Rafael Leónidas Trujillo Molina, né le à San Cristóbal et mort le à Ciudad Trujillo, est un militaire et homme d'État dominicain qui fut à deux reprises président de la République dominicaine (1930-1938 et 1942-1952). Dans les faits, de 1930 à son assassinat en 1961, il exerça un pouvoir dictatorial et sans partage sur le pays.
Il rejoint en 1918 la Garde nationale, entraînée par le corps des Marines des États-Unis, afin de maintenir l'ordre après l'occupation. Il monte rapidement en grade et renverse le président Horacio Vásquez en 1930. Après avoir imposé le Parti dominicain comme parti unique dans le pays, son anticommunisme et son conservatisme lui permettent de disposer du soutien des États-Unis, de l’Église, de l'armée et des classes aisées. Exaltant le nationalisme dominicain et la xénophobie envers les Haïtiens, son régime fait massacrer en plusieurs milliers d'immigrants haïtiens.
Il instaure autour de sa personne un culte de la personnalité, se fait officiellement appeler « Son Excellence le généralissime docteur Rafael Leonidas Trujillo Molina, Honorable Président de la République, Bienfaiteur de la Patrie et Reconstructeur de l'Indépendance Financière », fait construire des milliers de statues à son effigie, rebaptise la capitale du pays Ciudad Trujillo et organise une grande fête nationale pour commémorer les 25 ans de son règne en 1955.
Il prend possession de plus du tiers des terres du pays et de 80 % des industries. À sa mort, sa fortune est estimée à 800 millions de dollars, ce qui fait de lui l'un des hommes les plus riches de son époque.
Fidèle soutien de la politique des États-Unis dans les Caraïbes, il est cependant impliqué dans la tentative d'assassinat du président vénézuélien Rómulo Betancourt. Ses liens avec les États-Unis se tendent alors et, en 1960, l'Organisation des États américains approuve à l'unanimité des sanctions et diverses démarches diplomatiques à l'égard de son régime. Il est assassiné par des militaires dominicains le lors d'un déplacement automobile.
Biographie Famille et premières années (1891-1916) Rafaele Leonidas Trujillo Molina naît à San Cristóbal le . Son père, José Trujillo Valdez, est un petit commerçant d'ascendance canarienne, fils du sergent grandecanarien José Trujillo Monagas, qui arriva à Santo Domingo en intégrant des troupes espagnoles de renfort pendant la Guerre de Restauration; sa mère, Altagracia Julia Molina Chevalier, qui est plus tard surnommée Mamá Julia, est la fille d'un paysan dominicain blanc d'origine coloniale, Pedro Molina Peña, et de l'institutrice Luisa Erciná Chevalier, dont les parents, bien qu'originaires d'Haïti, étaient principalement d'origine française : son père, Justin Alexis Victor Turenne Carrié Blaise, un officier haïtien arrivé dans le pays lors de l'occupation haïtienne de la République dominicaine, était blanc, et sa mère, Eleonore Juliette « Diyetta » Chevallier Moreau, mulâtre claire.
L'arrière-grand-mère de Trujillo, « Diyetta » Chevallier (1810-1905), était la fille de Louise Moreau (1782-1845) et de son époux, Bernard Chevallier (1780-1844). Ce dernier était un officier haïtien de haut rang arrivé avec les troupes d'occupation en 1822 et installé à San Cristóbal. De nombreuses familles dominicaines descendent de lui par leur lien avec la famille Chevalier (une variante espagnole de Chevallier) de San Cristóbal.
