Le Codex Vaticanus (Vat. gr. 1209; Gregory-Aland no. B ou 03) est un manuscrit sur vélin en écriture grecque onciale daté du conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane. Il est, avec le Codex Sinaïticus, le plus ancien manuscrit connu qui transmette le texte quasiment complet de l’Ancien et du Nouveau Testament.. Cependant, plusieurs portions en sont manquantes.
Description Il est composé de 759 feuilles, écrites sur trois colonnes, à raison de 42 lignes par colonne, excepté les livres poétiques, écrits sur deux colonnes.
Il utilise fréquemment des Nomina sacra.
Le texte du codex est de type alexandrin. Kurt Aland le classe en Catégorie III.
Le manuscrit ne contient pas la Pericope Adulterae (Jean 7,53-8,11)NA26, ..
Variantes textuelles Les variantes après la parenthèse sont les variantes du manuscrit
Éphésiens 2,1 — αμαρτιαις ] επιθυμιαιςNA26, . Matthieu 17,23 — τη τριτη ημερα (le troisième jour) ] τη τριημερα (le troisième jour, en un seul mot)E. Miller, A Guide to the Textual Criticism of the New Testament (New Jersey, 1886), . Matthieu 21,31 — ὁ πρῶτος (le premier) ] ὁ ὕστερος (le dernier)Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament (Deutsche Bibelgesellschaft: Stuttgart 2001), .Eberhard Nestle, Erwin Nestle, Barbara Aland and Kurt Aland (eds), Novum Testamentum Graece, , (Stuttgart: Deutsche Bibelgesellschaft, 1991), [NA26] Quelques variantes Mt 6,13 : la doxologie du Notre Père est absente, comme dans le Sinaïticus et le Codex de Bèze, alors qu'elle figure dans le texte byzantin et dans le « texte reçu ».
Mt 21,29-31 : le premier fils de la parabole est celui qui dit oui à son père et ne va pas à la vigne ; et le second, celui qui dit non et qui y va. C'est l'ordre inverse qu'atteste le Sinaïticus.Ces deux formes parallèles de la parabole dépendent d'une troisième, celle du Codex de Bèze.
Mc 16,9-20 : la Finale longue de Mc manque comme dans le Sinaïticus et contrairement au Codex de Bèze et au texte byzantin.
Lc 11,2-4 : le Notre Père de Lc a une forme courte (à 5 demandes au lieu de 7), qui est différente de la forme moyenne du Sinaïticus (à 6 demandes) et des formes longues (à 7 demandes) du Codex de Bèze et du texte byzantin.
Jn 7,53-8, 11 : la Femme adultère est absente comme dans le Sinaïticus et contrairement au Codex de Bèze et au texte byzantin.
Histoire du manuscrit La copie Un exemplaire de la Bible de Césarée ? On a proposé d'y voir, à côté du Sinaïticus, un autre des 50 exemplaires de la Bible commandés par l’empereur Constantin à Eusèbe de CésaréeEusèbe de Césarée, Vie de Constantin, 4, 36. , peu de temps après le concile de Nicée (325). Mais ces deux bibles, si leurs écritures se ressemblentJ. K. Elliott, Théodore Skeat et l'origine du Codex Vaticanus, dans P. Andrist (éd.), Le manuscrit B de la Bible, Histoire du texte biblique 7, Lausanne, 2009, ., ne suivent pas les mêmes modèles. L'exemplaire de la Bible d'Athanase ? Il s'agit plus probablement de la Bible commandée par l’empereur Constant en 340 à Athanase d'AlexandrieAthanase d'Alexandrie, Apologie à Constance 4. , pendant son exil à Rome. Athanase utilise alors comme modèle la recension de la Bible de l'alexandrin Hésychius, qui a réalisé son travail au tout début du , au temps de la persécution de DioclétienVoir C.B. Amphoux, Les circonstances de la copie du Codex Vaticanus, dans Le manuscrit B de la Bible, éd. P. Andrist, HTB 7, Lausanne, 2009, .. Le texte original de la Bible ? Mais une théorie du encore admise en fait le témoin d'un « texte neutre », c'est-à-dire qui serait antérieur à toute recensionB. F. Westcott - F. J. A. Hort, The NT in the Original Greek, Cambridge - Londres, 1881-1882. . C'est sur cette théorie que reposent les éditions actuelles du NT qui privilégient ce manuscrit comme modèle. Un modèle abandonné ? Le manuscrit a-t-il été copié pour devenir le modèle d'autres bibles ? Quoi qu'il en soit, un autre modèle lui est préféré après la mort de Constant (350), celui de la recension de Lucien d'Antioche qui va donner le texte byzantin. Les compléments médiévaux. Le manuscrit est donc mis de côté, il y perd sa lisibilité et doit être entièrement réencré au cours du Moyen Âge ; il y perd également de nombreux feuillets, notamment au début (Gn 1-45) et à la fin (après Hb 9,14). Une partie des feuillets disparus (Gn 1-45, un cahier des Psaumes, la fin d'Hb + Apoc) est remplacée au par des feuillets couverts d'une écriture constantinopolitaine, peut-être en Italie après la chute de Constantinople (1453). Mais entre Hb et Apoc, il devait y avoir les Pastorales (1-2 Tm, Tt) et Phm qui manquent dans l'état final du manuscrit.
