Saloth SârLe â se prononce en intermédiaire entre le a et le o français. Sâr signifie « blanc »., né le .. et mort le , plus connu sous le nom de Pol Pot, est un homme d'État cambodgien, chef des Khmers rouges et du Parti communiste du Kampuchéa.

Après avoir dirigé la guérilla khmère rouge pendant la guerre civile, il est à partir de 1975 le principal chef du régime communiste cambodgien, un État communiste appelé « Kampuchéa démocratique », d'abord en tant que dirigeant de facto, puis officiellement en tant que Premier ministre de 1976 à 1979. Le programme d'étude sur le génocide cambodgien de l'université Yale évalue le nombre de victimes des politiques de son gouvernement à environ de morts., soit plus de 20 % de la population de l'époque.

Chassé du pouvoir par l'invasion vietnamienne (à partir de 1979), Pol Pot continue ensuite de diriger les maquis khmers rouges qui poursuivent la lutte contre les Vietnamiens. Après 1991, les Khmers rouges sont exclus du processus de paix au Cambodge. En 1997, Pol Pot, malade, est destitué et arrêté par son propre mouvement ; il meurt un an plus tard.

Jeunesse

Enfance et famille

Saloth Sâr appartient à une famille sino-khmère. La famille ne suit néanmoins pas les rites chinois, appartenant par leurs pratiques sociales à l'ethnie khmère. Voir .. Son grand-père Phem s'enrichit au milieu du et participe matériellement à la révolte de 1885-1886 contre les Français, durant laquelle il serait mort dans une embuscade. Son père s'appelle Loth, mais change de nom avec l'établissement de la colonisation française en Phem Saloth. Cheng, la tante de Sâr, sert auprès du roi Norodom , sa fille devenant dans les années 1920 l'une des concubines du roi Sisowath Monivong..

SârCe prénom signifie « blanc », Saloth Sâr ayant la peau plus claire que les Khmers, du fait de ses origines chinoises. Voir . serait né le . Il a huit frères et sœursDont trois sont morts jeunes. Voir .. Suoung, l'aîné, devient officier de palais à vie en 1930. La première fille, Roeung, devient l'une des concubines de Sisowath Monivong par l'intermédiaire de sa cousine. Nhep, né en 1927, est le plus proche de Sâr.

La famille Saloth est une famille de notables paysans. Établie à , dans la province cambodgienne de Kampong Thom, elle possède l'une des plus grosses maisons du village ainsi que de rizières. L'environnement familial semble avoir été serein et les punitions corporelles moins courantes que la norme de l'époque. Si Loth raconte à ses enfants l'engagement de son père (que Sâr n'a pas connu) durant les conflits avec les Vietnamiens et Thaïlandais, il ne fait pas étalage de ses convictions politiques. La superstition et la croyance en la magie tiennent alors une place très importante dans la société cambodgienne.

Un culte entoure le roi du Cambodge, présenté comme intrinsèquement supérieur. C'est dans cet environnement et celui du bouddhisme theravāda que Saloth Sâr grandit...

En 1934, Saloth Sâr est envoyé par son père à Phnom PenhLes Khmers ne représentent qu'un tiers de la population de Phnom Penh, le reste étant constitué de Français et de ressortissants de différents pays asiatiques et du sous-continent indien. Voir . pour parfaire son éducation (le village ne possédant ni école ni wat), comme son frère aîné Chhay avant lui. Il intègre le Wat Botum Vaddei, un monastère-école à proximité du palais royal et tenu par le Dhammayuttika Nikaya, proche du pouvoir. Véritable village, ce wat accueille chaque année une centaine de novices, âgés de 7 à 12 ans. L'éducation religieuse qui y est apportée est rigoureuse, l'organisation de la vie des apprentis et des moines stricte et le principe d'individuation prohibé. Saloth Sâr y passe un anIl prétendra plus tard y avoir passé plus de temps. Philip Short note cette période comme étant . Voir . et semble avoir apprécié cette période..

