La chirurgie (du grec , formé à partir de , signifiant « main », et de , « travail ») est la partie de la thérapeutique qui implique des opérations internes ou des manœuvres externeshttp://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/generic/cherche.exe?49;s=1704620940, sur Trésor de la langue française informatisé sur les tissus, notamment par incision et suture. Un chirurgien est un professionnel de la santé habilité à pratiquer la chirurgie (médecin spécialiste, chirurgien-dentiste, vétérinaire). Un acte médical pratiqué par un chirurgien est une opération chirurgicale.
Histoire
Étymologiquement, la chirurgie est pratiquée par les chirurgiens et peut être définie par la pratique du soin par l'usage des mains. Cette pratique existe depuis la Préhistoire avec la pratique de la trépanation, et a considérablement évolué au fil du temps.
En Occident, après la grande tradition médico-chirurgicale de l'Antiquité, et au début du Moyen-Âge, les chirurgiens ont été relégués dans une caste inférieure parmi les soignants. Ils ont été exclus des études médicales universitaires pendant plusieurs siècles. Ce n'est véritablement qu'au que les grands progrès arrivent en fonction du besoin sanitaire, du type de blessure et du contexte politique, religieux et technologique. vignette|Jeton de la corporation des chirurgiens et barbiers de la ville de Paris (1682).
En Occident, au Moyen Âge, les médecins, comme tous les membres des universités, sont des clercs et non des laïcs. Certains occupent même de hautes fonctions ecclésiastiques. De plus, ils ne peuvent exercer la chirurgie car (). Il y a beaucoup de données contradictoires sur cette célèbre maxime. Selon une historiographie moderne, la phrase suivante ne se retrouve dans aucun acte officiel de l'Église. On ne la trouve que chez François Quesnay, historien de la Faculté de chirurgie de Paris, qui en 1774 cite un passage des Recherches de la France d'Étienne Pasquier (et comme l'église n'abhorre rien tant que le sang) et le traduit en Latin. Il semble n'y avoir aucune source antérieure de cette phrase. Et enfin, un médecin n'a pas le droit d'exercer une profession manuelle pour en tirer profit. Pour cette raison, les actes chirurgicaux leur sont aussi interdits.
Ceux-ci sont donc assurés par les barbiers, qui en plus des coupes de cheveux, des bains et des étuves, traitent les plaies, incisent les abcès, pratiquent les saignées… après diagnostic d'un médecin. La pose de ventouses est du ressort de la matrone et celle du clystère de l'apothicaire.
Vers 1268, Jean Pitard, un barbier renommé, obtient du prévôt de Paris, Étienne Boileau, l'autorisation de former une corporation indépendante, sous la direction de six jurés, afin de faire passer des examens à tout barbier désireux de pratiquer la « cyrurgie » (voir le Livre des métiers).
En 1671, une chaire universitaire de chirurgie est créée au Jardin des plantes de Paris, malgré l'opposition de la Faculté de Médecine. Pour vaincre cette opposition, une ordonnance royale est nécessaire en 1673. La chaire de chirurgie est confiée à François Cureau de la Chambre avec le chirurgien Pierre Dionis comme démonstrateur. Par la suite, le poste de premier chirurgien du roi (Mareschal, Lapeyronie, Lamartinière) fait obtenir cette chaire de chirurgie.
À partir de ce moment, les chirurgiens obtiennent même qu'on leur livre les cadavres nécessaires à leurs études sans devoir en réclamer à la Faculté de Médecine. Malgré cela, leur nombre est insuffisant et certains sont volés dans les cimetières ou achetés directement aux bourreaux, ce qui provoque de nouvelles batailles avec la Faculté de Médecine, qui n'hésite pas à faire intervenir des huissiers pour récupérer les corps.
Lorsque Marie-Thérèse d'Autriche, l'épouse de , a un abcès à l'aisselle, D'Aquin, médecin du roi, s'oppose à ce que Dionis, le chirurgien, pratique une incision, ce qui aurait empêché l'abcès de s'ouvrir dans la poitrine. La reine en meurt.
