vignette|Détail d'un des rouleaux illustrés du Dit du Genji. Écrit au par Murasaki Shikibu. Peint vers 1130. H. 21 cm

est une œuvre considérée comme majeure de la littérature japonaise du , attribuée à Murasaki Shikibu. Comme avec la plupart des ouvrages de l'époque de Heian, le Dit du Genji a probablement été écrit principalement (ou peut-être entièrement) en caractères kana (écriture phonétique japonaise) et non en caractères chinois, car il a été écrit par une femme pour un public féminin.

L'intrigue du livre se déroule pendant l'époque de Heian (en Europe, cette période correspond aux règnes des Carolingiens, des premiers Capétiens et premiers Ottoniens). Le Genji est un fils d'empereur qui ne peut prétendre au trône. Il est donc à l' d'une nouvelle impériale.

Le Dit du Genji, qui se présente comme un , raconte la vie d'un de ces princes impériaux, d'une beauté extraordinaire, poète accompli et charmeur de femmes.

Il s'agit pour beaucoup du premier roman psychologique du monde. Le caractère intemporel des relations humaines y est pour beaucoup et, si les us et coutumes de la cour peuvent nous être étrangers, les vicissitudes que rencontrent les personnages sont bien plus familières. Par bien des aspects, l'œuvre est une critique incisive et complète des mœurs décadentes de la cour de Heian, mais avec un regard intérieur, intime car, après tout, l'autrice est elle-même une membre de la cour. Si on prend en compte la date de l'œuvre, les sujets abordés sont très en avance sur leur temps. Il y a là la femme bafouée, le mari jaloux, la courtisane, le séducteur impénitent, la fascination du pouvoir, les différentes classes sociales, l'argent.

Une des difficultés majeures de lecture réside dans le fait que les personnages (plus de deux cents) sont presque tous nommés uniquement par leur titre dans la cour impériale. L'histoire durant plusieurs dizaines d'années, les protagonistes évoluent et donc changent de titre. Les lecteurs et les traducteurs contemporains utilisent divers sobriquets pour suivre les nombreux personnages du roman.

Contexte historique Le Dit du Genji a plus de 1000 ans, la date officielle de célébration du millénaire du Genji ayant été fixée à l'an 2008. On put voir cette année-là plusieurs adaptations scéniques de ce classique de la littérature, dont le fameux chapitre de « La Fleur de safran »« La Fleur de safran », sur YouTube..

Les religions Le Japon connaît deux principaux cultes : le shintoïsme et le bouddhisme, ce dernier étant à l'époque du Genji implanté sur l'archipel depuis quatre siècles environ. Ces cultes se sont souvent influencés et ne s'excluent pas mutuellement.

On retrouve évidemment ce mélange dans l'œuvre avec des références culturelles omniprésentes qui pourront parfois surprendre le lecteur moderne. Par exemple, les deux principaux tabous du culte shintoïste sont la naissance et la mort, ce qui expliquera que Genji se dise souillé lorsqu'une de ses amantes meurt chez lui. De même, les esprits sont des créatures courantes dans les croyances de l'époque et personne ne s'étonnera dès lors qu'il fasse procéder à des rites de purification dès que sa femme tombe malade. L'autrice elle-même explique la mort du Genji par la malveillance d'un personnage.

Les fréquents voyages que le Genji fait dans les monastères ou les sutras prononcés contre les mauvaises influences sont des utilisations magiques de traditions bouddhiques, bien implantées au Japon, en particulier grâce au prince Shōtoku.

La Chine À l'époque du roman, ce sont les Song qui sont les maîtres de la Chine. Toutefois, le rayonnement culturel de leurs prédécesseurs, les Tang a débordé sur les pays alentour, dont le Japon où leur littérature est bien connue et leur langue pratiquée à la cour. Les Chinois sont même nommés dans le roman. C'est la même chose pour le terme de qui désigne la Chine.

La Corée Bien sûr moins présente que la Chine, la Corée est néanmoins représentée. Elle est désignée par « pays de Koma » dans le livre.

