Palmyre (en / Palmúra) ou Tadmor (en palmyrénien : 𐡶𐡣𐡬𐡥𐡴 ; en / tadmur) est une ville antique de Syrie, située à proximité d'une oasis du désert de Syrie, à au nord-est de Damas et dont les ruines sont adjacentes à la ville moderne de Tadmor.
Le site est classé patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1980. Il a été classé pendant la guerre civile syrienne.
Découverte et exploration Relations de voyages et relevés épigraphiques Au début du , la Mésopotamie commence à attirer les voyageurs européens, comme Pietro Della Valle, qui évitent les environs de Palmyre, alors occupés par des tribus bédouines hostiles. En 1678, une première expédition de seize marchands anglais accompagnés de vingt-quatre serviteurs, organisée notamment par l'orientaliste et aumônier de la Levant Company Robert Huntington, tourne mal. L'émir local craint que les curieux ne révèlent leurs positions aux Turcs, et les contraint à partir après le paiement d'une rançon. En 1691, une seconde tentative réussit et le pasteur Wiliam Hallifax témoigne de ses observations dans les Philosophical Transactions en 1695.. Au côté des inscriptions grecques, il reproduit des caractères palmyréniens, variante de l'araméen alors indéchiffrable. Palmyre est à l'époque et jusqu'aux premières fouilles d'Herculanum la ville antique la mieux préservée connue. vignette|Gravure du Temple de Baalshamin, par Robert Wood. Après un voyage de deux ans en 1751-1752, accompagné des antiquaires John Bouverie et James Dawkins, Robert Wood publie en 1753 The ruins of Palmyra ; otherwise Tedmor in the desert. Cet ouvrage, regroupant des descriptions et des dessins des monuments, connaît un succès notable en Europe. À partir de copies d'inscriptions bilingues plus soignées que celles antérieures, Jean-Jacques Barthélemy déchiffre le palmyrénien et présente le résultat de ses travaux en 1754, devant l'Académie des Inscriptions et des Belles-LettresAndré Dupont-Sommer, « Jean-Jacques Barthélemy et l'ancienne Académie des Inscriptions et Belles-Lettres » Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, , N. 4, 1971. ..
Campagnes de fouilles L'étude scientifique du site commence véritablement au début du , avec les campagnes allemandes d'Otto Puchstein en 1902, de Theodor Wiegand en 1917 et de en 1928. Un bilan de ces recherches est publié en 1933, dans lequel la description des monuments, accompagnée de dessins des coupes architecturales et un compte-rendu des restaurations, fait encore autoritéFranz Cumont, « Wiegand (Theodor), Palmyra », Revue belge de philologie et d'histoire, tome 12, fasc. 3, 1933, , Lire en ligne.
En 1929, alors que le territoire est sous mandat français, Henri Seyrig, directeur des Antiquités de Syrie et du Liban, initie et supervise la campagne de dégagement et de restauration du temple de Bêl après en avoir expulsé les habitantsWill Ernest, « Notice sur la vie et les travaux d’Henri Seyrig, membre de l'Académie », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, , , 1993. , Lire en ligne. Robert Amy, architecte DPLG, s'acquitte de cette tâche de 1935 à 1945, mais s'intéresse également à la refection des Trois Arcs, ainsi qu'à l'étude de la tour d'Elahbel et de l'hypogée IarhaiWill Ernest, « Robert Amy (1904-1986) », Syria, tome 64, fascicule 1-2, 1987, , Lire en ligne. De 1933 à 1935, Daniel Schlumberger dégage des sanctuaires de la Palmyrène et étudie le développement urbain de la ville, écrivant par la suite sur sa fiscalité et ses cultesPierre Amandry, « Notice sur la vie et les travaux de M. Daniel Schlumberger, membre de l'Académie », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, , , 1978. , Lire en ligne. En 1965 et 1967, Robert du Mesnil du Buisson dirige deux campagnes, dont l'un des buts est de chercher des vestiges antérieurs à l’époque hellénistiqueRobert du Mesnil du Buisson, « Première campagne de fouilles à Palmyre », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, , , 1966, , Lire en ligne. L'étude du matériel archéologique tiré du sondage du temple de Bêl par cet archéologue révèle une relation privilégiée entre l'oasis de Palmyre et la vallée de l'Oronte au milieu du av. J.-CMichel Al-Maqdissi, « Note sur les sondages réalisés par Robert du Mesnil du Buisson dans la Cour du sanctuaire de Bêl à Palmyre », Syria, tome 77, 2000, , Lire en ligne..