L'été 1935, il emménage chez Suong et sa femme, chez qui habite déjà son autre frère Chhay, bientôt rejoint par Nhep. Il intègre à la rentrée avec Chhay l'école Miche dont les cours sont prodigués en français par des prêtres français et vietnamiens. L'accès à une telle éducation est alors le privilège d'une petite minorité de Cambodgiens.. Saloth Sâr est plutôt un mauvais élève, redoublant deux fois avant son certificat d'études primaires. Il échoue au concours d'entrée au lycée SisowathSon frère Chhay réussit le concours. Voir .. À la rentrée scolaire 1943, il intègre le collège Preah Sihanouk, situé à Kampong Cham, en tant que pensionnaire. Contrairement à la plupart des élèves cambodgiens à cette époque, Saloth Sâr reçoit un enseignement imprégné de la Révolution nationale.. Il ne se passionne toujours pas pour ses études, mais a plusieurs activités périscolaires (musique, sport…).. Il y rencontre Lon Non, qui serait devenu l'un de ses meilleurs amis..

Saloth Sâr n'est guère touché par la politique, malgré la montée des sentiments anticolonialistes et nationalistes. Il est touché, comme l'ensemble de sa génération, par la haine séculaire qui oppose les Khmers aux Vietnamiens, haine renforcée par le nombre de Vietnamiens dans la fonction publique coloniale... Ce n'est qu'en , avec le coup de force des troupes japonaises en Indochine, que l'actualité entre dans la vie du jeune Sâr. À la suite de cet évènement, la troupe de théâtre amateur de l'écoleSaloth Sâr y est machiniste. Voir . quitte Kampong Cham pour partir en tournée dans le reste du Cambodge. Les vacances ayant été avancées en mai, Saloth Sâr travaille alors dans le commerce..

À la rentrée scolaire de 1945, Saloth Sâr progresse.. Il réussit en 1947 à intégrer comme interne le lycée Sisowath de Phnom Penh, en même temps que Lon NonIeng Sary et Rath Samoeun sont dans la classe supérieure. Voir ., et loge ainsi chez Suong. Tandis que ses amis et camarades s'initient peu à peu à la politique, il ne semble pas s'y intéresser. Il échoue au brevet élémentaire en 1948 et doit se rediriger vers une école technique du Nord de Phnom Penh, à l'atmosphère et violente. Il suit les cours de menuiserie et fait la rencontre de . Ayant réussi son brevet d'études techniques un an plus tard, il fait partie des cinq élèves de l'école à recevoir une bourse pour partir étudier en France métropolitaine. En août, une cérémonie est organisée à cette occasion en présence du roi Norodom Sihanouk.. Le lendemain, Saloth Sâr et d'autres boursiers partent pour Saïgon. Au bout d'une semaine, le matin du , ils embarquent au bord du bateau Jamaïque pour un voyage de quatre semaines, s'arrêtant à Singapour et Colombo..

Vie à Paris et initiation politique

Ayant débarqué à Marseille, ils arrivent par train à Paris le matin du . À la gare de Lyon, ils sont pris en charge par un fonctionnaire du ministère de l'Éducation nationale et des membres de l'Association des étudiants khmers de France (AEK). Saloth Sâr s'inscrit à l'École française de radioélectricitéPhilip Short. 2007. Pol Pot: Anatomy of a Nightmare. Henry Holt and Company, 560 pages, on page 49 (devenue plus tard l'EFREI Paris), où il étudiera de 1949 à 1953 sans obtenir de diplôme, école qu'avait intégrée un an auparavant le prince Sisowath Somonopong. Placés temporairement dans un foyer étudiant rue Monsieur-le-Prince, les étudiants doivent par la suite trouver par eux-mêmes un logement, la Maison de l'Indochine de la Cité internationale universitaire de Paris étant trop petite. Saloth Sâr est aidé dans cette recherche par le prince qui lui trouve un appartement. Il habite alors soit rue Amyot avec les deux fils du gouverneur de la province de Kratie soit au 17 de la rue Lacépède avec deux princes de la cour royalePlus tard, il prétendra avoir vécu avec un cousin. Voir ...

