idéologique.

Pour Philippe Contamine, historien de la guerre au Moyen Âge :

Pour le médiéviste Nigel Saul, professeur d'histoire médiévale à l'Université de Londres, il y a ambivalence dans la notion de chevalerie, entre groupe social, ensemble de valeurs et code de comportement : Nigel Saul insiste d'ailleurs sur la diversité des définitions dont la chevalerie fait l'objet :Dans son bilan historiographique sur la périodisation de l'histoire de la chevalerie, Aude Mairey, directrice de recherche au CNRS au sein du Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris fait le bilan suivant :Pour Jean Flori, historien spécialiste de la chevalerie médiévale, auteur de nombreuses synthèses sur les chevaliers et la chevalerie française :Pour Montserrat Planelles Ivañez, professeure de philologie française au département de philologie de l'université d'Alicante, la chevalerie présente ainsi une acception plurielle, un terme dont le contenu a évolué au fil du temps : Une terminologie floue fondée sur la distinction et le prestige S'il est difficile de saisir exactement la terminologie médiévale exacte à laquelle renvoie le concept historique de chevalerie, il demeure assez clair que la notion de miles / militia sert à l'origine à distinguer le combattant chevaleresque des autres Hommes d'armes : sergent, écuyer, valet, garçon. Il en va de même pour tout le vocabulaire technique destiné à décrire la réalité matérielle de la chevalerie : guerrier opposé aux piétons, garçons d'armes, sergents d'armes ; l'usage du destrier ou cheval de bataille / palefroi / sommier opposé au cheval roncin ou au courtaud, l'utilisation d'un heaume / helme / bassinet à la place d'un rudimentaire chapel de fer, le maniement de la grande espée et de la dague, l'affichage d'une oriflamme / gunfanun / bane, bannière royale.

La principale difficulté, pour l'étude des prémices de la chevalerie et donc de sa naissance, provient du fait que la formation de la chevalerie comme phénomène social, technique, guerrier, s'observe par le biais d'une multiplicité de termes servant à désigner les combattants des débuts de la féodalité. Nombre de ces termes coexistent ainsi dans les sources : miles qui est le plus fréquent, et qui finit par prendre le dessus sur d'autres termes, vassus, vasseur, vasallus, nobilis, caballarius, parfois composés comme pour vassus dominicus, nobilissimus miles, vir nobilissimus, miles optimus. La diversité de ces termes dans les actes normatifs et les actes de la pratique du début de l'âge féodal, ainsi que dans la documentation littéraire, témoigne avant tout de préférences locales et de traditions terminologiques variées à l'échelle de l'Occident médiéval.