vignette|353x353px|Carte ethnographique de l'Ibérie pré-romaine en 200 av. J.-C. avec les langues parlées par les différents peuples
L’histoire des populations Basques est difficile à reconstituer pour les périodes antérieures à l’Antiquité en raison de l’absence de sources écrites et de la rareté des données archéologiques interprétables. Les recherches reposent principalement sur l’archéologie, l’histoire antique et médiévale, la linguistique et, plus récemment, la génétique des populations, sans qu’aucune de ces disciplines ne permette d’établir une continuité culturelle ou linguistique ininterrompue entre les périodes préhistoriques et les Basques historiquesJoseba A. Lakarra, « Historia de la lengua vasca », in Historia de Euskal Herria, 2004.Luis Michelena, Fonética histórica vasca, 1977..
À l’époque romaine, les auteurs antiques mentionnent plusieurs groupes installés dans l’aire aujourd’hui associée au Pays basque (Vascones, Vardules, Autrigons, etc.). Leur degré de romanisation varie selon les régions, et les données disponibles ne permettent pas de décrire précisément leurs pratiques linguistiques ou culturelles. Les populations de cette zone conservent néanmoins certaines formes d’organisation locale sous la domination romaine, comme c’est le cas dans d’autres régions de l’Empire romain.
Après la fin de l’Empire romain d'Occident, les sources médiévales évoquent des entités politiques situées entre les Pyrénées et l’Adour, notamment la Vasconie, dont l’histoire est marquée par des interactions complexes avec les royaumes Francs et WisigothsCollins, The Basques, Cambridge University Press, 1986.. À partir du Moyen Âge central, les territoires Basques sont progressivement intégrés aux royaumes de France, de Navarre et de CastilleRoger Collins, « The Basques in Aquitaine and Navarre », in Early Medieval Spain, 1995..
À l’époque moderne et contemporaine, les transformations politiques des États français et espagnol, ainsi que les guerres carlistes au XIXe siècle, modifient profondément les institutions locales (fors) et les usages linguistiquesStanley G. Payne, The Spanish Civil War and the Basque Question, 1999.. Le XXe siècle voit l’émergence de mouvements culturels et politiques visant à défendre ou redéfinir l’identité basque, dans un contexte de modernisation et de recomposition des États-nationsWilliam A. Douglass, Basque Politics and Nationalism, University of Nevada Press, 2007..
Origines des Basques vignette|507x507px|Région du Pays basque à la fin de la dernière glaciation il y a 10 000 ans avant le présent.
Posséder une langue particulière est une caractéristique qui a poussé à la recherche des origines de ce peuple, de sa langue et des faits culturels et caractéristiques qui le définissent en tant que « peuple ».
Néanmoins, le peuplement de la région ne se distingue pas fondamentalement des régions avoisinantes : comme pour le reste du territoire français ou de la péninsule Ibérique, les populations présentes dans cette région sont caractérisées par l'arrivée au Néolithique d'agriculteurs venus d'Anatolie qui se sont mélangés avec la population locale de chasseurs-cueilleurs Torsten Günther et al., Ancient genomes link early farmers from Atapuerca in Spain to modern-day Basques, pnas.org, 21 mai 2015.
Le Pays basque ne se distingue non plus en rien de l’Ouest de la France : il voit environ 2 000 ans avant notre ère le remplacement d’environ 40 % des ancêtres présents et de près de 100 % de ses chromosomes Y par des personnes d’ascendance steppique. Ces études montrent que durant l’Âge du fer, l’ascendance steppique s’est répandue non seulement dans les régions parlant des langues indo‑européennes, mais aussi dans les régions de langues non indo‑européennes.
L’haplogroupe R‑DF27, un sous‑clade du haplogroupe R‑M269 très présent parmi les populations celtiques, atteint 74 % chez les Basques Neus Solé-Morata et al., Analysis of the R1b-DF27 haplogroup shows that a large fraction of Iberian Y-chromosome lineages originated recently in situ, nature.com, 4 août 2017. Il s’est étendu dans la péninsule Ibérique principalement entre 3 500 et 3 000 ans, soit à l’âge du Bronze moyen.
