La bataille de la Moskova, bataille de la Moskowa ou bataille de Borodino (en , Borodinskoïé srajénié) est une bataille opposant la Grande Armée commandée par à l’armée impériale russe menée par le Feldmarschall Mikhaïl Koutouzov. Elle a lieu le ( a.s.) à proximité du village de Borodino, à de Moscou. Le nom de Moskova, plus évocateur que celui de Borodino, est choisi par Napoléon pour désigner cette bataille, et fait référence à la rivière qui coule à plusieurs kilomètres du champ de bataille et non au lieu où se déroulèrent les combats.

Qualifiée de « bataille des géants », elle est la plus importante et la plus sanglante bataille de la campagne de Russie, impliquant plus de pour des pertes estimées à .

Depuis son entrée sur le territoire russe, Napoléon souhaite engager une bataille décisive face à un ennemi qui ne cesse de se dérober. Cette campagne qu'il entreprend comme une guerre purement politique nécessite une victoire éclatante afin d’obliger le tsar Alexandre à demander la paix et à conclure un nouveau traité d'alliance favorable à la France et à sa stratégie de blocus continental. Côté russe, le tsar, faisant face à des dissensions entre ses généraux quant à la stratégie à adopter, nomme Koutouzov commandant en chef de ses armées le . Ce dernier, après avoir laissé la Grande Armée s'approcher de Moscou sous les harcèlements incessants des cosaques, se décide enfin, aux portes de celle-ci, à fortifier ses positions et à livrer bataille.

Au cours de cette confrontation, les Français réussissent à s’emparer des principales fortifications russes, dont la redoute Raïevski et les « flèches » défendues par le général Piotr Bagration, qui est blessé mortellement lors de l’assaut (il mourra le ). La victoire est française dans la mesure où Napoléon contraint les forces russes à battre en retraite et s’ouvre la voie vers Moscou. Les pertes de chaque côté sont immenses (environ français tués ou blessés pour côté russe) et bien que fortement réduite, l’armée russe qui dispose de réserves peut encore représenter une menace. Ainsi, Koutouzov, de manière controversée (il n'a pas réussi à bloquer la route de Moscou et a perdu plus d'hommes que Napoléon en évitant cependant l'enveloppement de son armée), affirme qu'il a triomphé de l'ennemi à Borodino, le nom russe de la bataille..

Les Français font leur entrée dans Moscou une semaine plus tard, le , et y resteront jusqu'au , jour où commence le retour, bientôt désastreux, de la Grande Armée.

Contexte La marche vers Moscou

La Grande Armée commence l’invasion de la Russie en . Les forces russes, initialement massées le long de la frontière polonaise, reculent devant les Français en appliquant la politique de la terre brûlée selon la tactique de Michel Barclay de Tolly, le commandant en chef de l’armée russe. Ce dernier a bien tenté d’établir une ligne défensive solide face à la Grande Armée, mais ses efforts sont à chaque fois ruinés par la rapidité de l’avance française.

Napoléon marche sur Moscou à partir de Vitebsk. La Grande Armée est cependant mal préparée pour une campagne terrestre prolongée. En effet, sa base logistique la plus proche est Kovno, située à 925 kilomètres de Moscou, et le dépôt de ravitaillement de Smolensk est situé à de la capitale russe. Les lignes d’approvisionnement françaises sont donc particulièrement vulnérables aux attaques des partisans russes. Néanmoins, l’envie d’une bataille décisive pousse Napoléon à passer à l’action.

Pendant ce temps, les conflits entre les subordonnés de Barclay empêchent les Russes d’établir une stratégie commune. La politique de terre brûlée de Barclay est perçue comme une réticence à combattre. Alexandre , lassé de cette stratégie, nomme un nouveau commandant en chef russe le : le prince Mikhaïl Koutouzov. Ce dernier n’est pas considéré par ses contemporains comme l’égal de Napoléon, mais il est cependant préféré à Barclay car il est ethniquement russe (contrairement à Barclay qui a des origines écossaises), et est très populaire dans l’entourage du tsar.

