vignette|243x243px|Logo de campagne Anti-Porno - PorNo vignette|Protestation contre une librairie pour adultes à Uniontown, dans l'État de l'Indiana, aux États-Unis. L'opposition à la pornographie englobe les courants d'opinion qui soutiennent l'idée selon laquelle la pornographie a des effets néfastes. Les arguments avancés sont nombreux : elle favoriserait la traite des êtres humains, la pédophilie et l'exploitation ; elle réduirait la sensibilité des personnes qui en consomment et entraînerait une déshumanisation des rapports humains ; elle serait une des causes de dysfonction sexuelle et engendrerait l'incapacité d'avoir un comportement sexuel sain ; seraient une cause de ruptures amoureuses ou divorces. Beaucoup de gens qui militent contre la pornographie sont issus de groupes religieux ou féministes et se rejoignent généralement sur plusieurs points : l'évolution de la diffusion de la pornographie et les moyens de luttes contre les MST et le sida.
Les productions pornographiques de type no-condoms (sans préservatif), expliquent le nombre croissant de séropositifs dans ce milieu. Les organisations anti-pornographie dénoncent aussi la facilité d'accès à des contenus pornographiques extrêmes via internet. Ainsi, selon les chiffres communiqués par plusieurs sondages, un moins de 15 ans sur trois affirme avoir déjà visionné des films pornographiques. Ce phénomène de précocité coïncide avec l'évolution du Sida : de plus en plus de gens sont dépistés séropositifs alors qu'ils ont moins de quinze ans.
Objections scientifiques
Les recherches récentes sur les usages de la pornographie révèlent des mécanismes psychologiques, neurologiques et sociologiques.
Ces recherches étayent les critiques, du point de vue neurologique, notamment par les effets de la pornographie sur le cerveau en rapport avec les mécanismes d'addiction, le volume de matière grise en lien avec les interactions entre les hémisphères cérébraux et le dérèglement du système empathique.
Depuis 2020, plusieurs gouvernements ont mené des enquêtes pluridisciplinaires afin d'évaluer les conséquences de la pornographie tant sur la santé que sur la violence sociale. Toutes alertent sur les dangers de la pornographie et sur les difficultés à endiguer ses conséquences du fait des enjeux économiques et de l'accessibilité par internet.
Sur le plan psychologique, plusieurs travaux ont permis de dégager les principales dimensions : la perte de contrôle sur le comportement, l'évitement émotionnel, le sentiment de regret après usage, le mal-être, l'insécurité affective, de forts troubles de l’attachement anxieux, la dépression, la psychopathie, l’utilisation de la pornographie comme principal moyen d’excitation sexuelle et le développement de biais sexistes. La dimension morale du rapport à la pornographie a conduit certains chercheurs à proposer un modèle d'étude fondé sur l’« incongruence morale », c’est-à-dire le décalage entre les comportements et les valeurs personnelles .
À un niveau collectif, les analyses soulignent un lien significatif entre la consommation fréquente de pornographie et des comportements permissifs ou attitudes associées à la violence sexuelle. Neil M. Malamuth, Do Sexually Violent Media Indirectly Contribute to Antisocial Behavior?, page 10 Dolf Zillmann, Effects of Prolonged Consumption of Pornography. La pornographie serait une propagande de guerre contre les femmes., ayant influencé la pornographisation de la société.
Dans une étude sur un groupe de 404 étudiants, la pornographie apparaît comme un objet culturel accepté, bien que les attentes et jugements à son égard varient fortement selon le genre et le contexte relationnel. L’étude a mis en évidence quatre profils distincts concernant la perception de la pornographie au sein des relations amoureuses. Une majorité d’hommes (70,8 %) et près de la moitié des femmes (45,5 %) estiment que la consommation de pornographie, qu’elle soit pratiquée seul ou en couple, peut être acceptable, sous certaines conditions. Un deuxième groupe, regroupant 22,3 % des hommes et 26,2 % des femmes, considère cette pratique comme incompatible avec une relation sérieuse. Un troisième groupe, plus restreint, composé de 5,4 % des hommes et 12,9 % des femmes, juge la pornographie inacceptable dans toutes les situations. Enfin, un dernier sous-groupe, représentant 10,4 % des femmes, estime que la consommation de pornographie par leur partenaire est acceptable, tout en ne souhaitant pas y participer personnellement.
Certains ouvrages grand public, partagent les résultats de ces études, The Effect of Pornography: Consumption of Pornography The effects of Pornography: An International Perspective, dans The effects of pornography on adult’s males relationships., Pornographie, les hommes s'approprient les femmes ou encore Pornland, comment le porno a envahi nos vies.
Objections féministes vignette|Couverture d'un ouvrage anti-pornographie en espagnol, qui détourne le logo du site web Pornhub. Les féministes ont des opinions diverses sur la pornographie. Pour bon nombre d'entre elles, par exemple Diana E. H. Russell, Andrea Dworkin, Catharine MacKinnon, Léo Thiers-Vidal, Bell Hooks, Gail Dines, Susan Brownmiller, Dorchen Leidholdt, Ariel Levy, Édouard Durand ou Robin Morgan, la pornographie est dégradante pour les femmes et se rend complice de la violence exercée contre elles à la fois par la production d'œuvres (dans un milieu où, selon elles, les mauvais traitements et l'exploitation des actrices sont monnaie courante) et par la consommation de ces œuvres (qui, selon elles, érotise la domination et l'humiliation des femmes, et renforce les comportements sociaux et sexuels qui favorisent le viol et le harcèlement sexuel). Toutefois, les féministes font souvent des distinctions entre les diverses formes de pornographie.