De 1959 à 1966, Kazimierz Michałowski débute les premières campagnes polonaises et découvre des erreurs dans les plans urbains précédemment élaborés. Donnant lieu à cinq volumesRoman Rybicky, « Kazimierz Michałowski's contribution to international archeology », The Polish Review, 27, , 1982, , Lire en ligne, les recherches portent notamment sur le temple des Enseignes, principia du camp romain, et ses abords. Anna Sadurska lui succède en 1970, puis Michał Gawlikowski à partir de 1973, dirigeant les fouilles pendant près de quarante ans. En mai 2005, c’est une équipe polonaise qui, fouillant le temple de Lat, a mis au jour une statue de pierre très finement détaillée de Nikè (déesse ailée de la Victoire).
Histoire L'origine de Palmyre L’histoire de Palmyre à l’âge du bronze est mal connue : la ville se développe sur un tell qui fut au recouvert par la terrasse du sanctuaire de Bēl.. La ville est mentionnée dans les archives de Mari ().
Quand les Séleucides prennent le contrôle de la Syrie en -323, la ville devient indépendante. Mais de la fin du jusqu'en -41, la situation de la ville ne nous est pas connue.
Palmyre était un point de passage sur une des deux routes (ou pistes) antiques conçues pour faciliter la traversée du désert, menant de Sippar (ou ) à Qatna (en Syrie). Cette route se divisait en plusieurs sous-branches pour finalement aboutir aux ports phéniciens, à Damas, en Palestine, et également en Égypte"La Mésopotamie", éd. du Seuil 1995 par Georges Roux.
Le ou les auteurs du deuxième livre des Chroniques, dans la Bible, attribuent la construction de Palmyre au roi Salomon : . Il s'agit vraisemblablement d'une confusion, volontaire ou non, avec Tamar, au sud du royaume de Juda et mentionnée dans le livre des Rois.
Palmyre gréco-romaine La ville faisait partie d’un réseau marchand reliant la Syrie à la Mésopotamie et à la côte méditerranéenne. Le nom de Palmyre est mentionné pour la première fois dans les sources gréco-romaines en -41, quand Marc Antoine lança ses troupes contre elle, pour leur procurer du butin. En -41, en effet, les Romains tentèrent de piller Palmyre, mais échouèrent, les habitants de la ville s’étant réfugiés avec leurs biens de l’autre côté de l’Euphrate. On en déduit que les Palmyréniens de cette époque étaient encore pour l’essentiel des nomades, vivant de l’élevage et du commerce caravanier.
Intégrée à l’Empire romain sous Tibère, en l'an 19, dans le cadre de la province romaine de Syrie, Palmyre entretint d'étroites relations avec la principauté des Sampsigéramides qui s'étendait autour d’Aréthuse et d’Émèse, cette dernière constituant le débouché naturel vers la mer pour le commerce de Palmyre. Dans une inscription provenant du temple de Bel à Palmyre, Sampsigéramos est d'ailleurs désigné comme « roi suprême ». Selon Pline l'Ancien, le territoire de Palmyre confinait à celui d'Émèse (aussi appelé « l'Émésène ») en 1936, érigée sous Hadrien (117-138) ou l'un de ses successeurs et portant l'inscription ci-après reproduite : Fin[es] inteṛHadriano[s] Palmyrenos et [He]ṃesenos.