D’une manière générale, les études génétiques révèlent que les Basques actuels sont mieux décrits comme étant une population typique de l’Âge du fer sans les adjonctions qui ont ensuite affecté le reste de la Péninsule Ibérique Iñigo Olalde et al., The genomic history of the Iberian Peninsula over the past 8000 years, Science, 15 mars 2019, Vol. 363, Issue 6432, pp. 1230‑1234..
Les Basques représentent un isolement récent avec des goulots d’étranglement de l’ADN-Y après les mouvements de population de l’Âge du fer à l’époque romaine.
Paléolithique inférieur et moyen C’est une période qui s’étend d’environ à . Les premières traces humaines au Pays basque se situent dans des zones isolées comme Aitzabal ou Irunberri, où des hachereaux en pierre taillée ont été mis au jourJ. Altuna & K. Mariezkurrena, El yacimiento paleolítico de Aitzabal (Guipúzcoa), Munibe, 1984..
L’industrie moustérienne, caractérisée par l’utilisation d’outils sur éclats tels que racloirs, pointes ou grattoirs, est bien représentée dans la région, notamment dans de nombreuses grottes et abris préhistoriquesJ. Arrizabalaga, « El Musteriense en el País Vasco », in Paleo, 2000..
L’abri d’Axlor en Biscaye illustre les techniques de chasse employées : un ravin situé devant l’entrée semble avoir servi de piège naturel pour rabattre les animaux vers les chasseursL. G. Straus & J. Altuna, The Archaeology of the Upper Paleolithic Basque Country, Journal of Anthropological Research, 1989..
Paléolithique supérieur vignette|Abri de Chimiachas, Aragon. vignette|Okabe au sud-est de Saint-Jean-Pied-de-Port.
C’est une période qui s’étend d’environ à , durant laquelle les outils destinés à la chasse s’affinent grâce à l’utilisation du bois de cervidé et de l’os. La chasse et la pêche se pratiquent désormais au rythme des saisons, et des figurations artistiques ornent les grottes d’art pariétalL. G. Straus, The Upper Paleolithic in the Basque Country, Journal of Anthropological Research, 1992..
Les grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya ont livré un riche art mobilier comprenant des sculptures sur os de cheval, des baguettes en bois de renne ainsi que plusieurs flûtes en os, parmi les plus célèbres d’EuropeJ. M. de Barandiarán, El yacimiento de Isturitz, Munibe, 1973.P. Pétrequin et al., Les flûtes paléolithiques d’Isturitz, CNRS Éditions, 2005..
Ces sites témoignent d’une organisation sociale structurée, d’activités spécialisées et de pratiques rituelles attestées par des zones d’inhumation et des dépôts symboliquesJ. Altuna & K. Mariezkurrena, Isturitz, Oxocelhaya et Erberua: archéologie d’un complexe paléolithique, 2011..
Mésolithique C’est une période qui s’étend d’environ à . Après la glaciation de Würm, le climat se réchauffe, le niveau marin s’élève et la végétation passe progressivement de la toundra à des prairies puis à des forêts tempérées. Les ressources littorales deviennent une part importante de l’alimentation, et les outils se diversifient, notamment avec l’apparition de harpons osseux plats et de microlithes caractéristiques du MésolithiqueAlberto Alday, « The Mesolithic in the Basque Country », in Munibe Antropologia-Arkeologia, 2006.L. G. Straus & P. Arias, The Mesolithic–Neolithic Transition in the Cantabrian Region, Journal of Anthropological Research, 2012..
Néolithique et protohistoire Au , l’inventaire anthroponymique préromain du Pays basque et de la Navarre montre que, dans les territoires des Caristes, des Vardules et des Autrigons, la majorité des noms personnels connus sont d’origine indo‑européenne, tandis qu’en zone vasconique (notamment en Navarre actuelle), une part importante de l’anthroponymie présente des formes d’origine ibérique. Sur les territoires correspondant à l’actuel Pays basque, les noms d’étymologie vasconique apparaissent en proportion très faible, alors qu’en Navarre ils ne constituent qu’une minorité Francisco Villar Liébana, Indoeuropeos, iberos, vascos y sus parientes. Estratigrafía y cronología de las poblaciones prehistóricas, Ediciones Universidad de Salamanca, 2014.Joaquín Gorrochategui, « The Basque Language and its Neighbors in Antiquity », Journal of Indo-European Studies, 1995..
