150px|vignette|Un clap aux couleurs du drapeau thaïlandais. L'histoire du cinéma thaïlandais commence avec les prémices du cinéma, quand la visite à Berne du Roi Chulalongkorn est immortalisée sur pellicule par Francois-Henri Lavancy-Clarke en 1897. Le film a ensuite été emporté à Bangkok, pour y être projeté, soulevant l'intérêt de la famille royale, mais aussi d'entrepreneurs locaux qui décident rapidement d'importer du matériel cinématographique. Ce sont d'abord des projections de films étrangers, puis dès les années 1920, une industrie locale se développe.
Dans les années 1930, on peut parler d'un premier âge d'or du cinéma thaïlandais, avec l'existence d'un certain nombre de studios de production.
Après la Seconde Guerre mondiale, des centaines de films sont produits en , principalement des films d'action. La forte concurrence des films hollywoodiens réduit considérablement la production locale dans les années 1980. Mais depuis les années 1990, on peut parler d'une "nouvelle vague" thaïlandaise, avec l'apparition de réalisateurs tels que Nonzee Nimibutr, Pen-ek Ratanaruang ou Apichatpong Weerasethakul, mondialement célébrés dans les festivals, ou de stars du cinéma d'action comme Tony Jaa.
thumb|Sorapong Chatree joue un moine bouddhiste dans le film historique King Naresuan.
Premiers films thaïlandais thumb|Les archives nationales du film de Thaïlande sont situées dans la province de Nakhon Pathom. Quand les premiers films ont été projetés en Thaïlande, on les a appelés nang farang (farang : étranger), d'après le théâtre nang (théâtre de marionnettes traditionnel). « Aller au cinéma », dans le langage populaire se dit encore paï dou nang (aller regarder le nang).
Le premier film thaïlandais a été produit en 1922 par la Société Royale des Chemins de Fer thaïlandais. Intitulé Sam Poi Luang: Grande Célébration dans le Nord, le documentaire rencontre un grand succès. Son objectif est de vanter les charmes du voyage en train grâce à ce nouveau moyen de communication qu'est le cinéma.
1922 voit aussi une coproduction entre Hollywood et la Société Royale des Chemins de Fer thaïlandais : Nang Sao Suwan, ou Miss Suwanna de Siam, réalisé par Henry MacRae. La première a lieu le à Bangkok au Phathanakorn Cinematograph. Malheureusement, le film est perdu.
Le premier film de fiction est Chok Sorng Chan (Doublement chanceux), produit par Wasuwat brothers' Bangkok Film Company en 1927 et réalisé par Manit Wasuwat (มานิต วสุวัต). La même année, une autre société de productions, Tai Phapphayon Thai Company, sort Mai Khit Loei (Inattendu).
17 films sont réalisés entre 1927 et 1932, mais seuls quelques fragments ont survécu : une minute trente-deux secondes de poursuite en voiture de Chok Sorng Chan (Double Chance) (1927) ou encore une séquence de boxe de quatre minutes de Khrai Di Khrai Dai (Seuls les braves / Nul autre que le brave) (1928).
Hollywood réalise également des films au Siam pendant cette période, comme le documentaire Chang, de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, à propos d'un pauvre fermier qui essaye de survivre dans la jungle. Robert Kerr, qui a travaillé comme assistant d'Henry MacRae sur Miss Suwanna retourne au Siam en 1928 pour y réaliser son propre film : La Rose blanche (The White Rose). Il est montré à Bangkok en .
L'âge d'or En 1928, les premiers films parlants sont importés, concurrençant sévèrement les films thaïs encore muets. Comme dans la tradition benshi au Japon, les cinémas employaient des animateurs qui introduisaient les films, ainsi que des orchestres traditionnels thaïlandais qui étaient pour une grande part dans le succès des films. Mais en quelques années, les films parlants prennent le dessus.
Le premier film parlant thaïlandais est Long Thang (Gone Astray), produit par les frères Wasuwat, lancé le . Considéré comme un film idéologique, en pleine période de réformes politiques, le film est un succès et mène à la création de Sri Krung Talkie Film Company à Bang Kapi.
