Le Moucherotte est un sommet du département français de l'Isère s'élevant à d'altitude dans le massif du Vercors, dans les Alpes. Situé à l'extrémité nord-est du massif, il se termine par les rochers des Trois Pucelles, sur sa crête septentrionale, et domine l'agglomération de Grenoble. Il est composé de calcaires, notamment de l'Urgonien dans sa partie supérieure.
L'histoire de la montagne est marquée par la présence, de la fin des années 1950 au milieu des années 1970, d'un hôtel de luxe accessible par une télécabine depuis Saint-Nizier-du-Moucherotte et apprécié de nombreuses célébrités. Il donne accès à une piste de ski redescendant du sommet. En 1968, l'épreuve de saut à ski des Jeux olympiques de Grenoble se tient au grand tremplin de Saint-Nizier, au pied des Trois Pucelles. Toutefois, l'isolement de l'établissement par mauvais temps et son manque de rentabilité entraînent sa fermeture puis l'arrêt de la télécabine. Le tremplin tombe en délabrement à partir des années 1990. La silhouette de l'hôtel se détache au sommet jusqu'en 2001, date de sa destruction. Un radar hydrométéorologique s'y dresse depuis 2014.
Le sommet est accessible en randonnée pédestre depuis Saint-Nizier-du-Moucherotte, soit en longeant la crête septentrionale, soit par le versant oriental, ou depuis Lans-en-Vercors par le sud. L'abri du Moucherotte et le habert des Ramées permettent de trouver un refuge pour la nuit. Si l'escalade se pratique sur la paroi nord-est du Moucherotte qui compte deux voies, cette discipline sportive s'est surtout développée aux Trois Pucelles à partir des années 1920, avec une trentaine de voies répertoriées ; des résistants s'y sont même réfugiés en . La grotte Vallier, sur le versant oriental, permet la pratique de la spéléologie. La montagne fait partie du parc naturel régional du Vercors et d'une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique. Le chamois et le mouflon y sont notamment présents.
Toponymie Une première hypothèse explique le nom de Moucherotte par une orthographe ancienne mont Cheyrotte, à l'instar de mont Cheyrol pour la Moucherolle, auquel s'ajouterait un suffixe diminutif. Le fréquent oronyme Cheyrol / Queyrol est quant à lui rattaché à la base pré-indo-européenne *kal- / *kar- / *ker- et variantes, associée aux rochers et aux montagnes rocheuses dénudéesGeorges Richard Wipf, Noms de lieux des pays franco-provençaux, Chambéry, 1982 , page 268.Paul-Louis Rousset, Les Alpes et leurs noms de lieux, Échirolles, 1988 , page 334b.Henri Ferrand, Le Vercors - Le Royannais et les Quatre Montagnes, coll. « Les Alpes dauphinoises », librairie Alexandre Gratier et Jules Rey, Grenoble, 1904 .. Le traitement de Mont en Mou- provient sans doute d'une dénasalisation, que l'on constate aussi dans d'autres régions, telles que la Normandie.
Une seconde hypothèse cherche l'étymologie du Moucherotte dans le thème pré-latin *musk- « roche » avec double suffixe -ar-otta (ou -ar-ola pour la Moucherolle), tombés dans l'attraction du latin musca « mouche », pour expliquer le traitement phonétique irrégulierAlbert Dauzat, Gaston Deslandes et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France, Klincksieck, Paris, 1978, p. 175b. Le Moucherotte - Vercors, 27 mars 2008..
L'ancien nom du Moucherotte est pic de l'Aigle. Les Trois Pucelles ont pour leur part été connues sous l'appellation de dents de Gargantua.
Géographie Situation thumb|left|alt=Montagnes surplombant une agglomération.|Vue du Moucherotte depuis le fort du Rabot.
Le Moucherotte est situé dans le Sud-Est de la France, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et le département de l'Isère. Son sommet se trouve à la jonction des communes de Saint-Nizier-du-Moucherotte, Seyssins et Claix ; ses pentes s'étendent jusqu'à Seyssinet-Pariset au nord-est et Lans-en-Vercors au sud-ouest. Il domine la vallée du Drac et l'agglomération de Grenoble, à moins de dix kilomètres au nord-est, alors que Lyon est à près de cent kilomètres au nord-ouest.
