Honoré Victorin Daumier, né le à MarseilleActe de naissance de Honoré Victorin Daumier . et mort le à Valmondois, est un lithographe, caricaturiste, peintre et sculpteur français, dont les œuvres commentent la vie sociale et politique en France au . Dessinateur prolifique, il est surtout connu pour ses caricatures d'hommes politiques et ses satires du comportement de ses compatriotes. Il a changé la perception que nous avons sur l'art de la caricature politique.

Il est un fait que si son œuvre est composée de nombreux dessins, aquarelles, peintures et sculptures, elle est dominée par une immense production d’estampes (environ et sur bois).

On ne connait de lui qu’une seule gravure à l'eau-forte, qui fut publiée hors texte dans l'œuvre de Champfleury sur Daumier en 1878 ‘Catalogue de l’œuvre lithographié et gravé de H. Daumier’.

La valeur de son œuvre peinte, quelque cinq cents tableaux, a elle aussi été reconnue, bien qu’à titre posthume seulement Honoré Daumier: A Finger on the Pulse. : Daumier est considéré de nos jours comme l'un des plus grands peintres français du .

Biographie Daumier est né à Marseille (rue Colbert actuelle) de Jean-Baptiste Louis Daumier et de Cécile-Catherine PhilipDans l'ouvrage intitulé Peintres & sculpteurs contemporains, publié en 1882, l'auteur, Jules Claretie, indique que Honoré Daumier serait né en 1810 de Marc Louis Daumier et de Jacquette Vidal, née à Magalas, Hérault (le prénom du père, comme le nom complet de la mère, ne correspondant pas dans cet ouvrage à l'acte de naissance consultable en ligne). Cf. .. Son père était un vitrier (encadreur) que les aspirations littéraires ont amené à monter à Paris en pour tenter de faire publier ses poésiesRey, .. En 1816, le jeune Daumier et sa mère le suivent à Paris. Honoré Daumier montre une prédisposition pour la carrière artistique, vocation dont son père tente vainement de le détourner, en le plaçant d'abord chez un huissier. En 1822, il devient l'élève d’Alexandre Lenoir. L'année suivante, Daumier entre à l’Académie Suisse. Il fait ses premiers pas dans le domaine de la lithographie chez l'éditeur Belliard, puis produit des plaquettes pour les éditeurs de musique, ainsi que des illustrations pour des publicités. Il travaille dans l'anonymat pour les éditeurs, en imitant le style de Charlet.

Un fait singulier caractérise l’œuvre de Daumier : elle est emblématique des tensions politiques et sociales qui parcourent le . Cet artiste a traversé le siècle et vécu l’essentiel des changements de régimes politiques de l’époque. Pour ne parler que de sa production lithographique, on ne la comprend bien que si on la relie à la chronologie historique et les actualités de l’époque. Pour cette raison, on peut distinguer cinq périodes dans la production des œuvres de l’artiste.. 1830-1835 : Les premières lithographies politiques

En 1829, il rencontre Charles Philipon pour qui il fait ses premiers dessins pour la revue La SilhouetteLaroche Caroline, Daumier (1808-1809), Album de l'exposition, Éditions de la réunion des musées nationaux, Paris, 1999, .. Le premier dessin de Daumier pour ce journal fondé en est publié le et intitulé Passe ton chemin, cochon (LD1).

En 1830, il commence une carrière de caricaturiste politique, en faisant des lithographies pour la revue satirique La Caricature où il connaît le succès pour ses portraits-charge des politiciens de la monarchie de Juillet.

La Caricature est créée le et Daumier y réalise sa première caricature (Numéro 67, planche ) le intitulée Très humbles, très soumis, très obéissants (LD40).