Puis est atteint d'une fistule anale en 1686, et les tentatives médicales ne donnent aucun résultat. Il fait alors appel à son chirurgien, Charles-Louis Félix de Tassy, qui le guérit, ce qui redonne un crédit aux chirurgiens par rapport aux médecins.
À la Révolution, la différence entre chirurgien et médecin est abolie. Il n'y a plus qu'un enseignement unique comprenant la médecine, la chirurgie et les accouchements.
Naissance de la chirurgie moderne La chirurgie moderne a moins de deux siècles d'existence. Classiquement, on attribuait l'essor de la chirurgie moderne à une « révolution chirurgicale des trois A » :
anesthésie (à partir de 1846) avec Horace Wells (1815-1848) et William Morton (1819-1868) ; antisepsie (à partir de 1867) avec Joseph Lister (1827-1912) ; asepsie (à partir de 1886) avec Louis Pasteur (1822-1895).
Cette révolution aurait permis aux chirurgiens d'opérer plus largement, sans être limité par la douleur ou les risques infectieux (« fièvre des plaies » ou « empoisonnement du sang », selon les termes de l'époque). Par exemple, la fin du est marquée par le développement de la chirurgie abdominale, où les chirurgiens franchissent plus facilement « la barrière » du péritoine pour pratiquer des ablations d'organes.
Cette approche historique donne à voir un progrès technique quasi automatique, basé sur des actes de grands hommes à des moments clés. Des historiens modernes nuancent cette vision simpliste pour montrer que la chirurgie moderne n'est pas seulement une histoire technique, mais aussi une histoire sociale dans le contexte plus général des sociétés modernes et industrialisées.
L'essor de la chirurgie moderne est un long processus discontinu, déjà en cours au , marqué par l'ascension sociale du métier de chirurgien et le développement de l'anatomie pathologique.
La reconnaissance du métier est en lien avec la proximité du pouvoir politique (pouvoir royal) d'une part et les services rendus en chirurgie militaire (d'armée et de marine) d'autre part. Cela se traduit par la création de sociétés ou d'académies royales de chirurgie tout au long du : en France, en Angleterre, en Autriche, en Prusse, en Russie, avec la publication de périodiques pour transmettre rapidement le savoir.
Cette reconnaissance politique et savante fait du chirurgien, ancien « artisan » médiéval, un notable élevé au rang de gentleman en Angleterre ou du bourgeois en France. Les chirurgiens sont dotés d'un plus grand prestige, intellectuel, social et économique, à l'exemple de William Cheselden (1688-1752) en Angleterre ou de La Peyronie (1678-1747) en France.
L'aspect savant de la profession (connaissances anatomiques) permet aux chirurgiens des Lumières de s'approprier les techniques opératoires (« tours de mains» et instruments) des opérateurs empiriques des campagnes, pour les améliorer. La chirurgie est en phase avec l'anatomie pathologique qui se situe dans une conception « localiste » de la maladie, au contraire de la pathologie humorale bientôt abandonnée.
Au début du , la chirurgie s'appuie sur des bases nouvelles, non seulement anatomiques, mais aussi physiologiques en lien avec les recherches sur la coagulation du sang ou sur la « chimie animale » (chimie du vivant). La chirurgie n'est plus individuelle (au domicile de l'opéré) mais hospitalière. La chirurgie hospitalière permet des comparaisons statistiques entre les techniques et leurs indications, procédé déjà utilisé par la chirurgie militaire au milieu du .
La réunion des études médicales et chirurgicales en milieu hospitalier (enseignement et recherche) sous la Révolution et l'Empire, fait de « l'école de Paris » un modèle suivi dans toute l'Europe et qui attire les visiteurs du monde entier dans la première moitié du . Dans l'histoire de la médecine américaine, cette période est dite « période de Paris ».
