La grotte de Lombrives est un site emblématique de l'Ariège. Cette immense grotte dont l'entrée principale est située sur le territoire de la commune d'Ussat, à trois kilomètres au sud de Tarascon-sur-Ariège dans le département de l'Ariège (France). Le réseau Lombrives-Niaux-Sabart s'étend sur plus de 14 kilomètres.
Une partie seulement de la grotte accueille des visiteurs touristiques. Le site non aménagé est un site inscrit depuis 1943.
La grotte est chargée d'histoire. Des missions pour la science et l'aérospaciale y sont menées. Notamment la grotte a abrité la mission Deep Time en mars- : Une expédition menée par l'explorateur Christian Clot et le centre de recherche Human Adaptation Institute : 15 personnes (7 hommes et 6 femmes) dans la grotte de Lombrives durant 40 jours sans accès au temps ni à la lumière du jour et sans aucun contact extérieur pour des expériences scientifiques inédites.
Situation et contexte La grotte de Lombrives s'ouvre à une centaine de mètres au-dessus du niveau du fond de la vallée de l'Ariège, dans le massif du Cap de la Lesse (). Ce massif renferme aussi les grottes de Niaux et de Sabart, qui s’ouvrent sur la vallée du Vicdessos. L’ensemble des trois grottes constitue un réseau de galeries qui se développent sur ..
Aussi appelée, dans le passé, l'antre des Géants ou grotte des Échelles, son exposition au nord-est lui a probablement valu le nom d’Ombreuse (Oumbriouo) puis Ombrive (Jean-Baptiste Noulet, 1882). A moins qu'il faille cherché dans les origines Ibérique . Lombré signifiant Hercule.
La grotte est caractérisée par des galeries et des salles de très grandes dimensions, des paysages souterrains variés et un riche passé : préhistorique, protohistorique et historique.
Histoire thumb|left|upright 1.7|Brèche à ossements (dont Homo sapiens) datant de l'âge du Bronze ; fouilles Noulet, 1882, MHNT.|alt= Refuge La grotte sert de refuge pendant des centaines ou des milliers d'années : les groupes humains préhistoriques du Néolithique, des proscrits, des hérétiques, des persécutés, des brigands, des ermites, des lépreux, de simples bergers ainsi que des faux-monnayeurs s'y sont abrités. La grotte aurait servi de refuge à l'évêque cathare Amiel Aicard après la chute du château de Montségur en 1244. Elle abrite des prêtres et des nobles pendant la Révolution française puis des Républicains pendant le Premier Empire.
Les emmurés de Lombrives En 1328, plus de 500 CatharesJoseph Dengerma Les Cinq cents Cathares emmurés de Lombrives. impr. Gadrat-Doumenc, Foix, 1967 persécutés durant la Croisade des albigeois par la Sainte Inquisition et le roi Louis IX, s’y sont réfugiés. Le cardinal et inquisiteur Jacques Fournier (le futur pape Benoît XII) les fait emmurer vivantsPapa Cheikh Jimbira Sakho, Violence terrorisme et religion. Deux mille ans d’histoire De l’Empire romain à nos jours: Tome II Pax Islamica éditions JP Publication, Dakar, 2016.
L'anecdote semble légendaire. On notera qu'a la date citée, la croisade des albigeois est terminée depuis près d'un siècle et que Louis IX est mort depuis presque 60 ans. En revanche Jacques Fournier est bien cardinal.
Gilbert Garrigues, dans son article Les Emmurés de LombrivesGilbert Garrigues, Les Emmurés de Lombrives, (les Cahiers d’études Cathares 1972-1973), relate : « (…) À la grotte de Lombrives… c’est donc avec plaisir et émotion que je trouvais trace du passage de « Nouste Henric ». En effet, c’est le futur Henri IV, héritier de Béarn et comte de Foix qui, accompagné de ses aides de camp, organisa une cérémonie afin que soient inhumés solennellement et décemment dans les cimetières d’Ussat et de Tarascon les restes de ces malheureux… ». Et il poursuit : « (…) Pourtant nulle date, nul monument dans les nécropoles — d’ailleurs déplacées — de ces cités n’évoque la décision du futur Roi de France. Heureusement que, prévoyant l’inconscience des générations futures, il avait tenu à marquer lui-même son intervention par le graffite suivant, peint à même le rocher : l’historien local qui guidait notre visite, en donne la traduction suivante : Par la Grâce de Dieu, Roi de Navarre et Comte de Foix – 1578 – et de ses aides de camp… ».
