thumb|upright=1.3|250px|Portrait de en costume de sacre, 1701, par Hyacinthe Rigaud.|alt= vignette|250px|Cathédrale Notre-Dame de Reims.|alt=

Du temps du royaume des Francs puis de France, l'avènement du nouveau roi était légitimé par la cérémonie de son couronnement avec la couronne de Charlemagne à Notre-Dame de Reims. Cependant, le roi n'avait pas besoin d'être reconnu comme monarque français ; de par les lois fondamentales du royaume de France, le nouveau roi montait sur le trône automatiquement à la mort de son prédécesseur, cela étant symbolisé une première fois lorsque le cercueil du monarque précédent descendait dans la chapelle de la basilique Saint-Denis, et que le duc d'Uzès, premier pair de France, proclamait : « Le roi est mort, vive le roi ! »..

La partie la plus importante de la cérémonie du couronnement français n'était pas le couronnement lui-même, mais le sacre - c'est-à-dire l'onction d'une huile sainte sur le corps du roi. C'était ce qui différenciait le sacre des rois en France d'un simple couronnement, l’apposition de la couronne sur la tête du monarque étant le plus important des rituels dans d'autres royautés, contrairement à la France.

Le premier sacre d'un roi en France est celui de Pépin le Bref, principalement par alliance avec l'Église catholique pour assurer sa légitimité. Il est sacré une première fois en par une assemblée d'évêques du royaume des Francs réunie à Soissons et sans doute conduite par l'archevêque de Mayence, Boniface. Le dimanche , il est sacré une deuxième fois à Saint-Denis par le pape qui donne aussi l'onction à ses deux fils, et bénit son épouse Bertrade ou Berthe de Laon.

Le premier monarque français à être couronné et sacré dans la cathédrale de Reims est Louis le Pieux en Laurent Theis, Clovis de l'histoire au mythe, éditions Complexe, 1996, 93.Gilles Baillat, Reims, éditions Bonneton, 1990, 57.. Cela fut lié au premier roi de tous les Francs, , baptisé en 496 (ou 499) par l'archevêque saint Remi à Reims. En 869 fut redécouverte dans la tombe du saint la Sainte Ampoule, plus tard ajoutée au rituel du sacre. L'huile miraculeuse passait pour avoir oint Clovis et avoir été amenée par une colombe descendue du ciel ; à partir de 1027, elle oint tous les rois francs puis de France à leur sacre., légitimant ainsi leur pouvoir de droit divin.

Le dernier sacre d'un roi de France fut celui de le dans la cathédrale de ReimsRelation complète du sacre de , avec toutes les modifications par Jean J. A. Darmaing et Précis historique du sacre de , contenant les détails de cette cérémonie par Charles J. C. Siret., où trente-trois souverains ont été sacrés en un peu plus de . À partir des Ordines ad consecrandum et coronandum regem, des textes manuscrits de recueils liturgiques rédigés à Reims à la fin du règne de Saint Louis, on peut décrire précisément la liturgie de cette cérémonie.

Les insignes du couronnement comme le trône et le sceptre de ou la couronne et l'épée de Charlemagne ont été conservés dans la basilique Saint-Denis, près de Paris, et les instruments liturgiques à Reims comme la Sainte Ampoule et le Calice. Ils sont aujourd'hui encore partiellement conservés, surtout au Louvre et dans d'autres musées parisiens. La Sainte Ampoule était conservée dans un reliquaire ayant la forme d'une plaque ronde en or sertie de pierres précieuses et au centre de laquelle se trouvait une représentation en émail blanc de la colombe du Saint-Esprit, debout avec les ailes ouvertes et pointant vers le bas, dont la Sainte Ampoule formait elle-même le corps. Le reliquaire avait une lourde chaîne par laquelle il pouvait être porté autour du cou de l'abbé de l'abbaye de Saint-Rémi (où il était normalement gardé) quand ce dernier l'apportait, marchant pieds nus à la tête d'une procession de ses moines sous un dais porté par quatre gentilshommes à cheval, les otages de la Sainte Ampoule, de l'abbaye jusqu'aux marches mêmes du maître-autel de la cathédrale, où il remettait la relique à l'archevêque de Reims pour son usage dans le rituel du couronnement.

