Marie de Rabutin-Chantal, connue sous le nom de marquise de SévignéCf. #Mariage en ce qui concerne l'usage du titre. ou, plus simplement, Madame de Sévigné, née le à Paris à la paroisse Saint-Paul« Extrait du registre des baptèmes [sic] de la paroisse de Saint-Paul, pour l’année 1626 » In : Jules Antoine Taschereau : Revue rétrospective, ou bibliothèque historique contenant des mémoires et documents authentiques inédits et originiaux …, Paris, H. Fournier Aîné, 1834, ., et morte le au château de Grignan (en Drôme provençale), est une épistolière française.

Les lettres qu'elle écrivit à sa fille, Françoise de Sévigné alias Madame de Grignan, appartiennent à la littérature française.

Elles constituent également une source remarquable de l'analyse des relations intergénérationnelles et de leur histoire.

Biographie Origine et famille vignette|gauche|Hôtel Coulanges à Paris.

Le père de Marie de Rabutin-Chantal est Celse-Bénigne de Rabutin (1596-1627), un gentilhomme bourguignon baron de Chantal. Sa mère est Marie de Coulanges (1603-1633).

Marie de Rabutin-Chantal naît à Paris en 1626 en l'hôtel Coulanges, domicile de ses grands-parents maternels, au n° 1 bis de la place Royale (actuellement entre le 1 bis place des Vosges et le 11 bis, rue de Birague) en plein cœur de la capitaleLe petit livre de Paris, éd. du Chêne, Paris, 2013, ., où demeurent alors ses parents. Elle est baptisée le lendemain, , à l'église Saint-Paul de Paris. L'acte de baptême révèle qu'elle a pour parrain Charles Le NormandCharles Le Normand, seigneur de Beaumont, premier maître d'hôtel (en 1624), meurt en 1630., seigneur de Beaumont, « maître de camp d'un vieux régiment, gouverneur de La Fère et premier maître d'hôtel du Roi » et pour marraine sa grand-mère maternelle « dame Marie de Bèze, femme de messire Philippe de Coulanges, conseiller du Roi en ses conseils d'État et privé. »« Vendredi jour, fut baptisée Marie, fille de messire Celse Bénigne de Rabutin, baron de Chantal, et de dame Marie de Coulanges, place Royale : parrain messire Charles Le Normand, seigneur de Beaumont, maître de camp d’un vieux régiment, gouverneur de La Fère et premier maître d’hôtel du Roi ; marraine, dame Marie de Bèze, femme de messire Philippe de Coulanges, conseiller du Roi en ses conseils d'État et privé. ». On donne à l'enfant le prénom de sa grand-mère (et marraine), Marie.

Celse-Bénigne de Rabutin de Chantal est tué en 1627 au siège de La Rochelle, sous les ordres du marquis de Toiras., laissant Marie de Coulanges veuve et la petite Marie orpheline de père à l'âge d'un an. Six ans plus tard, elle perd aussi sa mère.

Marie de Rabutin de Chantal vit néanmoins une jeunesse choyée et heureuse, d’abord auprès de sa grand-mère paternelle, (Sainte) Jeanne Françoise Frémyot, baronne de Chantal, qui l'élève de sa huitième à sa dixième années (1634/1636), puis, après la mort de Philippe de Coulanges, en 1636, chez l'aîné de ses oncles maternels, Philippe II de Coulanges (1595-1659). Celui-ci est le père de Philippe-Emmanuel Coulanges (1633-1716), futur « chansonnier », jeune cousin germain inséparable de Marie de Rabutin. Il épousera en 1659 Marie-Angélique du Gué de Bagnols (1641-1723), également connue comme épistolière de renom sous son nom de femme mariée Marie-Angélique de Coulanges.

Un autre oncle, frère benjamin de sa mère, l'abbé Christophe de Coulanges (v. 1607-1687), dit « le Bien bon », sera son ami paternel et l'administrateur de ses biens. La future Madame de Sévigné doit à sa solide éducation, en partie guidée par l'oncle Christophe, une connaissance parfaite de l’italien et assez bonne du latin et de l'espagnol.

