Le Front national était une organisation de type confédéral fondée en mai 1934, dont l’objectif était le rapprochement des ligues nationalistes françaises.
Le nom a été repris à partir de 1941 par un des principaux mouvements de la Résistance française, de sensibilité communiste, le Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France ou Front national.
La naissance du Front national La fondation du Front national est à placer dans le contexte qui a suivi la crise du 6 février 1934 : les ligues s’organisent tandis que les partis de gauche tendent à se rapprocher face au « danger fasciste » et forment un , qui va devenir le Front populaire. Des personnalités appellent à l'union des forces contre celles de gauche, comme François Le Grix, directeur de La Revue hebdomadaire. Le maréchal Hubert Lyautey, partisan de l'union des nationaux, rencontre les chefs des ligues. Une réunion commune a lieu à Paris en mars, salle Wagram, avec les Jeunesses patriotes (JP) de Pierre Taittinger - qui dès appelait à former un contre les gauchesP. Taittinger, "Il faut constituer le Front national", La Liberté, 24 janvier 1933 -, la Solidarité française du commandant Jean Renaud, les Camelots du roi de l'Action française, des Bonapartistes, la Ligue des contribuablesJacques Nobécourt, Le colonel de La Rocque, Fayard, 1996, .
Le , les JP et la Solidarité française prennent l'initiative de fonder un comité de liaison, ouvert à d'autres groupements désireux d'y adhérerJacques Nobécourt, op. cit., . Le quotidien L’Ami du peuple, financé par François Coty, président de la Solidarité française, répercute l'annonce et annonce la formation du Front nationalL'Ami du peuple, 8 mai 1934. Il s'agit de contribuer à l’entente de toutes les formations « nationales » afin de lutter contre les forces de la « Révolution » et du « Front commun » (le futur Front populaire).
La Solidarité française participe pour la première fois au défilé parisien de la fête nationale de Jeanne d'Arc en , aux côtés des JP et d'autres groupements, sous l'égide du Front nationalL'Ami du peuple, 14 mai 1934, Le Populaire, 14 mai 1934. De grandes réunions communes, avec parfois des parlementaires, sont organisées en province : à Lille avec Jean Ybarnégaray fin L'Ami du peuple, juin 1934, à Saintes, avec Taittinger, Jean Renaud, les députés Philippe Henriot et Georges Scapini en L'Ami du peuple, 14 juillet 1934, L'Echo rochelais, 16 juillet 1934. Scapini et Henriot prennent part d'ailleurs aux réunions du comité de liaison du Front national en 1934L'Express de Mulhouse, 20 juin 1934.
Composantes et structures du Front national thumb|left|Publication du Front national en 1937
Outre les JP et la Solidarité française, d'autres groupements adhèrent au Front national comme l’Association des blessés et victimes du 6 février 1934. L’Action française est seulement associée et non adhérente tant par sa propre volonté que de celle des autres composantes qui souhaitent maintenir une distance entre eux et ce mouvement royalisteEugen Weber, L'Action française, Stock, 649 p., 1964 (édition anglaise originale, 1962), 388.. Le Centre de propagande des républicains nationaux (CPRN) d'Henri de Kérillis est un temps proche du Front national, à ses débutsL'Echo de Paris, 18 mai 1934, L'Express de Mulhouse, 20 juin 1934, L’Écho de Paris, 11 décembre 1935.
Le Front national se dote d’un bureau national. Son principal animateur est le secrétaire général, Charles Trochu, élu conseiller municipal de Paris en . Le choix de le porter à la tête du Front national reflète la volonté de ce mouvement d’être un organe de liaison entre les « nationaux » car il entretient des liens avec de nombreux groupements : militant des Jeunesses patriotes depuis 1925 et membre de son comité directeur, il est aussi membre des Camelots du roi de l'AF, des Décorés au péril de leur vie, de l'Union nationale des combattants (UNC), de l’Appel au peuple (bonapartistes), de l'Association nationale des officiers combattants (ANOC), depuis 1932 et membre de son - il accède à sa présidence en 1935 après la mort de Jean Ferrandi, conseiller municipal parisien depuis 1932 - et il a présidé une section parisienne des Croix-de-feu d'avril à . Membre du comité directeur en 1934 de l'ANOC en 1934, il accède à sa présidence en 1935 après la mort de Jean Ferrandi, conseiller municipal parisien depuis 1932Jacques Nobécourt, op. cit., .