Palmyre atteignit ensuite son apogée sous Hadrien, qui la visita en 129. À cette occasion, elle prit le titre d’Hadriana Palmyra, épithète qui traduit habituellement une aide matérielle puissante de l'empereur, sans qu'il faille y voir l'octroi juridique d'un statut de cité libre. C’était une ville splendide, qui se développa jusque sous les Sévères. En 212, l’empereur Caracalla promut Palmyre et sa voisine Émèse au statut de colonie romaine. L’armée romaine y entretenait une garnison de soldats auxiliaires dans un camp au nord de la ville. vignette|gauche|redresse=1.2|En jaune, l’Empire de Palmyre vers 260.
Au cours de la crise du troisième siècle, Palmyre échappa aux invasions perses qui ravagèrent la Syrie en 252 et 260. Après 260, ce fut un notable de Palmyre, Odénat, qui fut chargé par l’empereur Gallien de coordonner la défense de l’Orient. Quand sa veuve Zénobie tenta de prendre le pouvoir comme impératrice avec son fils Wahballat, Palmyre se retrouva impliquée un peu malgré elle dans une guerre civile romaine. En 272, vaincue par Aurélien à Antioche, puis à Émèse, Zénobie se replie avec ses troupes sur Palmyre, où Aurélien vient la poursuivre. Dans un premier temps, les notables de Palmyre se rallient à Aurélien et chassent Zénobie, qui est arrêtée. Aurélien laissa à Palmyre une petite garnison et rentra en Italie. À ce moment éclate dans la cité une révolte qui tente de remettre le pouvoir à Antiochos, père de Zénobie. Aurélien revient sur ses pas, mate la révolte, mais ne semble pas avoir exercé de représailles sur la ville. Le sanctuaire d'Hélios fut cependant pillé ; l’empereur réquisitionna tout le quartier ouest de la ville pour y installer à demeure la Legio I Illyricorum..
Au et par la suite, Palmyre n'est plus la prospère cité caravanière d’autrefois. C’est une ville de garnison, occupée par la illyrienne, étape d’une route militaire reliant la région de Damas à l’Euphrate, la Strata Diocletiana. La partie monumentale de la ville fut protégée par un rempart qui laissait au dehors tout le quartier sud (entre le wadi et la source Efqa), quartier peut-être abandonné à cette date. Sous , les forts de la Strata Diocletiana sont pour la plupart abandonnés, mais Palmyre demeure jusqu’au une ville romaine occupée par l’armée, tandis que la steppe tout autour est occupée par des communautés de moines monophysites et contrôlée par les tribus arabes ghassanides chrétiennes et alliées de l’Empire. Des églises furent construites, tandis que d’anciens temples païens comme la cella de Baalshamin ou encore celle du temple de Bêl furent convertis en églises et décorés de peintures murales.
Sous Justinien au , l’enceinte fut renforcée de tours, et les adductions d’eau furent restaurées. La ville qui, selon Procope de Césarée, « était devenue depuis longtemps un désert », reçut une nouvelle garnison qui constituait le poste avancé de la Syrie contre les invasions des Perses.
L'urbanisme de Palmyre gréco-romaine vignette|L’ancien decumanus. Au temps de son apogée au début du , la ville de Palmyre était beaucoup plus étendue que l’actuel site archéologique, pourtant très vaste. La plupart des maisons étaient faites de briques crues, qui n’ont guère laissé de vestiges visibles.
Les vestiges de la Palmyre hellénistique ont été identifiés au sud du wādi. La ville se développa d’abord à l’emplacement du sanctuaire de Bel puis, quand le grand parvis fut construit au , elle s’étendit entre le sanctuaire de Bel et la source Efqa au sud-ouest (là où aujourd’hui il n’y a plus que les jardins de l’oasis).. Autour de la ville vinrent se fixer des familles arabes d’origine nomade, chacune autour de son sanctuaire tribal, comme celui de Baalshamin ou, tout à l’ouest sur la route d’Émèse, celui d’Al-lat... Au cours du , ces banlieues furent intégrées au tissu urbain avec la construction du quartier monumental structuré autour de la grande colonnade..