En 1832, pour sa caricature de Louis-Philippe représenté en Gargantua, il est condamné à six mois de prison et cinq cents francs d'amende, , soit environ 27 francs par semaine. thumb|gauche|Eugène Atget, Façade de la prison Sainte-Pélagie, rue du Puits-de-l'Ermite à Paris (1898). Dans ses nombreux ouvrages sur papier et en peinture croquant les avocats, il s'appuie sur ses propres expériences dans la salle d'audience. Bien avant d'avoir été emprisonné, il a vu son père poursuivi par des créanciers.. Il aimait clairement se moquer de la profession juridique et avait manifestement l'impression que le jeu était toujours contre les pauvres et les sans défense de la société. Quel que soit le résultat pour l'homme moyen, les avocats des images de Daumier s'en sortent toujours bien..

Il purge d'abord sa peine dans une maison de santé de la rue Pigalle puis, à partir du , chez l'aliéniste Casimir Pinel, à Chaillot, avant d'être transféré le à la prison Sainte-Pélagie.. De sa prison, il incite le peintre Paul Huet à pratiquer la caricature politiquePierre et Rolande Miquel avec la collaboration du professeur Gérard Bonin et de Michael Tazi Klaa, De l'aube romantique à l'aube impressionniste, éditions Somogy, 2011, ..

Charles Philipon crée un nouveau journal satirique Le Charivari le . Le vif entrepreneur va s'entourer de brillants artistes parmi lesquels Daumier qui y réalise son premier dessin le Le bois est cher et les arts ne vont pas (LD146).

Il poursuit son activité de caricaturiste politique jusqu'en . La dernière parution de La Caricature date du . C'est dans son numéro 251, planche 524 que la dernière caricature politique de Daumier intitulée C'était vraiment bien la peine de nous faire tuer est publiée. En effet, le journal cesse provisoirement de paraître à la suite de la promulgation de la loi sur la censure de la presse du , consécutive à l'attentat de Giuseppe Fieschi (1790-1836) contre Louis-Philippe et la famille royale.

1835-1848 : vers les caricatures sociales

La censure gouvernementale le contraint à concentrer son travail sur les caricatures de mœurs qu'il pratiquera en fait jusqu'à la fin de sa vie.

À partir d’, Le Charivari publie la série des cent lithographies des Robert Macaire, sous le titre Caricaturana, toutes les planches sont signées conjointement par Daumier et Philipon. En débute la série Croquis d’expression dont Daumier livrera cinquante-trois dessins.

En 1839, année de la révélation du daguerréotype au public, Daumier va réaliser une quinzaine de lithographies sur le thème de la photographie. Il sera parmi les tout premiers artistes à gentiment se moquer des faiblesses de la toute récente invention. Il dessine très tôt sa première lithographie qui parait le dans Le Charivari sous le titre La patience est la vertu des ânes..

Mars 1845, commence la série Les gens de justice publiée dans Le Charivari.

Le , Daumier épouse Marie-Alexandrine Dassy, dite Didine ou Nini, couturière, qui demeurait jusqu’alors chez ses parents..

Daumier reprend progressivement la caricature politique en 1848, à l'avènement de la seconde République, pour l'interrompre à nouveau après le coup d'État du lorsque le régime politique se durcit.

Il fait la connaissance la même année du marchand d'art Adolphe BeugnietPierre Miquel, Art et argent 1800–1900 : L’école de la nature, Édition de la Martinelle, Maurs-la-Jolie, 1988. qui vient d'ouvrir une galerie au 18, rue Laffitte, et qui deviendra un ami intime. Ce dernier lui achètera nombre de dessins, tout particulièrement entre 1865 et 1867 Bruce Laughton, Honoré Daumier, Yale University Press, New Haven and London, 1996, .. Daumier lui dédicacera l'un de ses tableaux en remerciementVoir plusieurs lettres de Daumier à Beugniet, sur daumier.org..

1848-1852 : une liberté retrouvée C’est à la suite de la révolution de 1848, dites aussi « Révolution de Février », qui se déroule à Paris du 22 au , qu’est proclamée la Deuxième République mettant fin à la monarchie de Juillet. Pour un court moment, la liberté d’expression est rétablie et toutes les mesures de contrainte qui pèsent sur la presse sont abolies. Cette euphorie sera de courte durée.