D'après André Cauvin, l'histoire des emmurés (ou brûlés) de Lombrives serait douteuseAndré Cauvin, Découvrir la France cathare. éditions Marabout, 1993.
Signatures, signes, graffitis La cavité est ornée de milliers de signatures et signes ésotériques. Certains datent du .
Henri IV à Lombrives Une inscription portant la date de 1578 fait mention du roi Henri IV, alors roi de Navarre. Cette inscription, recoupée avec un texte extrait d'un manuscrit conservé par les archives départementales de l'Ariège atteste d'une visite royale.. Le premier à révéler ce graffiti situé à quelques mètres avant l'étroit boyau du Pas du Crime est certainement Jean-François Rambaud, ancien conservateur de la bibliothèque de la ville de Foix et inspecteur des monuments historiques de l’Ariège. Il écrit dans ses notes manuscrites des années 1821-1822 : « (…) Lombrives a été visitée à différentes époques par des personnages célèbres. Henri IV est de ce nombre. Ce grand prince ne dédaigna pas de tracer son nom sur une roche unie… ».
M. C. Bergès (directeur de l’école normale de l’Ariège), dans le souffle de J.-F. Rambaud, signale cette inscription en 1839 dans son ouvrage imprimé Lectures morales suivies de la description du département de l’Ariège : « … le temps a respecté le nom d’Henri IV gravé, dit-on, sur une roche unie, de la main même de ce bon Roi… ».
En 1954, Jean-Baptiste Fauré-Lacaussade publie un petit ouvrage intitulé Tarascon-sur-Ariège, le pays des cavernes, dans lequel il relate un épisode historique, longtemps resté une énigme : « En 1578, trois notables de Tarascon, Teynié, Jean de Séré et Jean de Sérou, chefs du mouvement protestant de cette ville, ont écrit leur nom au-dessous de celui du Roi Henri III de Navarre, comte de Foix, qui visita la grotte de Lombrives et y inscrivit : Deus Rex, Roi de Navarre, Comte de Foix 1578 ». L'historien chercheur Robert Felix Vicenté a retrouvé aux archives départementales de Foix le manuscrit du trésorier des consuls de Mars 1578. Les coûts et achats liés à l'épopée de notre Roi à Lombrives y sont méticuleusement notés (gigot aux épices, vin blanc, claret, torche, 6 jeux de cartes à jouet...) . Monsieur Vicenté a fait paraître une publication historique qui retrace cette folle aventure à une époque où les grottes,liées au monde de tenèbres et de la mort n’étaient pas fréquentées. Sa venue à Lombrives est lié au mythe de Pyrène. Hercule a créé les Pyrénées autour du tombeau de la princesse Pyrène qui se situe dans la grotte de Lombrives afin que personne ne puisse l'approcher. Henri IV proclamait avoir pour ancêtre mythique Hercule.Il est venu dans Lombrives pour écrire sa propre histoire dans cette grotte légendaire. Pour Claudine Pailhès aussi (dans Les terres d’Ariège au temps des guerres de religion 1550-1630), le passage du prince s’inscrit dans l’utilisation des mythes dynastiques.
En effet, toute la famille de Navarre se revendiquait Hercule comme leur ancêtre Mythique,ce même Hercule qui avait jadis conquis l’Espagne et qu' Henri IV repoussera pour sauver la France de l'invasion espagnole.
Holhagaray (préface ) rapporte ainsi ces vers à la gloire du roi :
Henri de Navarre connaissait évidemment ces légendes qui donnaient à sa famille une origine épique et divine. que c’est sur les pas de ses ancêtres mythiques qu’il se rendit dans la grotte de Lombrives, ce « roc de Tarascon » dont on disait sans doute déjà, comme on le dit toujours aujourd’hui au visiteur, qu’il abrite le tombeau de Pyrène.
Premières fouilles Adolphe Garrigou – historien et père de Félix Garrigou – et l'archiviste départemental Rambaud commencent les fouilles de la grotte de Lombrives dès 1822. Les découvertes de deux crânes humains intacts, ainsi qu'une grande variété d'ossements humains et animaux et de poteries par Félix Garrigou, Jean-Baptiste Rames et Henri Filhol, sont publiées en 1864., bien que des découvertes antérieures aient eu lieu, notamment dans le lieu-dit du « cimetière ».