Koutouzov attend cependant que les Français, dont les forces comptent aussi d'importants contingents étrangers, soient à de Moscou pour accepter la bataille. Le , il ordonne une nouvelle retraite à Gjatsk. Le rapport de force reste à l’avantage des Français, mais il est désormais de cinq contre quatre au lieu de trois contre un auparavant. Koutouzov établit alors sa ligne défensive dans une zone facile à défendre, près du village de Borodino. À partir du , Koutouzov renforce la position avec des travaux de terrassements, notamment la redoute Raïevski dans le centre droit russe et les « flèches » de Bagration sur la gauche.

La bataille de Chevardino vignette|gauche|upright=1.5|Napoléon près de Borodino, peinture de Vassili Verechtchaguine, 1897 (Musée historique d'État de Moscou).

L’armée russe est disposée au sud de la route de Smolensk, sur laquelle la Grande Armée progresse. Érigée sur une butte, la redoute de Chevardino, située près du village du même nom, constitue la gauche russe. Voulant percer la ligne défensive russe, les Français prennent position au sud et à l’ouest du village après un bref mais sanglant prélude à la bataille principale.

L’affrontement proprement dit débute le , quand la cavalerie française du maréchal Joachim Murat rencontre celle du comte russe Konovnitsyne. La furieuse mêlée qui s’ensuit tourne à l’avantage des Français et les Russes battent en retraite lorsque leur flanc gauche est menacé. Le , les hostilités reprennent, mais Konovnitsyne doit retraiter à nouveau lorsque le d’armée du prince Eugène de Beauharnais renforce Murat et menace le flanc russe. Les Russes se replient sur la redoute de Chevardino à proximité de laquelle se trouve le général Gortchakov avec et d’artillerie.

Murat donne l’ordre aux et de cavalerie, respectivement commandés par les généraux Nansouty et Montbrun, d’attaquer la redoute. Ils sont soutenus par la division Compans et le premier corps d’infanterie du maréchal Davout. Au même moment, l’infanterie de Poniatowski attaque la redoute par le sud. Les Français, repoussés à deux reprises par les fantassins de Neverovski, finissent par s’emparer de la redoute en perdant , contre . L’avance inattendue des Français plonge les Russes dans le désarroi. L’effondrement de leur flanc gauche les contraint à ériger une position défensive de fortune autour du village d’Outitsa.

Forces en présence

Armée russe L’armée russe aligne, de gauche à droite, les corps de Toutchkov, de Borozdine, de Raïevski, de Dokhtourov, d’Ostermann, et de Baggovout. Le corps du grand-duc Constantin forme la réserve russe. Les éléments de cavalerie russes sont commandés par Silvers, Pahlen, Kork, Platov et Ouvarov. L’aile gauche est commandée par Bagration, l’aile droite par Barclay de Tolly, qui appuient leurs lignes défensives sur un système de redoutes. La plus importante, la redoute Raïevski, au centre avec dix-huit canons, est prolongée au sud par trois autres retranchements : les « flèches » de Bagration. Les forces russes présentes le jour de la bataille comprennent au total d’infanterie, de cavalerie, vingt régiments de cosaques et d’artillerie, soit Les Plus Belles Victoires de Napoléon, éditions Atlas, .. Au total, les Russes ont engagé . Toutefois, , ainsi que russes présents ce jour-là n’ont pas servi dans la bataille.

L'armée russe bénéficie d'un avantage important, étant donné qu'elle est retranchée dans diverses redoutes.

Grande Armée Positionnée près de Chevardino, à des lignes russes, la Grande Armée dispose, de gauche à droite, des corps d’Eugène de Beauharnais, de Ney et de Davout, appuyés au sud par l’infanterie de Poniatowski et les forces de cavalerie de Nansouty, de Montbrun et de La Tour-Maubourg. La Garde impériale et les corps de Junot, de Grouchy et de Murat constituent la réserve. La Grande Armée comprend d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie pour un total de . Cependant, la Garde impériale, qui dispose de et qui comprend trente bataillons d’infanterie et vingt-sept escadrons de cavalerie pour un total de , n’a pas été engagée dans la bataille.

