Jean-François Delacroix, ou de Lacroix, dit Lacroix d’Eure-et-Loir, né le 3 avril 1753 à Pont-Audemer (généralité de Rouen, actuel département de l'Eure)., mort le 16 germinal an II (le 5 avril 1794) à Paris est un homme politique de la Révolution française..
Entre 1791 et 1794, il est député d'Eure-et-Loir à l'Assemblée nationale législative puis à la Convention nationale où il vote la mort de Louis XVI et siège aux côtés des indulgents.
Biographie Famille Son père, Jean de Lacroix, marié à Marie Élisabeth Chantrel, est chirurgien.
Jean-François Delacroix effectue des études de droit et est reçu avocat. En 1782, Jean-François Delacroix épouse, à Anet (département d'Eure-et-Loir), Marie-Louise de La Barre des Landes. ; son père, Nicolas de la Barre des Landes, mort en 1773, était « procureur fiscal du bailliage et des justices des Eaux et Forêts de la principauté d’Anet ».. En 1783, de leur union naît un fils, Jean Delacroix.
Mandat à la Législative La France devient une monarchie constitutionnelle en application de la constitution du 3 septembre 1791.
Le même mois, Jean-François Delacroix, alors juge suppléant près de la Cour de Cassation, est élu député du département d'Eure-et-Loir, le septième sur neuf, à l'Assemblée nationale législative.. où il siège sur les bancs de la gauche.
Le 6 octobre 1791, une altercation l'oppose à Jean-Baptiste Louis Ducastel (député de Seine-Inférieure), qui avait qualifié Louis XVI de « souverain » alors que la constitution lui donne le titre de roi des Français..
Le 9 avril 1792, il vote pour que les soldats du régiment de Châteauvieux, qui s'étaient mutinés lors de l'affaire de Nancy, soient admis aux honneurs de la séance.. Le 8 août, il vote en faveur de la mise en accusation du marquis de La Fayette..
La monarchie prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Louis XVI est suspendu et incarcéré, avec sa famille, à la tour du Temple.
Le 19 août, Jean-François Delacroix est élu président de l'Assemblée nationale législative.. Le 2 septembre, il est élu commissaire près du Conseil exécutif sur proposition de Georges Danton, le ministre de la Justice..
Mandat à la Convention vignette|Jean François Delacroix.
En septembre 1792, Jean-François Delacroix est réélu député d'Eure-et-Loir, le premier sur neuf, à la Convention nationale.. Il ne saurait être confondu avec ses collègues homonymes :
Charles-François Delacroix (député de la Marne) ; Jean-Michel Lacroix (député de Haute-Vienne).
Il siège sur les bancs de la Montagne. Le 4 octobre 1792, il est élu président de la Convention et ses secrétaires sont François Buzot (député de l'Eure), Élie Guadet (député de la Gironde) et Emmanuel-Joseph Sieyès (député de la Sarthe)..
Le 30 novembre, Jean-François Delacroix est envoyé en mission, aux côtés d'Armand-Gaston Camus (député de Haute-Loire), de Georges Danton (député de la Seine) et d'Eugène Gossuin (député du Nord) auprès des armées du général Dumouriez en Belgique, afin d'y vérifier les dénonciations portées contre l'abbé d'Espagnac dans le cadre d'une affaire de fournitures militaires..
Lors du procès de Louis XVI, il est absent lors des deux premiers scrutins relatifs à la culpabilité et à l'appel au peuple ; arrivé le 14 janvier à Paris, il vote la mort et rejette le sursis à l'exécution de la peine.. :Je viens remplir une fonction pénible. Je crois avoir le droit de prononcer sur le sort de Louis Capet, car lorsque mes commettants se rassemblèrent pour les élections, Louis était en prison. […] Je ne conçois pas la différence qu'on a entendue mettre entre un conspirateur roi et un conspirateur ordinaire. Tout conspirateur mérite la mort. Je vote pour la mort.
Le 7 avril, Jean-François Delacroix est élu membre du Comité de Salut public, le neuvième et dernier, par 151 voix. Le 13 avril, il vote contre la mise en accusation de Jean-Paul Marat. : À mon sens, la conduite de Marat n'est pas à l'abri de tout reproche ; il a été dénoncé : il fallait vérifier les faits articulés contre lui, les discuter froidement, les examiner et prononcer. Ce n'est pas ce qu'on a fait ; les ennemis de Marat ont réuni tout à la fois les rôles d'accusateurs, de témoins, de juges : ils ont fait plus, ils n'ont pas voulu souffrir qu'on vérifiât les délits qu'on imputait à Marat […] Citoyens, un des plus grands malheurs de la République est le départ de nos collègues patriotes envoyés dans les départements. Leur absence a donné la majorité à cette faction ambitieuse, qui nous tyrannise si cruellement […] Je suis d'avis sur l'affaire de Marat qu'il y a lieu à ajourner, et non à accusation quant à présent.
