bordure|vignette|270x270px|Un imam lit des versets coraniques après l'Isha' (prières nocturnes) dans l'Empire moghol, 1795. Un imam (arabe : imām, , persan : emām, , guide religieux des musulmans, celui qui est devant) est une personne, guide religieux dirigeant la prière en commun. C'est de préférence une personne qui doit être instruite ( [Ullamah]) en ce qui concerne les rites et la pratique au quotidien de l'islam.

Pour les chiites, venant d'une tradition de succession familiale du prophète Muḥammad, l'imam est le guide spirituel successeur du prophète de la communauté islamique. Chez les duodécimains, il y a 12 imams descendants du prophète par Ali ibn Abi Talib le premier est Ali ibn Abi Talib le troisième l'imam Al-Hussayn ibn Ali et le l'imam Al-Mahdi.

Dans le cadre du sunnisme, on peut comparer la fonction d'imam à celle du pasteur ou du prédicateur protestant. En effet, l'imam ne fait pas partie d'une structure hiérarchique : il est désigné par la communauté elle-même et ne prétend à aucun lien privilégié avec Dieu. Il peut être licencié s'il n'accomplit pas sa mission.

Nomination en France Lorsque des fidèles veulent prier ensemble, ils désignent un imam parmi eux pour diriger la prière. Un hadith mentionne les critères à prendre en compte : le premier critère doit être celui qui maîtrise le plus le Coran et le dernier critère à prendre en compte est l'âge. En général, dans chaque mosquée, il y a un imam permanent qui officie et qui donne les sermons (khutba) du vendredi, faute de quoi un simple musulman peut devenir imam le temps d'une prière.

Toutefois, pour la France, la situation des imams diffère selon les pays d'origine. En Turquie, les imams, y compris ceux envoyés à l'étranger, en France notamment, sont soit des fonctionnaires de l'État, soit des personnes affiliées à un réseau d'imams. Les imams présents dans les mosquées marocaines de France peuvent eux être soit affiliés à MF, soit indépendantsSamim Akgönül, Francis Messner, Anne-Laure Zwilling Formation des cadres religieux en France: une affaire d'État? Éditeur Labor et Fides, 2010 en ligne. Ceux provenant d'Algérie sont désignés par leur gouvernementPhilippe MATHON Les imams dans la République, sur le site LCI.TF1. Par conséquent, les imams officiant en France ne sont pas nommés par une communauté musulmane française, ni par une autorité religieuse française.

En 2005, 80 % des imams officiant en France étaient des étrangers (30 % étaient marocains, 20 % algériens, un peu moins de 15 % turcs) tandis que 20 % étaient, pour l’essentiel, des Français naturalisés.. Le Monde indique en 2016 que les imams exerçant en France .. Selon un rapport sénatorial de 2016, on compte, sur environ lieux de culte musulman en France, 800 imams bénévoles (travaillant généralement par ailleurs) et 301 payés par des États étrangers..

Imams sunnites Un certain nombre de personnages éminents portent le titre d'imam dans le sunnisme : Les quatre fondateurs des grandes écoles juridiques (madhhab). Les grands experts de la jurisprudence religieuse (fiqh) ; Les principaux auteurs de recueils de hadiths ; Les gens de la Maison (Ahl al-Bayt) ;

À ce titre ʿAlī porte le titre d'imam aussi bien pour les chiites que pour les sunnites, cependant le contenu de ce titre n'est pas le même.

Ibn Khaldûn considère qu'au départ la notion de califat et d'imamat se confondaient : Le calife est le substitut du Législateur pour la garde de la religion et le gouvernement des affaires d’ici-bas sur un fondement religieux. C’est pourquoi on appelle cette fonction “califat” ou “imamat”Ibn Khaldûn, Le livre des exemples, Muqaddima, III ; XXIV, .. Si bien que, dans les traités de théologie sunnite, lorsque l'auteur parle d'imâmat, il est question en fait du califat, donc de politiqueAinsi, al-Juwaynî, Le livre du Tawhid (Kitâb al-irshâd), où le chapitre XXX, intitulé «De l'imâma» ouvre une série de chapitres sur la souveraineté politique.. Ibn Khaldûn insiste ensuite sur la nécessité de l'existence d'un imam. Il s'appuie sur le Sahih Muslim et arrive à conclure que l'imam doit satisfaire à quatre conditions plus une cinquième qui est selon lui discutéeIbn Khaldûn, Le livre des exemples, Muqaddima, III ; XXIV, . : Avoir le savoir ; Être intègre ; Avoir les compétences requises, par exemple la hardiesse d’appliquer les peines requise ; Être exempt de tout défaut physique ou maladie affectant ses sens ; Être de descendance Quraychite« Abd Allah ben `Umar, rapporte: Le Messager de Dieu disait: Le califat restera parmi les Quraych même s'il ne reste que deux personnes sur terre » Sahîh de Muslim, livre 020, hadith ;

