La repentance de l'Église catholique est la manifestation de repentance des autorités ecclésiales par rapport aux fautes commises par des membres de son Église au cours de son histoire. Elle s'accompagne d'.
Elle a eu lieu dans les années 1990 et intervient un quart de siecle après la mise à jour de la théologie catholique intervenue lors du concile Vatican II, notamment sur les questions d'œcuménisme et de dialogue interreligieux.
Le dialogue inter-religieux a notamment fait l'objet d'une déclaration de Paul VI lors du concile en 1965, Nostra Ætate, qui fixe les principes en matière de relations entre le christianisme et les autres religions.
Lors de la préparation du Jubilé de l'an 2000, Jean-Paul II a écrit en 1994 dans Tertio millennio adveniente :
Affaire Galilée
vignette|Galilée.
Galilée a soutenu l'héliocentrisme, promu auparavant par Nicolas Copernic. L'héliocentrisme impliquait le mouvement de la Terre, jugé impossible par la physique d'Aristote. En 1616, les savants firent condamner le système de Copernic par l'Église. Ayant refusé de revenir sur les avis scientifiques qu'il formulait, Galilée a été condamné par le tribunal de l'Inquisition à une peine de prison qui a été aussitôt commuée en assignation à résidence avec isolement et interdiction de visite et de courrier ; ce qui, à l'époque, équivalait à une mort scientifique.
Jean-Paul II fit état du souhait d'étudier cette question dès le début de son pontificat en 1979. Il nomma une commission d'étude de la controverse ptoléméo-copernicienne en 1981, composée d'historiens, de savants et de théologiens. La commission remit ses conclusions lors d'une séance de l'Académie pontificale des sciences le .
L'Église a reconnu pour la première fois des erreurs dans l'affaire. La réhabilitation de Galilée ne fut toutefois pas officiellement prononcée, le tribunal qui l'avait condamné (l'Inquisition) ayant disparu depuis.
Dans son discours aux participants à la session plénière de l'Académie pontificale des sciences le , Jean-Paul II a reconnu les erreurs de des théologiens de l'époque dans l'affaire, en déclarant : vignette|Héliocentrique copernicien.
Polémique
Certains spécialistes de « l'affaire Galilée » considèrent que ces déclarations ont tendance à minimiser les erreurs de l'ÉgliseOn consultera par exemple .. Ils estiment en effet que ne sont pas mentionnées les responsabilités d'Urbain VIII et de l'Inquisition, que l'on ne fait pas référence à l'interdiction de 1616, et que l'on rend Galilée coresponsable de sa condamnation par le fait qu'il n'a pas respecté la méthode expérimentale pour apporter les preuves de l'héliocentrismeLa première preuve scientifique de la rotation de la Terre autour du Soleil ne fut apportée qu'en 1728, par James Bradley, par l'explication qu'il donna à "l'aberration de la lumière"..
Par ailleurs, Luca Bianchi estime que les experts de la commission ont omis d'évoquer l'argument de la toute-puissance divine, qu'Urbain VIII, croyant la thèse de l'héliocentrisme indémontrable, avait demandé à Galilée d'insérer en conclusion du Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, et que Galilée a retourné en faveur de la thèse de l'héliocentrisme..
Relations avec le judaïsme
La persécution des Juifs Premiers siècles
Dès le , l'antijudaïsme commence à apparaître avec la mention du prétendu « peuple déicide » dans certains passages du corpus patristique. Ce mensonge historique, qui est aussi une erreur de doctrine rejetée par le concile de Trente, a perduré jusqu'au dans l'enseignement catholique.
Au , une mention offensante est introduite dans les oraisons du Vendredi saint (Oremus et pro perfidis Judaeis).
Le premier millénaire ne voit cependant pas de persécutions physiques à l'encontre des Juifs et l'hostilité des chrétiens à leur égard demeure alors limitée.
Second millénaire vignette|Ecclesia et Synagoga, représentation traditionnelle de l'antijudaïsme médiéval : à gauche, l'Église porte la couronne de la victoire ; à droite, la Synagogue, les yeux bandés, la lance brisée, laisse la Bible s'échapper de sa main. Copies de la cathédrale de Bamberg, v. 1230. C'est au que commencent les véritables massacres, liés aux accusations fallacieuses envers les Juifs, répétées à l'identique pendant des siècles : profanations d'hosties, meurtres d'enfants, cannibalisme… Les persécutions prennent diverses formes : expulsions, spoliations, procès du Talmud, ghettos, autodafés, conversions forcées, pogroms, massacres du Vendredi saint…
L’Église catholique et la Shoah
L'attitude de l'Église catholique face à la persécution des Juifs par les nazis dans les années 1930, et l'attitude du Vatican à l'égard des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, posent de nouvelles questions sur l'histoire des relations entre le christianisme en général et le judaïsme..
Une nécessaire repentance face à trop d'indifférence vis-à-vis des persécutions
Selon Menahem Macina, les apologètes inconditionnels de l'Église cherchent à prouver que le Saint-Siège n'a jamais eu de propos préjudiciables pour les juifs, en adoptant comme stratégie d'insister sur les actes d'aide, voire de sauvetage, accomplis par des prélats, clercs et fidèles catholiques, en les attribuant, par délégation, à Pie XII lui-même, censé les avoir encouragés. Selon le même auteur, en quelques décennies, cette apologie est passée de la défensive à l’offensive, engendrant une littérature « hagiographique », qui s’apparente parfois à de la propagande religieuseVoir ..
Les actions de protection citées ci-dessus, pour réelles qu'elles soient, n'expliquent pas l'indifférence ou, au mieux la gêne et l'absence de réaction de tant de chrétiens face à la déréliction des Juifs atteints par les cruelles mesures de l'antisémitisme d'État dans les pays contrôlés par le Reich allemand.