Quant à sa grand-mère paternelle, Jeanne Frémyot, baronne de Chantal (1572-1641), veuve en 1601, elle avait fondé l'ordre de la Visitation et un grand nombre de couvents tant en France que dans les pays limitrophes (Duché de Lorraine et Barrois) et prit le voile sous la direction spirituelle de l'évêque de Genève François de Sales. Elle mourut de la varioleDonald R. Hopkins, The greatest killer : smallpox in history, Chicago et Londres, University of Chicago Press, 2002, . en 1641, après un entretien avec la reine Anne d'Autriche.

Le , Roger de Bussy-Rabutin écrivait : « J'ai cherché nos Rabutin, je les ai trouvés fort bons et fort anciens ». Deux ans plus tôt, le , la marquise avait écrit à son cousin Bussy : « Ce commencement de maison me plaît fort. On n'en voit point la source et la première personne qui se présente est un fort seigneur, il y a plus de 500 ans, des plus considérables de son pays, dont nous découvrons la trace jusqu'à nous. Il y a peu de gens qui peuvent trouver une si belle tête. ». Madame de Sévigné évoquait Mayeul de Rabutin, qui possédait au en Charolais le premier fief connu des Rabutin, ainsi que le fief de Montessus, situé à proximité« Madame de Sévigné et notre département », article de Denise Ruffin paru dans la revue Images de Saône-et-Loire, juin 1996, , p. 3-6..

Sa devise était : avec pour emblème Jacques Bourgeat, Mille et un petits faits vrais, Hachette, 1966, ..

Mariage En 1644, âgée de dix-huit ans, elle épouse Henri de Sévigné (1623-1651), de vieille et bonne noblesse bretonneVoir lettre à Bussy-Rabutin du 4 décembre 1668. La famille est maintenue dans sa noblesse lors de la Réformation, le 7 novembre 1670. Roger Duchêne, in Madame de Sévigné, Lettres choisies, coll. « Folio classique », Gallimard, 1988, 316, ., possédant le fief de Sévigné. Le mariage est célébré en l'église Saint-Gervais de Paris. Selon Roger Duchêne, les Sévigné n'ont pas de titre de noblesse, mais ont fini par sacrifier à l'usage en se faisant appeler baronsRoger Duchêne, Madame de Sévigné, Fayard, 2002, 96.. C'est Henri qui, le premier, adopte le titre de marquis. Selon certains, le titre d'Henri de Sévigné serait baron. Ainsi, apprenant le mariage d'Henri et de Marie, le généalogiste Guy Autret de Missirien écrit-il à son confrère Pierre d'Hozier : Cité par Roger Duchêne, Madame de Sévigné, , 90. Alain Viala, in Laffont, Bompiani, Le Nouveau Dictionnaire des auteurs, coll. « Bouquins », Laffont, 1994, III, 2950. Henri Bourde de La Rogerie, cité in « La terre patrimoniale : Sévigné » sur infobretagne.com. Madame de Sévigné, quand elle écrit à sa fille, appelle parfois son fils (lettre du 16 juin 1677) ; et Roger Duchêne l'explique ainsi en note : Roger Duchêne, in Madame de Sévigné, Lettres choisies, , 339, . Mais le spécialiste de madame de Sévigné va changer d'avis sur ce point : quatorze ans plus tard (en 2002), il affirme que la famille était : Henri n'était ni baron ni marquis. Roger Duchêne, Madame de Sévigné, , 96.. En l'épousant, Marie devient donc marquise .

Elle devient veuve à vingt-cinq ans, le , quand son époux est tué lors d'un duel avec François Amanieu, seigneur d'Ambleville, chevalier d'Albret, pour les beaux yeux de , sa maîtresse. Il est inhumé à Paris, rue Saint-Antoine, dans l'église du couvent des Filles de la Visitation Sainte-Marie (de nos jours, le temple protestant du Marais). thumb|Château des Rochers-Sévigné près de Vitré Le couple a eu deux enfants. : Françoise (Paris, - Marseille, ) qui épousera François Adhémar de Monteil de Grignan ; Charles (château des Rochers, - Paris, ), baron de Sévigné, dit « marquis de Sévigné », qui épousera Jeanne-Marguerite de Mauron, mais restera sans postérité.

