Les Iroquois (exonyme d'origine française), qui se nomment eux-mêmes Haudenosaunee (« le peuple aux longues maisons »), sont aussi connus comme ligue des Cinq-Nations ou Cinq Cantons. puis Six-Nations. Ils constituent un regroupement de peuples autochtones d'Amérique du Nord faisant partie de la famille linguistique iroquoienne, à la manière d'une confédération. Ils comprennent effectivement cinq puis six nations, soit les Mohawks, les Onneiouts, les Onondagas, les Sénécas, les Cayugas et, après 1722, les Tuscaroras, vivant historiquement dans le nord de l'État de New York, aux États-Unis, ainsi qu'au sud du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent, au Canada.

La plupart des quelque vivent aujourd'hui dans des territoires et réserves situées dans la province canadienne de l’Ontario et dans l'État de New York. D'autres vivent au Wisconsin, dans le sud-ouest du Québec et en Oklahoma.

Une minorité d'Iroquois parle aujourd'hui l'une des langues iroquoiennes, dont près de du mohawk dans le village de Kahnawake, au sud de Montréal. Sur le territoire de Six Nations, dans la province de l'Ontario, l'apprentissage des langues est une priorité au sein de la communauté traditionaliste. L'onondaga et le mohawk semblent être les langues les plus pratiquées.

Dénomination L'origine du mot « iroquois » est obscure, mais cette appellation pourrait provenir d'une phrase souvent employée à la fin de discours iroquois, « hiro kone » (je l'ai dit). Cependant cette hypothèse n'est pas validée par les Haudenosaunee. D'autres considèrent que le mot proviendrait du nom qui leur a été donné par leurs ennemis, les Algonquins : « Irinakhoi » (serpents à sonnette), une hypothèse également non validée par les Haudenosaunee traditionalistes des Six Nations. Il est aussi possible que le mot provienne des pêcheurs basques qui surnommaient le peuple Hilokoa (« les tueurs ») qui serait passé en langue algonquine (qui ne prononce pas le « r »), à hirokoa, en français qui en aurait tout simplement francisé l'ethnonyme.. Toutefois, les Iroquois s'appellent eux-mêmes Haudenosaunee, soit le « peuple aux longues maisons » ou littéralement, le « peuple qui construit ».

Histoire

Origines vignette|droite|L'iroquoisie est représentée sur cette carte de Nouvelle-Néerlande de 1655. Remarquons le lac Champlain, Lacus Irocoisiensis ofte Meer der Irocoisen et la rivière aux Iroquois, que les Français ont par la suite renommée le Richelieu. Leurs terres d'origine se situent entre les Adirondacks et les chutes du Niagara. Des traces de peuplement sont attestées dès le Au est introduite la culture du maïs.

Selon la tradition iroquoise, à cette époque il n'y avait qu'une seule tribu, habitant sur le fleuve Saint-Laurent, à qui les Algonquins apprennent l'agriculture. La formation des différentes tribus est incertaine.

Durant le Régime français thumb|Premiers contacts entre Iroquois et explorateurs européens. gauche|vignette|Carte des Cinq-Nations iroquoises et des sites de missions entre 1656 et 1684. On sait qu'une ligue iroquoise est créée en 1570 sous le nom de ligue des Cinq-Nations. En 1722, les Tuscaroras entrent dans la ligue, qui devient les Six-Nations. La population des Iroquois est évaluée à au début en 1630 et tombe à au début du , environ en 1860..

En 1603, lorsque les Français arrivèrent au Canada, les Iroquois formaient une ligue puissante, alors en guerre contre les Hurons et les Adirondacks. Ces derniers demandèrent le secours des Français qui, conduits par Samuel de Champlain, défirent les Iroquois..

Des Hollandais, qui avaient remonté l'Hudson jusqu'à la hauteur de la ville actuelle d'Albany, se trouvèrent confrontés aux Adirondacks, et anéantirent toute la tribu. Ensuite, dans les guerres que se firent les Anglais et les Français, les Iroquois se partagèrent et servirent alternativement les deux camps..