Malgré sa participation aux activités de l', Saloth Sâr se consacre avec assiduité à ses études, bien qu'il ne soit admis en deuxième année que grâce à la session de rattrapage et qu'il sorte de l'école sans recevoir le diplôme. Il participe l'été aux composées de volontaires internationaux pour aider à la reconstruction de la Yougoslavie proposées par l'. Par l'intermédiaire de Rath Samoeun et Ieng Sary, aide Saloth Sâr à trouver un nouveau logement, non loin du sien, au croisement de la rue du Commerce et de la rue Letellier.. Keng Vannsak, élu au comité exécutif de l', organise à partir de la fin des en son sein. En particulier, il commence à réunir chez lui deux à trois fois par mois un nombre restreint de ses connaissances en vue de discuter de l'Indochine française et de son avenir. Saloth Sâr, Rath Samoeun, Ieng Sary, Sien An, Ea Sichau et Hang Thun Hak y participent. Ces réunions sont le premier rapport direct du jeune Sâr avec la politique..

Dans le même temps au Cambodge, le , Norodom Sihanouk écartait du pouvoir le Parti démocrate, vainqueur des élections 9 mois plus tôt et installait un nouveau gouvernement dont il prenait la tête. Saloth Sâr, sous le pseudonyme Khmer Daeum (Khmer de base), attaquait énergiquement la royauté dans le magazine Khemarak Nisat, littéralement l’Étudiant Khmer. Il affirmait que . Il rajoutait que Il faisait aussi remarquer que le prince Youtevong et le Bouddha étaient tous deux antimonarchiques. Le ton de l’article était plus proche des milieux nationalistes que de l’idéologie marxiste, mais le recul des démocrates amenait Saloth Sâr et d’autres étudiants cambodgiens à se rapprocher des thèses du communisme..

Il rejoint ainsi les cercles du Parti communiste français, où il fait la connaissance de Jacques Duclos qui devient son mentorFrédéric Charpier, L'agent Jacques Duclos : histoire de l'appareil secret du Parti communiste français (1920-1975), Seuil, Paris 2015, et de Jacques Vergès qui devient son ami.. Durant l'été 1952, il participe à un camp d'été organisé par le Mouvement jeunes communistes de France dans la ville de Pornic.

Ascension vers le pouvoir

Début 1953, Saloth Sâr reprenait le Jamaïque pour rentrer au Cambodge. Il quittait la France en ayant arrêté sa scolarité et sans avoir obtenu de diplôme. À Phnom Penh, il parla à son frère avec enthousiasme de son expérience en Yougoslavie et vantait les mérites de l’URSS. D’après Keng Vannsak rentré avant lui, quitta rapidement la capitale pour rejoindre les forces khmères Issarak du prince Chantarainsey près de Kampong Spoe.. En , d’après des sources vietnamiennes et cambodgiennes datant d’après la chute du Kampuchéa démocratique, il se serait présenté aux forces Việt Minh de l’Est cambodgien comme un membre du PCF.. En 1981, Ieng Thirith affirmera à Elizabeth Becker que les Vietnamiens l’assignèrent à des tâches humiliantes telles que le transport d’excréments des latrines. Que ces informations soient fondées ou non, il semble que cette période lui ait été précieuse pour la suite ; les responsables Việt Minh appréciaient cette nouvelle recrue, avec son affabilité, ses relations au palais royal et son éducation française. se fit également repérer par Tou Samouth, futur responsable du Parti communiste du Kampuchéa, qui en fera son secrétaire jusqu’à sa disparition en 1962..

Lorsque les Français se retirent d'Indochine en 1954, le roi Norodom Sihanouk est nommé à la tête de l'État. Comme plusieurs de ses contemporains, Saloth Sâr s'oppose au nouveau pouvoir et entre dans un parti communiste de faible envergure, le Parti révolutionnaire du peuple khmer.

Activités clandestines à Phnom Penh