vignette|270px|alt=Drapeau d'une couleur sombre (bleu ?), blanc et rouge, avec inscrit "por dios y por la patra" et une croix au centre.|Drapeau d'un groupe de Cristeros conservé dans un musée de Encarnación de Díaz.
La guerre des Cristeros (également connue sous le nom de Cristiada) désigne le soulèvement du au d'une partie de la population mexicaine, principalement rurale et catholique, contre le gouvernement, qui tente l'application de la Constitution de 1917.
La rébellion éclate d'abord de façon locale et spontanée, avant de se transformer en soulèvement plus important à l'appel de la Ligue le . À son apogée, au printemps 1929, le mouvement compte combattants : étant placés sous le commandement du général Gorostieta et constituant des bandes éparses. Il est plus important dans le centre et l'Occident du pays. Pour des raisons militaires, politiques et économiques, l'État fédéral décide alors d'en finir, en concluant un accord diplomatique avec l'Église catholique grâce à l'entremise de l'ambassadeur américain Un comité diplomatique spécial avait été formé par le Saint-Siège, comprenant Dwight Morrow, ambassadeur américain au Mexique, , ancien ambassadeur du Chili aux États-Unis et le jésuite Edmund A. Walsh avec la mission de trouver un modus vivendi entre l'Église et le gouvernement anticlérical du Mexique. : ce sont les arreglos du . Les Cristeros doivent alors se démobiliser et déposer les armes.
Le nom Cristeros est d'abord un sobriquet donné aux insurgés par les soldats fédéraux, mais ceux-là s'approprient rapidement ce nom. Il reprend leur cri de ralliement : « ¡Viva Cristo Rey! » (« Vive Christ Roi ! »).
Contexte Constitution de 1917 Au , la Constitution de 1857 avait provoqué la Guerre de Réforme entre libéraux et conservateurs. Les lois de Réforme, promulguées par les libéraux de Benito Juárez, affaiblirent le pouvoir temporel de l'Église catholique au Mexique. Elles traitaient du mariage civil, du registre civil, de la séparation de l'Église et de l'État, de la vente des propriétés et des terres de l'Église, qui était le plus grand propriétaire terrien du Mexique,
Juárez adopta cependant en 1867 une politique de conciliation envers l'Église et reconnut les droits civiques des membres du clergé, particulièrement le droit de vote. La longue présidence de Porfirio Díaz (1876-1911) marqua aussi une période de détente sur la question religieuse.
L'irruption de la Révolution mexicaine, commencée en 1910 par Francisco I. Madero et réellement achevée en 1940, remit à l'ordre du jour la question religieuse dans la vie politique mexicaine. L’État en mutation souhaitait contrôler tous les pouvoirs centrifuges, dont l’Église faisait partie. Les hommes politiques qui détenaient alors le pouvoir l'accusaient de maintenir le pays dans l'obscurantisme et d'empêcher tout progrès. Ils voyaient en outre le clergé comme un corps hostile et étranger, à la solde de Rome.
Cinq articles de la Constitution mexicaine de 1917 furent particulièrement destinés à réduire l'influence de l'Église catholique dans le pays : l'article 3 imposa la sécularisation de l'enseignement ; l'article 5 interdit les ordres monastiques ; l'article 24 interdit l'exercice du culte en dehors des églises ; l'article 27 restreint le droit à la propriété des organisations religieuses ; l'article 130 porta atteinte aux droits civiques des membres du clergé : les prêtres n'avaient pas le droit de porter leurs habits religieux, perdirent le droit de vote et se virent interdire tout commentaire sur les affaires publiques dans les organes de presse.
Contexte de la révolte Les dispositions de la Constitution de 1857 et des lois de Réforme édictées par le gouvernement de Benito Juárez concernant la séparation entre l’Église et l’État furent reprises dans la Constitution en 1917 proclamée par le président du Mexique Venustiano Carranza. Son ancien allié Álvaro Obregón, le renverse en 1919. Élu président fin 1920, Obregon est anticlérical franc-maçon comme Carranza. Cependant, il ne fait appliquer les dispositions en question que dans les régions où l'attachement au catholicisme est le plus faible.