Historique Dès la fin des années 1970, les féministes radicales dénoncent la pornographie et constituent des associations, par exemple Women Against Pornography, qui organisent des activités de sensibilisation, comme des projections, des discours et des visites guidées de l'industrie du sexe à Times Square, afin de faire prendre conscience à la population du contenu des œuvres pornographiques et de l'image de la sexualité véhiculée par les boutiques érotiques et les spectacles à caractère sexuel.
La publication de L'Épreuve (Ordeal) donne des arguments féministes opposés à la pornographie. Dans cet ouvrage, Linda Boreman, héroïne de Gorge profonde sous le pseudonyme de Linda Lovelace, affirme que son mari Chuck Traynor l'a battue, violée et obligée à se prostituer depuis le début de leur relation. Il lui aurait fait jouer certaines scènes du film sous la menace d'une arme à feu, et il aurait usé de violence physique, verbale et psychologique, ainsi que de menaces, pour la contraindre. Elle a aussi raconté que son époux l'avait contrainte à se soumettre à une scène zoophile avec un chien lors d'un autre tournage. Cependant, dans le documentaire Inside Deep Throat, on voit les réalisateurs Fenton Bailey et Randy Barbato interviewer plusieurs personnes liées à Gorge profonde, dont le réalisateur Gerard Damiano et l'acteur Harry Reems. Ces derniers affirment que Linda Boreman n'a pas été forcée à participer au film et qu'ils n'ont jamais vu d'armes à feu sur les lieux du tournage. Dworkin, MacKinnon et les membres de Women Against Pornography affichent publiquement leur soutien à Linda Boreman et collaborent avec elle lors de ses apparitions publiques et de ses discours. La réflexion autour de L'Épreuve attire l'attention des féministes non plus seulement sur la consommation d'œuvres pornographiques (ce qui était le centre de leurs préoccupations dans les années 1970), mais aussi sur le milieu de la pornographie, où selon elles abondent les cas de mauvais traitement, de harcèlement, d'exploitation et de violence physique et sexuelle. Elles s'appuient aussi sur l'expérience d'autres actrices pornographiques célèbres, comme Traci Lords, et sur les témoignages exprimés dans des œuvres féministes récentes, comme Power Surge: Sex, Violence and Pornography de Susan Cole. Catharine MacKinnon propose, pour déterminer si l'industrie pornographique exploite les femmes, de poser la question suivante : les femmes choisiraient-elles de travailler dans la pornographie s'il n'y avait pas d'argent en jeu ? Les critiques notent cependant que ce cadre d'analyse pourrait s'appliquer à n'importe quel autre secteur sans que les résultats ne soient différents.
Certaines féministes qui militent contre la pornographie, en particulier Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon, préconisent l'adoption de lois qui permettraient aux femmes qui ont été agressées sexuellement ou qui ont subi un préjudice à cause de la pornographie de poursuivre en justice les producteurs de ce milieu. Le projet de loi qu'elles ont rédigé, lAntipornography Civil Rights Ordinance, est voté deux fois en 1983 par la ville de Minneapolis, mais le maire Donald Fraser, affirmant que la ville n'a pas les moyens de défendre en Cour le caractère constitutionnel de la loi, y met son veto. La loi est adoptée en 1984 par la ville d'Indianapolis et approuvée par son maire William Hudnut; elle est également adoptée à Bellingham, Washington, en 1988, mais est déclarée chaque fois inconstitutionnelle par les tribunaux d'État et la Cour fédérale. En 1986, la Cour suprême des États-Unis corrobore les décisions des autres tribunaux sur le cas d'Indianapolis sans faire de commentaires.
Dans l'ouvrage collectif Take back the night : women on pornography (1980), un large collectif féministe discute des possibilités d'action : «Si de nombreuses féministes militant contre la pornographie soutiennent les actions législatives, d'autres, comme Susan Brownmiller, Janet Gornick, et Wendy Kaminer objectent que ces campagnes seraient déboutées par les tribunaux, qu'elles violent le principe de liberté d'expression et qu'elles nuisent à la lutte contre la pornographie en détournant des efforts qui pouvaient être consacrés à des campagnes d'éducation et à des actions directes.»
Bon nombre de militantes féministes se décrivant comme radicales sur les questions touchant la sexualité, comme Ann Simonton, Nikki Craft et d'autres membres du Media Watch (organisation à but non lucratif luttant contre le sexisme, le racisme et la violence dans les médias par l'éducation et l'action directe), connaissent des démêlés avec la justice pour exhibition au cours d'actions de dénonciation de la pornographie. Elles appliquent des principes de désobéissance civile à l'égard de l'industrie de la pornographie en déchirant des exemplaires de magazines présentant des scènes violentes et représentant selon elles le viol comme un divertissement sexuel. Au cours de ces actions, elles affirment rejeter les représentations de la sexualité illustrées dans des magazines comme Hustler et Penthouse.
En 1992, la Cour suprême du Canada, dans le jugement R. contre Butler aussi appelé « décision Butler », alimente les critiques en incorporant des éléments des travaux de Dworkin et de MacKinnon dans les lois canadiennes sur l'obscénité. La Cour affirme dans ce jugement que la loi actuelle, en fondant ses principes sur le critère de la moralité ou sur des normes sociales de décence, viole le droit à la liberté d'expression exprimé dans la Charte canadienne des droits et libertés. La loi pourrait être conforme à la constitution canadienne si elle se fondait sur les principes de la Charte garantissant l'égalité des sexes. Le jugement de la Cour, avec la collaboration de MacKinnon, reprend de nombreux éléments de textes préparés par le mouvement Women's Legal Education and Action Fund (LEAF). Andrea Dworkin s'oppose aux positions de la LEAF en affirmant que les féministes ne devraient pas appuyer la loi sur l'obscénité ni chercher à réformer le droit criminel sur la question.