D'après le sahîh de Muslim, il ne peut pas y avoir deux imams/califes simultanément. Ibn Khaldûn cite le cas d'`Abd ar-Rahmān III an-Nāsir, omeyyade de Cordoue proclamé calife en même temps que l'abbasside Al-Muqtadir en 929, et justifie cette situation ainsi : Quand il y a de grandes distances, ou que l’imam ne peut pas contrôler des régions lointaines, il est permis de nommer un autre imam dans ces régions pour prendre soin des intérêts publicsIbn Khaldûn, Le Livre des exemples, Muqaddima, III ; XXIV, ..

Imamat féminin

Le théologien, philosophe, poète et juriste soufi Ibn Arabi a accepté l'imamat des femmes pour diriger la prière mixte car :

Il n'y a pas de verset dans le Coran interdisant à une femme d'être imame et de diriger la prière comme, selon l'imame soufie Kahina Bahloul, Kahina Bahloul cite les hadîth et 592 au sujet d'Oumm Waraka, rapportés dans plusieurs recueils de hadîth tels les Sunan de BayhaqîAl-Bayhaqî Abû Bakr Ahmad ibn al-Hussein ibn Ali ibn Mûssa, Al-Sunan al-Kubrâ, Dâr al-Kutub al-‘Ilmiyya, Beyrouth, 2003 ( édition 1424), Volume 3, ., les Sunan de Abû DâwudAbû Dâwud Sulayman ibn al-Ach’ath al-Azdî al-Sijistânî, Sunan Abî Dâwûd, Dâr al-Rissâla al-‘Âlamiyya, 2009 ( édition 1430), volume 1, et 443, hadîth et 592., le livre d’explication des Sunan de Abu DâwudCharaf al-Haq al-‘Adhîm Âbâdî Abu ‘Abd al-Rahmâne, ‘Aoun al-Ma’bûd ‘alâ charh sunan Abî Dâwud, Dâr Ibn Hazm, 2005 ( édition 1426), Volume 1, ., le Musnad de Ibn HanbalAhmad Ibn Hanbal, al-Musnad, Mu’assasat al-Risâla lil-ṭibāʿa wa al-nachr wa al-tawzî‘, Beyrouth-Liban, 2001, volume 45, ., mentionnent qu'Oumm Waraka, contemporaine du Prophète, lui a demandé de désigner un muezzin, ce qu'il a fait tout en l'autorisant à diriger la prière d'une assemblée mixte dans sa maison. En désignant un muezzin, le Prophète a rendu possible l'appel des fidèles au-delà de la maison même d'Oumm Waraka et où vivaient également deux esclaves - un homme (ghulâm) et une femme (jâriyya) - ainsi que l'utilisation de cette maison comme deuxième mosquée de Médine après celle qu'il avait créée. Selon Muhammad Hamidullah, « Oum Waraqa bint Abdallah, une femme des Anṣār, a été désignée par le prophète pour guider la prière en tant qu’imam de la mosquée de son quartier (...) Il s’était fait ressentir à Médine le besoin de créer une deuxième mosquée. Cela peut être expliqué par le fait que les maisons de certains habitants de Médine, les ’Anṣār était trop éloignées de celle du prophète qui servait aussi de mosquée aux croyants. Certains d’entre eux ont voulu se rapprocher de la maison du prophète et habiter près de lui, entreprise sur laquelle le prophète les a dissuadés »Muhammad Hamidullah, The emergence of islam, Islamabad, Pakistan, Islamic Research Institute, édition, 1994, ..

En Algérie, leur instauration voit le jour après la guerre civile des années 1990 entre islamistes et autorités politiques, qui a causé au moins 200 000 morts. La première imame est recrutée en 1993. Les imames sont nommées par le ministère des Affaires religieuses et doivent posséder au moins une licence en sciences islamiques, tout comme connaître parfaitement le Coran.

Aux États-Unis, en mars 2005, Amina Wadud avait fait sensation, en dirigeant la prière du vendredi, le salat, devant une assemblée mixte, contestant ainsi la fonction exclusivement masculine de l'imam.

