La Belgique est caractérisée par une forte question communautaire liée à des tensions linguistiques et culturelles, mais également sociales, économiques et idéologiques.

Au , la seule langue officielle reconnue par la Belgique était le français, alors parlé par une minorité aisée de la population ; en Flandre, la majeure partie de la population parlait des dialectes néerlandais (flamand, brabançon, limbourgeois), et en Wallonie des dialectes wallon et picard. Si la Wallonie romane s'est peu à peu francisée, ainsi que Bruxelles, ce n'est pas le cas de la Flandre germanique où le mouvement flamand réclamait l'ajout du néerlandais comme langue nationale de la Belgique. En réponse est apparu le mouvement wallon qui visait à maintenir la position dominante de la langue française tout en affirmant son originalité par rapport à la France (les belgicismes).

Au , la question communautaire s'est imposée en Belgique et s'est également complexifiée, notamment avec l'annexion en des Cantons de l'Est, germanophones, la montée en puissance du nationalisme flamand, les tensions sur la question de Bruxelles (ville majoritairement francophone en région majoritairement néerlandophone), la montée des revendications fédéralistes du mouvement wallon ainsi que le déclin économique de la Wallonie. Plusieurs événements politiques, comme la question royale et la grève générale de l'hiver 1960-1961, ont été marqués par une forte disparité communautaire et ont participé à la montée de sentiments régionalistes.

Dans les années 1970, à la suite de l'affaire de Louvain et sous pression des courants et partis régionalistes, commence une série de réformes de l'État qui mettront fin à la Belgique unitaire et poseront les bases d'une Belgique fédérale ; la Belgique en est aujourd'hui à sa réforme de l'État, dont la dernière date de . Les années 1970 sont également une période où les différents partis belges commencent à se scinder entre leur aile francophone et leur aile néerlandophone, au point qu'il n'existe aujourd'hui quasiment plus aucun parti national en Belgique.

Les tensions communautaires ont ainsi donné à la Belgique sa structure institutionnelle fédérale actuelle. Le pays est désormais divisé en trois communautés culturelles et linguistiques (francophone, néerlandophone et germanophone) et en trois régions socio-économiques (wallonne, flamande et bruxelloise). Les tensions communautaires sont aujourd'hui encore très présentes en Belgique, notamment avec la présence d'un nationalisme flamand très important réclamant la mise en place d'un confédéralisme belge voire l'indépendance de la Région flamande, la montée de revendications régionalistes en Communauté germanophone demandant la création d'une Région germanophone et d'une Province germanophone, ainsi que des revendications socio-économiques wallonnes de plus en plus radicales.

Structure fédérale

La Belgique est un État fédéral, composé de trois Communautés et de trois Régions. Chacune a une structure législative et une structure exécutive propre, en plus de celles de l'État fédéral. Le pouvoir judiciaire demeure fédéral. La Communauté flamande, la Communauté française, et la Communauté germanophone. Ces institutions ont dans des compétences relatives aux personnes qui en sont membres, par exemple l’enseignement. La Région flamande, la Région wallonne, et la Région de Bruxelles-Capitale. Ces institutions ont des compétences portant sur leur territoire, par exemple la gestion de l’eau.

Une des difficultés majeures de cette construction institutionnelle est le chevauchement de Communauté et Région : les communautés flamande et française ont des compétences sur le sol de Bruxelles-Capitale, la Flandre a choisi de fusionner ses institutions législative et régionale en un seul parlement et gouvernement, et a nommé Bruxelles capitale de la Flandre alors que la Wallonie a choisi Namur.

Bruxelles est au cœur du débat institutionnel. Elle est géographiquement enclavée en Flandre, et son financement dépend de l'État fédéral.

Un conflit à trois composantes

Bruxelles n'est pas que la capitale du pays. Elle est aussi une Région, avec des problèmes spécifiques liés à l'emploi des langues, mais pas exclusivement. Elle doit les résoudre comme entité fédérée. Bruxelles est la capitale d'un État fédéral dont elle est aussi une entité fédérée. Mais le système institutionnel belge ne permet pas qu'une autorité fédérale (par exemple), tranche dans l'intérêt commun : les autorités régionales bruxelloises et flamandes sont en conflit sur ce point, Flamands d'une part, Bruxellois francophones (et parfois néerlandophones), d'autre part campant fermement sur leurs positions.

C'est l'existence de groupesGiovanni Carpinelli, Le fractionnement de l’unité belge () et surtout L'État, les groupes et les classes dans la structure actuelle du fait national belge () in Contradictions -24, Walhain, 1980 (n° spécial sur l’histoire de Belgique). C'est cet historien et sociologue italien qui introduit la notion de groupe distincts – les Flamands, les Wallons, les Bruxellois (francophones + néerlandophones) – qui explique les problèmes dits communautaires, chacun de ces groupes ayant légitimement des intérêts qui peuvent diverger.

Tout au long du conflit et cela au moins depuis la Première Guerre mondiale des militants wallons et flamands parfois très radicaux ont cherché à se parler pour résoudre la question pacifiquement, discussions notamment de l'Accord Schreurs-Couvreur, qui préfigurent – alors que par définition elles se déroulent entre personnes fort opposées – la solution pacifique et démocratique du fédéralisme belge.

