Le Grand incendie de Chicago () est un incendie ayant eu lieu du 8 au à Chicago (Illinois, États-Unis). Environ perdent la vie, bâtiments sont détruits dans de nombreux quartiers de la ville et personnes (soit à peu près le tiers des habitants) se retrouvent sans abri à la suite de la tragédie..

La cause directe de l'incendie ne fait pas consensus. Deux théories principales, très différentes l'une de l'autre, sont avancées pour expliquer l'origine de la catastrophe. La première évoque une vache renversant une lampe à kérosène et allumant un feu dans une grange, tandis que l'autre explique l'incendie par une pluie de météorites. Une longue période de conditions venteuses chaudes et sèches ainsi que les constructions en bois répandues à travers la ville favorisent par la suite la propagation rapide de l'incendie.

Des aides financières et matérielles provenant des quatre coins du pays et d'Europe affluèrent vers la ville juste après l'incendie After the Great Chicago Fire, Chicago received aid and donations from around the world (consulté le 16 mars 2023). .

L'incendie est l'une des plus grandes catastrophes survenues au aux États-Unis et occasionne un tournant dans l'histoire de Chicago. En effet, la ville devint rapidement un laboratoire pour certains des architectes les plus influents du pays et sa reconstruction lui permit de mieux se développer d'un point de vue économique, architectural et urbanistique, et de devenir une des villes les plus modernes d'Amérique du Nord.https://www.connaissancedesarts.com/monuments-patrimoine/chicago-aux-origines-de-larchitecture-moderne (consulté le 19 mars 2023).

Bien que d'autres grandes villes américaines aient subi des sinistres semblables (dans son histoire, la ville de New York doit faire face à sept incendies dont deux incendies majeurs, en 1776 et 1835 ; le 1872, ce sont de Boston qui sont détruits par les flammes), peu marquent autant les esprits que celui de Chicago. L'image de la ville en est indissociable. L'événement donnera ainsi lieu à une littérature abondante et à plusieurs films et chansons.

Chronologie Origine de l'incendie vignette|Le centre de Chicago dans les années 1860 avant d'être totalement détruit par le Grand incendie de 1871 (lithographie par Currier and Ives).

L'incendie s'est déclaré dans un quartier situé à environ 2,7 kilomètres au sud-ouest du centre-ville (actuel secteur du Loop). Selon certaines sources reprises dans le livre A History of Chicago, volume 3 : The Rise of a Modern City, 1871-1893 (paru en 1957) de l'historienne américaine Bessie Louise Pierce, spécialiste de l'histoire de Chicago, le principal foyer de l'incendie aurait été constaté par les autorités le dimanche vers 21 heures dans ou autour d'un petit hangar appartenant à Patrick et Catherine O'Leary au 137 DeKoven Street (dans une zone située approximativement entre ce qui est connu aujourd'hui comme étant les quartiers de Little Italy au nord et Pilsen au sud ; dans la partie sud-est de l'actuel secteur de Near West Side).

Rapidité de l'incendie Une longue période de conditions venteuses chaudes et sèches, et les constructions en bois répandues à travers la ville ont favorisé la propagation rapide de l'incendie. En effet, à l'époque, plus des deux tiers des structures de Chicago sont faites entièrement en bois. La plupart des maisons et des bâtiments sont également recouverts de toits de goudron ou de bardeaux hautement inflammables. Les habitations en bois se touchaient presque comme dans une ville européenne du Moyen Âge et se mélangeaient avec des constructions plus solides mais elles aussi avec des infrastructures en bois. Les flammes sautaient de toitures en toitures ensevelissant tout ce qui se trouvaient entre. Même la rivière Chicago, pourtant large, eut du mal en certains endroits à servir de barrière de protection tellement l'incendie était intense. Les sautes de feu passèrent au-dessus de la branche sud de la rivière Chicago et les brindilles enflammées s'envolèrent et enflammèrent les zones situées sur l'autre rive, engendrant de nouveaux départs de feu qui détruisirent une grande partie du centre-ville, puis se propagèrent vers le nord et sautèrent la branche principale de la rivière, mettant ainsi le feu aux quartiers de River North et Streeterville (secteur de Near North Side). vignette|Vue sur l'intersection de Dearborn Street et Monroe Street après les dégâts causés par l'incendie. Quand l'incendie démarre, les voisins se précipitèrent pour protéger la maison des O'Leary en face de l'étable d'où le feu provenait ; elle n'a d'ailleurs subi que des dommages mineurs. Cependant, le service des sapeurs pompiers du Chicago Fire Department (CFD) n'a reçu la première alerte qu'à et des vents forts soufflèrent depuis le sud-ouest, en direction du centre-ville. Lorsque les pompiers arrivèrent sur DeKoven Street, le feu s'était étendu et s'était propagé aux bâtiments voisins et progressait vers le quartier central des affaires. Les pompiers espérèrent que le bras sud de la rivière Chicago agirait comme un coupe-feu naturel. Des vents brûlants ont conduit les flammes au nord-est et le feu passa finalement la branche sud de la rivière Chicago après minuit. Ce qui aida la progression de l'incendie fut la proximité entre les bâtiments en bois, les trottoirs surélevés en bois, les bateaux encombrant la rivière et la présence de bois et de charbon à la vente le long de la rivière. L'amplitude de la fournaise généra des vents et une chaleur si importants que des toits s'enflammèrent bien loin des lieux où l'incendie faisait rage. Alors que de plus en plus de bâtiments succombaient aux flammes, un facteur majeur contribuant à la propagation du feu fut le phénomène météorologique connu sous le nom de « tourbillon de feu ». En effet, lorsque l'air surchauffé monte, il entre en contact avec de l'air plus frais et commence à tourner, créant un effet de tornade. Ces tourbillons de feu ont probablement joué un rôle important dans le fait que des débris enflammés soient montés si haut et si loin. Ces débris ont été soufflés à travers le bras principal de la rivière Chicago jusqu'à un wagon transportant du kérosène. vignette|gauche|Carte de Chicago en 1871 ; la partie sombre représente les quartiers touchés par l'incendie. Au cours de son passage dans le quartier des affaires (actuel secteur du Loop) et des zones limitrophes, le feu détruisit des hôtels, des grands magasins, des petits commerces, des bureaux, l'hôtel de ville de Chicago (Chicago City Hall), des bâtiments administratifs, l'opéra de la ville et des salles de théâtres, une partie des collections de la Chicago Historical Society (actuel musée d'histoire de Chicago), des églises et des imprimeries. Le feu continua sa progression vers le nord, entraînant les personnes le long des ponts enjambant la rivière Chicago. L'incendie sauta la branche principale de la rivière et continua à travers les maisons et villas de la partie nord de la ville (actuels secteurs de Near North Side et Lincoln Park). Des habitants finirent par atteindre le vaste parc de Lincoln Park dans le secteur du même nom et les berges du lac Michigan, où des milliers d'entre eux trouvèrent refuge.