Il fait partie du massif préalpin du Vercors, dont il est le sommet le plus oriental, mais également le plus septentrional de la longue crête qui parcourt le massif du nord au sud.
Topographie thumb|upright|alt=Parois et dalles rocheuses verticales surplombant des versants boisés.|Vue sur le Moucherotte et les rochers des Trois Pucelles.
Le Moucherotte se présente comme une arête orientée du nord au sud et culminant à d'altitude. Elle se trouve dans le prolongement septentrional de la Grande roche Saint-Michel qui s'étend au sud jusqu'au col de l'Arc avec les sommets secondaires de la Croix des Ramées, du Grand Cheval () et du pic Saint-Michel (). Au nord, il s'abaisse vers les rochers des Trois Pucelles, sur la commune de Saint-Nizier-du-Moucherotte, une série de quatre dalles basculées verticalement selon un axe nord-nord-est/sud-sud-ouest : elles sont nommées, d'ouest en est, la Pucelle de Saint-Nizier, la Grande Pucelle (, la plus élevée), la dent Gérard et le Couteau.
Géologie Le Moucherotte est un crêt constitué dans sa partie supérieure de calcaire urgonien. Il domine à l'est le calcaire hauterivien, puis les calcaires du Fontanil et les roches marno-calcaires du Berriasien. Son versant occidental est composé de calcaire du Sénonien en partie recouvert de molasse et de conglomérats du MiocèneLe Moucherotte, Trois Pucelles, Saint-Nizier, geol-alp..
Le versant occidental présente plusieurs glissements de terrain anciens, probablement consécutifs du retrait du glacier qui occupait la vallée lors de la glaciation de Würm.
Climat thumb|alt=Montagne recouverte d'une fine couche de neige ou de givre.|Vue du Moucherotte, sous la neige, depuis Seyssins.
Le Vercors septentrional est soumis à un climat océanique montagnard. Les précipitations sont amenées par des régimes d'ouest à nord-ouestFrançois Ribard, À la découverte du Vercors : Parc naturel régional, Glénat, coll. « Topo guides », Grenoble, 2009 , pages 50-51. L'hiver, les précipitations se produisent la plupart du temps sous forme de neige, à cause de l'influence de l'altitude.
Faune et flore Le Moucherotte abrite une faune riche composée notamment de chamois, mouflons et chevreuils. Parmi les oiseaux figurent le Tétras lyre, le Lagopède alpin, l'Aigle royal et le Tichodrome échelette.
Les forêts sur les pentes de la montagne sont composées d'épicéas et de Pins à crochets. Des pelouses et landes subalpines sont présentes autour du sommet. Elles abritent l'Aposéris fétide, le Buplèvre des rochers, la Centranthe à feuilles étroites, le Sabot de Vénus, le Cystoptéris des montagnes, le Fusain à larges feuilles, le Gaillet des Alpes occidentales, l'Orchis odorant, l'Avoine soyeuse, la Minuartie à feuilles capillaires, l'Orchis de Spitzel, Polystic à aiguillons, la Primevère oreille d'ours, la Spiranthe d'automne et la Stipe pennée.
Histoire Le , durant la Seconde Guerre mondiale, 750 résistants du maquis de Saint-Nizier-du-Moucherotte, parmi lesquels Jean Prévost, le général Roland Costa de Beauregard, le capitaine Brissac et les lieutenants Chabal et Bouchier-Veyrat, se retranchent aux Trois Pucelles mais, devant les assauts lancés par un millier de soldats allemands, se replient sur le Sud-VercorsCartes postales de Saint-Nizier-du-Moucherotte.Musée de la Résistance - Nécropole de Saint-Nizier-du-Moucherotte..
thumb|left|alt=Plaque murale intitulée « Télécabine du Moucherotte et hôtel Ermitage 1959-1974 », avec des photos et des dates clés.|Plaque explicative à proximité du sommet. thumb|left|alt=Pylône peint en vert, avec une petite plateforme et un matelas, et une montagne boisée en arrière-plan.|Vue du dernier pylône existant de la télécabine, réaménagé en aire de réception d'une tyrolienne, avec le sommet du Moucherotte en arrière-plan.