Déroulement

Les flèches vignette|L’artillerie du général Friant canonne les flèches de Bagration. Détail du Panorama de Borodino.

La veille au soir, la générale de grenadiers commandée par le général Vorontsov prend position dans les flèches. La bataille commence à du matin par une préparation d’artillerie contre le centre russe, menée par . Mais les Français perdent ensuite un temps précieux à les déplacer, car ils sont trop loin des lignes russes. Davout donne l’ordre aux divisions Compans et Dessaix d’attaquer la flèche située la plus au sud. Canonnés par l’artillerie russe, Compans et Dessaix sont blessés, mais les Français parviennent à avancer. Voyant la confusion, Davout dirige alors personnellement la , jusqu’au moment où son cheval est abattu. Davout tombe si lourdement qu’il est signalé mort au général Sorbier. Le général Rapp est envoyé sur place pour le remplacer, mais Davout est vivant et toujours à la tête de la . Rapp prend alors la tête de la avant d’être blessé pour la vingt-deuxième fois de sa carrière. À , Napoléon engage les corps de Ney puis de Junot pour venir en aide à Davout ; ce dernier conquiert enfin les trois flèches vers . Mais les Français sont repoussés par une contre-attaque russe menée par Bagration avec la d’infanterie de Neverovski, les hussards d'Akhtyrski et les . Ney relance un assaut contre les flèches, et parvient à les reprendre vers . Barclay envoie alors trois régiments de la Garde, huit bataillons de grenadiers et vingt-quatre canons sous le commandement de Baggovout pour renforcer le village de , au nord des flèches. Le retour offensif de Baggovout déloge les Français des flèches, mais Ney les reprend à nouveau à . Le maréchal en est de nouveau chassé, mais il conquiert définitivement la position vers . Napoléon hésite à engager la Garde impériale qui constitue sa dernière réserve, si loin de France.

La redoute Raïevski vignette|Les cuirassiers saxons de La Tour-Maubourg attaquent les cuirassiers russes. La redoute Raïevski se trouve à droite, dans la fumée. À l’arrière-plan, on distingue l’église de Borodino. Détail du Panorama de Borodino.

Pendant ce temps, Eugène de Beauharnais pénètre dans Borodino après de durs combats contre la Garde russe, et progresse vers la redoute principale. Cependant ses troupes perdent leur cohésion, et Eugène doit reculer sous les contre-attaques russes. Le général Delzons se place alors devant Borodino pour protéger le village. Au même moment, la division Morand progresse au nord de Semionovskoïe, tandis que les forces d’Eugène franchissent la Kalatcha en direction du sud. Eugène déploie alors une partie de son artillerie et commence à faire refluer les Russes derrière la redoute. Appuyés par l’artillerie d’Eugène, les divisions Morand et Broussier progressent et prennent le contrôle de la redoute. Barclay lui-même doit rallier le régiment Paskevitch en déroute. Koutouzov ordonne alors au général Iermolov de reprendre la redoute ; disposant de trois batteries d’artillerie, ce dernier ouvre le feu contre la redoute tandis que deux régiments de la Garde russe chargent la position. La redoute repasse alors aux mains des Russes.

L’artillerie d’Eugène continue à pilonner les Russes alors qu’au même moment, Ney et Davout canonnent les hauteurs de Semionovskoïe. Barclay envoie des renforts à Miloradovitch, qui défend la redoute tandis qu’au plus fort de la bataille, les subordonnés de Koutouzov prennent toutes les décisions pour lui : selon les écrits du colonel Clausewitz, le général russe semble être « en transe ». Avec la mort du général Koutaïsov, qui commandait l’artillerie russe, une partie des canons, situées à l’arrière des lignes russes, sont inutilisés, tandis que l’artillerie française fait des ravages dans les rangs russes.