En Italie, Naïma Gohani, une femme d’origine marocaine, dirige une prière mixte dans la mosquée de Colle Val d’Elsa, près de Sienne, en Toscane.

Au Maroc, ont été nommées imames mourchidates (conseillères) en avril 2006, mais ces femmes n'ont pas le droit de diriger la prière..

En France, en 2019, Kahina Bahloul, Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay, toutes trois d'inspiration soufie, deviennent les premières imames de France. Kahina Bahloul initie, avec le mutazilite Faker Korchane, le projet de mosquée FatimaKahina Bahloul, première imame de France sur lemondedesreligions.fr. Eva Janadin et Ann-Sophie Monsinay fondent la mosquée SîmorghUne première prière mixte dirigée par des femmes imames à Paris, Marc Bonomelli, Le Monde des Religions, 10/09/2019 (Consulté le 22/09/2019).

Il existe également des femmes imames en Allemagne, au Danemark (comme Sherin Khankan qui fonda la première mosquée du pays réservée aux femmes), au Canada et en Afrique du SudVéra Lou Derid, « Qui est Sherin Khankan, la femme imame qui remue l’islam féministe ? », lesinrocks.com, octobre 2016..

Pour la grande majorité des musulmans, toutefois, une femme ne peut pas diriger une prière mixte. Pour l'école juridique malikite, une femme ne peut en aucun cas diriger la prière ; pour les écoles hanafite, shafiite et hanbalite, elle peut être imam des femmes.

Quelques personnages portant le titre d'imam MadhhabʿAqīdaScience des hadithsAhl al-BaytAbû Hanifa al-Nu'mân ben ThabitAl-Ach'ariyAl-BukharîʿAlīMâlik Ibn AnasAbul Mansûr Al MâturîdîMuslim ben al-HajjajHusayn ben `AlîAch-Châfi`îFakhr ad-Dîn ar-Râzî`Alî Zayn al-`ÂbidînAhmad Ibn HanbalAbû DawûdJa`far as-Sâdiq

Imamologie chiite Le chiisme originel était composé des compagnons qui estimaient que l'imam `Alî, gendre et cousin de Mahomet, avait été choisi, par lui et par une désignation divineCf. Muhammad-Ali Amir-Moezzi, 2007, Le guide divin, Paris, Poche, pour lui succéder. Dès la deuxième moitié du premier siècle de l'Hégire, cette précellence de l'imam Alî est devenue un élément fondamental du chiisme et elle est au cœur de leur principe de foi. Pour les chiites, cette désignation est explicite (nass-jalî) : l'imam Alî est l'héritier testamentaire ou légataire (Wasî) de Mahomet. La mission prophétique a transmis une pédagogie religieuse pour l'humanité entière selon le dessein divin mais elle ne peut se réaliser entièrement durant sa vie humaine. La prophétie en tant que message révélé (Risâla) a pris la forme d'un livre, le Coran, mais le lien (Imamat) qui lie les êtres humains à Dieu se poursuit et se poursuivra jusqu'à la fin des temps. Pour ce faire, l'humanité a besoin d'un Guide spirituel (imam) pour transmettre l'exégèse spirituelle du Coran et actualiser le message prophétique selon les conditions de l'époque. Les chiites vont mettre de l'importance sur la bivalence du Coran : l'exotérique (zâhir) et l'ésotérique (bâtin). La connaissance exotérique est donnée à toutes les personnes sans exception alors que l'ésotérique n'est accordée qu'aux initiés. L'imam est le continuateur de la pédagogie prophétique. L'imam détient sa connaissance (`ilm) directement par illumination divine.

Pour les chiites, la lignée doit passer impérativement par les enfants de Fatima, seuls détenteurs de cette lumière (Nûr) divine héritée de Mahomet. Un point majeur dans l'imamologie est l'infaillibilité (`Isma) de l'imam qui n'apparaîtra que beaucoup plus tard dans la littérature chiite. Pour les chiites la « guidance » spirituelle de l'imam ne saurait être assurée sans le lien direct avec Dieu. L'imam détient le savoir ésotérique (bâtin), la vérité absolue. Il ne saurait se tromper et il est infaillible tout comme Mahomet. Ainsi les maximes de l'imam ont des préceptes à suivre : ils complètent et commentent le Coran et la sunna de Mahomet, en confirmant ce qui est licite et illicite. Les imams n'enseignent rien qui serait contraire à l'esprit du Coran ou de la Sunna.

Disparition de l'imam