Au , des guerres avec les Français, alliés aux Algonquins, aux Montagnais (Innus) et aux Abénakis, et les Britanniques, les forcent à retourner dans les limites de leurs terres ancestrales, ou, dans le cas des Iroquois christianisés par les Jésuites et persécutés par leurs compatriotes, au Canada, principalement au Québec.

En 1648–1653, les Iroquois attaquent les Hurons, les Algonquins et leurs alliés français. Ils finissent par affaiblir la confédération des Hurons qui se disperse. Certains prisonniers étaient adoptés (ils devenaient Iroquois) alors que d'autres étaient torturés (on leur arrachait notamment les ongles avant de les brûler vifs, à petit feu) ou frappés à coups de bâton. Les guerriers mangeaient les organes des vaincus.. En 1660, quelques centaines d'Iroquois gagnent la bataille de Long Sault contre 17 Français et 48 alliés amérindiens.

Lorsque Colbert devint responsable de la Nouvelle-France, cela faisait déjà que les Iroquois dévastaient la colonie pour détourner le commerce des fourrures des Hurons et des Outaouais avec la Nouvelle-France ; les Iroquois veulent profiter de ce commerce en tant qu'intermédiaires avec Albany..

En 1667, les Mohawks et les Onneiouts acceptent de conclure la paix.

La guerre reprit par ordre du ministre de la Marine Jérôme Phélypeaux de Pontchartrain le : l’expédition contre les Iroquois quitta Montréal, avec des troupes de la marine, de milice et 400 Amérindiens alliés. L’avant-garde captura plusieurs Iroquois le long du fleuve. Au Fort Frontenac, l’intendant de Champigny, qui avait devancé le gros de l’expédition, s’empara de Cayugas et d’Onneiouts pour les empêcher de porter aux villages iroquois au sud du lac, la nouvelle de l’approche de l’armée française.

thumb|L'avancée territoriale des Iroquois pendant les guerres franco-iroquoises a dépeuplé la vallée de l'Ohio au cours du . Un autre groupe d’Iroquois, soi-disant neutres, qui habitaient un village près du fort, furent aussi capturés pour les mêmes raisons. En tout, et et enfants furent emmenés à Montréal. Le gouverneur Jacques-René de Brisay expédia en France 36 des 58 prisonniers iroquois, mais laissa clairement entendre qu’il aurait mieux aimé n’en rien faire. Ces prisonniers furent par la suite forcés à devenir des esclaves dans les galères du Roi..

Après la Glorieuse Révolution de novembre 1688 qui renversa Jacques II, l'allié de Louis XIV, les Iroquois apprennent des Anglais d’Albany que l’Angleterre et la France sont en guerre et abandonnent toute idée de paix. Le massacre de Lachine eut lieu le : environ iroquois s’abattirent sur le village de Lachine, aux portes de Montréal, près des rapides du même nom. Vingt-quatre colons furent tués, 70 à 90 faits prisonniers, dont 42 ne revinrent jamais. Sur , 56 furent rasées par les Iroquois et leurs alliés de la confédération des Cinq-Nations. Le massacre de Lachine et ses suites aurait coûté la vie à un Québécois sur dix.

En 1690, l'abbé de Choisy écrit à Bussy :

En 1691, ils attaquent le fort Verchères.

thumb|gauche|À partir de 1756, l'entrée principale du Fort Niagara fut établie au bastion sud, du côté de la rivière Niagara. Les Français nommèrent ce portail la Porte des Cinq Nations en l'honneur des Cinq-Nations de la Confédération iroquoise.

L'article XV des traités d'Utrecht range les Iroquois sous le protectorat de la couronne britannique..

Guerre de Sept Ans Pendant la guerre de Sept Ans, les Iroquois rompent la neutralité et s'allient aux Britanniques, assurant leur victoire sur terre, en complément de leur suprématie maritime.

De la guerre d'indépendance des États-Unis jusqu'à nos jours Lors de la guerre d'indépendance américaine, les Iroquois décident de s'allier à nouveau aux Britanniques, qui avaient fait des promesses aux nations amérindiennes concernant le respect des frontières. Cette décision s'avère cependant désastreuse pour eux : en 1779, George Washington envoie une armée envahir leurs terres ancestrales. La plupart de ces Iroquois sont repoussés jusqu'en Ontario. Au , un petit groupe part faire du commerce de fourrure en Alberta.