Les points trémas On repère parfois dans la marge un double point horizontal au niveau d'une ligne de texte, pour attirer l'attention du lecteur. Dans Mc, en particulier, ces points trémas signalent des passages où le manuscrit s'éloigne de la Vieille latine et s'accorde avec la Vulgate. Ces points confortent l'hypothèse d'une copie romaine du manuscrit.
La conservation du manuscrit Conservé en Italie entre sa copie vers 340 et le remplacement des feuillets manquants au , le manuscrit n'a clairement pas voyagé : s'il a été copié à Rome, il n'a peut-être jamais quitté l'Italie.
Catalogué au Vatican depuis 1475, il est attesté à la Bibliothèque vaticane dès son premier catalogue daté de 1475Caspar René Gregory, Textkritik des Neuen Testaments, Leipzig, 1900, (lire en ligne=https://archive.org/stream/textkritikdesne00greggoog#page/n47/mode/2up) ; Robert Devreesse, Le fonds grec de la Bibliothèque Vaticane, des origines à Paul V, Studi e Testi 244, Rome, 1965.. Le pape Nicolas V l’avait probablement intégré dès la fondation de la bibliothèque en 1451.
Une première liste de variantes en est issue. Le manuscrit n'est pas utilisé pour composer les premières éditions imprimées, ni la Polyglotte d'Alcala (1514-1522,), ni la Bible d'Alde Manuce à Venise (1515-1518), ni le NT grec d'Érasme (1516). Mais une liste de variantes du NT est envoyée à Érasme, qui n'en fait rien.
Il est en revanche utilisé comme modèle pour l'édition romaine de la Septante (1586), qui devient le modèle des éditions suivantes. Mais pour le NT, le texte d'Érasme est devenu le « texte reçu » et la liste des variantes n'est publiée qu'en 1673.
Est-ce un manuscrit suspect ? Un malentendu s'installe à la fin du : sur la foi d'un accord avec la Vulgate pour quelques variantes des évangiles relevées par Lucas de Bruges, le manuscrit est déclaré « latinisant », autrement dit suspect d'avoir subi l'influence de la Vulgate. Au , il n'est mentionné ni dans les apparats critiques (Wettstein, 1751-1752) ni dans les classements de manuscrits (Griesbach, 1775-1807). Le principal témoin du texte alexandrin est alors le Codex Ephraemi rescriptus (C.04).
Un nouveau modèle du NT Le Codex Vaticanus est longtemps conservé jalousement par les autorités vaticanes, inaccessible même aux exégètes les plus éminents. Il faut attendre 1809 pour qu’il soit exposé à Paris, au temps de Pie VII, pour que son écriture fasse reconnaître son antériorité à la VulgateJ. L. Hug, De antiquitate Codicis Vaticani commentatio, 1810 | lire en ligne = https://archive.org/stream/deantiquitateco00huggoog#page/n4/mode/2up. Un fac-similé complet du Nouveau Testament a été publié lors du concile Vatican II ; et un fac-similé de tout le manuscrit a été publié à l’aube du troisième millénaire.
C’est essentiellement sur base du Vaticanus et du Sinaiticus que travailleront les théologiens anglais Westcott et Hort avant de publier une nouvelle édition du Nouveau Testament en 1881Brooke Foss Westcott - Fenton John Anthony Hort, The New Testament in the Original Greek: Introduction, appendix, ..
Ces deux codex restent à l’heure actuelle privilégiés en matière de reconstitution du texte de la Bible grecque.