Les relations à la cour Cette œuvre est l'occasion de plonger au cœur de la vie à la cour impériale, des us et coutumes qui ponctuent la vie très normée des aristocrates.

Arts Le Dit du Genji est souvent qualifié de roman psychologique. Il est aussi un recueil précieux des différents arts qui ponctuaient la vie à la cour tant ces derniers faisaient partie intégrante du protocole et des réceptions.

Poèmes Le récit est traversé d'environ 800 poèmes japonais, , dont le sens pour un lecteur non averti peut être difficile à saisir. Ces poèmes sont très nombreux parce que les manières de l'ère Heian interdisaient qu'on s'exprimât d'une façon directe, car c'eût été trop familier et franc (omote et ura). Les poèmes offraient une manière (entre autres) de s'exprimer en termes indirects, tout en montrant la culture de l'interlocuteur. Par conséquent, les personnages s'expriment souvent en citant des poèmes qui étaient très connus à l'époque. Les dames du roman héritent bien souvent de surnoms tirés de ces poèmes.

Calligraphie La calligraphie et ses différents styles est également un élément culturel fondamental et le Genji semble même l'utiliser pour évaluer la qualité d'une personne féminine. Élevée au Japon en art majeur, la calligraphie était indispensable aux gens de la cour. On remarque que les caractères chinois n'étaient pas si prisés et qu'il était fort bien vu d'user des caractères féminins, les kanas. Une calligraphie leur est d'ailleurs dédiée.

La calligraphie est d'autant plus importante que les échanges entre les personnages, en particulier entre les hommes et les femmes, sont basés sur l'échange de lettres qui ponctuent les relations interpersonnelles. En effet, selon la coutume de la cour, les femmes de l'aristocratie devaient rester cachées à l'intérieur de leur résidence, ne jamais se montrer aux regards masculins sous peine de paraître des femmes légères. Elles restaient ainsi cachées toute leur vie et rares étaient les occasions où elles pouvaient sortir de leur demeure. Elles devaient rester invisibles y compris des jardins de leur demeure dans l'hypothèse où un homme en visite se serait trouvé dans leur jardin. Des stores les cachaient en permanence de la vue extérieure. Et lorsqu'un membre de la famille venait en visite, cela s'appliquait également entre frères et sœurs ; c'est cachés derrière une tenture que la discussion avait lieu.

L'échange de lettres était donc un des moyens principaux de communication. Ces lettres étaient souvent remises par l'intermédiaire des serviteurs, des dames d'atour. Ces lettres faisaient l'objet d'un choix précis quant au papier : texture, couleur — tout était soigneusement réfléchi en fonction du message que l'on avait à transmettre. Il était de bon ton de toujours répondre et très mal vu de ne pas le faire. Lorsque la destinataire ne souhaitait pas répondre directement, c'est une de ses dames de confiance qui rédigeait la réponse à sa place.

Une fois écrite, la lettre était très souvent attachée à un végétal, dont le choix était également lié au type de message que l'on souhaitait faire passer.

Musique C'est le passe-temps de beaucoup de membres de la cour, tous ou presque jouent d'un instrument. Le koto (cithare japonaise) et le shamisen (luth japonais) sont omniprésents. Une bonne partie du roman décrit des concerts de musique et relate le plaisir qu'ils apportent.

Peinture La peinture est également un autre art majeur de la cour, et même si tous ne la pratiquent pas, chacun a une bonne connaissance des styles et un concours de peinture est même organisé où le Troisième Empereur, très versé dans cet art, joue le rôle d'arbitre. Et chacun de produire les tableaux qu'il conserve chez lui.

Vêtements Se vêtir paraît être un passe-temps des plus éminents à la cour de Heian. Le Genji choisit toujours ses tenues avec soin et la concordance des couleurs ainsi que la qualité des tissus est primordiale.

La culture japonaise est très liée aux passages des saisons. La couleur des vêtements s'accorde ainsi à la nature : blanche pour l'hiver, très colorée pour l'été, brun pour l'automne.