À cette époque, le Chicago Fire Department (service de lutte contre les incendies de Chicago) ne compte que 185 hommes avec 17 pompes à eau tirées par des chevaux pour protéger toute la ville. La réponse initiale des pompiers est rapide, mais en raison d'une erreur du gardien, Matthias Schaffer, les pompiers ont été envoyés au mauvais endroit, permettant au feu de se développer sans contrôle. En plus du manque de personnel, les équipements dont ils disposent sont vétustes et inadaptés à leurs besoins. Les prises d'eau qui leur sont réservées sont trop peu nombreuses et le diamètre des canalisations est trop réduit. Sans compter que ces conduites, qui datent pour beaucoup des années 1840, sont souvent corrodées, voire percées. L’incendie aurait été incontestablement moins destructeur si les infrastructures de travaux publics avaient été de meilleure qualité. De plus, les pompiers sont épuisés car ils ont dû combattre plus tôt dans la journée plusieurs débuts de feux attisés par la sécheresse et le vent. L'incendie gagne ainsi en puissance au fil des heures. En effet, il est tombé à peine cinq centimètres d'eau en trois mois. Ce déficit pluviométrique a aussi pour conséquence de réduire considérablement les réserves d'eau des pompiers. Tous ces facteurs combinés transformèrent un petit feu de grange en un gigantesque incendie incontrôlable.

Le feu finit par s'éteindre, aidé en cela par la disparition des vents et une fine pluie qui finit par tomber tard dans la nuit de lundiZukowsky John (dir.), Chicago. Naissance d'une métropole, 1872-1922, Paris, 1987, .. De son point de départ de la maison des O'Leary, il a brûlé pratiquement 48 blocs entre la rivière Chicago à l'ouest, Congress Street au sud-est, Canal Port Avenue à l'intersection de Jefferson Street au sud-ouest, Halsted Street au nord-ouest, et Belden Avenue (actuelle Fullerton Avenue) au nord-est, ravageant ainsi la quasi-totalité du centre-ville et plusieurs quartiers situés au nord et à l'ouest de ce dernier.

Origine Théorie de la vache vignette| O'Leary et sa vache, par John R. Chapin, publié dans le magazine Harper's Weekly (en octobre 1871). L'histoire la plus connue veut que cet incendie ait été amorcé par une vache ayant rué dans une lampe à kérosène, mettant ainsi le feu à du foin, dans la grange de Patrick et Catherine O'Leary au 137 DeKoven Street. L'histoire circulait déjà dans Chicago avant même que les flammes ne s'éteignent et elle s'est vue publiée dans la première édition du Chicago Tribune après l'incendie. Les caricatures publiées dans les journaux, notamment celles de O. W. Mull, popularisent cette histoirehttps://books.openedition.org/pur/19715?lang=fr. La plupart des journaux américains consacrent leur une à l'événement, à l'instar du New York Times.. Les journalistes dépeignaient Kate O'Leary comme une alcoolique ayant mis le feu pour se venger car elle aurait été rayée des listes de l'aide sociale de la ville. Elle n'a jamais été photographiée mais les journaux publiaient des photos censées la représenter en train de traire sa vache (voir image ci-contre). Catherine O'Leary était le parfait bouc émissaire : elle était une femme, immigrée d'origine irlandaise et de confession catholique – une combinaison qui ne valait pas grand-chose dans le climat politique du Chicago de l'époque. En effet, les immigrants irlandais catholiques étaient particulièrement mal vus dans une Amérique majoritairement protestante. Le stéréotype de l'Irlandais « buveur, teigneux et bagarreur » était très répandu. vignette|gauche|La maison de la famille O'Leary au 137 DeKoven Street (1871). Michael Ahern, le journaliste qui avait inventé cette histoire de vache, admit lui-même en 1893 qu'il avait tout imaginé., car il pensait faire un article haut en couleurThe Great Chicago Fire par Robert Cromie, publié par Rutledge Hill Press et (pbk. edition). En effet, vingt-deux ans après les faits, Ahern reconnaît auprès d'un collègue, John Kelley, qu'avec deux autres journalistes, James Haynie et John English, « il a concocté l'histoire de la vache donnant un coup de pied à la lampe ». L'idée leur en est venue car on a retrouvé au milieu des décombres de l'étable des O'Leary une lampe à kérosène brisée. Il est néanmoins indéniable que, même si la vache des O'Leary avait été l'élément déclencheur de l'incendie, son intervention n'aurait pas pu à elle seule provoquer la destruction d'une grande partie de Chicago. D'autres éléments entrent en ligne de compte.