vignette|Retable de la cathédrale de Barcelone. 1577
Le retable (du latin , « en arrière d'autel ») est une construction verticale qui porte des décors sculptés, parfois peints, en arrière de la table d'autel d'un édifice religieux (église, chapelle). L'étymologie du mot français est la même que celle du mot espagnol , alors que l'italien emploie les termes et .
Orné de représentations historiées ou figurées, le retable peut être en différents matériaux (métal, ivoire, bois, émail, pierre) et ses décors sont souvent dorés. Il a l'avantage sur l'antependium de l'autel d'être largement visible. Il est fréquent qu'un retable se compose de plusieurs volets, deux pour un diptyque, trois pour un triptyque voire davantage pour un polyptyque.
Le retablier est un sculpteur ou un architecte qui réalise des retables. Il s'associe les compétences de nombreux artisans-artistes (sculpteurs, peintres, doreur, polychromeur, huchier) pour les réaliser.
Historique vignette|upright=0.7|Revers en grisailles des volets du triptyque du buisson ardent fermé, cathédrale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence. La table d’autel est le symbole du Christ, et dans la liturgie chrétienne primitive il est interdit d’y poser quoi que ce soit. Puis vers la fin du , d'abord en France semble-t-il, est pris l'habitude de disposer de nombreux autels latéraux et d'y placer les reliques des saints, bientôt suivies par d’autres objets liturgiques. Cette pratique est confirmée par l’Admonitio synodalis, texte pontifical qui préconise de ne garder sur l’autel que les urnes des saints (capsae), l’évangéliaire et la pyxide. À l'origine, le retable est ainsi un simple rebord situé à l'arrière de l'autel où sont posés ces objets..
Situé au-dessus de l'autel, le retable est comme la concentration de tout l'ensemble figuratif qui décore l'église : le mystère de la messe et l'élévation, vénérée et attendue, de l'hostie se font devant sa surface peinte, point de convergence de tous les regards ; sa splendeur et sa taille souvent impressionnante constituent le support figuré de la cérémonie, à laquelle les saints représentés sont comme présents, témoins attentifs et bienveillants de la ferveur des fidèlesArasse, Le retable : prestige, métamorphoses et ruptures d'équilibre, p. 61..
À la fin du , le retable devient un véritable écran de pierre ou de bois sculpté, cette paroi surélevée et historiée n'étant plus seulement placée derrière les autels latéraux. Avec la réforme grégorienne et la nouvelle pratique du mystère de l’eucharistie, le maître-autel est en effet placé au fond de l'abside et le prêtre célèbre face à lui, dos aux fidèles. Peu à peu, les parois représentant les fêtes liturgiques que l'on place derrière se transforment en grands retables mobiles (posés lors de certaines cérémonies) ou fixes (pour les autels adossés à un mur).. À partir du , le développement de la peinture sur panneau propose diverses formules d'agencement, triptyques ou polyptyques, accompagnés ou non d'une prédelle et d'un couronnement. Ces tableaux d'autel servent à honorer essentiellement la vierge Marie, mais aussi les deux ordres principaux, franciscains et dominicains. L'un des premiers retables. qui comporte cette structure classique (couronnement, prédelle et tableau principal) est La Maestà peint par Duccio di Buoninsegna pour la cathédrale Santa Maria Assunta de Sienne au début du .
Le revers des volets est alors fréquemment peint en grisaille, couleur apparentée aux périodes liturgiques de pénitence pendant lesquelles les retables restent fermés. Ce n’est que pendant certaines époques de l’année liturgique – les cycles des grandes fêtes religieuses et les jours de fête du patron d’une église ou de celui d’une guilde ou corporation qui possède un autel – que les retables restent ouverts ; l’éclat de l’or et de la polychromie contribuent à accentuer la signification de la commémoration ou de la fête liturgique.