Jean-Baptiste Noulet poursuit les fouilles de cette grotte en 1882Jean-Baptiste Noulet, Étude de l'Ombrive ou grande caverne d'Ussat (Ariège) et ses accessoires, 1882, Privat Éditeur.. Ensuite, la grotte est fouillée par Félix Régnault à la fin du Le Muséum de Toulouse et l'invention de la préhistoire, 2010 .
Mission Deep time en 2021 En mars-, la mission scientifique Deep Time est menée au fond de la grotte et dans un contexte caractérisé par 100 % d'humidité et une température de . Pendant quarante jours, quinze personnes, volontaires et scientifiques, ont vécu en vase clos en supprimant toute notion temporelle autre que celle de l'horloge circadienne afin de mieux étudier son fonctionnement. Les résultats de l'expérience pourraient avoir des applications principalement pour les groupes vivant confinés ou sans repère temporel géophysiques (voyages spatiaux, colonisation de l'espace, équipage de sous-marin, travailleurs en milieu souterrain, personnes soumises à des contraintes psychologiques).
Ce concept avait été initié en 1962 par Michel Siffre qui avait passé seul deux mois claustré au fond du gouffre de Scarasson en limite des Alpes-Maritimes et du Piémont, sans repères temporels, sur un glacier, à partir du . Après trois heures de descente, il s'installe à moins 100 mètres sous terre. Il fait environ et l'hygrométrie est de 98 %.
Légendes
Légende mythologique du tombeau de Pyrène La cavité renferme le tombeau de la princesse PyrènePyrène sur cathare.org. Selon la légende, Hercule, ou Héraclès, demi-dieu et héros célèbre par sa force, son courage et ses nombreux exploits légendaires, serait à l'origine de la création des Pyrénées. Il aurait édifié au fond de la grotte de Lombrives le tombeau de la princesse Pyrène et aurait commencé son œuvre à partir du tombeau.
Après la création de la terre, à l'aube des temps, vivait dans une contrée de hautes montagnes et de profondes vallées une peuplade appelée Bekrydes. Leur souverain, Bebryx, avait établi sa cour dans la plus vaste grotte connue des hommes : Lombrives. Sa fille, belle, jeune et douce, prénommée Pyrène, était courtisée par tous les rois et seigneurs des environs. Mais en vain !
Un jour, venant des bords de la mer Égée, un jeune et bel homme, un héros dénommé Hercule, arriva au pays des Bebrydes. Il fit la connaissance de Pyrène et, fréquemment, ils se retrouvèrent. Par une chaude nuit d'été dans la pénombre étoilée, au milieu de senteurs de mille fleurs, leurs deux corps d'adolescents vécurent frénétiquement le même instant.
Quelque temps après, Hercule fut demandé pour d'autres travaux, un creusement de portes dit-on l'appelait au-delà de ces montagnes. Pyrène restait bien seule tandis que sa taille portait la trace de ces folles amours. Aussi eut-elle peur de se montrer face à tous, face à son père le roi Bebryx, d'affronter la colère du souverain offensé. C'est pourquoi elle décida de fuir loin du royaume des Bebrydes.
Au cours de son chemin, un ours, un terrible ours brun s'approcha d'elle, la griffa, la terrassa, déchira son visage et son corps. Pyrène, de douleur hurla. Hercule, qui entendit l'écho d'une voix agonisante, laissa tomber ses outils et ses travaux et, d'un bond, par-dessus cimes et torrents, accourut pour recueillir dans ses bras sa bien-aimée, morte.
Au cœur de l'endroit le plus grandiose de l'immense grotte de Lombrives, dans une salle ornée de roches dorées, eut lieu une grande cérémonie en présence de tous les hauts dignitaires du royaume des Bekrydes. Hercule lentement prononça ces quelques mots d'adieu : « Afin que ton nom, ma chère Pyrène, soit conservé à jamais par les hommes qui peupleront cette terre, ces montagnes dans lesquelles tu dors pour l'éternité, s'appelleront dorénavant : Les Pyrénées. »
Trésor cathare - XIIIe siècle