Technologies Instruments
Après la Renaissance, les chirurgiens utilisent nombre d'instruments de leur invention, mais le plus souvent inspirés d'autres métiers artisanaux (aiguille à coudre, scie à chaîne, trépan à manivelle, tourniquet à vis, pince à bec de corbin…), de même les appareils orthopédiques s'inspiraient de la technique des armures. Ces artisans, par goût artistique, donnaient à ces instruments des formes décoratives baroques. Durant les Lumières, les chirurgiens préfèrent des instruments de forme épurée, réduite à leur fonctionnalité.
Au début du , une collaboration étroite se noue entre les fabricants d'instruments et les chirurgiens, ouvrant la voie à un processus industriel. En France, c'est le cas du chirurgien Dupuytren (1777-1835) et de la maison Charrière fondée en 1820. Cette société, créée par un coutelier, est l'une des premières à se spécialiser dans la fabrication d'instruments chirurgicaux.
Les instruments chirurgicaux évoluent en se distinguant de plus en plus de leurs équivalents dans d'autres métiers, ainsi les aiguilles de suture par rapport aux aiguilles de couture (y compris les aiguilles courbes de couture des voiles). En Grande-Bretagne, à la fin du , la demande est telle qu'il devient profitable pour les fabricants d'aiguilles de se spécialiser en aiguilles chirurgicales.
L'utilisation plus précise d'outils sur le corps vivant implique un meilleur contrôle manuel. Par exemple, le voit l'apparition de la pince hémostatique qui s'ouvre et se referme avec une seule main. En multipliant les pinces fermées laissées dans la plaie opératoire, il est plus facile de contrôler les saignements en cours d'opération. Les chirurgiens résolvent ainsi le problème de l'hémorragie en étant dotés « de mains supplémentaires ». La pince hémostatique se propage rapidement avec des innovations telles que la pince de Péan (1830-1898) pour la chirurgie abdominale, la pince moustique d'Halsted (1852-1922) pour la chirurgie intracrânienne, ou la pince de Kocher (1841-1917) pour la traumatologie.
Cette technologie, apparemment simple, est aussi importante que l'anesthésie et l'aseptie-stérilisation qui apparaissent toutes comme interdépendantes. Chacune n'aurait présenté que peu d'avantages sans la résolution des autres éléments du triple problème de la chirurgie : douleur, hémorragie, infection.
Nouvelles technologies Dans la première moitié du , de nouvelles technologies apparaissent avec l'introduction de l'électricité : électrocautérisation, bistouri électrique, diathermie chirurgicale, thérapie par rayon laser, chirurgie ultrasonique vignette|Le robot i²Snake pour de la chirurgie peu invasive, utilisant les ouvertures naturelles pour entrer dans le corps. Octobre 2018. Dans la seconde moitié du , la chirurgie mini-invasive se répand à partir des années 1980. Elle permet des interventions très précises et ciblées, sans avoir besoin de grandes incisions. Elle associe des moyens, à l'origine diagnostiques, tels que les endoscopes (avec vidéo miniaturisée) mais couplés avec divers moyens d'intervention chirurgicale. Les premières applications concernent la chirurgie digestive, et surtout la chirurgie cardio-vasculaire (angioplastie, par exemple).
Au début du , cette tendance se poursuit avec un large éventail d'instruments et de techniques. Par exemple, la chirurgie arthroscopique, la chirurgie endoscopique des orifices naturels (intervention sur la prostate ou la vessie par l'urètre, ablation de la vésicule biliaire par la bouche) Ces développements peuvent se faire en lien avec une machinerie robotique.
De l'opération au bloc opératoire Au , une intervention chirurgicale se déroulait avec un risque « putride » (infection) où le danger des mains sales et des instruments infectés était ignoré. L'opération s'effectuait à domicile, et pour les premiers chirurgiens hospitaliers au milieu de la salle commune des malades et en présence d'eux. vignette|« Théâtre opératoire » de Londres, première moitié du , encore conservé sur son site d'origine (ancien St Thomas' Hospital).