Quintus Lutatius Catulus, né vers 150 et mort en 87 , est un homme politique romain de la fin du et du début du

En 102 , il devient consul avec Caius Marius. L'année suivante, ils battent et anéantissent ensemble les Cimbres à la bataille de Verceil, célébrant un triomphe conjoint bien que Marius s'attribue seul le mérite de la victoire. Il prend le parti de Sylla dans sa lutte contre Marius, et est poussé au suicide par les partisans de ce dernier en l'an 87

Catulus est connu aussi comme orateur et comme poète et écrivain, mais il ne reste pratiquement rien de ses écrits.

Ascendance

Catulus appartient à la gens Lutatia, famille plébéienne qui s'illustre à partir de la première guerre punique, avec les frères Caius Lutatius Catulus et Quintus Lutatius Catulus Cerco consuls respectivement en 242 et 241 . Le fils du premier, Caius Lutatius Catulus, est consul en 220

Il est le fils d'un autre Quintus Lutatius Catulus et de Poppilia. Celle-ci s'étant remariée avec Lucius Julius Caesar II, il est le frère utérin de Caius Julius Caesar Strabo Vopiscus et de Lucius Julius Caesar IIISes deux frères sont comme lui victimes des partisans de Marius en 87 ; on peut noter aussi que Strabo Vopiscus est comme lui l'un des interlocuteurs du De oratore de Cicéron. C'est peut-être en rapport avec cette parenté que s'explique le fait qu'on trouve sur le web la mention qu'il est un Julius Caesar, adopté par Quintus Lutatius Catulus le père, à la suite, semble-t-il, d'une erreur, voulue ou non, de Colleen McCullough, dans sa série de romans historiques Les Maîtres de Rome. Cette mention n'est appuyée par aucune source ni chez les auteurs anciens, ni chez les historiens modernes de Rome..

Biographie

Début de carrière

Il est préteur au plus tard en 109 selon les dispositions de la lex Villia.

Il échoue peut-être par trois fois aux élections consulaires, pour les années 106 à 104, notamment face à Cnaeus Mallius MaximusCicéron, Pro Planco, 5.. Cicéron dit de lui qu'il est « issu d'une de nos premières familles, le plus vertueux et le plus sage des hommes ».

Consulat (102) et proconsulat (101)

vignette|Buste présumé de Caius Marius, Musée Chiaramonti, Rome.

Il est consul en 102 avec Caius Marius réélu pour la troisième fois consécutive pour vaincre les Germains dans le cadre de la guerre des Cimbres. François Hinard dit de Catulus qu'il est « un noble personnage, empreint de culture grecque, et qui a une assez bonne réputation ».

Lorsque les Germains menacent à nouveau la péninsule italienne, Caius Marius fait face aux Teutons et Ambrons en Gaule, les anéantissant à la bataille d'Aix. Son collègue au consulat, Catulus, est chargé de barrer les cols des Alpes aux Cimbres, qui suivent le Rhin pour passer par le col du Brenner en Vénétie, mais avec une armée insuffisante, seulement deux légions non aguerries, trois fois inférieur en nombre à celle de Marius. Il s'adjoint Sylla comme légat, ce dernier préférant s'associer à Catulus plutôt que de continuer d'évoluer sous Marius, et Sylla fait encore ses preuves en soumettant des tribus gauloises dans les montagnes et en mettant en place un système de renseignement afin d'anticiper les mouvements des Germains. Catulus et Sylla essuient plusieurs revers et ne parviennent pas à empêcher les Cimbres de franchir les Alpes ni l'Adige, mais ralentissent l'armée germaine tout en limitant les pertes.

En 101, Caius Marius est à nouveau consul tandis que Catulus est prolongé dans son commandement comme proconsul, Sylla restant légat de ce dernier. C'est à Marius que revient le commandement suprême de toutes les légions romaines pour faire face aux Cimbres, qui sont écrasés à la bataille de Verceil le 30 juillet. Catulus et Sylla sont placés au centre du dispositif romain, qui supporte l'effort décisif de la bataille. Mais Marius s'arroge la victoire aux yeux de la postérité, provoquant une polémique et une inimitié définitive entre les deux chefs.