Bernard Chevallier (l'arrière-arrière-grand-père de Trujillo) était le fils du riche et influent noble français (et naturalisé haïtien) Jean Baptiste Chevallier, marquis de Puilboreau (l'un des hommes les plus puissants d'Haïti après son indépendance) et de son épouse Marie-Noëlle Louverture, la sœur de Toussaint Louverture, le chef de la Révolution haïtienne. La grand-mère de Trujillo, Luisa Erciná Chevalier, a hérité d'une partie de la fortune de la famille Chevalier (y compris un héritage qui lui a été laissé par une tante décédée sans descendance) et a entretenu un long conflit juridique avec les descendants de Santiago Michelena Bellvé, un agent mercantiliste portoricain et marchand d'origine vénézuélienne qui s'est approprié les terres de l'Estancia San Gerónimo (l'un des domaines des Chevalier). Ce litige juridique fut résolu en faveur de la grand-mère de Trujillo en 1936. De 1938 à 1952, San Gerónimo fut la résidence de Trujillo, ayant été rénovée et transformée en une demeure somptueuse par son épouse, María Martínez de Trujillo. Depuis 1952, le domaine de San Gerónimo abrite le ministère des Affaires étrangères de la République dominicaine.
Trujillo, arrière-arrière-arrière-petit-fils d'un marquis français et petit-fils d'un capitaine espagnol, se vantait de sa lignée et de ses origines nobles françaises et prétendait avoir hérité de ses qualités militaires de ses ancêtres européens. Cette fascination pour ses origines nobles le poussa à demander à Francisco Franco le titre de marquis d'Espagne, requête qui fut rejetée. Le ministre espagnol des Affaires étrangères s'excusa auprès de Trujillo, arguant que lui accorder un titre de noblesse impliquerait la « subordination et la dépendance hiérarchique » d'un chef d'État étranger « envers le chef d'État qui l'accorde ».
Cette ascendance haïtienne de Trujillo est plus tard occultée le plus soigneusement possible par le dictateur, particulièrement à partir du massacre des Haïtiens de 1937.
Trujillo était le troisième d'une fratrie de onze enfants. Ses frères et sœurs étaient Virgilio, Flérida Marina, Rosa María Julieta, José « Petán » Arismendy, Amable « Pipi » Romero, Luisa Nieves, Julio Aníbal, Pedro Vetilio, Ofelia Japonesa et Héctor « Negro » Bienvenido Trujillo Molina. Trujillo avait également des demi-frères et sœurs. Tous ses frères, à l'exception d'Amable Roméo, étaient généraux et colonels de l'armée dominicaine. Sous sa dictature, Héctor Bienvenido est nommé généralissime en 1959.
Son enfance se passe sans incident notable, mais son éducation est irrégulière et assez limitée. En 1897, il est inscrit à l'école à San Cristóbal et y suit une scolarité pendant quelques années. En 1907, il obtient un emploi de télégraphiste qu'il exerce durant trois ans. Cependant, il s'associe avec son jeune frère José Arismendi pour voler le courrier et falsifier des chèques. Ils sont découverts et, jugés coupables, emprisonnés pendant quelques mois.
Le , Trujillo épouse Aminta Ledesma, une fille de bonne famille de sa ville natale. Ils ont deux filles : Genoveva qui nait en 1914 et meurt peu de temps après sa naissance, et Flor de Oro (1915-1978) qui est l'épouse de Porfirio Rubirosa de 1932 à 1938.
En 1916, il reprend ses activités délictueuses en s'associant à une bande nommée La 42, particulièrement crainte pour sa violence. Par la suite il s'éloigne de ses compagnons pour devenir garde dans les champs de cannes à sucre.
La carrière militaire (1916-1930) Le , Trujillo intègre la Guardia Nacional qui est formée et entraînée par les Marines. Sa carrière militaire est brillante. Il est rapidement promu second lieutenant et prête serment le . Il devient ainsi le quinzième des seize lieutenants qui existent à cette époque au sein de la Guardia Nacional. Il intègre l’armée avec un objectif d'ascension sociale : « Je vais entrer dans l’armée et je ne m’arrêterai pas avant d’être son chef ».