L'élection de Plutarco Elías Calles en 1924 met fin à cette trêve implicite entre le gouvernement et l'Église. Le nouveau président athée met en œuvre les mesures anticléricales de la constitution en application sur l'ensemble du territoire et fait voter d'autres lois de laïcisation. Ainsi, en 1926, la Loi pour la réforme du Code pénal prévoit des peines spécifiques pour les prêtres et les religieux qui contreviendraient aux articles de la Constitution de 1917 déjà cités. Par exemple, le port de l'habit clérical peut être puni d'une amende de pesos ; un prêtre qui critique le gouvernement peut être condamné à 5 ans de prisonShirk, David A. Mexico's New Politics: The PAN and Democratic Change p.58 (L. Rienner Publishers 2005).
Résistance pacifique 250px|thumb|Boycott contre la loi Calles. En réaction à ces mesures, la résistance des mouvements catholiques se durcit. Le plus important d'entre eux, la Ligue nationale pour la défense de la liberté religieuse, créé en , est rejointe par l'Association mexicaine de la jeunesse catholique (créée en 1913) et l'Union populaire, un parti politique catholique fondé en 1924.
Le , les évêques mexicains décident de la suspension du culte public dans tout le pays en réaction aux lois promulguées par le gouvernement de Calles. Cette suspension s'applique à partir du . Le , la Ligue commence un boycott économique à l'encontre du gouvernement, qui se révèle particulièrement efficace dans le centre-ouest du Mexique (États de Jalisco, Guanajuato, Aguascalientes et Zacatecas). Les catholiques de cette région cessent de se rendre au cinéma et au théâtre et n'utilisent plus les transports publics. Ceux qui enseignent dans les écoles publiques se mettent en grève.
Cependant, ce boycott perd de son importance, dès l'automne 1926, en grande partie à cause du manque de soutien des catholiques les plus aisés, hostiles à cette tactique dont ils subissent également les retombées économiques. Les Mexicains aisés en viennent à payer l'armée fédérale pour les protéger et à appeler la police pour briser les piquets de grève, ce qui les rend très impopulaires.
Les évêques catholiques demandent à faire amender les articles les plus gênants de la Constitution. Le pape Pie XI approuve explicitement les moyens de résistance utilisés jusqu'alors. En face, le gouvernement Calles, en représailles contre ce qu'il considère comme une rébellion ouverte, fait fermer de nombreuses églises et interdit le culte privé comme la dispense des sacrements (dont l'Eucharistie). Les propositions d'amendement à la Constitution présentées par les évêques sont finalement rejetées par le Congrès le .
Montée de la violence Le , à Guadalajara, dans l'État de Jalisco, 400 catholiques armés se soulèvent et s'enferment dans l'église Notre-Dame de Guadalupe. Un affrontement s'engage avec les troupes fédérales. Il ne se termine que lorsque les insurgés sont à court de munitions. D'après des sources diplomatiques américaines, les combats auraient fait 18 morts et 40 blessés.
Le lendemain, à Sahuayo, dans l'État du Michoacán, 240 soldats du gouvernement prennent d'assaut l'église paroissiale. Le curé et son vicaire sont tués au cours des violences. Le , des agents gouvernementaux interviennent lors du chapitre de l'Association de la jeunesse catholique, à Chalchihuites, dans l'État de Zacatecas, et tuent le conseiller spirituel du mouvement, le père Luis Bátiz Sáinz.
Dès lors, les événements s'accélèrent. Après avoir entendu parler de l'assassinat du père Bátiz, un groupe de propriétaires locaux, sous le commandement de Pedro Quintanar, s'empare du bureau de la perception et se déclare en rébellion. Au plus fort de l'insurrection, il contrôle toute la partie nord de l'État de Jalisco.