Marius et Catulus ont droit tous les deux droit au triomphe, organisé conjointement. Marius ne reconnaît pas à Catulus une part déterminante dans la victoire, mais il craint peut-être la réaction des soldats de Catulus, qui ont subi le choc de l'ennemi, s'ils ne sont pas associés à la cérémonie.

Catulus fait ériger le temple B du Largo di Torre Argentina sur le Champ de Mars en remerciement à la déesse Fortuna pour sa victoire à VerceilPlutarque, Marius, 35-36.Pierre Boyancé, « Aedes Catuli », Mélanges d'archéologie et d'histoire, T. 57, 1940. ..

Fin de carrière

À partir de 101, Catulus se situe du côté des aristocrates conservateurs menés par le princeps senatus Marcus Aemilius Scaurus et le consulaire Quintus Caecilius Metellus Numidicus, les optimates, en lutte contre les populares. Il est un des consulaires qui participe à la défense de la République contre la rébellion armée lancée par tribun de la plèbe populares Lucius Appuleius SaturninusCicéron, Pro Rabirio, 7..

En 91, il soutient le tribun Marcus Livius DrususCicéron, De oratore, II, 54..

En 90, il est probablement légat lors de la guerre sociale.

thumb|Pseudo-« Sylla », copie d'époque augustéenne.

En 88, Catulus soutient Sylla dans la guerre civile contre Caius Marius.

En 87, alors que Marius et Cinna s'apprêtent à assiéger Rome, il est envoyé par le Sénat avec son fils ainsi que Marcus Antonius Orator convaincre Quintus Caecilius Metellus Pius de traiter avec les Samnites qui ravagent la Campanie, dans la continuité de la guerre sociale et profitant de la guerre civile romaine. Les négociations avec les Samnites échouent, et Metellus doit laisser sur place des forces armées qui auraient été utiles pour faire face aux partisans de Marius.

Quand les partisans de Marius prennent le contrôle de Rome, Catulus est accusé de haute trahison par le tribun de la plèbe Marcus Marius Gratidianus, le neveu de Marius. Plutôt que de comparaitre dans une humiliante parodie de justice, et ne parvenant pas à obtenir la pitié de son ancien collègue Marius, ayant pour réponse qu'« il faut mourir », Catulus se suicide par asphyxie en s'enfermant dans une pièce de sa demeure avec un réchaud de charbon de boisAppien, Guerres civiles, I, 74.Plutarque, Marius, 48.Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 22.Valère Maxime, Les Faits et dits mémorables, IX, 12, Exemples romains, 4 (lire le passage) « Avec plus de force d'âme le général Q. Catulus eut une fin plus tragique. Le sénat l'avait associé à C. Marius dans le triomphe des Cimbres. Par la suite, pour des dissentiments politiques, il reçut du même Marius l'ordre de mourir. Il fit chauffer à grand feu une chambre enduite de chaux vive, s'y enferma et s'y laissa périr. L'affreuse mort à laquelle il fut réduit est la plus grande tâche qui souille la gloire de Marius. (An de R. 666.) ».. Sa maison se situait sur le Palatin et fera ultérieurement partie du complexe augustéen ; Catulus y exposait un taureau de bronze pris aux Cimbres.

En 82, Marcus Marius Gratidianus est mis à mort par Catilina. Le supplice a lieu dans le quartier du Janicule, devant la tombe de Lutatius Catulus, et semble avoir eu le caractère d'un sacrifice expiatoire. Il a aussi une valeur symbolique pour les Romains, deux autres sénateurs étant assassinés au même endroit, au nom de la République que Catulus avait sauvée avec Marius en 101.

Mariages et descendance

Sa première épouse est une Domitia Ahenobarba, probablement la fille de Cnaeus Domitius Ahenobarbus, consul en 122, vainqueur des Gaulois Allobroges l'année suivante et censeur en 115 , puisque son fils le pontifex maximus Cnaeus Domitius Ahenobarbus est l'oncle de Quintus Lutatius Catulus selon un fragment d'un discours de CicéronCicéron, Pro C. Cornelius, cité par Asconius, 86-7G., fils du couple né vers 125/120. Partisan de Sylla, il sera consul en 78, censeur en 65 et aura le surnom de « Capitolinus » pour avoir pris en charge la restauration du Capitole.