En 1921, il est admis dans une académie militaire fondée par l’armée d’occupation à Haina. Le de cette même année, il est désigné pour occuper la tête de la garnison de San Pedro de Macorís où il dirige la répression contre la guérilla des Gavilleros dans les provinces d'El Seibo et San Pedro de Macorís, qui se sont soulevés contre l’occupation américaine. Il est alors promu capitaine sans passer par le grade de premier lieutenant, fait irrégulier si l’on prend en compte le tableau d’avancement militaire, mais explicable en raison des « services » rendus par Rafael Leónidas à l’occupant américain. Il est muté au Cibao en 1922. Cette promotion est accompagnée par la réorganisation de la Garde nationale, qui devient la Police nationale dominicaine, au sein de laquelle il occupe peu de temps après le commandement de la . C’est là aussi qu’il est loué pour ses services et, avant d’être nommé inspecteur du premier district militaire, il participe durant les mois de mai et en tant qu’étudiant à l’école des officiers du département du Nord. Au début de 1924, il est nommé de façon temporaire au commandement de la garnison du département du Nord et, en septembre de la même année, reçoit sa nomination définitive au rang d’officier. Lorsque Horacio Vásquez triomphe lors des élections après le retrait des troupes d’occupation américaines, Trujillo reçoit la demande de demeurer à la tête de la Police nationale. Le de cette année, le président Vásquez le nomme lieutenant-colonel et chef de l’état-major. Il est très populaire parmi ses hommes et transforme la Police nationale en une véritable armée.
En 1924, Trujillo divorce de sa femme Aminta Ledesma (1886-1970), qui obtient la garde de leur fille Flor de Oro ainsi qu’une pension mensuelle de 100 pesos. En 1925, il se remarie avec Bienvenida Ricardo, jeune femme provenant d’une famille de notables de Monte Cristi, ce qui ne l’empêche pas de continuer ses aventures extraconjugales. Le couple traverse une crise sévère lorsque Trujillo tombe amoureux de celle qui deviendra sa troisième et dernière épouse, « la Españolita » María Martínez (1899-1989), issue d’une famille respectée mais pauvre. Amants à partir de 1927, ils ont trois enfants : Ramfis, Angelita (qui sera la mère de Ramfis Domínguez-Trujillo et Radhamés. Ramfis, né avant le mariage de ses parents, serait en réalité le fils du cubain Rafael Dominicis, précédent amant de Martinez.
Le , Trujillo est nommé général de brigade, quatre jours avant la transformation de la Police nationale en Brigade nationale. .
L'ère Trujillo (1930-1961) Le coup d'État et l'arrivée au pouvoir (1930) thumb|Rafael Leónidas Trujillo Molina et sa femme, le 7 mars 1934. Le , une rébellion contre le président Horacio Vásquez commence à Santiago de los Caballeros. Trujillo, chef d'état-major, reçoit l'ordre de l'arrêter alors que les rebelles marchent sur Saint-Domingue (ville). Mais au lieu de s'opposer à eux, il s'allie au contraire avec leur chef pour envoyer Vásquez en exil et s'emparer du pouvoir. Le , Rafael Estrella Ureña devient provisoirement président de la République dominicaine.
Ils procèdent alors à l’organisation des élections du , Trujillo se présente comme candidat à la présidence et Estrella à la vice-présidence. Cette candidature est appuyée par une bonne partie des élites du pays. Les autres candidats, Federico Velázquez à la présidence et Ángel Morales à la vice-présidence renoncent à aller jusqu'au bout, menacés de mort par les paramilitaires de La 42 dirigée par Miguel Ángel Paulin. La campagne électorale est conduite dans un climat de terreur. Les membres de la commission électorale centrale sont forcés à démissionner le pour être remplacés par des fidèles de Trujillo. Le , Rafael Leonidas Trujillo Molina est proclamé président de la République dominicaine avec 95 % des voix.
Premier mandat (1930-1938) Trois semaines après son investiture, l' frappe Saint-Domingue et fait morts. Avec les dons de la Croix-Rouge américaine, Trujillo reconstruit la ville. Le , pour le premier anniversaire de son investiture, Trujillo fait du Parti dominicain le seul parti autorisé en République dominicaine.