Le terme langue d'oïl (prononciation : * 1. 1871 : traité complet de prononciation… (A. Lesaint) note 2, « Langue d’oïl ou d’oil, d’ouil, ouyl, et d’oui (prononcez o-il, ou-il, oui) nom donné, dans le Moyen Âge, à la langue que parlaient les peuples de la France habitant au nord de la Loire, et dans laquelle le signe affirmatif se prononçait oil, ouil, etc. La langue d’oui, dialecte qui se parlait au , est postérieure à la langue d’oïl. » https://archive.org/stream/traitcompletde00lesauoft#page/210/mode/2up (ed.1890).) désigne un sous-ensemble des langues romanes qui regroupe la plupart des parlers romans d'une moitié nord de la FranceEn sont exclus, bien que parlés eux aussi dans certaines parties de la moitié nord de la France : le breton (dit parfois « breton bretonnant » par opposition au « breton gallo » ou simplement gallo, qui est une forme de langue d'oïl), le flamand, le francique mosellan et l'alsacien., ainsi que ceux du sud de la Belgique (Belgique romane), des îles Anglo-Normandes, et ceux parlés dans une toute petite partie de la Suisse romande (canton du Jura) du Moyen Âge avec ses différentes variantes. Il peut aussi être utilisé pour désigner la famille linguistique proche du français avec ses langues-sœurs locales actuelles (berrichon, bourguignon, champenois, normand, picard, wallon).

L'appellation au pluriel langues d'oïl est celle enregistrée et employée en France pour ces parlers considérés comme des langues régionales.. Cet ensemble de parlers est très rarement appelé oïlitan.

Ce groupe du nord a conservé un substrat celtique plus important et a subi une plus grande influence du germanique que son voisin du sud, l'occitan, apparu dans des zones ayant connu une romanisation plus précoce et plus intense.

Jusqu'au , la langue d'oïl est identique à ce qu'on appelle l’ancien français et englobe ses différents dialectes. Par la suite les langues d'oïl vont évoluer indépendamment les unes des autresBernard Cerquiglini note ainsi dans un rapport d’avril 1999, que . L'ensemble de ces parlers peut être considéré comme un groupe des langues gallo-romanes.

Terminologie Historiquement langue vernaculaire issue du latin populaire, et d'abord appelée « vulgaire (ou vulgalGodefroy.) », la langue d'oïl apparaît sous le nom de « roman »Ou ronmanz, romans ; voyez aussi romanche. – à partir du . Le mot roman est toutefois ambigu, puisqu'il peut désigner toutes les langues romanes, et très tôt l'appellation franceis ou françois apparaît concurremmentWace, poète normand, dans son Roman de Rou, parle de "franceis" pour désigner les parlers d'oïl de façon générale : Man en engleis e en norreis Hume signifie en frenceis (Wace, Roman de Rou, vers 59-60). Il en va de même pour Chrétien de Troyes, probablement d'origine champenoise, qui évoque la lengue françoise dans le cadre de ses romans arthuriens : Si ot avoec li, ce me sanble, Mainte bele dame cortoise, Bien parlant an lengue françoise (Chrétien de Troyes, Lancelot ou le chevalier de la charrette, vers 39-40).. Ce terme finit par l'emporter pour désigner à la fois la langue du roi et ses variantes régionales, mais il faut dire aujourd'hui « ancien français » pour le distinguer de ses évolutions ultérieures qui aboutissent au « français standard ».

L’appellation « langue d’oïl », quant à elle, semble en usage dès la fin du . Elle provient de la manière de distinguer les langues d’après la manière de dire « oui » (de « oïl » est issu le français moderne « oui ») qui devait être courante à cette époqueMeyer 1889, p. 11.. Cet usage se trouve chez DanteDans Vita nuova, vers 1293, pour « oc » et « si » ; dans De vulgari eloquentia, vers 1305, de manière plus complète., qui oppose deux groupes de langues à qui il reconnaît une unité pour chacun d’eux : celui dans lequel on dit « jo » (les langues germaniques) comprend plusieurs langues sans plus de détails ; l’autre (les langues romanes), d’après sa classification, comprend trois langues : une dans laquelle on dit « oïl » (l'ancien français), une dans laquelle on dit « oc » (l'occitan, langue des troubadours, incluant alors le catalan), une dans laquelle on dit « sì » (pour Dante, la lingua del sì, c'était surtout l'italien, encore à ses débuts au point de vue littéraire).

Le mot oïl provient du gallo-roman o-il (celui-ci), lequel remonte au latin hoc et ille, oc du latin hoc (ceci), et si du latin sic (ainsi).

Cependant, de même que la langue d’oc était rendue parallèlement par lingua occitana, la langue d’oïl était aussi nommée lingua gallicana en latin diplomatique.

Le pluriel pour les langues d’oïl contemporaines est apparu en 1982, avec la création de l’association Défense et Promotion des Langues d'OïlAbalain 2007, p. 155..

