Le normand (normaund ou nourmaund en normand) est une langue d'oïl parlée en Normandie continentale et insulaire. Il est classé dans les langues sérieusement en danger par l'Unesco et se divise en deux principales variantes : le normand occidental et le normand oriental, divisés par plusieurs particularités linguistiques. Le normand se délimitant essentiellement au sud par la ligne Joret qui permet de distinguer le normand du normand méridional ou normand du sud, autre langue d'oïl parlée dans le sud de la NormandieParlez-vous la langue normande, le parler normand ?, sur La Normandie INFO., et à l'est où le normand se différencie du picard et des parlers plus proches du francien. Ces différences reflètent l’histoire linguistique complexe de la région, marquée par des influences romanes et scandinavesLa sauvegarde des parlers normands, sur Normandie.fr..

Histoire Origine Généralités Les colons scandinaves« Beaucoup [de Vikings] seraient venus s'établir en Normandie, amenant avec eux des Anglo-Saxons, qu'ils avaient pris à leur service ou qui, dans un contexte historique inconnu, s'étaient associés à leur sort ; peut-être même aussi avaient-ils retrouvé dans cette province d'autres Vikings venus directement de Scandinavie. Quoi qu'il en soit, le terme « anglo-scandinave » semble pouvoir caractériser l'ethnicité des Vikings et la toponymie le confirme aussi puisqu'elle revèle en Normandie la coexistence d'appellatifs anglo-saxons et scandinaves, qu'il est du reste souvent difficile de distinguer entre eux en raison de la parenté des parlers germaniques. » dans François de Beaurepaire, Les noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Editions Picard 1986. p. 44.Jean Renaud, Les Vikings et la Normandie, Éditions Ouest-France université 1989. p. 198. ou anglo-scandinaves, en s'installant sur une grande partie du territoire connu de nos jours sous le nom de Normandie, avaient adopté la langue d'oïl (français) selon la variante en usage dans cette partie de l'ancienne Neustrie. Il est notable que les premiers témoignages écrits de la langue d'oïl datent précisément, de manière fortuite, du même siècle que les premiers raids vikings sur les côtes neustriennes. Les nouveaux venus vont exercer sur la langue vernaculaire une influence limitée de substrat, notamment sur le vocabulaire (200 mots tout au plus, issus du norrois ou du vieil anglais cf. tableau I) et de manière plus anecdotique sur la phonétique.

Cette disparition de la langue norroise ou du veil anglais, peut s'expliquer de différentes façons, parmi lesquelles sont le petit nombre de femmes scandinaves ou anglo-scandinaves, à avoir suivi les colons, qui vont donc faire souche avec des femmes autochtones de langue romane« La colonisation scandinave avait été strictement masculine, et la langue de la famille, née des couples mixtes, a très vite été la langue de la mère, c'est-à-dire la langue romane langue d'oïl de la région, surtout après la conversion des Normands [c'est-à-dire Vikings] au Christianisme. » dans Henriette Walter, L'Aventure des mots français venus d'ailleurs, éditions Robert Laffont, p. 95. ; ensuite, la création même du duché de Normandie intègre de larges portions de territoires, dans lesquelles les populations sont de langue romane et peut-être aussi dans la diversité des apports ethniques (anglais, anglo-saxon, norvégien, danois et irlandais), qui parlaient des langues différentes, favorise l'emploi d'une langue unique et vernaculaire ; de même que la nécessité des relations économiques avec les voisins continentaux. Malgré tout, l'usage du norrois ou du vieil anglais se serait maintenu sur les côtes normandes jusqu'au . Le trouvère Benoît de Sainte-Maure, à la fin du , l'affirme en tout cas dans sa Chronique des ducs de Normandie. Selon lui on parlait encore « danois » sur les côtesCharles Bruneau, Monique Parent, Gérard Moignet. Petite histoire de la langue française : des origines la révolution. Page 34. A. Colin, 1969..

