Les Chèvrefeuilles (genre ) sont des arbustes ou lianes de la famille des caprifoliacées. Certaines espèces sont aussi nommées communément . On en connaît environ 158 espèces dans les régions tempérées de l'hémisphère nord et les régions subtropicales. L'habitat de la plupart des espèces de chèvrefeuilles est la lisière des forêts et, par extension, les haies, bords de chemins creux. Les chèvrefeuilles, autochtones ou exotiques, sont fréquemment utilisés pour former des haies ou parois décoratives.
Étymologie Le nom Lonicera a été donné en 1703, à la place du nom originel Caprifolium, par Charles Plumier (1646-1704), en hommage à Adam Lonitzer (1528-1586), botaniste et médecin allemand. Carl von Linné a gardé ce nom de genre tout en mentionnant, comme épithète spécifique pour l’espèce type du genre, le nom générique originel, nommant ainsi l'espèce Lonicera caprifoliumLinné mentionne aussi le nom de Tournefort à côté de l'ancien nom de genre..
Écologie, faune associée vignette|La nuit le Chèvrefeuille (ici Lonicera periclymenum) exhale son parfum maximum, attirant de loin les papillons qui viendront féconder ses fleurs. vignette|Chenille mangeant une feuille de chèvrefeuille. vignette|Le Sylvain azuré (Limenitis reducta) est l'un des papillons de jour dont la chenille se nourrit du chèvrefeuille vignette|Noisetier déformé par l'enlacement d'un chèvrefeuille
Comme les autres lianes, ils offrent un habitat supplémentaire aux oiseaux, et facilitent le déplacement dans les arbres et buissons de certains insectes et petits mammifères. Leurs fleurs sont surtout liées à diverses espèces d'insectes de l'environnement nocturne, souvent à longue trompe, qui sont en Europe : des Sphinx, dont le Sphinx gazé (également nommé Sphinx du chèvrefeuille), le Sphinx bourdon, le Sphinx phœnix et le Sphinx du troène. Les feuilles sont mangées par des noctuelles, notamment la Cléophane du chèvrefeuille, le Iota, la Noctuelle du camérisier, la Noctuelle aréolée, la Noctuelle rameuse (inféodée au chèvrefeuille et surtout trouvée sur L. xylosteum). Les chenilles de ces papillons sont dites cryptiques (camouflées) et ne sont généralement actives que la nuit. Une quinzaine de papillons de la famille des Geometridae produisent des chenilles arpenteuses qui peuvent se nourrir de chèvrefeuille (sans en être dépendant, sauf l'Ennomos du lilas qui lui semble plus associé). Les espèces cultivées sont parfois endommagées par un microlépidoptère, l'Ypsolophe dentelé. Des papillons de jour (rhopalocères), dont quelques Nymphalidés, produisent des chenilles qui grandissent sur le chèvrefeuille. Ce sont par exemple : le Sylvain azuré (thermophile) ; le Damier du chèvrefeuille, papillon d'altitude, trouvé dans les Alpes en France, dans les départements de Savoie, Haute-Savoie, Isère et Hautes-Alpes. Ses chenilles mangent les feuilles de L. caerulea ; le Petit sylvain, surtout sur L. xylosteum.
D'autres insectes que des papillons apprécient le chèvrefeuille : le jour, certains bourdons et xylocopes peuvent s'y nourrir de nectar en perforant les corolles trop longues pour qu'ils y aient directement accès. Quelques papillons de jour s'y nourrissent, mais c'est la nuit que son odeur attire les pollinisateurs ; plusieurs espèces de tenthrèdes (Hyménoptères symphytes) produisent des larves de maximum qui ressemblent à des chenilles, et qui consomment aussi les feuilles de chèvrefeuille. C'est le cas en France de et T. livida, qui se cachent le jour, enroulés sous les feuilles, pour s'activer la nuit ; en France, au moins 4 espèces de Cimbicidés (du genre Abia) consomment le chèvrefeuille. Ce sont : A. lonicerae, A. fasciata, A. aurulenta et A. mutica, Abia mutica étant inféodée à L. periclymenum ; Cicadelles (opophages), dont Ficocyba ficaria qui dépendent du figuier Ficus carica l'été, mais de chèvrefeuilles l'hiver, alors que Empoasca apicalis en dépend l'été, avant d'émigrer vers l'aulne blanc, le genévrier et l'épicéa commun à partir de l'automne ; des pucerons se développent sous les feuilles de Lonicera, dont le Puceron du Chèvrefeuille et le puceron du fenouil, proche du précédent, se