Il est reconnu depuis les années 1950-1960 que l'antisémitisme a l'essentiel de ses racines dans l'antijudaïsme chrétien. L'historien juif Jules Isaac a montré dans plusieurs de ses ouvrages (Jésus et Israël, l'Enseignement du mépris, Genèse de l'antisémitisme), que l'antisémitisme trouvait une grande partie ses origines dans l'enseignement chrétien.
Les déclarations de repentance
Les Églises chrétiennes ont exprimé des repentances :
Les principales prises de position du protestantisme se trouvent dans Spiritualité théologie et résistance..
L'épiscopat allemand et l'épiscopat polonais ont fait une déclaration sur l'attitude de leur Église pendant la guerre à l'occasion du de la libération d'Auschwitz en 1995La Documentation catholique, numéro 2110, pages 188-191. vignette|« Judensau » (Juif mangeant les excréments d'une truie et ici, d'un démon), collégiale St-Martin, Colmar, ). En 1997, les évêques de France ont fait une déclaration de repentanceLa déclaration de repentance des évêques de France.. Cette déclaration est lue par Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis devant le Mémorial de Drancy.. Il n'oubliait pas les actes courageux des chrétiens qui au péril de leur vie sauvèrent des Juifs. Mais il reconnaissait le silence des évêques lors de la promulgation du statut des Juifs en et en . Pour lui, ce silence était une faute des hommes qui se disaient d’Église. L'archevêque de Paris, le cardinal Lustiger, a été à l’origine de la déclaration de repentance. Le texte a été rédigé à l'aide d'une équipe d'historiens et n'a pas obtenu tout de suite l'assentiment des évêques mais avec l'aide de trois évêques, le cardinal Lustiger décida de passer outre. Les 16 évêques dont les diocèses avaient compté des camps d'internement pendant l'Occupation ont été conviés à participer à cette journée de repentance. Cette journée n'est cependant pas une émanation de l'Assemblée des évêques.
Particulièrement impressionnants, de par leur tonalité prononcée de repentance, voire de reconnaissance de culpabilité, sont les 16 textes, qui s'échelonnent de 1945 à 1998, recensés par Menahem Macina.
En , une déclaration émanant de la Commission vaticane pour les relations avec le judaïsme, comportant une introduction de la main du pape lui-même, appelait les chrétiens à une prise de conscience et à la reconnaissance de la spécificité de la Shoah. Elle admettait l'existence d'une culture antijudaïque diffusée par l'Église dans le passé. L'accueil fait à cette déclaration fut mitigé, certains considérant qu'elle se positionnait trop en retrait de la déclaration faite par l'épiscopat français l'année précédenteNous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah..
Citation de Jean-Paul II : « Vous êtes nos frères bien-aimés, et en un certain sens nos frères aînés. (Jean-Paul II à la grande synagogue de Rome le .)
Réactions aux déclarations de repentance vignette|Auto da fe de Juifs dénudés sous l'égide des Dominicains, 1475. On sait, par des propos tenus par Louis-Marie Billé, à l'ouverture en 1997 de l'assemblée plénière de la Conférence des évêques de France, dont il était le président, que la déclaration de repentance de l'Église suscita des « incompréhensions » parmi les fidèles :
Invité à préciser sa pensée, Louis-Marie Billé confiait alors :
vignette|La Juive Mariana de Carabajal livrée au bûcher avec sambenito et coroza par l'Inquisition, Mexique, 1601.
Repentance de l'an 2000
Du 29 au , la commission théologique et historique du Comité Central du Grand Jubilé de l’an 2000 a organisé un Symposium International sur l'InquisitionLettre du pape Jean-Paul II au cardinal Roger Etchegaray à l'occasion de la présentation de l'ouvrage L'Inquisizione (Cité du Vatican, 29-31 octobre 1998.
Le , une repentance générale relative aux erreurs des membres de l'Église catholique a été faite solennellement dans la basilique Saint-Pierre de RomeCommission théologique internationale - Mémoire et réconciliation : l'Église et les fautes du passé (2000).
En , le cardinal Georges Cottier, théologien de la Maison Pontificale, a présenté le volume qui recueille les Actes du Symposium International sur l’Inquisition de 1998. L'Église ne souhaitait pas demander pardon de manière désordonnée. Le cardinal a ainsi déclaréAgenzia Fides. :
Relations avec le protestantisme Le , le pape François a demandé pardon aux protestants italiens lors de sa visite du temple vaudois de Turin.. Dans une lettre publiée le de la même année, le synode de l’Église vaudoise a fait une réponse circonstanciée dans une lettre ouverte adressée au pape, accueillant sa démarche avec « respect » et « émotion », saluant sa « volonté claire d’initier avec notre Église une histoire nouvelle », mais sans accepter formellement la demande de pardon car « cette nouvelle situation ne nous autorise pas à nous substituer à ceux qui ont payé de leur sang et avec d’autres souffrances leur témoignage à la foi évangélique, et à pardonner à leur place ». La presse italienne a interprété cette réponse comme un rejet, ce qui ne semble pas avoir été l'intention du synode vaudois..
Le , le pape François a demandé pardon à l'ensemble des protestants pour les longues années de persécution infligées par l’Église catholique, invitant en même temps les catholiques à pardonner quand, aujourd'hui ou dans le passé, ils ont subi des offenses d'autres chrétiens, déclarant « On ne peut annuler ce qui a existé, mais nous ne voulons pas permettre que le poids des fautes passées continue à empoisonner nos rapports »..