Un autre soulèvement se produit à Pénjamo (État de Guanajuato), dont le maire Luis Navarro Origel a pris la tête. Ses hommes sont battus en rase campagne par les troupes fédérales mais se réfugient dans les montagnes, où ils mènent une guérilla. Le même scénario se reproduit à Durango, sous les ordres de Trinidad Mora, et dans le Sud de l'État de Guanajuato, où le général Rodolfo Gallegos prend le commandement.
Pendant ce temps, les rebelles du Jalisco (en particulier, au nord-est de Guadalajara) se renforcent peu à peu. La région devient le centre névralgique de la rébellion, menée par René Capistrán Garza, président de l'Association mexicaine de la jeunesse catholique, âgé de 27 ans à peine.
C'est à ce moment que commence la rébellion proprement dite et qu'elle se revendique comme telle.
Guerre Premiers soulèvements 250px|thumb|left|Général . thumb|300px|right|Un groupe de Cristeros. Le ., Garza fait publier le manifeste « A la Nación » (À la nation). Il y affirme que « l'heure de la bataille a sonné » et que « Dieu décidera de la victoire ». Cette déclaration provoque une insurrection de grande ampleur dans l'État de Jalisco. Des groupes de rebelles s'installent dans la région de Los Altos, au nord-est de Guadalajara, puis s'emparent de plusieurs villages, armés seulement de vieux fusils et de gourdins. Leur cri de guerre est ¡Viva Cristo Rey! ¡Viva la Virgen de Guadalupe! (« Vive le Christ-Roi ! Vive la Vierge de Guadalupe! »).
Au début, le gouvernement de Calles ne prend pas la menace au sérieux. Les rebelles se révèlent efficaces face aux agraristas, une milice rurale recrutée dans tout le Mexique, et aux forces de la Defensa Social, une autre milice locale, mais sont vaincus dès qu'ils affrontent les troupes fédérales à proximité des grandes villes. L'armée fédérale a alors un effectif d'environ . Le commandant en chef des troupes fédérales de l'État de Jalisco, le général Judas Ferreira, déclare au moment de se mettre en marche vers les insurgés : « Nous partons non en campagne mais à la chasse ».
Cependant, si on considère que presque tous les rebelles n'ont aucune expérience de la guerre, les opérations qu'ils entreprennent sont plutôt bien menées. Les chefs militaires les plus compétents sont Jesús Degollado, Victoriano Ramírez, Aristeo Pedroza et José Reyes Vega.
Des travaux universitaires récents laissent penser que pour beaucoup de Cristeros, des motivations politiques mais aussi matérielles viennent renforcer les motivations religieuses. En effet, les insurgés viennent souvent de communautés rurales qui ont souffert de la politique de réformes agraires menée par le gouvernement depuis 1920 et se sentent également menacés par les changements politiques et économiques récents. D'autre part, comme le note Jean Meyer, « Pour les Cristeros qui se considèrent comme héritiers du curé Morelos, le ‹ Turc › Calles, vendu à la franc-maçonnerie internationale, représentait l'étranger yankee et protestant, désireux de terminer l'œuvre entreprise au Texas »Jean Meyer, la Christiade, Paris, Payot, 1975. Il insiste bien sur le fait que la motivation religieuse restait première.
Le soutien accordé ou non par l'épiscopat et la papauté aux Cristeros est une question controversée. Officiellement, l'épiscopat mexicain ne soutient jamais la rébellion, mais plusieurs témoignages montrent que la légitimité de leur cause est reconnue par une petite minorité d'évêques mexicains. L'immense majorité des 38 évêques mexicains refuse cependant la résistance armée et parle du « respect dû aux autorités ». Seuls trois évêques appellent à résister mais jamais par les armes. C'est le cas de Gonzalez y Valencia, jeune archevêque de Durango, qui envoie à ses fidèles une lettre pastorale depuis son exil à Rome. L'évêque de Guadalajara, José Francisco Orozco y Jiménez, reste aux côtés des rebelles.