La société produit 3 à 4 films par an, et sort en 1933 le premier film thaïlandais en couleurs : Grandpa Som's Treasure (Pu Som Fao Sap).
C'est cette période (jusqu'en 1942) qui est considérée comme l'âge d'or du cinéma thaïlandais.
À l'approche de la Seconde guerre mondiale, le pays vit sous le joug du dictateur Plaek Pibulsonggram, et les sociétés de production sont sommées de produire des films de propagande pour exalter le nationalisme.
L'opposition parvient néanmoins à faire passer ses idées au cinéma, lorsque l'homme politique Pridi Phanomyong produit King of the White Elephant, en 1940. Le film est tourné entièrement en anglais pour essayer de toucher le plus large public et dénoncer la dérive militariste du pays. Le film raconte l'histoire d'un roi du Siam qui ne se résout à partir en guerre qu'après avoir été attaqué.
Doublage L'avènement du parlant soulève un autre problème : comme les films sont souvent importés, il faut les traduire. Dans les premiers temps, c'est un acteur installé au fond du cinéma avec un micro qui fait la traduction simultanée des dialogues en Thaï.
Le premier comédien de doublage thaïlandais connu est Sin Sibunruang, ou "Tit Khiaw", qui travaillait pour Siam Film Company.
Tit Khiaw et d'autres doubleurs comme Phen Panyaphon, Sane Komarachun (Samer Gomarachun) et Somphong Wongrakthai puis Monsieur Konjanard (Somsak Songwonsuk surnommé "Konchanat") à Khon Kaen en Isan, Rong Kaomoonkadee, Juree Osiri, Maratsi Itsarangkun Na Ayutthaya et son époux Mom Luang Ruchira "l'homme aux six voix" à Bangkok et Chaicharoen Duangphatra à Songkhla sont devenus eux-mêmes de véritables stars. Ils interprétaient tous les rôles, homme ou femme, aussi bien que les effets sonores : bruits de voitures, cris d'animaux ou coups de pistolet. Ils faisaient en direct lors de la projection la voix virile et posée du héros; la voix virginale et haut perchée de l'héroïne; les voix vulgaires et éraillées des personnages "négatifs"; les voix vénéneuses des stars érotiques; les voix chevrotantes des vieilles mâchant du bétel... et souvent ils ajoutaient des commentaires teintés d'humour contre les abus d'autorités des policiers et des militaires par exemple.
Par ailleurs, certaines sociétés de production ont préféré longtemps continuer à produire des films en 16 mm muets (par souci d'économie) et laisser l'interprétation sonore à des comédiens de doublage. Ce qui attirait également le public lorsque le comédien était célèbre.
Cette pratique des comédiens de doublage en direct a continué jusqu'au début des années 1980 pour des projections en plein air ou dans des zones rurales. On peut voir des exemples de ce travail dans certains films contemporains comme Monrak Transistor (2000) ou Bangkok Loco (2004).
Du au Pour les mêmes raisons d'économie, l'industrie du cinéma thaïlandais a continué à utiliser majoritairement le , plus facile à trouver et à utiliser, pendant de longues années. Les tournages en 16 mm, d'abord en noir et blanc, sont rapidement dès les années 1950 en couleur mais toujours sans bande son, puis en format anamorphique mais de médiocre qualité technique globale (parfois accompagnés d'un son extrêmement fruste).
C'est Rattana Pestonji qui tourne le premier en 35 mm, en couleur avec une bande-son, et lance un mouvement pour améliorer les qualités artistiques et techniques des films thaïlandais. La plupart de ses films sont considérés aujourd'hui comme des chefs-d'œuvre : Santi-Vina (réalisé par Thavi/Thawee Na Bangchang. Pestonji étant directeur de la photographie sur le film) est le premier film thaïlandais à être sélectionné en compétition dans un festival étranger en 1954 (Southeast Asian Film Festival à Tokyo) et y remporte plusieurs prix ; Black Silk (Prae dum ; Soie noire ; 1961) est le premier film thaïlandais en compétition au Festival de Berlin.