Exemples de textes médiévaux texte de Wace dans l'histoire de la NormandieMan en engleis e en norreis Hume signifie en frenceis De ceo vint li nuns as Normanz. Neustrie aveit nun anceis Tant cume ele fud as Franceis.Man en anglais et en norrais Houme signifie en français De chà vint le nom ès Normands. Neûtrie avait nom anchien Tant coume a' fut ès Français.Man en anglais et en norrois Homme signifie en français De là vient le nom aux Normands. Neustrie avait nom ancien Tant qu'elle fut aux Français. Cet extrait rédigé dans une scripta normande comporte quelques termes d'origine scandinave, notés en italique.

texte de Guillaume de BernevilleA plein se astent d’eschiper, Kar mult coveitent le passer, Bons fud li vens e la mer quieie: Ne lur estoet muver lur greie, Ne n’i out la nuit lof cloé, Estuinc trait ne tref gardé, Ne n’i out halé bagordinge, Ne escote ne scolaringe; Ne fud mester de boesline; Tute fud queie la marine: Ne lur estut pas estricher, Ne tendre tref ne helenger. Fort ert l'estait e li hobent Ki fermé furent vers le vent, E d'autre part devers le bort Sunt li nodras e li bras fort; Bones utange out el tref, Meillurs n'esnot a nule nef; Bons fud li tref e la nef fort, E unt bon vent ki tost les port. Tute noit current a la lune Le tref windé trés k'a la hune: Ne lur estut muver funain Trestute nuit ne lendemain.Ils se hâtent d'appareiller, Car ils désirent ardemment traverser. Le vent est bon et la mer calme; Nul besoin de toucher aux agrès: Cette nuit-là, on a ni cloué le lof, Ni tiré les bras, ni surveillé la vergue, Ni halé les cargues, Ni les écoutes et le scolaringe; Nul besoin de bouline. La mer est toujours calme: Pas besoin de diminuer la voile, Ni de la tendre, ni de la hisser. Solides sont l'étai et le hauban Qui sont ridés face au vent, Et, d'autre part, vers le bord, Les bouts de la vergue et les bras sont solides aussi, La vergue a de bonnes itagues, Les meilleures de tous les navires; Bonne est la mâture et solide le bateau, Et bon est le vent qui les emporte vivement. Toute la nuit ils courent guidés par la lune, La vergue hissée jusqu'à la hune: Ils n'ont pas touché aux cordages, De toute la nuit, ni le lendemain

L'anglo-normand

thumb|Le Dictionnaire de la langue normande de Kelham (1779). La langue normande s'implanta en Angleterre à la suite de la conquête de ce pays par Guillaume le Conquérant. Il était originellement parlé par les barons, les chevaliers et les soldats d'origine normande (bien que d'autres formes de langue d’oïl aient pu être importées par les barons et chevaliers originaires de France, de Picardie ou de Bretagne). C'est donc la langue d'une classe dominante, la langue du nouveau roi, langue de cour donc et langue officielle enfin, qui fut importée en Angleterre et qui s'y développera par la suite pour devenir langue d'échange et du commerce. Même si la majorité de la population parle le vieil anglais, le normand exerce une influence considérable. « C’est donc moins que le français aurait été prescrit comme langue officielle durant le , mais plutôt une utilisation accrue de cette langue qui explique qu’il s’est imposé comme langue majoritaire ». On estime à 45 % l'apport de mots normands, c'est-à-dire français, en anglais moderne (voir article Vrais amis en anglais). L'influence du normand, ou français anglo-normand, a aussi été massif dans la langue du droit, pas seulement pour ce qui est du vocabulaire, mais aussi de la syntaxe, comme l'atteste ce qui est appelé en anglais .

On donne le nom d'anglo-normand au dialecte d’oïl parlé en Angleterre qui, sous l’influence de l’anglo-saxon était devenu assez distinct du normand continental bien que la langue écrite restât sensiblement la même. Cette langue évolua de manière autonome à partir du jusqu'à sa disparition à la fin du . Par erreur, on qualifie souvent d'anglo-normand la langue de l'écrivain Wace originaire de Jersey parce que cette île de la Manche est maintenant appelée anglo-normande en français, mais à l'époque, elle n'est que normande. Wace écrit en roman, comme il le dit lui-même, dans une scripta qui comporte certains traits phonétiques et certains mots du lexique normand mais qu'il s'efforçait de rendre transdialectale. En revanche, le concept d'anglo-normand ne s'applique qu'au normand utilisé en Grande-Bretagne, lequel developpa des particularismes propres.