Les langues parlées en Belgique

La Belgique compte trois langues officielles : le néerlandais (parlé par 60 % de la population), le français (39 % de la population) et l'allemand (1 % de la population). Le système actuel est basé sur des régions linguistiques avec des limites précises. Mais, les régions linguistiques ne sont pas toujours homogènes et de fortes minorités linguistiques peuvent être présentes (par exemple des francophones au Brabant Wallon en périphérie de Bruxelles). Les locuteurs de Néerlandais, Français et Allemand n'emploient pas tous la langue standardisée dans leur vie quotidienne.

À l'indépendance, en 1830, on trouve au Nord les dialectes flamands, brabançons et limbourgeois proches du néerlandais et au Sud les dialectes wallons (très majoritaire), luxembourgeois, picards (en Hainaut occidental), gaumais (ou lorrains) et champenois. D'autre part, au nord comme au sud du pays, la bourgeoisie est francisée.

Progressivement, tous ces dialectes ont reculé, au profit du français en Wallonie et à Bruxelles et du néerlandais en Flandre. Graduellement on a commencé à utiliser le nom Flandre pour toutes les provinces néerlandophones et le nom Wallonie pour toutes les provinces francophones.

Lors de la signature du traité de Versailles en 1919, la Belgique annexa des territoires appartenant jusqu'alors à la Prusse, dont la Wallonie malmédienne (qui avait lutté contre son assimilation à l'Allemagne), du nom de la petite ville de Malmedy. Or l'annexion engloba également deux villes, Eupen et Saint-Vith, qui n'étaient pas de langue wallonne ou française comme Malmedy, mais de langue allemande (ou d'un dialecte de l'allemand). Les habitants de ces deux villes forment aujourd'hui une petite entité fédérée, autonome sur le plan culturel et de l'enseignement : la Communauté germanophone de Belgique ( habitants). Cette communauté s'est du reste accordée officiellement avec la Région wallonne sur les matières (autres que culturelles) que l'une et l'autre exercent (c'est ainsi que la Région wallonne a transféré certaines compétences à la Communauté germanophone comme le tourisme).

La francisation de Bruxelles

Au cours des , Bruxelles s'est transformée d'une ville quasiment entièrement néerlandophone en une ville bilingue, voire multilingue, avec le français pour langue majoritaire et lingua francaTraduction en français : L’usage des langues à Bruxelles et la place du néerlandais. Quelques constatations récentes.Rudi Janssens est sociologue linguistique et professeur à la faculté de philosophie et lettres de la Vrije Universiteit Brussel (VUB). Page d'accueil : .. Bien qu'historiquement Bruxelles fût une cité dont les habitants parlèrent des dialectes brabançonsL'auteur est professeur émérite en philologie germanique de la Vrije Universiteit Brussel (VUB). — communément appelé dialecte flamand.L'auteur est professeur à la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université libre de Bruxelles (ULB). Page d'accueil : . —, la situation linguistique bruxelloise changea radicalement au cours des deux derniers siècles. À côté d'une immigration française et wallonne, cette progression du français s'explique avant tout par la conversion linguistique de la population néerlandophone au cours des générationsL'auteur est docteur en science linguistique à l'Université de Trèves. Page d'accueil : .. La raison en fut le manque de considération dont jouissait le néerlandais en tant que langue de culture au sein de la société belge., renforcé par l'attrait que représentait à l'époque le français comme langue de haute culture et des échanges internationauxL'auteur est professeur à la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université libre de Bruxelles (ULB). Page d'accueil : ...

Cette transformation démarra graduellement au Page d'accueil : . mais prit toute son ampleur lorsque la Belgique devint indépendante et que Bruxelles déborda au-delà de ses murs Accessible via Internet Archive.L'auteur est chercheur à l’Université Laval (Cellule de géographie culturelle) et directeur de l'Institut supérieur d'économie maritime.. La francisation réelle et massive de la population urbaine ne commença cependant que dans la seconde moitié du .. À partir de 1880., on constate une véritable explosion de bilingues au détriment des néerlandophones unilingues.. Le néerlandais ne se transmettait plus à la génération suivante.L'auteur est professeur en science linguistique à l'Université de l'Ouest de l'Angleterre. Page d'accueil : ., ce qui a eu pour effet une augmentation considérable du nombre des francophones unilingues après 1910.. À partir des années 1960., à la suite de la fixation de la frontière linguistique. et de l'essor socio-économique de la Région flamande, la francisation des néerlandophones a reculé...

Durant la seconde partie du , Bruxelles devint progressivement une ville d'échanges internationaux, ce qui contribua à un afflux d'immigrants qui favorisèrent l'émergence du français ainsi que d'autres langues étrangères, aux dépens du néerlandais.. Simultanément, à la suite de l'urbanisation., un nombre supplémentaire de communes précédemment néerlandophones de la Périphérie bruxelloise devinrent majoritairement francophones... Ce phénomène, connu en Flandre comme la « tache d'huile francophone »., constitue, en même temps que la question du statut de Bruxelles., un des principaux sujets de contentieux de la politique belge...

Historique Avant 1830 Jean Stengers affirme qu'au le sentiment d'appartenance linguistique était absent des Pays-Bas. Il signale en effet que, si les populations de langue française se désignaient par le terme « Wallons » et parlaient parfois des « provinces flamangues », les habitants de ces dernières ne possédaient aucun terme pour se désigner eux-mêmes.