Trochu tient sa première réunion en tant que secrétaire général en à Montargis (Loiret) ; elle provoque des heurts avec les forces de gaucheL'Ami du peuple, 16 mai 1934, L'Echo de Paris, 16 mai 1934
Les secrétaires adjoints du Front national sont René Richard, responsable de la propagande des Jeunesses patriotes, et Jacques Fromentin, secrétaire général de la Solidarité française. Henry du Moulin de Labarthète est le trésorierL'Ami du peuple, 12 novembre 1934Collectif, Les modérés dans la vie politique française, 1870-1965, Presses universitaires de Nancy, 2000, .
Le Front national ne publie son manifeste qu'en . Il s'oppose au Front commun, au , à , réclame , un système socio-économique corporatiste, le respect de la famille et de la propriété privée, l'enseignement du patriotisme à l'école, le renvoi des fonctionnaires , l'abolition des monopoles et l'interdiction de la fabrication d'armes de guerre par l'industrie privée, une justice indépendante, le châtiment des policiers et magistrats indignes, la défense du territoire français, vitupère L'Ami du peuple, 15 octobre 1934.
Il est signé par les associations adhérentes. Les JP et la Solidarité française. D'autres petits groupements politiques ou civiques : Centre d'action et de documentation contre le marxisme agraire du docteur Henri MartinPierre Péan, Le Mystérieux Docteur Martin: (1895-1969), Fayard, 2014, Centre de défense et d'action nationale contre l'école maçonnique (L'Alerte, d'Émile Bergeron, cadre des JP et du CPRN), Club de l'Effort, fondé par l'ANOC en 1934 et présidé par Jean Ferrandi puis par Paul Chack, Fédération des contribuables de la Seine, Forces nouvelles (groupement alsacien, qui a adhéré en juin, représenté par le jeune avocat Pierre Pflimlin), Ligue de l'appel au peuple (bonapartistes) du général Koechlin-Schwartz, Phalanges universitaires de France (JP), Ordre et bon sens. Des groupements d'anciens combattants et/ou d'officiers : Association des membres de la Légion d'honneur décorés au péril de leur vie du colonel Josse, Association nationale des officiers combattants (ANOC), Groupement des officiers mutilés, Ligue des chefs de section du colonel Fournier, Société des officiers de complément de France, Union nationale des anciens combattants coloniaux, présidée par le lieutenant-colonel Jean FerrandiPhilippe Nivet, Les militaires au conseil municipal de Paris (1900-1944) dans Collectif, Militaires en République, 1870-1962: Les officiers, le pouvoir et la vie publique en France, Éditions de la Sorbonne, 1999 (Lire en ligne).
Charles Maurras se réjouit de ce manifeste et affirme que si l'AF ne peut , du fait notamment de ses convictions monarchistes, les membres de l'AF sont pour autant toujours L'Action française, 18 octobre 1934.
Des réunions politiques et des défilés ont rassemblé à Paris les dirigeants des associations adhérentes, aux côtés parfois de parlementaires comme Alfred Oberkirch ou le pasteur Édouard Soulier L'Ami du peuple, 21 décembre 1934, président d'honneur des JP. Les militants des JP et de la Solidarité française assurent un service d'ordre commun à de nombreuses réunions, à Paris, en banlieue et en province, et se heurtent parfois aux militants de gauche.