Controverse : langue ou groupe de langues ? vignette|Territoire de la langue d'oïl (+ Croissant). Les langues d’oïl sont parfois considérées comme des dialectes du françaisLe Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité linguistique interne, installé par la ministre de la culture et de la communication, Aurélie Filippetti, le , et présidé par Rémi Caron, Conseiller d’État, évoque dans les conclusions de ses travaux, remis à la ministre le , « les langues d’oïl qui peuvent être considérées selon les points de vue, soit comme des langues à part entière, soit comme des variantes dialectales du français ». Voir : Rapport du Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité linguistique interne., suivant la classification la plus traditionnelle de la linguistique romane, provenant elle-même d’une transposition de la situation linguistique médiévale à la période actuelle. Dans cette perspective, la langue d’oïl est alors employée au singulier, car elle est considérée comme une langue, formée de l’ensemble des variétés d’oïl. Ces dernières peuvent être considérées comme des dialectes d’oïl. Cependant, cette conception est problématique pour plusieurs raisons.

D’une part, le français devient alors un terme ambigu, renvoyant à la fois à une langue, la langue d’oïl, et à un dialecte particulier de cette langue, le français académique.

D’autre part, l’intercompréhension a été définie comme un critère de définition des languesMartinet 1970, p. 147.. Et il a été relevé que l’intercompréhension n’était pas toujours effective au sein des composantes linguistiques du domaine d’oïlOfford 1996, p. 80..

L’argument selon lequel les variétés d’oïl ne pouvaient constituer des langues distinctes parce qu’elles forment un continuum linguistique a également été avancéIl est mis en avant par le linguiste Pierre Guiraud.. Cependant, le continuum linguistique est en réalité beaucoup plus important. Il s’étend, en effet, jusqu’à Lisbonne et TriesteVàrvaro 2010, p. 36.. Ce simple critère permettrait donc d’inclure également, entre autres, du fait de l’existence de parlers de transition, l’occitan, le catalan, l'espagnol et le portugais dans cette même langue. Par ailleurs, le continuum linguistique comme critère de définition d’une langue requiert la prise en compte des cas d’îlots linguistiques appartenant à des ensembles linguistiques plus vastes et se heurte aux cas de césures au sein d’un même ensemble linguistique.

Détail des langues thumb|Les langues d'oïl selon Henriette Walter (1988). thumb|Les langues d'oïl selon Marie-Rose Simoni-Aurembou (2003). Les langues d'oïl peuvent être regroupées d’après des critères linguistiques. Dans le cas de celles parlées en France, les regroupements peuvent être effectués à l’aide d’une indication géographique, cette dernière permettant de localiser l’aire linguistique concernéeLe présent classement, exception faite des aménagements signalés en note, correspond à celui donné par Hervé Abalain (Abalain 2007, p. 156).. Ces langues sont : au centre (Île-de-France et à proximité) : français (unique langue fille du francien)Hervé Abalain indique que « l’orléanais, le tourangeau […], le berrichon, le bourbonnais, le parler d’Île-de-France sont des variations d’une même langue devenue le français standard » (Abalain 2007, p. 154). ; à l’est : bourguignon-morvandiau, champenois, lorrain ; au nord : normand méridional, wallon et normanno-picard (voir ci-après) ; à l’ouest : gallo, groupe ouest (dont angevin, tourangeau, manceau, mayennais, percheron) ; au sud-est : franc-comtoisLe franc-comtois figurait à l’est dans le classement pris ici en référence, mais y était placé un peu à part. Il se distingue, en effet, des autres langues de ce regroupement par sa spécificité qui fait de lui une langue de transition vers l’arpitan. ; au sud-ouest : poitevin-saintongeaisAndré-Louis Terracher, Université de Liverpool puis de Strasbourg, La rencontre des langues entre Loire et Dordogne, dans : Le Centre-Ouest de la France, encyclopédie régionale illustrée, 1926 : .Jacques Pignon, Université de Poitiers, L’évolution phonétique des parlers du Poitou, 1960 : .Liliane Jagueneau, Université de Poitiers, Les Traits linguistiques du poitevin-saintongeais, dans : La langue poitevine-saintongeaise : identité et ouverture, 1994 : .Brigitte Horiot, CNRS et université Lyon-III, Les Parlers du Sud-Ouest, dans : Français de France et Français du Canada : Les parlers de l’Ouest de la France, du Québec et de l’Acadie, 1995 : .Hans Goebl, université de Salzbourg, Regards dialectométriques sur les données de l'Atlas linguistique de la France (ALF): relations quantitatives et structures de profondeur, in: Estudis Romànics XXV, 2003, p. 59-121. Lire en ligne: : Dans cette étude le poitevin-saintongeais apparaît comme une unité aussi bien au niveau de l'analyse supradialectale (carte 20) que de l'analyse dialectale (carte 22).Après une éclipse entre 2007 et le , le poitevin-saintongeais réapparaît dans la liste des langues de France, langues d'oïl, début 2010, dans le site web de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), service du Ministère de la Culture, sous le libellé suivant : « poitevin-saintongeais [dans ses deux variétés : poitevin et saintongeais] »., dont deux variétés (poitevin, saintongeais)Pierre Bonnaud, université de Clermont-Ferrand, La langue régionale, dans « Esquisse géohistorique du Poitou médioroman », 2006 : . ; au sud : berrichon, bourbonnais.

En 2003, le linguiste Hans Goebl, de l'université de Salzbourg, publie son analyse dialectométrique de 1421 cartes de l'Atlas linguistique de la FranceHans Goebl, Regards dialectométriques sur les données de l'Atlas linguistique de la France (ALF): relations quantitatives et structures de profondeur, in: Estudis Romànics XXV, 2003, p. 59-121. Lire en ligne..