Bien qu'il ait réalisé peu de films, Rattana a œuvré sans relâche à l'élévation des standards et à la promotion internationale du cinéma thaïlandais. Il est mort en 1970, alors qu'il tentait de créer un Centre National du Cinéma.
Les années 1970 et 80 À la suite de la mise en place d'une lourde taxe sur les films importés en 1977, la production de films explose à la fin des années 1970. En représailles, Hollywood décrète un boycott sur la Thaïlande. Pour la seule année 1978, la Thaïlande produit 150 films. Beaucoup d'entre eux sont de piètre qualité, des séries B baptisées par les critiques « nam nao » ou « eau croupie ».
Mais des films sociaux et engagés sont également produits ; on peut citer le Prince Chatrichalerm Yukol, membre de la famille royale éduqué aux États-Unis, qui réalise notamment Khao Chue Karn ( Karn), film qui s'attaque à la corruption au sein du service militaire et a manqué d'être censuré par le régime militaire de Thanom Kittikachorn. Chatrichalerm a également réalisé Hotel Angel (Thep Thida Rong Raem), un film qui évoque le destin d'une jeune femme piégée par la prostitution. Il a réalisé des dizaines de films à vocation sociale jusque dans les années 1990 (puis les super-productions historiques Suriyothai en 2001 et King Naresuan de 2007 à 2015).
Un autre cinéaste notable de cette époque est Vichit Kounavudhi, maître du film d'action, mais aussi de films engagés comme Première Épouse (First Wife), qui aborde le sujet des "mia noi" (seconde épouse). Vichit a aussi réalisé Her Name is Boonrawd (1985), sur la prostitution organisée autour d'une base militaire américaine pendant la guerre du Viêt Nam. Ses films les plus connus sont deux docu-fictions, Khon Phukao (Mountain People / Les Gens de la montagne), l'aventure d'un jeune couple de montagnards, et Look Isan (Son of the Northeast / Fils du Nord-Est), qui retrace la vie d'une famille d'agriculteurs à Isan dans les années 1930.
En 1985, Euthana Mukdasanit réalise Butterfly and Flowers, film qui traite de la dureté de la vie à la frontière sud. Le film a non seulement servi de révélateur des difficultés rurales dans la société thaïe, mais a également fait date en ce qu'il évoque une relation Bouddhiste-Musulman. Il a remporté le titre de Meilleur Film au Hawaii International Film Festival.
La nouvelle vague thaïlandaise Après 1981, Hollywood recommence à envoyer des films en Thaïlande. La télévision, pourtant encore rare en 1980 avec seulement 1 million de téléviseurs pour les 50 millions d'habitants du pays (nombre comparable à celui de la France en 1958), comme partout dans le monde, devient très vite une culture de masse. Ces circonstances provoquent une mise en sommeil de l'industrie cinématographique et une chute sévère du nombre de films produits (91 en 1992 ; 45 en 1994 ; une dizaine par an au milieu des années 1990 ; 9 en 2000) puis une remontée de la production cinématographique (22 en 2002 ; 48 en 2003 ; une petite centaine en 2004... et 54 en 2024).
En 1997, en pleine crise économique asiatique, trois réalisateurs de publicité, Nonzee Nimibutr, Pen-ek Ratanaruang et Wisit Sasanatieng partagent l'idée qu'il faut améliorer la qualité artistique des films pour attirer à la fois les investisseurs et le public.
Ils mettent en pratique leurs idées immédiatement, en réalisant Dang Bireley's and Young Gangsters (2499 Antapan Krong Muang) pour Nonzee et Fun Bar Karaoke pour Pen-Ek, deux films policiers, succès publics en Thaïlande et succès d'estime dans les festivals internationaux en 1997.
Nonzee réalise ensuite en 1999 un film de fantômes, Nang Nak, qui dépasse le succès du précédent en amassant 149.6 millions de bahts - le plus gros box-office jamais vu en son temps.
Wisit, qui a écrit les scénarios de Dang Bireley's and Young Gangsters et de Nang Nak, réalise Les Larmes du tigre noir, un western stylisé, hommage aux films d'action thaïlandais des années 1960 et 70. C'est le premier film thaïlandais à être présenté au Festival de Cannes.