En 1955, Jean Zucchetta, notaire à Aix-en-Provence, obtient un permis pour la construction d'un hôtel au sommet et d'une télécabineLe Moucherotte et l'hôtel Ermitage.. La remontée, gérée par la Société du téléférique (orthographe jouant avec le mot « féérique ») de Saint-Nizier-du-Moucherotte, est inaugurée le en présence du préfet de l'Isère Francis Raoul Le Moucherotte - Vercors, 15 avril 2011.Saint Nizier - Grenoble 1968.Saint-Nizier : la belle époque.. La ligne, construite et équipée par l'entreprise Applevage, s'étend sur une longueur de et de dénivelé, dispose d'une longueur de câble de , présente une vingtaine de pylônes et supporte en aluminium. Le trajet entre la gare de départ, à d'altitude au sud du bourg, et la gare sommitale s'effectue en treize minutes. Une partie des matériaux est acheminée au sommet par la télécabine. L'hôtel Ermitage ouvre finalement à Noël 1959. Il est équipé de plus de 25 chambres luxueuses, dont deux suites. Véritable nid d'aigle dont le profil se détache depuis la vallée, il est apprécié de nombreuses célébrités, comme Luis Mariano, Dalida, Charles Aznavour et Brigitte Bardot. Cette dernière y tourne même, en compagnie de Claude Brasseur et Mireille Darc, quelques scènes du film de Roger Vadim La Bride sur le cou, en 1961. Toutefois, l'hôtel est peu rentable et la télécabine ne peut fonctionner dès que le vent dépasse , contraignant les clients à séjourner plus que désiré. Un accident se produit d'ailleurs en 1972, avec le décrochage d'une cabine en gare amont, ne causant que quelques blessures légères. De plus, la piste de ski descendant du sommet, d'une longueur de trois kilomètres, est étroite et reste mal adaptée malgré les travaux entrepris à l'occasion des Jeux olympiques d'hiver de 1968. Jean Zucchetta souhaite profiter de cet événement pour mener à bien son projet, qui prévoit la construction d'une chapelle, d'une dizaine de chalets individuels, d'une patinoire et d'une piscine autour de son hôtel. La Société d'aménagement foncier et d'établissement rural oppose son veto en raison de la situation financière. L'hôtel ferme ses portes en 1974 ou 1975 et la télécabine cesse de fonctionner en 1977. Le câble de la remontée mécanique est démonté à la fin des années 1990. Après de nombreux vandalismes, l'hôtel ainsi que la gare amont sont démantelés en 2001 et le site est rendu à la nature. La gare aval est détruite l'année suivante. Seul un pylône subsiste, désormais utilisé par une des tyroliennes du parcours aventure de Saint-Nizier.
thumb|alt=Parking jonché de rondins de bois et de rochers au pied d'une butte en remblais dominée par un tremplin.|Vue du tremplin (en haut à gauche) depuis l'ancien parking situé sous l'aire de réception, désormais aménagé pour la pratique du vélo trial.
Lors des Jeux olympiques d'hiver de 1968, l'épreuve du saut à ski se tient sur le tremplin de construit à l'ouest des Trois Pucelles, à l'extrémité septentrionale du Moucherotte. Donnant l'impression de voler vers Grenoble, il est alors considéré comme l'un des plus beaux au monde. Il accueille des manches de la Coupe du monde de saut à ski en 1980 et 1981. Dans la décennie qui suit, il nécessite de fréquents et coûteux travaux de remise aux normes. Le , Alain Prieur y bat en public le record du saut en longueur à moto avec une distance de No Mirando a Nuestro Daño. Le tremplin n'est plus utilisé depuis 1990 et s'est fortement délabré. En 2001 et 2002, son enceinte a accueilli, à l'instigation du Palais des sports de Grenoble et de Nicolas Vouilloz, une compétition de vélo tout terrain.