Les reines françaises furent sacrées avec leur mari à Reims ou seules à la Sainte-Chapelle ou à l'abbaye de Saint-Denis...

Origine du sacre Apparition au Proche-Orient Le sacre a été pratiqué par l'Israël antique mais celui-ci n'en est pas l'inventeur : les archives diplomatiques d', à Tell El-Amarna, contiennent une lettre d'un roi syrien nommé Addou Nirari rappelant au pharaon vers 1500 avant Jésus-Christ, que le grand-père du roi d’Égypte « avait répandu l'huile sur la tête » de son aïeul ; la pratique de l'onction royale se retrouve à Ninive, Babylone, Damas, chez les HittitesPatrick Demouy, Le sacre du roi, Strasbourg, 2016, éd. La Nuée Bleue, .Jean de Pange, Le roi très chrétien, .Jean Sainsaulieu, « De Jérusalem à Reims. Origines des sacres royaux », dans Le Sacre des rois, .Marc Bloch, Les Rois Thaumaturges, .. Le prophète Samuel emprunte donc le sacre aux pays voisins ; on ne saurait comprendre le sens du sacre des rois de France sans repartir des textes de l'Ancien Testament, particulièrement les Livres de Samuel, des Rois, des Chroniques et des Psaumes que les clercs récitaient au fil des offices tout au long de la semaine ; il est donc logique que l'idée que l'onction a pour effet de faire descendre l'esprit divin sur la tête de l'homme se soit répandu dans l'Occident chrétien. Les huiles étaient considérées dans le monde ancien, notamment par les Égyptiens, comme des substances divines, émanation de Dieu car substances solaires, qui graissent et illuminent à la fois. L'onction d'huile servait à consacrer les prêtres et si les rois d'Israël, n'étaient pas prêtres, ils participaient au sacerdoce. À la dimension sacerdotale, le sacre ajoute la dimension filiale : quand l'Esprit saint investit le roi, il en fait son fils adoptif : « Moi je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils2 Samuel 7, 14.. » Investi de l'esprit de Dieu, le roi devient par le sacre l'oint du Seigneur, en hébreu meshiah, soit messiePatrick Demouy, Le sacre du roi, Strasbourg, 2016, éd. La Nuée Bleue, .. Pour David et Salomon, seule l'onction, à l'écart de la foule, est mentionnée ; par la suite, la cérémonie se déplaça dans le Temple de Jérusalem et comporta la remise d'un diadème. C'est ce modèle qui inspira les penseurs et clercs de l'Europe chrétienne.

Introduction en Europe La question d'un sacre irlandais est débattue parmi les historiens : Michael Enright défend l'hypothèse d'une onction administrée par saint Colomba vers 574 au roi Aidan mac GabrainMichael Enright, Iona, Tara, Soissons. The origine of the Royal Anointing Ritual, Berlin, New York, De Gruyter, 1985, .Marc Bloch, Les Rois Thaumaturges, .. En revanche, l'existence d'un sacre des rois wisigoths d'Espagne est attestée, parfois mise en relation avec l'importance de la pensée politique d'Isidore de Séville, avec le du Concile de de 633, qui assimile les rois aux « oints du Seigneur » ou avec la conversion au catholicisme du roi RécarèdePatrick Demouy, Le sacre du roi, Strasbourg, 2016, éd. La Nuée Bleue, .. Le premier sacre attesté est celui du roi Wamba en 672, mentionné par Julien de Tolède. Les écrits d'Isidore de Séville et la conception sacrée biblique et chrétienne de l’Espagne wisigothique ont pu être répandus en Gaule avec la vague de réfugiés chrétiens fuyant la péninsule ibérique. Le sacre wisigothique dans un contexte où l'hérédité ne dictait plus la succession royale ; il visait à établir fermement la légitimité et la inviolabilité de l'oint du Seigneur.