développant sur L. xylosteum uniquement. Des aleurodes et plus rarement des cochenilles (Cochenille du cornouiller et Cochenille à carapace du pêcher) sucent également la sève du Chèvrefeuille. Ces 3 groupes d'insectes opophages peuvent se montrer nombreux quand leurs prédateurs sont absents. Leur miellat peuvent alors noircir les feuilles de fumagine et freiner l'expansion de chèvrefeuilles d'ornement ; un très petit bupreste, l'Agrile bleuâtre, vit (non exclusivement) sur cette plante (dans toute la France métropolitaine). Sa larve vit dans les branches mortes ou sénescentes, d'où l'adulte émerge en juin-juillet ; un petit longicorne filiforme, l'Obérée pupillée, est (pour sa larve) inféodé à quelques espèces de chèvrefeuilles (L. caprifolium, L. tatarica, L. xylosteum et L. etrusca) ; divers charançons, dont Otiorhynchus clavipes qui produit des larves pouvant endommager les racines de plusieurs espèces de chèvrefeuille, alors que l'adulte (nocturne) se nourrit sur les feuilles en y creusant des Hervé Guyot & Remi Coutin, Fiche pédagogique : La faune entomologique des chèvrefeuilles, "Insectes" , à 22,- 2009 (3) ; On y trouve aussi des moucherons (quelques Cécidomyies, dont Contarinia lonicerae, ou diverses espèces de Dasineuraet Macrolabis). De très petites galles parenchymateuses peuvent abriter une larve de Dasineura xylostei (encore méconnu), de même pour Dasineura excavans sur les feuilles de L. xylosteum.La Mouche mineuse des chèvrefeuilles des bois (1,5 à ) pond des œufs d'où émergent des larves mineuses creusant en été des galeries (« Mines ») dans l'épaisseur de la feuille où l'on voit par transparence la larve blanche. Une autre espèce de mouche mineuse, Aulagromyza hendeliana, est plus précoce (galeries dès avril) et se nymphose hors de la feuille. Les chèvrefeuilles sont des plantes-hôtes de Rhagoletis cerasi, la mouche du cerisier.
L'OPIE (Office pour les insectes et leur environnement) signale en 2009 un développement récent apparent de la Sésie du chèvrefeuille (facilement confondue avec un Hyménoptère), à partir des Alpes vers le reste de la France. Sa chenille se développe très lentement (2 à 3 ans) et uniquement sur certains chèvrefeuilles.
Consommation
Fleurs Il faut retirer délicatement le pistil, pour accéder au nectar comestible. Les fleurs parfument thés, salades et desserts.
Fruits Les fruits sont de petites drupes ressemblant à des baies qui se développent après les fleurs. Leur couleur varie du rouge à l’orange en passant par le noir, selon l’espèce.
Si certaines variétés sont comestibles et légèrement sucrées (chèvrefeuille bleu, variétés edulis, emphyllocalyx et kamtchatica), d’autres peuvent être légèrement toxiques ou provoquer des troubles gastro-intestinaux si elles sont ingérées en grandes quantités. Il est essentiel d’identifier correctement l’espèce avant de consommer le fruitChèvrefeuille des haies sur Floranet..
Liste d'espèces thumb|Lonicera sempervirens thumb| Chèvrefeuille des haies 158 espèces sont acceptées.
Espèces du genre Lonicera par zones géographiques
Flore européenne Lonicera alpigena ou Lonicera glutinosa Vis Chèvrefeuille des Alpes Lonicera arborea Lonicera caerulea — Chèvrefeuille bleu, camérisier bleu Lonicera caprifolium — Chèvrefeuille des jardins Lonicera etrusca — Chèvrefeuille d'Étrurie, ou chèvrefeuille de Toscane Lonicera hellenica Lonicera implexa — Chèvrefeuille des Baléares Lonicera nigra — Chèvrefeuille noir, camérisier noir Lonicera nitida — Chèvrefeuille arbustif ou Chèvrefeuille nain Lonicera nummulariifolia Lonicera periclymenum — Chèvrefeuille des bois, camérisier Lonicera pyrenaica — Chèvrefeuille des Pyrénées Lonicera splendida Lonicera tatarica — Chèvrefeuille de Tartarie Lonicera xylosteum — Chèvrefeuille des haies, camérisier des haies, camérisier à balais Selon la flore de France, six espèces non grimpantes (dont L. xylosteum) et 5 espèces grimpantes (dont L. caprifolium et L. periclymenum…) peuvent être observées en France, outre quelques espèces exotiques introduites.
Flore d'Afrique du Nord Lonicera biflora
Flore de Chine, d'après eFloras. 57 espèces, dont 23 endémiques.