Durant cette période, Daumier poursuit ses caricatures sociales mais renoue avec la satire politique. Parmi ses œuvres les plus notables on peut citer : Le Révérend père capucin Gorenflot, le dernier Conseil des ex-ministres, le gamin de Paris aux Tuileries parmi ses plus belles planches. Daumier participe au concours ouvert le par la république naissante pour une « figure peinte de la république ».

Ayant les coudées assez franches, Daumier poursuit ses œuvres politiques : De à , est publiée la série Les Représentants-Représentés, portraits-charges de parlementaires et la série Physionomie de l’Assemblée.

C’est en 1850 que Daumier invente un nouveau personnage, Ratapoil, le type de l’agent de propagande bonapartiste, anticipant en cela le coup d’État du , qu’il fera figurer dans plusieurs lithographies à venir.

Septembre 1850 voit paraitre les premières lithographies de sa série Les Idylles parlementaires, 27 planches dont 16 publiées dans Le Charivari.

Il expose une de ses premières peintures Le Meunier, son fils et l'Âne au Salon de 1849.

Suivront plusieurs tableaux empruntant leurs thèmes au réalisme social, cher à Gustave Courbet, mais d'un traitement très intériorisé. Il fait aussi plusieurs toiles sur le thème de Don Quichotte ou des saltimbanques.

Ses peintures révèlent une observation de la condition humaine révélant avec sympathie la pauvreté et l'isolement des saltimbanques. Dans les Saltimbanques itinérants il a peut-être ressenti une affinité personnelle avec les artistes. Le petit garçon portant une chaise pourrait être un souvenir de son enfance, lorsque sa famille, démunie et vivant à Paris, subit de nombreux déplacements vers des logements de plus en plus dégradés. Son père, poète et dramaturge raté a été envoyé à l'asile d'aliénés de Charenton en 1851, où il est décédé..

La liberté de la presse est remise en cause, dès avant le coup d’État, lors du retour au pouvoir d’une majorité conservatrice (décrets des 9 et , lois du et du ). Daumier va bientôt devoir, à nouveau, plancher sur la caricature de mœurs.

1852-1860 : Daumier sous l'Empire autoritaire Dès le lendemain du coup d’État, la presse est mise au pas par les décrets du qui défèrent les délits de presse aux tribunaux de police correctionnelle. Par le décret du et par les décrets complémentaires des , et , sont instituées diverses mesures autoritaires parmi lesquelles, en cas d’infraction, la sanction de l’avertissement. Au bout de deux avertissements en deux mois, la suspension du journal intervient. Enfin la suppression pure et simple est possible en fonction des exigences de la sûreté générale. Les journaux d’opposition connaissent une baisse sensible de leur tirage, ce qui les fragilise…

Après le coup d’État du et l’avènement du Second Empire, Daumier se consacre à nouveau à la caricature de mœurs, son gagne-pain principal. Bien sûr, il ne renonce pas à la peinture.

À partir de cette date, la production de lithographies de Daumier devient très abondante : on peut citer parmi une longue liste de séries réalisées pour Le Charivari essentiellement, Les Parisiens, Croquis musicaux, Le Public au Salon, Croquis aquatiques, Emotions de chasse, En Chine…

Le , Baudelaire publie « Quelques caricaturistes français », dans Le Présent, Revue universelle, où Daumier figure à une place majeure..

1860-1870 : Daumier sous l'Empire libéral

En , Daumier est licencié du Charivari après vingt-sept ans de service. Il ne réintégrera le journal qu’en . Renvoyé du journal, Daumier va connaitre une période difficile même s’il continue à publier de nombreuses lithographies pour différents journaux (Le Boulevard, Le Monde illustré). Est ainsi publiée le dans Le Boulevard la fameuse planche Nadar élevant la Photographie à la hauteur de l'Art..

1861 : Daumier dessine (mais s’est-il jamais interrompu) et peint. En février, Une blanchisseuse (sur ce thème de la blanchisseuse, il existe trois versions proches, dont la première apparaît au Salon de 1861) et Les Buveurs.

, Daumier recommence à travailler pour Le Charivari, Charles Philipon est mort. Ses anciens amis organisent un banquet en son honneur..