Tant l'ancien français de Normandie que l'ancien français insulaire (l'anglo-normand) développèrent une abondante littérature.

Termes normands d'origine norroise Appellatifs toponymiques Ces noms propres sont sortis de l'usage en tant que noms communs, généralement dès le Moyen Âge.

Lexique Exemples de mots normands venus du norrois (tableau I)Normand Français Vieux norroisbelcourbölbèteappâtbeitablèqueblet/tebleikrbrumannouveau mariébrumaðrdalleévierdalr/dolifallegorgefalrgradîle, grade, etc.groseillegaddrgraiepréparer (gré)greiðaécrillier, écrillyiglisserskriðlahaguecenelleheggrherneischarretteharneskjahougue, houguetmont (petit)haugrmâovemouettemávar (plur. de már)mielledunemellrmucrehumidemyglanezcapnestierre, tyirechaînetjaðr

La langue française a acquis une partie de son ancien lexique nautique et quelques termes relatifs à la faune et à la flore maritime issus du vieux norrois, par l'intermédiaire de la langue normande (tableau II). De plus, quelques termes d'origine, norroise sans rapport avec le domaine nautique ou maritime, ont été empruntés par le français : mare, passé en français (mare) vers le , du norrois marr.

Exemples de termes techniques ou autres, maritimes ou non, passés en français par l’intermédiaire du normand (tableau II)Français Vieux norroisagrèsgreiðibite (< norm. [a]biter)bitabittebitibordborðboulinebóglínabrayerbræðacarlinguekarlingcingler (anc. sigler)sigladalotdæladuvet (anc. dum, dunet)dúnnécouteskautéquiperskipaétravestafnflanerflanaflotteflotigirouette (< pat. Loire guirouet)veðr-vitigréergreiðaguindeauvindássguindervindahaubanhöfuðbendahouleholhunehúnnitagueútstagnantir (< norm. nant, namps)námquillekilir (plur. de kjölr)racage, raquerrakkirásriperrisparisrifrogue (subst.)hrognrogue (adj.)hrókrtanguetangitillac, tilleþiljatolet’þollrvaguevág (acc.)varanguevrangvarechvágrek

Le vocabulaire normand proche de l'ancien français Les lecteurs de textes médiévaux et les connaisseurs de l'ancien français ne seront pas étonnés de découvrir en normand de nombreux termes proches de l'ancien français alors qu'ils ont disparu en français moderne. En voici quelques-uns :

<center> {| class="wikitable" |+ style="font-size: 1.2em; margin-bottom: 1em"|Exemples de mots en normand ayant un équivalent en ancien français ! Normand !! Ancien français !! Français !! Origine |- |toli||tolir||priver, enlever||du latin tollere |- |je mangeüe ||je manju(e)||« je mange »||du latin ego mandūco |- |targier ou tergier||targier||tarder||d'une racine germanique |- |calengier||calungier, chalongier (a donné challenge en anglais)||négocier, débattre||du latin calumniari |- |ramentevei || ramenteveir, ramenteivre ||se remémorer, de rappeler ||du préfixe re- accolé à amenteveir, forme contractée de a ment aveir en gallo-roman, dérivant directement du bas-latin ad mentem habere, littéralement « avoir en tête » |- |tît'e ou tiêt'e||tistre ||tisser||du latin texere |- |entomi|entomir |engourdir |d'une racine germanique |- |toût'e || tostre, forme alternative de tossir||tousser||du latin tussire |- |muchier||mucier||cacher||du gaulois *muk- intégré au bas latin de Gaule |- |orde ||ort||sale||du latin horridus |- |hourder ||order||souiller||du latin *horridare |- |ordi ||ordir||salir||du latin *horridire |- |haingue (f., on entend aussi hainge) ||haenge, haengue||haine||d'une racine germanique |- |haingre (adj.) ||heingre, haingre||maigre||d'une racine germanique |- |haiset (m.) ||haise||barrière ou clôture de jardin faites de branches||d'une racine germanique |- |herd'e||erdre||adhérer, être adhérant, coller||du verbe latin haerere, « attacher » |-