L’histoire coloniale de l'Amérique du Nord commence peu après la découverte du Nouveau Monde par les Européens (Christophe Colomb en 1492). L’actuel territoire américain devient rapidement un enjeu international : les grandes puissances coloniales occidentales se lancent dans l’exploration et la conquête du Nouveau Monde puis bâtissent de vastes empires coloniaux qui finissent le plus souvent par être absorbés militairement et politiquement par d'autres empires ou par devenir indépendants vis-à-vis de leur métropole après plusieurs siècles de domination de celle-ci sur ses colonies. L'exemple le plus célèbre de ce cas est l'indépendance des Treize colonies britanniques qui devinrent les États-Unis. Ceux-ci se lancèrent à leur tour dans la colonisation des territoires de l'Ouest sauvage (conquête de l'Ouest) puis dans une expansion outre-mer (aux dépens notamment de l'Espagne).
La colonie de Plymouth est historiquement la plus connue ; elle fut la seconde colonie permanente anglaise après Jamestown en Virginie.
L'histoire de la colonisation de l'Amérique par les Européens puis par les Euro-Américains est d'abord décrite dans le cadre de l'interprétation du mythe de la Frontière (mythe associant esprit pionnier et innovation qui est devenu un gimmick incontournable en politique), les Amérindiens étant considérés comme des obstacles à la conquête de l'Ouest euro-américaine. Cette interprétation historique est remise en cause depuis par d'autres courants historiographiques comme les études sur la civilisation américaine qui dénoncent depuis les années 1950 les interprétations mythiques de Frederick Jackson Turner, comme le courant révisionniste à la fin des années 1980 qui valorise le décentrement du regard (, avec notamment l'ethnohistorien Bruce Trigger) ou comme le courant de l’histoire continentale qui reconsidère l’histoire coloniale de l’Amérique du Nord à partir du centre et non plus des côtes littorales.
En tout état de cause, la colonisation de l'Amérique du Nord a l'histoire des temps modernes (voir quelques exemples en conclusion).
: exploration et premières tentatives de colonisation thumb|200px|left|Jacques Cartier en 1534 (Théophile Hamel - 1844).
Il faut attendre près d’un demi-siècle après la redécouverte du continent par Christophe Colomb pour que les navires européens lancent des expéditions sur les côtes de la Nouvelle-France et de la Nouvelle-Angleterre, et plusieurs dizaines d’années encore avant la fondation de premiers établissements.
L’Angleterre et la France explorent les côtes américaines entre 1520 et 1607, mais ne parviennent pas à s'y implanter malgré des tentatives entre 1560 et 1590. Dès 1497, l’explorateur vénitien Giovanni Caboto (John Cabot) est envoyé en mission par le roi . Celui-ci longe les côtes canadiennes actuelles du Labrador, de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse. Cependant, il n’est pas unanimement reconnu par les historiens qu’il aurait débarqué sur le site actuel de Bonavista sur l’île de Terre-Neuve.
Mode opératoire Mexique Au stade précoce de la conquête du continent, l'importance du mode opératoire est confirmée par la décision de Cortés qui, pour faire tomber l'empire aztèque et pour et, en , .
Parvenu au centre du continent, lors du siège décisif de Tenochtitlán se sont affrontés pendant les guerriers du Conquistador avec « deux navires du gouverneur de la Jamaïque Garay » et, montée « pièce par pièce une flottille de treize bateaux qu'il disposa sur le lac de Texcoco qui entourait la ville. » Après ce combat « mixte » (aqueduc et « flottille de canots aztèques » ayant été détruits), Cortés put entreprendre la reconstruction de la ville complètement en ruines et la colonisation - terrestre - proprement dite.