Simple et peu élevé jusqu'au début du , le retable prend progressivement des dimensions considérables et devient le plus souvent fixe. L'âge d'or du retable est la Contre-Réforme : le tabernacle contenant les hosties consacrées est placé au milieu du maître-autel à la fin du et le retable baroque qui peut se déployer jusqu'à la voûte supplante l'autel. Servant à mettre en valeur le Saint-Sacrement et le tabernacle, le retable témoigne alors de la théâtralisation du culte et du goût pour l'ostentation, le décor exubérant. Se met en place à cette époque la typologie qui s'est maintenue jusqu'au : retables proprement architecturaux, retables-lambris, retables-tabernacles.
Au , beaucoup de retables disparaissent, faute de restauration, certains de leurs éléments étant réemployés. Les retables forment aujourd'hui souvent des ensembles hétérogènes, conséquence de leur histoire mouvementée : il n'est pas rare qu'ils soient déplacés ou que les statues originales aient disparu et soient remplacées par d'autresRetables d'Anjou, exposition réalisée par le Service départemental de l'Inventaire du patrimoine du Maine-et-Loire, 2005..
Composition d’un retable vignette|Retable à tourelles du maître-autel de l'église Saint-Germain de Pleyben : la prédelle est constituée de deux gradinsCes gradins sont ornés d'arabesques et de cartouches enserrant des oves bleutés et des angelots jouant avec des dauphins., le centre de la huche est occupé par un tabernacle polygonal à trois étages, les ailes comportent le médaillon de la Vierge et du Christ et la corniche est couronnée de balustrades, clochetons, lanternons et frontons.
Le retable simple est composé de trois parties principales : la caisse ou huche qui détermine la forme de l'ensemble, les volets peints qui s'y adaptent, et la prédelle peinte ou sculptée, parfois munie de volets peints sur laquelle il repose. Les piliers de bois qui entourent ou séparent les panneaux sont appelés pilastres, ceux qui enserrent le retable sont les contreforts. Le retable est structuré en compartiments horizontaux (les registres) et verticaux (les travées). La plupart des retables s'inscrivent dans une tendance au compartimentage de la huche, le plus souvent tripartite (triptyque) L'encadrement architectural est souvent réalisé avec des colonnes ou des volutes et un entablement à l'antique (entablement droit ou cintré, parfois pourvu de décrochements, de ruptures de ligne, de ressauts). Le retable architecturé comporte un ou plusieurs corps (avec généralement un corps central unique ou tripartite). vignette|upright=0.6|left|Retable tripartite avec superciel surmonté d'une petite galerie ajourée. Le retable est souvent percé de niches abritant des bustes ou statues de saints. La plus importante est la niche d'exposition du tabernacle central. Le retable peut être paré d'un superciel, encorbellement qui protège la peinture et la sculpture de la poussière et d'éventuelles chutes de gravats. Les panneaux et piliers sont souvent ornés de guirlandes ou chutes de feuillage ou de fruits, d'arabesques, de volutes, de rinceaux, d'anges thuriféraires. Sa partie supérieure est surmontée le plus souvent par un entablement et un couronnement orné d'éléments décoratifs (fronton, console, tourelle, lanternon, clocheton, gâble, pinacle, pyramidion, pot à feu, gloire)Glossaire. Retables.
Caisse ou huche Depuis le , l’intérieur de la huche et de la face correspondante des volets est partagé en compartiments verticaux comportant des reliefs sculptés qui sont couronnés par des décors architectoniques finement taillés. Le revers des volets ou portes est pourvu de panneaux peints. Jugeant que la manipulation des volets était trop lourde, leurs sculptures intérieures furent de plus en plus souvent remplacées par des peintures.
Les retables de commande de la fin de l’époque gothique sont pourvus d’une double paire de portes ; l’intérieur de la première est occupé par des reliefs sculptés, tandis que l’extérieur forme, avec l’intérieur des secondes portes, un polyptyque peint que l’on peut également fermer.