Les Iroquois restés aux États-Unis sont contraints de céder leurs terres. La plupart des tribus parviennent à éviter la déportation des années 1830, sauf les Onneiouts, qui en 1828 partent pour une réserve au Wisconsin. Les Cayugas ont vendu leurs terres new-yorkaises en 1807 pour rejoindre des tribus apparentées en Ohio.

Le , la Confédération iroquoise fut la seule nation indienne à déclarer officiellement la guerre à l'Axe Rome-Berlin-Tokyo..

De nos jours Les Onondagas, les Sénécas et les Tuscaroras vivent encore aujourd'hui dans des réserves de l'État de New York.

+Population mohawk du Québec en 2004.CommunautésTotalRésidentsNon-résidentsAkwesasnen.d.n.d.n.d.KahnawakeKanesatake675Mohawk (Total)

Historiographie Comme le résume notamment Allan Greer dans son article Colonial Saints: Gender, Race, and Hagiography in New France, beaucoup de sources textuelles contenant des représentations d'Iroquois à l'époque de la Nouvelle-France sont des hagiographies de martyrs canadiens. Autrement dit, le portrait que l'on peut se faire des Iroquois dépend intimement de textes tels que les récits des vies de René Goupil, Isaac Jogues ou encore Jean de Brébeuf, qui étaient avant tout destinés à souligner l'héroïsme et la piété de ces hommes selon un point de vue européen et chrétien. Fortement influencés par les codes esthétiques des vies de saints antiques et médiévales, ces textes ont pour objectif d'accentuer, à des fins rhétoriques, la cruauté et le caractère diabolique des Iroquois (membres de la confédération Haudenosaunee) pour que celle-ci puisse mieux illustrer la valeur religieuse positive du supplice physique des hommes d'église. C'est dans ce contexte que les supplices rituels véritables, voire les assassinats commis par les Iroquois sont réintégrés à un tableau fantasmé qui peut rappeler plus explicitement le martyre des premiers chrétiens à l'époque de l'Empire romain, comme l'a résumé Jack Warwick.

Cette image de l'Iroquois diabolique et cruel a été nuancée depuis par les entreprises de restitution du savoir historique oral transmis par les membres de la confédération Haudenosaunee. Ce savoir oral est difficile à restituer en raison du caractère génocidaire et destructeur du projet colonial canadien. De fait, on lit encore des ouvrages de vulgarisation historique qui restituent l'image plus eurocentrisme de l'Iroquois cruel, tel que dépeint par René Goupil et Isaac Jogues. Il en va ainsi de l'Histoire populaire du Québec de Jacques Lacoursière, qui restitue le témoignage textuel de ces deux hommes sans offrir de point de vue critique sur son contenu hagiographique et sensationnaliste :

C'est Isaac Jogues qui a écrit cette lettre, qui raconte l'histoire de sa capture en compagnie de René Goupil. À la demande de Jérôme Lalemant, Jogues racontera la mort de Goupil, tué d'un coup de tomahawk. Le détail selon lequel Goupil serait mort en faisant un signe de croix sur un enfant iroquois a toute son importance, puisque c'est lui qui rend possible la canonisation du père. De même, Jogues mourra lui aussi d'un coup de tomahawk, apparemment à la suite d'une dispute entre deux clans qui se contestaient le droit de disposer du prisonnier ; mais le récit de sa mort sera embelli dans Relations des jésuites de 1646 pour la rendre plus conforme, une fois de plus, à l'image du martyr mort au bûcher.

Signe de la survivance et de la ténacité de cette image hagiographique des saints martyrs canadiens, la mort de René Goupil fera l'objet d'une chanson, la Lettre de René Goupil à sa mère. Mais si elle témoigne du succès du projet esthétique jésuitique, qui cherchait à émouvoir et à convaincre du caractère sacré de la mission évangélisatrice en Nouvelle-France, une telle chanson, tout comme les sources textuelles européennes, constitue un prisme limité et imparfait à travers lequel étudier la prétendue violence des membres de la confédération des Haudenosaunee.

Organisation politique vignette|L'Iroquoisie vers 1720 dans la frontière actuelle de l'État de New York.