Le statut social des personnages influe sur le choix des vêtements : vert pâle pour un jeune aristocrate devant faire ses preuves à la cour.

Parfums Les nobles d'alors se parfumaient beaucoup. Ils parfumaient les pièces et les vêtements bien sûr, mais également les objets comme les lettres. Les parfums étaient souvent des parfums à brûler, se rapprochant de l'encens.

Il était à l'époque impératif pour un ou une aristocrate de maîtriser la confection des parfums, chaque personne détenant les recettes nécessaires à la confection du parfum le plus adapté à la cérémonie visée. Chaque recette normée et transmise de génération en génération faisait partie de la culture impérative à détenir. Une éducation était incomplète sans cette capacité à confectionner un parfum.

Le Dit du Genji est l'occasion d'un témoignage de concours de parfum où chacun rivalise afin de produire le parfum le plus adapté.

Personnages right|thumb|Généalogie du Dit du Genji Aucun des personnages principaux du Dit du Genji n'est cité par son nom propre. En effet, à l'époque Heian, on se référait aux gens de la cour par leur titre, l'usage du nom étant considéré comme grossier. On s'amusera de voir quels sont les personnages cités par leur nom dans le roman, souvent des servants. Le nombre de personnages et leur parenté complexe font de ce roman une œuvre délicate à suivre où la moindre promotion va changer le nom d'un protagoniste. Il y aurait plus de deux cents protagonistes dans le roman.

. Le héros du roman. Homme de goût reconnu unanimement par toute la cour, il use de son charme pour séduire toutes les jolies femmes de la cour. Même si, par la suite, ses conquêtes s'espacent un peu du fait de l'âge, il reste un séducteur dans l'âme. Il atteint sous le règne de son fils illégitime le titre de Grand Ministre et dirige l'empire. Titres : Commandant, Général, Grand Conseiller, Ministre du dedans, Grand Ministre. , qui règne au début du roman, est le père du Genji. Il se retire pour laisser régner son fils, le frère du Genji. . C'est la mère du Genji que l'empereur a aimée passionnément. Sans appuis à la cour, elle ne pourra assurer à son fils une position sûre, aussi lui octroyer le titre de Genji lui évitera bien des intrigues. Elle n'a pas d'autres enfants que le Genji. . C'est une princesse de haut rang dont l'empereur s'éprend lorsque la Dame du clos aux paulownias s'éteint. Elle ressemble de façon troublante à cette dernière. Le Genji va nourrir toute sa vie une passion coupable pour cette dame et même lui faire un enfant. Rongée par le remords, elle se retirera du monde après la mort de l'empereur. . Il s'agit de la première épouse du Genji. Elle est la fille du Ministre de la gauche et un peu plus âgée que le Genji. C'est une nièce de l'Empereur par sa mère et, surtout, elle est la sœur du Commandant chef du secrétariat. Elle mourra peu de temps après avoir mis au monde l'enfant du Genji, hantée par un esprit maléfique. . C'est le frère de Dame Aoi, l'épouse du Genji et l'ami de ce dernier. Promu progressivement jusqu'aux plus hautes sphères de l'État, parallèlement au seigneur Genji, il sera son éternel rival lors de ses conquêtes amoureuses puis, à la cour, où chacun essaiera d'éclipser l'autre par l'influence. C'est lui qui dirige l'empire dans les faits durant une bonne partie du roman. Titres : Moyen Conseiller Surnuméraire, Grand Conseiller, Général de la droite, Ministre du dedans, Grand Ministre. . C'est l'épouse du frère aîné de l'Empereur du clos aux paulownias, qui est décédé avant le début du roman. L'Empereur veille particulièrement sur elle en mémoire de son frère défunt. Amante du Genji, sa jalousie envers la femme de ce dernier, Dame Aoi, sera responsable de la malédiction causant la mort de cette dernière par la hantise d'un esprit mauvais créé de son ressentiment.