Scribes et correcteurs
Selon Constantin von Tischendorf, le manuscrit a été écrit par trois scribes (A, B, C) dont deux semblent avoir écrit l'Ancien Testament et un le Nouveau. Ce point de vue a été accepté par Frederic G. Kenyon, mais contesté par T. C. Skeat après un examen plus approfondi du codex. Skeat et d'autres paléographes contestèrent sa théorie d'un troisième scribe (C), affirmant au contraire que deux scribes ont travaillé sur l'Ancien Testament (A et B) et que l'un d'eux (B) a écrit le Nouveau Testament.
Le scribe A aurait écrit :
Genèse à 1 Rois (pages 41-334) Psaumes à Tobie (pages 625-944)
Et le scribe B : 1 Rois à 2 Esdras (pages 335-624) Osée à Daniel (pages 945-1234) Nouveau Testament
Deux correcteurs auraient travaillé sur le manuscrit, l'un (B2) contemporain des scribes, l'autre (B3) vers le Xe ou XIe siècle, bien que la théorie d'un premier correcteur (B1) proposée par Tischendorf ait été rejetée par les chercheurs plus tardifs. Selon Tischendorf, l'un des scribes est le même que ceux du Codex Sinaïticus (scribe D), mais il n' y a pas suffisamment de preuves pour étayer son affirmation. Skeat convient que le style d'écriture est très proche de celui du Sinaïticus, mais qu'il n' y a pas assez de preuves pour accepter l'identité des scribes ; .
L'écriture originale a été recopiée par un scribe postérieur (habituellement daté du ), et la forme de l'écriture originale a été gâchée. Les accents, les marques de respiration et la ponctuation ont été ajoutés par une main postérieure. Il n' y a pas d'initiales agrandies, pas de divisions en chapitres ou en parties comme on en trouve dans les manuscrits ultérieurs, mais un système différent de division propre à ce manuscrit. Il y a beaucoup de fautes d'iotacisme, en particulier l'échange de ει pour ι et αι pour ε. L'échange de ει et ο pour ω est moins fréquent.
Le manuscrit contient de petits points doubles horizontaux inhabituels (appelés « distigmai », antérieurement « trémas ») ajoutés dans la marge des colonnes du Nouveau Testament. distigmai sont clairement visibles dans le texte, plus qui sont incertains. La date de leur ajout est contestée et fait l'objet d'un lien ci-dessous. À titre d'exemple, deux distigmai sont visibles dans la marge gauche de la première colonne de l'image ci-dessus. Tischendorf a réfléchi à leur signification mais n'en a pas trouvé. Il indique seulement les endroits où ces points sont insérés : à la fin de l'Évangile de Marc, en 1 Timothée 2,14 ; 5,28 et en Hébreux 4,16 ; 8,1. La signification des distigmai n'a été comprise qu'en 1995, lorsque Philip Payne. a interprété le premier distigmai en étudiant les versets 1 Cor 14, 34-35 du codex. Il suggère que ces signes indiquent les lignes pour lesquelles une autre variante du texte était connue par la personne qui les écrivait. Les distigmai marqueraient donc les points d'incertitude textuelle. Par ailleurs, des distigmai s'observent également dans le Codex Fuldensis, en particulier dans 1 Corinthiens 14, 34-35. Les distigmai indiquent une variante des manuscrits occidentaux, qui placent 1 Corinthiens 14, 34-35 après 1 Cor 14, 40 dans les manuscrits Claromontanus, Augiensis, Boernerianus, 88, itd, g, et dans quelques manuscrits de la Vulgate.
À la , à côté d'Hébreux 1, 3, le texte contient une note marginale intéressante : (), ce qui suggère que les corrections non autorisées étaient un problème récurrent dans les scriptoria.
Contenu Septante L'ordre des livres du manuscrit est le suivant : Pentateuque : ...Genèse 46-50 - Exode - Lévitique - Nombres - Deutéronome ; Livres historiques : Jésus (Josué) - Juges - Ruth - 1-4 Règnes (1-2 Samuel, 1-2 Rois) ; des Livres historiques : 1-2 Paralipomènes - 1-2 Esdras (Esdras A' - Esdras-Néhémie) ; Livres poétiques : Psaumes - Proverbes - Ecclésiaste - Cantique - Job - Sagesse - Siracide ; des Livres historiques : Esther - Judith - Tobie ; il manque ensuite 1-4 Maccabées, qui manquent aussi dans la liste des livres bibliques de la lettre festale 39 d'Athanase