La caisse d’un retable est toujours de forme rectangulaire. Depuis la fin du , la travée centrale est surélevée. L’encadrement profilé de la huche évolue cependant vers l’accolade. Le contour des volets fermés épouse étroitement celui de la partie antérieure de la caisse.
La caisse peut être équipée d'éléments de protection : portes parfois confondues avec les volets fermants, courtines, gardes-poussières (moulures en plus forte saillie)Retable. La protection.
Volets vignette|Retable d'Issenheim à quatre volets à double face, susceptible de deux ouvertures. Les volets sont les panneaux latéraux du polyptyque reliés au panneau central ou aux autres volets. Ces volets peuvent être fixes (volets non fermants) ou mobiles (volets fermants articulés par des charnières) . Dans ce dernier cas, ils sont obligatoirement deux fois moins larges que la huche de manière à se refermer sur elle. Les volets ferment le retable en fonction du calendrier liturgique et offrent à la vue leur revers.
Lorsque disparaissent les retables à volets, au , le terme de , au féminin, sert à désigner le tableau à panneau unique, et qui peut ou non présenter plusieurs compositions dont une majeureDéfinition de « Pala (art) » par Marie-Joseph de La Coste-Messelière, dans Encyclopædia Universalis, en ligne..
Prédelle
La prédelle est la partie inférieure du retable, développée horizontalement, qui sert de support aux panneaux principaux. Cette frise qui constitue une sorte de gradin intermédiaire posé sur la table d'autel, est peinte ou sculptée. Elle peut être composée d'une seule planche en longueur, ou de plusieurs panneaux (le plus souvent trois) correspondant au découpage de la composition ou du récit iconographique qui illustre sous forme narrative ou allégorique des épisodes bibliques. La prédelle servait parfois de socle au retable, ce qui permettait de fermer ses volets sans ôter les objets posés sur l’autel. Ce gradin isole également les panneaux principaux supérieurs des risques présentés par les flammes des cierges sur la table d'autelLa structuration du retable.
Fabrication
Au l’exécution d’un retable était une entreprise qui engageait diverses personnes. En premier lieu, le huchier qui confectionne la caisse et l’ébéniste qui réalise la menuiserie décorative ; ensuite, l’imagier taille les reliefs d’après un modèle livré par un peintre ; suivent le polychromeur et le doreur qui étoffe le tout ; ils sont payés davantage que le sculpteur ou le peintre parce qu’ils travaillent la coûteuse feuille d’or ; finalement le peintre livre les panneaux peints des volets.
Au début du , naît un nouvel élément de décor intérieur d'église : le retable de tuffeau et de marbre qui fera la renommée des architectes lavallois dans tout l'Ouest de la France.
Retables célèbres
Gand : retable de l'Agneau Mystique des frères Van Eyck. Colmar : retable d'Issenheim de Matthias Grünewald et Nicolas de Haguenau, exposé au musée Unterlinden (ancien couvent des Dominicains). Vérone : retable de San Zeno Maestà della Vergine d'Andrea Mantegna, placé sur le maître-autel de la basilique San Zeno. Cracovie : retable de Veit Stoss de la basilique Sainte-Marie de Cracovie. Beaune : polyptyque du Jugement Dernier du peintre flamand Rogier van der Weyden, aux Hospices de Beaune (Bourgogne). Dortmund : « Le miracle doré de Dortmund » (1521), retable anversois de Jan Gilliz Wrage, peintures d'Adriaen van OverbeckDescription du retable de Dortmund. Liège : retable de la Passion et de la Vie de saint Denis de Paris à la collégiale Saint-Denis de Liège. Séville : retable majeur de la cathédrale. Venise : La Pala d'oro de la basilique Saint-Marc.
Retables en France classés par département
Aube vignette|Retable de Pont-sur-Seine, bordé de colonnes torses garnies de pampres, le soubassement de l'autel contenant un reliquaire. Retable de la chapelle de l'Assomption de l'église de Pont-sur-Seine Bouches du Rhône