Quand le roi Pépin décida, avec le soutien de l'Église d'accéder à la royauté, il recourut à l'héritage biblique pour sacraliser la fonction royale. La Bible évoque maintes fois l'inviolabilité de celui qui a reçu l'onction ; de fait, de Pépin le Bref à , la protection contre le régicide a été efficacePatrick Demouy, Le sacre du roi, Strasbourg, 2016, éd. La Nuée Bleue, ., alors que les rois mérovingiens, sur une période beaucoup plus brève, furent assassinés à trois reprisesSigebert en 575, en 613, en 673.. Comme David, Pépin le Bref n'était pas appelé à régner par sa naissance et comme lui, il reçut avec le sacre une promesse de pérennité : en , à Soissons, après son élection par les Francs réunis, les évêques des Gaules le sacrèrentClausula de unctione Pippini, citée dans : Pierre Riché, Les Carolingiens. Une famille qui fit l'Europe, Hachette Littératures, 1997, . au nom de la sainte Église catholique en lui donnant la sainte onction, marquant son front avec de l'huile sainte, le Saint-Chrême, pour lui transmettre l'Esprit Saint — comme cela se faisait déjà lors d'une cérémonie chez les rois wisigoths de Tolède ou comme l'onction des rois d'Israël dans la Bible« Samuel prit une fiole d'huile, en fit couler sur la tête de Saül » (Livre de Samuel, . , 1.) cité par Lorant Deutsch, Metronome, 2009, 142.. Par cette onction, peut-être administrée par l'archevêque Boniface de Mayence, le roi des Francs fut investi par Dieu d'une mission de protection de l'Église. La pratique fut maintenue par ses successeurs jusqu'à .

Acteurs du sacre vignette|Les pairs laïcs à gauche et les pairs ecclésiastiques à droite encadrant le roi Louis XV.

Le roi est sacré par l'archevêque de Reims qui est assisté de quatre évêques suffragants de sa province ecclésiastique, de l'évêque de Langres ainsi que du chapitre de la cathédrale de Reims. L'ordre protocolaire des six évêques est le suivant : L'archevêque de Reims sacre et couronne le roi. L'évêque de Laon porte la sainte ampoule. L'évêque de Langres porte le sceptre. L'évêque de Beauvais porte et présente la cotte d'armes ou le manteau royal. L'évêque de Châlons porte l'anneau royal. L'évêque de Noyon porte le baudrier ou ceinture royale..

L'évêque d'Amiens faisait l'office de sous-diacre. À ceux-ci s'ajoutent l'abbé de l'abbaye Saint-Remi de Reims, gardien de la sainte ampoule ainsi que l'abbé de l'abbaye de Saint-Denis, gardien des autres insignes royaux.

Les pairs sont cités pour la première fois en 1203 (première convocation) et 1226. Cependant, leur première participation codifiée au sacre est formulée à l'occasion du sacre de le . Il s'agit des six pairs ecclésiastiques sus-mentionnés et des six pairs laïques (d'abord les six plus grands vassaux du roi de France, à l'époque moderne des princes du sang ou des grands seigneurs). Par ordre protocolaire, les six pairs laïques sont les suivants : Le duc de Bourgogne porte la couronne royale, ceint l'épée au roi et lui confère l'ordre de la chevalerie. Le duc de Normandie porte la première bannière carrée avec ses trois fleurs de lis. Le duc d'Aquitaine (ou de Guyenne, selon les textes, ce qui revient au même) porte la seconde bannière carrée. Le comte de Toulouse porte les éperons. Le comte de Flandre porte l'épée royale. Le comte de Champagne porte l'étendard du roi orné des armes de France. Finalement sont présents les grands officiers de la couronne, pour l'hôtel du roi, et le public.

Lorsque l'un des six pairs laïques ne peut être présents au sacre, parce que cette pairie est éteinte et que le fief a fait retour au domaine royal, parce qu'il s'agit d'un souverain étranger occupé à ses propres affaires ou pour cause de sortie du fief du royaume (Flandre ), la fonction tenue par le pair défaillant est remplie par l'ordre protocolaire du moment par les plus grands personnages du royaume après le roi ; chacun de ces personnages « tient lieu de… » duc d'Aquitaine ou de comte de Champagne le temps du sacre. Ainsi, dans son ouvrage Ducs et pairs et duchés-pairies laïques à l'époque moderne (1519-1790), Christophe Levantal donne le nom des différents « lieutenants » de pairs laïques ; par exemple, le « comte de Flandre » fictif lors du sacre de le est Louis de Bourbon, comte de Clermont. Autre exemple, le « duc de Bourgogne » fictif lors du sacre de le est Antoine de Bourbon, roi de Navarre.

Rituel du sacre