Amérique du Nord Mode d'abord maritime et fluvial vignette|Réplique du Don de Dieu, navire utilisé par Samuel de Champlain pour explorer la rivière Saguenay (1908). Comme les découvertes elles-mêmes (notamment celles de Jacques Cartier), les expéditions sont d'abord essentiellement maritimes. Pour celles de Champlain, par exemple, l'anthropologue américain David Hackett Fisher. décrit abondamment les vaisseaux et consacre même un appendice portant expressément ce titreSi les publications sur certains de ces navires - notamment ceux de Christophe Colomb et le Mayflower aux États-Unis - ne manquent pas, la synthèse globale, historique et technique des divers types de flotte reste à faire.. Cartes à l'appui, il retrace également les nombreux voyages qu'il a entrepris à partir du Saint-Laurent : Acadie, Saguenay, Rivière des Iroquois, des Outaouais, Norembègue…
Ces « navires étaient des produits de la révolution qui s'était opérée dans la technologie maritime au début de l'ère moderne ». Ils étaient bien plus rapides « que les moyens de transport terrestre, qui avaient connu peu d'amélioration depuis les Romains »Hackett, ..
À côté des vaisseaux transatlantiques de fort et de moyen tonnage minutieusement détaillés, les simples barques et les pataches, expressément « conçues pour l'exploration, la découverte, la reconnaissance », étaient transportées à bord lors des traversées pour procéder aux explorations fluviales ou quand les rapides, les hauts-fonds ou la simple prudence devant la méconnaissance des lieux l'imposait.
Dès 1603, à Tadoussac, véritable à l'époque, Champlain fit . pour explorer le fjord Saguenay. L'année suivante, il de long et . À noter : le premier type n'était pas ponté et ne convenait qu'aux eaux abritées alors que le second permettait la navigation hauturière.
Pour la colonisation elle-même, en Nouvelle-France, par exemple, Bien que la capitale, Québec, ait été reliée à Trois-Rivières dès 1730 par une route carrossable aujourd'hui encore appelée chemin du Roy, (). du pays. : .. Cette disposition, sinon contrainte a pour conséquence que et, notamment, dans le bas du fleuve Saint-Laurent, les marsouins.. Les premiers défricheurs sont donc des agriculteurs-pêcheurs.
Rapidement, grâce à la collaboration des populations autochtones, ce sont leurs canots, adaptés pour les besoins d'exploration, puis de commercialisation, qui ont pris le relais de la portion fluviale. S'est ainsi développée en Amérique du Nord une navigation mixteMixte aussi par l'armement. Si celui des navires royaux transatlantiques est évolué, voire sophistiqué, les bâtiments « locaux » qu'ils croisent dans le domaine maritimo-fluvial, eux, sont rudimentaires : . (). qui, ultérieurement, allait se développer en maritimo-fluvial à l'ère de la vapeur.
Toutes ces découvertes et explorations transatlantiques s'effectuant sous rigoureux et exclusif privilège du pavillon royal, la « mixité » s'est également imposée dans les statuts des différentes flottes qui se croisaient : les premières aux souverains et à leurs associés dûment désignés par privilège; les flottilles locales sous des régimes variées selon les couronnes.
Chemin de fer et chariot bâché Le jalon de la fin de la colonisation se situe entre les premiers chemins de fer transcontinentaux en 1869 aux États-Unis et le chariot bâché du .
La désignation de ce dernier mode de transport confirme la prévalence du vocabulaire maritime même dans le domaine terrestre : « également connu sous le nom de « schooner des Prairies » pour sa ressemblance aux voiles d'une goélette pour la mer ».
Quant aux chemins de fer, Wolfgang Schivelbusch montre dans son Histoire des voyages en chemin de fer. que, en Amérique du Nord, la conception des voitures de passagers est d'abord largement tributaire de l'aménagement des embarcations qu'il fallait concurrencer à l'intérieur du continent.
Données historiques Nouvelle-France
Après ces premiers voyages de Du Gua de Monts et de Champlain, les Français s'occupent à mettre en place la Nouvelle-France qui correspondait à presque la moitié du continent et était composée de quatre colonies : l'Acadie, le Canada, Terre-Neuve, et la Louisiane. La Nouvelle-France disparaît officiellement en 1763, lorsqu'elle est absorbée par les Britanniques et les Espagnols en vertu du traité de Paris qui met fin à la guerre de Sept Ans.