En , le Front national revendique l'adhésion des associations suivantes : L'Alerte, l'Alliance nationale de l'Ouest (ANO) du Breton Eugène Delahaye, l'Appel au peuple, l'Association Cheynier de Noblens (anciens combattants de la Solidarité française), l'Association des membres de la Légion d'honneur décorés au péril de leur vie, l'Association nationale des officiers combattants, l'Association nationale des camarades de combat, l'Association Raymond Rossignol (anciens combattants des JP), l'Association des travailleurs anticollectivistes, le Centre d'action et de documentation contre le marxisme agraire, le Centre d'action et de résistance nationale, le Club de l'Effort, le Comité de propagande pour les corporations, Forces nouvelles, Groupement du , Ligue des chefs de section, Ordre et bon sens, Parti républicain national et social (ex-JP), Rassemblement populaire français (ex-Solidarité française), Société des officiers de complément. Et se déclare proche de l'association Marius Plateau (anciens combattants d'AF)L'Ami du peuple, 29 juillet 1936.
En province, sur un plan local, des initiatives du Front national ont pu rassembler au-delà des organisations adhérentes puisque des membres des Croix de Feu y ont participé. Les liens sont parfois antérieurs à , comme en LorraineJean-François Colas, Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, Thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 202, T. I, 120-129 : Jules Lécuyer, président de la section Croix de Feu d'Epinal, royaliste, assiste à une réunion de Philippe Henriot dans cette ville en mars 1934, Raoul Nanty, président des Croix de Feu de Meurthe-et-Moselle et délégué régional, prend part au congrès départemental des JP le même mois à Nancy, aux côtés du dirigeant local de la SF et du dirigeant de la Ligue des contribuables, puis à une réunion commune à l'automne 1934 (avec les dirigeants locaux de la SF, des Camelots du roi, des JP et de la Ligue des contribuables). Auguste Delafenêtre, chef local des Croix de Feu de Remiremont, est membre du comité de l'Entente nationale de l'arrondissement de Remiremont, formé en décembre 1934. La collusion des ligues se montre lors des messes en souvenir du 6 février, en 1934 et 1935.. C'est le cas aussi de membres de la Fédération républicaine (comme dans le Rhône en 1936).
Le Front national : entre action de liaison des ligues et lieu de rivalités Objectifs initiaux Si l’objectif officiel de la fondation du Front national est celui de rassembler les ligues et de coordonner leurs actions face aux forces de gauche, il convient de voir en lui la volonté qu’il soit l’instrument de visibilité extérieure pour la Solidarité française et les Jeunesses patriotes qui sont par ailleurs confrontées à la concurrence des Croix-de-feu sur le terrain du militantisme (cette dernière comme le Francisme de Marcel Bucard refuseront de s’associer à toutes les initiatives du Front national, même si La Rocque ne sera pas toujours obéi jusqu'en 1935).
Par ailleurs, le Front national est conçu comme un moyen d’unir le plus de militants par une propagande uniquement axée sur la dénonciation de la nocivité des gauches.
Une propagande négative La propagande du Front national est constituée par l’organisation de nombreuses réunions, dont le nombre en province est important. Le point culminant est la campagne antisanctionniste organisée dans la prévision de la discussion à l’Assemblée du projet de dissolution des « ligues factieuses » avec le meeting à la Salle Wagram (Paris) en . Il s'agissait de dénoncer les sanctions éventuelles de la Société des Nations contre l'Italie fasciste, qui venait d'envahir en 1935 l’Éthiopie, État africain indépendant, membre de la SDN, et de militer pour la neutralité de la France, afin d'éviter son entrée en guerre. Présidé par Trochu, le meeting voit la participation d'un orateur de la Solidarité française, Georges Cormont, de dirigeants des JP (Taittinger, Roger de Saivre, Bergeron), de royalistes d'AF (Léon Daudet, Maxime Real del Sarte, Binet-Valmer), de Xavier de Magallon, de Darquier de Pellepoix et d'Italiens dont le prince Ruffo, président de la fédération de France des anciens combattants italiensL'Ami du peuple, 6 octobre 1935, L'Action française, 7 octobre 1935, Excelsior, 6 octobre 1935 (photographie).