En revanche, les données disponibles montrent qu’à l’époque romaine en Hispanie, si l’on observe quelques toponymes pyrénéens et une douzaine d’anthroponymes d’étymologie vasconique, c’est surtout en Aquitaine que l’on trouve une anthroponymie vasconique abondanteJ. Untermann, Elementos de la onomástica aquitana, Universidad de Salamanca, 1965.Xavier Velaza, « La onomástica aquitana y su relación con el euskera », in Palaeohispanica, 2006..
Cet ensemble de faits est compatible avec les hypothèses qui postulent une diffusion tardive de locuteurs de langue basque depuis l’Aquitaine, qui, à l’époque de la conquête romaine, n’auraient atteint qu’un noyau de population en Navarre et dans le Haut-Aragon, ainsi que quelques individus isolés dans les actuelles provinces d’Álava, de Biscaye et de Guipúzcoa. L’absence presque totale d’anciens toponymes d’étymologie vasconique dans ces régions serait ainsi expliquée : des locuteurs vasconiques récemment arrivés et encore peu nombreux n’auraient pas eu la possibilité de modifier en profondeur l’héritage toponymique antérieurLuis Michelena, Apellidos vascos, Txertoa, 1973..
vignette|Distribution des peuples préromains selon les auteurs antiques.
Selon les historiens romains Strabon, Pline l'Ancien, Pomponius Mela, Lucius Florus ou Silius Italicus, la zone était habitée à l’époque préromaine par diverses tribus dont l’idiome n’est pas connu. La distribution de ces peuples et les zones occupées par les Vardules, les Caristes et les Autrigons varient selon les auteurs. La description de Ptolémée, la plus complète, est la suivante : les Aquitains, établis entre la Garonne et les Pyrénées ; les Autrigons, situés entre l’Asón et le Nervion ; les Cantabres, nom donné aux peuples établis entre la Sella et l’Asón ; les Caristes, établis entre le Nervion et la Deba dans l’actuel Guipuscoa ; les Vardules, occupant l’actuel Guipuscoa à l’exception des vallées de la Deba et de la Bidassoa ; les Vascons, présents dans l’actuelle Navarre et une partie de l’Aragon.
D’autres auteurs situent les Cantabres et les Vascons comme tribus frontalières, tandis que certains considèrent que seuls les Vardules habitaient entre les Vascons et les Cantabres. Pline indique que Portus Ammanus (la romaine Flaviobriga, l’actuelle Castro Urdiales) était une cité vardule, ce qui contredit clairement la version de PtoléméeXavier Velaza, « La onomástica antigua del área vascona », in Palaeohispanica, 2006..
Il n’y a pas d’autres mentions des peuples tels que les Vardules, Caristes et Autrigons jusqu’à ce qu’au soit mentionnée pour la première fois la Castille, auparavant appelée « Bardulie » dans certaines sources médiévalesJ. M. Lacarra, Textos navarros del Códice de Roda, CSIC, 1945.Joaquín Gorrochategui, « Vasconia en la Antigüedad », in Historia de Euskal Herria, 2004..
Les auteurs antiques tels que Strabon ou César rattachent les populations locales au groupe des Ibères, sans que leur langue soit décrite de manière précise. Les données linguistiques disponibles permettent toutefois d’identifier, en Aquitaine, une anthroponymie d’origine aquitanienne généralement considérée comme apparentée au proto‑basque.
L’existence de parallèles formels entre l’aquitain et l’Ibère a conduit certains chercheurs à envisager l’hypothèse d’un substrat commun ancien, sans qu’un lien génétique direct entre les deux langues soit démontré. Ces rapprochements ont nourri, aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, l’hypothèse historiographique du « vasco‑ibérisme », aujourd’hui considérée comme spéculative par la majorité des spécialistesLuis Michelena, Fonética histórica vasca, 1977..