Les caractères chinois sont, contrairement à ce qu'on pourrait penser à première vue, construits au moyen d'éléments plus ou moins complexes (comprendre : possédant un nombre de traits plus ou moins important) en nombre réduit, ce qui est assez logique : on ne pourrait imaginer une écriture aussi pérenne sans structure, dans laquelle chaque signe serait aléatoirement construit.

Ce qui suit concernant l'aspect graphique des sinogrammes, toutes les langues dont l'écriture utilise les sinogrammes sont concernées, bien que le sens, la prononciation et la graphie des caractères cités soient ceux du mandarin.

Décomposition d'un caractère en ses éléments

Les caractères de l'écriture chinoise sont composés d'éléments graphiques primitifs, qui concernent autant leur tracé sur la feuille (ou à l'écran) que la nature des éléments qui les constituent. Certains de ces éléments (mais pas tous) sont des radicaux ou clefs.

Tout caractère, même le plus complexe, peut être appris non pas en retenant la forme globale du signe mais ses composants graphiques fondamentaux, ce qui nécessite un effort de mémoire bien moindre. Par exemple, il suffit de se souvenir qu'un caractère comme yì se résume à sur , ce dernier étant généralement très bien connu puisqu'il s'agit du pronom pour « je, moi », l'un des premiers caractères que l'on apprend à tracer (mais ce n'est pas un radical). De même pour (trente traits) luán : + + / , etc. (illustration ci-contre ; chaque élément est aussi un radical).

Une fois que l'on sait tracer les primitives graphiques (il y en a quelques centaines, le nombre varie suivant les auteurs) et leurs graphies en composition, la mémorisation est tout autre et ne se limite pas à devoir retenir une pure abstraction.

Système de composition De manière très lointaine, on pourrait comparer l'apprentissage d'un caractère composé à celui d'un mot d'une langue à alphabet : on peut retenir la forme globale de communication ou le décomposer en ses graphèmes constituants, ses lettres. Bien qu'on ne puisse pas parler de lettres pour l'écriture chinoise, l'existence d'un tel système de radicaux graphiques joue un rôle analogue.

De manière plus exacte, on peut rapprocher la composition des caractères de la composition héraldique des blasons : à partir d'éléments simples ( wen), qui sont des « éléments de caractère » à signification autonome, on construit des caractères composés ( zi) par superposition verticale (parti), horizontale (coupé)...

En théorie, ce système pourrait être utilisé même de nos jours, pour créer des néologismes, suivant les différents types de formation des sinogrammes. En pratique, cependant, la création de nouveaux caractères a cessé depuis près d'un millénaire.

Clef et primitive graphique La décomposition d'un caractère conduit à identifier deux types d'éléments : la clef, et la primitive graphique. La clef (ou le radical) joue un rôle important pour la catégorisation sémantique et la recherche dans un dictionnaire. Une primitive graphique (ou trait) ne se décompose théoriquement pas en éléments plus simples.

En pratique, les primitives graphiques ne correspondent pas toutes à des clefs, et pour les besoins de la classification, quand elles ne sont pas accompagnées d'une autre clef, elles sont très souvent analysées en une clef + quelque chose. Ainsi le caractère se rattache artificiellement à la clef de l'homme , alors que graphiquement il s'agit d'un triangle surplombant un crochet.

En fin d'analyse, les six premières clefs sont de simples traits qui servent de "voiture balais" à des caractères qui par ailleurs ne se rattachent pas à une clef. Ainsi se rattache -assez artificiellement- au trait vertical auquel on rajoute .

Clefs composées

De même, les clefs ne sont pas toutes des primitives graphiques, et une proportion importante des clefs complexes peuvent souvent s'analyser comme des compositions d'éléments plus simples. Ainsi, simplement dans les clefs à plus de dix traits:

La flûte () montre trois types de composants élémentaires et pourrait se rattacher à la clef de l'homme () ou à la bouche (). Le nez () a trois composants et fait penser aux clefs ou . Le tambour () a quatre composants, où on reconnaît la clef du lettré () surplombant une bouche (), et le caractère () lui-même composé. Le millet () a trois composants, où on reconnaît clairement la clef des céréales , la clef de l'homme () et une variante de la clef de l'eau (). (Cette céréale que l'homme plante dans l'eau fait plutôt penser au riz). Jaune () a trois composants dans lesquels on reconnaît le caractère vingt (), la clef huit () et un groupe complexe. Le chanvre () est évidemment une composition du toit et de l'arbre .

Le blé () est une composition entre le radical du recul () et un caractère complexe () la marmite () est un exemple curieux de composition dont aucun composant n'existe de manière autonome: la bouche sous le trait est un composant fréquent, mais pas un caractère, et la combinaison de l'entourage et de l'homme est également fréquente (par exemple dans ) mais jamais autonome. Les cheveux () se rattachent naturellement à la clef 59 des longs poils (), la partie gauche étant la clef 168 long (), dont la partie inférieure est elle-même un composant graphique fréquent (mais non autonome). Le haut ()est une composition verticale où l'on reconnaît la bouche () sous l'entourage (), formant le caractère , et la superposition du toit () et de la bouche, fréquente mais sans existence autonome. L'os () est une composition atypique où l'on reconnaît en bas la clef de la lune (), séparée par un couvercle () d'une partie supérieure non autonome.