Lonicera acuminata Wallich in Roxburgh, 1824. Lonicera angustifolia Wallich ex Candolle, 1830. Lonicera alpigena complexe d'espèces Lonicera bournei Hemsley, 1888. Lonicera caerulea Linnaeus, Chèvrefeuille bleu Lonicera calcarata Hemsley, 1900. Lonicera chrysantha Turczaninow ex Ledebour, 1844. Lonicera crassifolia Batalin, 1892. Lonicera elisae Franchet, 1883. Lonicera ferdinandi Franchet, 1883. Lonicera ferruginea Rehder in Sargent, 1902. Lonicera fragrantissima Lindley & Paxton in Paxton, 1852, Chèvrefeuille d'hiver Lonicera gynochlamydea Hemsley, 1888 Lonicera hildebrandiana Collett & Hemsley, 1891 Lonicera hispida species complex Lonicera humilis Karelin & Kirilov, 1842. Lonicera hypoleuca Decaisne in Jacquemont, 1841. Lonicera japonica Thunberg in Murray, Syst. Veg., ed. 14. 216. 1784, Chèvrefeuille du Japon Lonicera ligustrina Wallich in Roxburgh, 1824. Lonicera ligustrina var. yunnanensis Franchet, 1896.=Lonicera nitida E. H. Wilson, Gard. Chron. ser. 3, 50:102. 1911 (d'après GRIN) =L. pileata Oliver f. yunnanensis (Franchet) Rehder Lonicera ligustrina var. pileata (Oliver) Franchet, 1896=Lonicera pileata Oliver, 1887, chèvrefeuille cupule Lonicera ligustrina var. ligustrina Lonicera longiflora (Lindley) Candolle, 1830. Lonicera maackii (Ruprecht) Maximowicz, 1859, Chèvrefeuille de Maack Lonicera macrantha complexe d'espèces Lonicera maximowiczii complexe d'espèces Lonicera microphylla Willdenow ex Schultes, 1819. Lonicera mucronata Rehder, 1903. Lonicera modesta Rehder in Sargent, 1907. Lonicera nigra complexe d'espèces Lonicera praeflorens Batalin, 1892. Lonicera rupicola J. D. Hooker & Thomson, 1858 Lonicera ruprechtiana Regel, 1869. Lonicera setifera Franchet, 1896. Lonicera spinosa (Decaisne) Jacquemont ex Walpers, 1843. Lonicera subaequalis Rehder, 1903. Lonicera tatarica Linnaeus, 1753. Lonicera tangutica complexe d'espèces Lonicera tomentella J. D. Hooker & Thomson, 1858. Lonicera tragophylla Hemsley, 1888. Lonicera trichosantha Bureau & Franchet, 1891. Lonicera tubuliflora Rehder in Sargent, 1911 Lonicera yunnanensis Franchet, 1896.
Flore américaine
Lonicera albiflora Torr. & A.Gray Lonicera arizonica Rehder - Lonicera caerulea Gueldenst. Lonicera canadensis Muhl. ex Roem. & Schult. - Lonicera chrysanthaTurcz. ex Ledeb. Lonicera ciliosa (Pursh) Poir. ex DC. Lonicera conjugialis Lonicera dioica Lonicera flava Lonicera hirsuta Lonicera hispidula Lonicera interrupta Lonicera involucrata Lonicera korolkowii Lonicera oblongifolia Lonicera orientalis Lonicera reticulata Lonicera sempervirens Lonicera standishii Lonicera subspicata Lonicera utahensis Lonicera villosa
Le chèvrefeuille dans la culture Caprifolium, nom historique du Lonicera En 1888 Legrand, déplorant le remplacement des noms de genre de Tournefort, nous dit et il cite notamment, en le regrettant, le remplacement de Caprifolium par Lonicera.
Le mot caprifolium, désignant à l'origine le chèvrefeuille, remonte au Haut Moyen Âge. On trouve dans un manuscrit du , le Codex Parisinus Latinus, une liste de plantes dont Dorcadis caprolus dont on ne peut être sûr qu’il se réfère au caprifolium.
Dans nombre d’encyclopédies médicales médiévales, qui ont été compilées à la Renaissance, on trouve le nom de caprifolium. Un écrit de Simón Januensis, encyclopédiste du , nous dit, à propos d'une plante qu'il nous est difficile d'identifier, . Le nom est mentionné aussi dans Matthaeus Silvaticus (1280-1342) dans son Pandectae MedicinaePandectae : « livre qui renferme tout en soit » ; « collection encyclopédique ».