Généalogie

Œuvre

Les lettres sont rédigées principalement à l'intention de sa fille, la comtesse de Grignan, mais aussi de son cousin, le comte de Bussy.

Jeu de lettres et de masques Que ce soit dans le théâtre ou le roman, en passant par le mémoire et la lettre, toute la littérature du explore un nouveau territoire du moi dans la foulée d’un mouvement individualiste qui voit les Belles-Lettres étendre leur activité jusque dans la sphère privée.. L'œuvre de Madame de Sévigné s'inscrit dans le développement d'une subjectivité propre à son époque.

Construction d'un ethos L’auto-représentation donne le ton à la correspondance de Sévigné. Le cas de cette dernière coïncide avec l'émergence d'un sujet féminin dans un contexte de modernisation esthétique et affective. Les lettres de la marquise sont marquées d'une profonde humilité avec laquelle elle se dépeint. À son cousin, Madame de Sévigné se fond en excuses pour les « torts » dont l'accuse Bussy-Rabutin (notamment par rapport à son manque d'assiduité épistolaire) et se décrit comme un être irrationnel et inintelligible, y compris vis-à-vis d'elle-même. Dans une lettre à sa fille, l'épistolière brosse un portrait très modeste de sa personne, alors qu'elle raconte à la comtesse de Grignan le déroulement d’une soirée au théâtre à laquelle le roi a assisté :

La représentation de soi dans ce passage, où la franchise, la noblesse et le naturel priment, contribue à l'élaboration d'un mythe de l'épistolière, que celle-ci alimente au fil des lettres. Malgré une pudique réticence à parler de soi au vu des normes et tabous de la sociabilité, Madame de Sévigné se permet toutefois de le faire dans sa correspondance pour combler l'absence de sa fille. L'épistolière reconnaît la nécessité de se donner à voir, de se laisser aller aux confidences, de manière à donner l'illusion d’une présence et d'alimenter l'imagination de sa lectrice. La marquise ne lésine dès lors pas sur les détails :

Madame de Sévigné construit dès lors un ethos qui traverse tout son discours en projetant une image détaillée de soi pour se plier à l'art de plaire, pour communiquer ses états d'âme et pour faire tomber la distance qui la sépare de sa destinataire.

Style Par bienséance, les femmes qui écrivent au ne doivent pas paraître travailler leur style, mais Madame de Sévigné fait pourtant de l’écriture sa quotidienne passion—et reste préoccupée de la qualité de ce dernier. Elle développe ainsi pour la comtesse de Grignan, telle une maîtresse à son élève, un certain nombre de qualités que l'épistolière doit mettre en pratique dans ses lettres : la tendresse, la simplicité, la vérité, la force, l'originalité, l'agrément, la vivacité et l'harmonie de la composition. Elle a par ailleurs la conviction d’être rebelle dans sa pratique épistolaire, ne puisant son inspiration que dans le naturel et la vie.

Elle critique de façon virulente sa plume qu'elle juge par moments « négligée », ses lettres « écrites d’un trait » et son style « ajusté », qualifiant sa correspondance de « rapsodies », « bonnes à brûler », d'« ennuyeuses prôneries » et de « monstrueuses écritures ». Madame de Sévigné pousse toutefois la réflexion sur l'acte d'écrire à son paroxysme dans une lettre désarmante qu'elle adresse, incrédule face aux compliments qu'elle reçoit, à sa fille : « Est-il possible, ma fille, que j’écrive bien ? ».

L'esthétique des lettres de de Sévigné a une particularité chère aux mondains : la variété. Dans le but de ne pas ennuyer le lecteur, notre épistolière change rapidement de sujet pour ne pas tomber dans la monotonie. Souvent ce changement se fait avec un avertissement de la marquise lorsque le sujet se prolonge (, ou encore un simple - « mais suffit » en italien).

Passion maternelle et création Au fil des lettres qu'elle destine à sa fille, une corrélation entre maternité et écriture se dessine : la coexistence de la figure de la mère et celle de la femme de lettres s'entremêle et donne naissance à Madame de Sévigné en tant qu'épistolière. La passion d'une mère pour sa fille, la comtesse de Grignan, signe le début d'une correspondance marquée par l'intensité du désir d'entretenir cette relation en dépit de la distance et des circonstances qui les séparent.