Les premières entreprises coloniales françaises () Les Français s’établissent à Tadoussac en 1599. En 1604, le huguenot Pierre Du Gua de Monts, sous Henri IV, est nommé lieutenant général du roi pour le Nouveau Monde, débarque à la frontière entre les futurs Maine et le Nouveau-Brunswick le . Il détient d’ le monopole sur la traite des fourrures. Les archéologues ont identifié le lieu : il s’agit de l'îlot Sainte-Croix, dans la baie de Fundy, aux États-Unis. Ils ont retrouvé les squelettes des premiers occupants français. À partir de 1605, Du Gua et Samuel de Champlain explorent la côte sud jusqu’au cap Cod. Côté britannique, en 1609, Henry Hudson remonte le fleuve auquel il donne son nom.
Canada thumb|Vue de la ville de Québec en 1729. Samuel de Champlain arrive sur les territoires de l'actuel Canada en 1603 et entreprend l'exploration de la vallée du Saint-Laurent. Il fonde Québec en 1608 puis conclut une alliance avec les Hurons contre les Iroquois, ce qui entraîne dès lors un état de guerre permanent entre colons français et Iroquois jusque dans les années 1630. En 1609, une première bataille oppose un parti de guerriers iroquois à plusieurs guerriers hurons aidés par deux Français et Champlain qui doit tuer un chef iroquois avec une arquebuse. D'autres combats impliquant Français et Iroquois se déroulent après 1615. Cependant, à la fin des années 1620, une brève et fragile trêve est conclue entre Français et Iroquois. La population canadienne reste toutefois relativement peu nombreuse et mal approvisionnée par la métropole. Richelieu fonde la Compagnie des Cent-Associés pour aider au développement de la colonie, ce qui n'empêche pas Québec de tomber aux mains des frères Kirke en 1629, dans le cadre de la troisième rébellion huguenote de 1627-1629. Mais la prise de Québec s'est effectuée après la trêve franco-anglaise qui met fin à cette rébellion huguenote, donc en temps de paix théorique entre la France et l'Angleterre. Ainsi, les frères Kirke ont accompli un acte illégal en s'emparant de la colonie française en temps de paix, et par le traité de Saint-Germain-en-Laye, Québec est rendue par l'Angleterre à la France en 1632.
À partir de cette date, la colonisation française reprend avec un peu plus de vigueur, mais la population canadienne reste toujours aussi faible durant les années 1640 et 1650. La Compagnie des Cent-Associés a été ruinée par la capture de la colonie en 1629 et les attaques menées par les frères Kirke contre ses navires. Elle subsiste cependant jusqu'en 1663 et essaie avec grand peine de s'occuper de la Nouvelle-France, n'arrivant pas à développer démographiquement la colonie. La ville de Trois-Rivières est établie en 1634, puis Ville-Marie, l'ancienne ville de Montréal, est fondée en 1642. Dans les années 1640, l'action missionnaire française se développe. Les jésuites, en se rendant dans des tribus amérindiennes des Grands Lacs afin de les évangéliser, contribuent à l'expansion de la colonie vers l'ouest, en même temps que les coureurs de bois qui vont chercher les fourrures de castors. Les jésuites installés chez les Indiens aux marges de la Nouvelle-France sont aussi la cible des Iroquois. Ceux-ci reprennent en effet la guerre contre les Français au début des années 1640. Fournis en armement par les Hollandais établis à l'est en Nouvelle-Néerlande, les Iroquois organisent à partir de 1646 une série d'attaques destructrices contre la Huronie afin de s'attribuer le contrôle exclusif du commerce des fourrures. En 1648, les Hurons se sont effondrés démographiquement face aux Iroquois, et ceux-ci se mettent à lancer des raids contre les implantations françaises. À partir de 1664, ils sont financés et encouragés par les Anglais dans leurs offensives contre la Nouvelle-France.