Sa deuxième épouse est une Servilia Caepionis, ils ont comme enfant Lutatia qui épouse Quintus Hortensius Hortalus, puisqu'il est le gendre de Catulus selon CicéronCicéron, De oratore, III, 228..

Sa troisième épouse est une Claudia, attestée comme étant son épouse à sa mort. Il l'épouse peut-être pour avoir le soutien de Caius Marius pour son élection au consulat en 102. Elle serait alors la fille de Marcus Claudius Marcellus, préteur en 105, ami et légat de Marius.

L'orateur et l'écrivain

Catulus est admiré de Cicéron pour l'ampleur de sa culture hellénique. Il parle et écrit parfaitement le grecCicéron, De oratore, II, 7, 28.. Son éloquence est pleine de douceur et de charmeCicéron, De oratore, II, 18, 74 ; III, 8, 29.. Cicéron en fait l'un des interlocuteurs des livres II et III du De oratore et l'évoque dans les TusculanesCicéron, Tusculanes, Livre V, XIX, (56)..

Il est, avec Valerius Aedituus, le fondateur de ce que l'on appellera « la poésie sentimentale ». Il compose aussi des Mémoires sur son consulat (Liber de consulatu et de rebus gestisMartine Chassignet, L'Annalistique romaine. L'annalistique récente. L'autobiographie politique (Collection des universités de France), Paris, Les Belles Lettres, 2004.).

Il est encore apprécié au , et présenté comme un poète érotique par Pline le Jeune et ApuléePline le Jeune, Lettres, 5, 3, 5.Apulée, Apologie, 9.Pierre Boyancé, « Caton... ou Catulus? », article cité en bibliographie..

Il ne subsiste de ses écrits que quelques citations.

Le cercle littéraire de Lutatius Catulus

L'idée qu'il existait un véritable cercle littéraire autour de Lutatius Catulus a été avancée à la fin du par le philologue allemand Richard Büttner Richard Büttner, Porcius Licinus und der literarische Kreis des Q. Lutatius Catulus, Leipzig, 1893. et reprise par de nombreux historiens de la littérature latine après lui. Elle a été mise en doute notamment en 1948Henry Bardon, « Réflexions sur les "poètes nouveaux" », Revue belge de philologie et d'histoire, 1948, ; « Q. Lutatius Catulus et son "cercle littéraire" », Les Études classiques, 1950, .. Aujourd'hui, les opinions sont nuancées, mais l'existence d'un groupe dont Lutatius Catulus aurait été le protecteur est admise par certainsPar exemple, Gian Biagio Conte, Latin Literature: A History, trad. Joseph Solodow, éd., Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1999, (En ligne). Voir aussi Luigi Alfonsi, « Sul "Circolo" di Lutazio Catulo », Hommages à Léon Herrmann, Bruxelles, coll. Latomus , 1960, ..

Ce cercle aurait compris les poètes Valerius Aedituus et Porcius Licinus, cités à côté de Catulus par Aulu-Gelle et ApuléeAulu-Gelle, Nuits attiques, XIX, 9, 10... Dans l'entourage de Catulus, il y a aussi le poète Archias, qui vivait dans la maison de Catulus selon CicéronCicéron, Pro Archia, III, 5-6. et le poète Aulus Furius, qui est le familier (familiaris) de Catulus toujours selon CicéronCicéron, Brutus, 35, 132..

Notes et références

Notes

Références Sources modernes

Autres sources modernes

Sources antiques

Bibliographie

Ouvrages généraux

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Gustave Bloch et Jérôme Carcopino, Des Gracques à Sylla, Paris, Presses universitaires de France, éd., 1952, , 346-347, 442.

Articles

Pierre Boyancé, « Caton... ou Catulus? », Revue des Études Grecques, tome 68, fascicule 319-323, janvier-décembre 1955, lire en ligne. Adam Ziolkowski, « Les temples A et C du Largo Argentina : quelques considérations », Mélanges de l'École française de Rome'', Antiquité T. 98, . 1986. lire en ligne

Catégorie:Poète romain du IIe siècle av. J.-C. Catégorie:Poète romain du Ier siècle av. J.-C. Catégorie:Poète de la Rome antique Catégorie:Consul de la République romaine Catégorie:Décès en 87 av. J.-C. Catégorie:Consul romain du IIe siècle av. J.-C. Catégorie:Triomphateur