Ces exemples montrent bien que les notions de clef et de composants ne se recouvrent pas. De plus, ces clefs composées doivent être soigneusement étudiées par les débutants, parce qu'elles sont rares, peu connues, et donc une source de difficulté et de recherches infructueuses fréquentes dans les dictionnaires classés par clefs.

Tracé des caractères

Peu importe de savoir quel élément est réellement le radical sémantique et lesquels ne sont que des éléments graphiques annexes puisque le principe revient au même : le tracé d'un caractère obéit à des règles strictes, fonction de la nature des éléments qui composent chaque caractère.

Analyse graphique d'un caractère Primitive graphique modifiée Une modification d'une primitive graphique, par ajout d'un trait (parfois plus), peut servir pour désigner un détail particulier. Ainsi le couteau peut se retrouver marqué d'un point ou d'un trait .

Le motif le plus facile à comprendre est l'arbre auquel on rajoute un trait pour signifier la racine, le début. Ce caractère est celui qui se retrouve dans le nom du Japon , le pays du soleil levant Caractères composés C'est le cas le plus général: un caractère est formé par combinaison de deux caractères plus primitifs. Les différents types de combinaisons sont donnés ci-dessous. Composés de composés La juxtaposition peut composer des caractères eux-mêmes composés. Ainsi, un caractère comme est la superposition d'une part de , et (superposés verticalement à gauche), et de , et (superposés verticalement à droite).

Il n'est pas forcément facile de déterminer un ordre de composition, quand s'enchaînent deux compositions verticales ou horizontales. Un caractère comme par exemple (avoir une rancœur contre qq), peut s'analyser graphiquement comme la superposition de la clef du toit et du caractère (la haine) - habité par la haine?, ou comme celle du caractère (obligeant, courtois) avec la clef du cœur . Contrairement à ce que voudrait l'intuition, la rancœur ne vient pas de la haine: elle est bien classée avec les sentiments et dérive de la courtoisie...

Types de composition Emplacements principaux Il existe 7 emplacements portant des noms particuliersListe des emplacements des radicaux et leur nom:

+ Liste des emplacements principaux des radicaux Place Nom Japonais ExempleGauchehen  dans Droitetsukuri dans Dessuskanmuri dans Dessousashi dans En haut et à gauchetare dans Gauche et bas (forme de L)nyou dans Autourkamae dans

Juxtaposition de deux caractères plus simples

L'immense majorité des caractères sont formés par une simple juxtaposition. Essentiellement, les caractères peuvent être juxtaposés verticalement (A au-dessus, suivi de B au-dessous), ou horizontalement (A à gauche, suivi de B à droite).

Dans la très grande majorité des cas, cette juxtaposition se fait en modifiant les proportions des composants élémentaires, afin de les disposer harmonieusement dans le carré global. La répartition est le plus souvent aux 2/3 (, ). Elle peut prendre d'autres proportions, surtout dans la composition verticale, si la complexité des composants le justifie, depuis la moitié comme pour ou , jusqu'au quart pour les clefs minces comme dans ou .

Caractères débordants et compositions en coin

Dans les compositions, certains éléments de caractère « débordent » de leur cadre et se prolongent jusqu'au bord opposé du caractère avec lequel ils sont composés. L'exemple le plus connu est le trait inférieur de ou , , , etc. qui se prolonge sous le caractère juxtaposé. Il en est de même pour d'autres caractères moins fréquents comme , ou . De même, le trait de gauche dans et se prolonge jusqu'au bas, ou le trait de droite dans les composés de comme ou . Cet effet est spectaculaire dans les composés du tigre (comme ), la "queue" du tigre continue à envelopper les caractères en compositions même quand l'élément supérieur est déjà lui-même une composition (un tigre repu).

Ces compositions restent fondamentalement des compositions verticales ou horizontales, cependant la prolongation du trait fait que l'autre caractère associé n'est plus sur un côté, mais dans un coin. Cette composition "en coin" n'est pas une méthode de composition à part entière, elle vient de ce que le caractère en composition est de nature débordante.

Répétitions d'un même caractère

La répétition d'un caractère est assez fréquente. Elle traduit généralement un lien sémantique direct avec le caractère répété, en ajoutant simplement l'idée de nombre ou d'intensité.

La duplication d'un caractère est majoritairement horizontale comme dans (une quarantaine de cas), mais on trouve des duplications verticales, comme dans . Le caractère est parfois un peu décalé, comme dans ou , si sa forme est asymétrique. Des clefs comme 118 : (bambou), 124 : (plume), 140 : = (herbe), 144 : (marcher), sont elles-mêmes des répétitions horizontales.

Le caractère répété trois fois est toujours composé en mettant deux exemplaires à la base et un en haut, comme dans . Ces compositions aboutissent parfois à des résultats graphiques surprenants. On peut remarquer que le caractère élémentaire peut présenter des variantes graphiques suivant qu'il est à droite où à gauche, et que ces variations se retrouvent dans la composition. La composition d'une clef et du caractère formé par la répétition verticale de cette même clef conduit aussi à trois exemplaires, mais cette forme (très rare) est clairement une construction en deux étapes.

Les répétitions de quatre caractères se rencontrent plus rarement (cinq cas dans les caractères unicode). La composition est toujours symétrique, comme dans .

Caractères englobants

Dans les juxtapositions plus complexes, un exemple courant est l'enceinte qui entoure le jade pour signifier le pays , caractère que l'on trouve sur tous les objets fabriqués en Chine =, c’est-à-dire le pays du milieu ; ...). Tous les composés de l'enceinte (clef n° 31) sont construits sur cette même logique .