Le 16 pluviôse an II (le 4 février 1794), aux côtés de René Levasseur (député de la Sarthe), il appuie le décret d'abolition de l'esclavage dans les colonies.Yves Benot, « Comment la Convention a-t-elle voté l'abolition de l'esclavage en l'an II ? », Annales historiques de la Révolution française et 1993 ; Florence Gauthier, Triomphe et mort de droit naturel en révolution 1789–1795–1802, Presses universitaires de France (PUF), 1992 ; Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la Révolution française (1789–1795), Paris, Éditions Karthala, 2002. : En travaillant à la constitution du peuple français, nous n'avons pas porté nos regards sur les malheureux hommes de couleur. La postérité aura un grand reproche à nous faire de ce côté ; mais nous devons réparer ce tort […] Les hommes de couleur ont, comme nous, voulu briser leurs fers ; nous avons brisé les nôtres ; nous n'avons voulu nous soumettre au joug d'aucun maître ; accordons-leur le même bienfait. (On applaudit).
La nuit du 11 germinal (31 mars 1794), Jean-François Delacroix est arrêté aux côtés de Georges Danton, de Camille Desmoulins (député de la Seine), de Marie-Jean Hérault de Séchelles (député de la Seine) et de Pierre Philippeaux (député de la Sarthe). Au terme d'un débat violent entre Maximilien de Robespierre et Louis Legendre et après le rapport de Louis Antoine de Saint-Just (député de l'Aisne), ils sont tous les cinq décrétés d'accusation. :Legendre paraît ignorer les noms de ceux qui sont arrêtés : toute la Convention les sait. Son ami Lacroix est du nombre de ces détenus. Pourquoi feint-il de l'ignorer ? Parce qu'on ne peut sans impudeur défendre Lacroix.
Les cinq prévenus sont déférés devant le tribunal révolutionnaire, condamnés à mort et guillotinés le 16 germinal an II (le 5 avril 1794). Le 22 fructidor (le 8 septembre), il est remplacé à son poste de député par Louis-Armand Deronzières..
Il est l'auteur d'un fameux dictionnaire sur les femmes célèbres, le Dictionnaire portatif des femmes célèbres (1788)Dictionnaire portatif des femmes célèbres, nouvelle édition revue et considérablement augmentée, deux volumes reliés, Belin et Volland libraires, Paris, 1788.
Notes et références
Sources et bibliographie Pierre Caron. Georges Champagne, Nicolas Bonnet, Documents pour servir à l'histoire de Nicolas Bonnet, Dreux, Lefebvre-Marnay, 1902, 45. Frédéric Bluche, Danton, Paris, Éditions Perrin, 1984. Jean-Philippe Giboury, « Delacroix Jean-François » dans Dictionnaire des régicides, Paris, Éditions Perrin, 1989. Edna Hindie Le May (dir.), Dictionnaire des Législateurs (1791–1792), préface de Mona Ozouf, Centre international d'étude du XVIIIe siècle, 2007, 2 volumes, tome 1 : « A-G », « Delacroix Jean-François ». Augustin Kuscinsky, « Delacroix » dans Dictionnaire des Conventionnels, Paris, 1916. Albert Mathiez. La Révolution française, Paris, Armand Colin, 3 vol., 1922–1927. « Les notes de Robespierre contre les Dantonistes essai d'édition critique » dans Annales révolutionnaires, juillet– ; Études sur Robespierre, Paris, Les Éditions sociales, 1989, . Florence Gauthier (dir.), Œuvres de Maximilien de Robespierre, tome XI Compléments (1784–1794), Paris, Société des études robespierristes, 2007, . Albert Soboul, Histoire de la Révolution française, Paris, Éditions Gallimard, 2 vol., dans Albert Mathiez, tome 2. Bernard Gainot, « Delacroix Jean-François » dans Bernard Gainot, Dictionnaire des membres du comité de salut public ; dictionnaire analytique biographique et comparé des 62 membres du Comité de salut public, Paris, Éditions Tallandier, 1990. Yves Benot, « Comment la Convention a-t-elle voté l'abolition de l'esclavage en l'an II ? », Annales historiques de la Révolution française, et 1993.
Filmographie « Danton », d'Andrzej Wajda, avec Roland Blanche dans le rôle de Delacroix (1983).
Voir aussi
Articles connexes Liste des députés d'Eure-et-Loir
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